Déclaration de M. Frédéric Mitterrand, ministre de la culture et de la communication, sur la photographie dans le cadre de "la culture pour chacun", Arles le 3 juillet 2010.

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Circonstance : 41èmes rencontres d'Arles le 3 juillet 2010

Texte intégral


Je suis particulièrement heureux d'être parmi vous ici aujourd'hui, en Arles, et d'abord pour une raison personnelle. C'est que ces nouvelles Rencontres sont un peu pour moi comme un anniversaire, celui de mon tout premier déplacement en tant que ministre de la Culture et de la Communication. J'en suis forcément un peu ému. Mais plus profondément, par-delà le jeu des dates et des retours du calendrier, je suis ému et heureux d'être parmi vous parce qu'à mes yeux, Arles est l'un des lieux de France qui correspond le mieux à ma conception de la culture, de ce que j'appelle, vous le savez, « la culture pour chacun ».
Pourquoi cet idéal de la « culture pour chacun » se sent-il tellement chez lui en Arles ?
Eh bien je crois d'abord que c'est parce qu'il n'y a peut-être pas de ville dans notre pays qui sache mieux associer et articuler de manière aussi intelligente le patrimoine le plus riche et la création la plus innovante. Or, cet entrelacement heureux de l'héritage et de l'imagination est l'un des défis de « la culture pour chacun », dans la mesure où chacune des passerelles entre le passé et l'avenir est aussi un chemin vers le public. « La culture pour chacun », c'est tout sauf une forme de schizophrénie culturelle qui se solderait par deux intimidations en miroir : celle du tout-ancien et celle du trop-moderne.
Et justement, aucune ville mieux qu'Arles n'est à la fois un écrin patrimonial hors pair et en même temps sait faire aussi bien dialoguer les strates impressionnantes de son devenir historique - l'héritage romain, la profondeur des méditations médiévales dont les pierres gardent la mémoire, la beauté poignante et paradoxale de l'âge industriel - avec la modernité qu'incarne par excellence l'art photographique, dans la mesure où il a été le premier à donner une place aussi importante à la technique et même à la technologie.
Or, la photographie est, depuis quelques années de surcroît, en en pleine expansion et révolution, en vertu précisément de son inscription nécessaire et porteuse dans l'espace évolutif des nouvelles technologies. Par là, elle rencontre un autre enjeu prioritaire de ma « mandature », le numérique, qui constitue une véritable révolution pour tous nos secteurs de la culture et de la communication, et qui est l'un des grands vecteurs de la « culture pour chacun » en vertu de son extraordinaire puissance de créativité et de renouvellement, comme de son potentiel exceptionnel en termes de diffusion des images, des savoirs et des oeuvres.
« Culture pour chacun » car, par le numérique plus encore qu'autrefois - même si l'argentique et le polaroïd portaient déjà en eux cette popularité - la photographie est art particulièrement ouvert à la pratique amateur et participe de cette conviction que la culture doit avoir non seulement des croyants - qui fréquentent avec ferveur ses grand-messes -, mais aussi ses pratiquants, plus humbles peut-être, mais qui sont les relais des innovations et le terreau de la sensibilité artistique. Il y a sans doute aussi, à un certain niveau, une évidence du voir dont bénéficie la photographie comme art et comme pratique, même si cette évidence n'occulte pas, bien sûr, les subtilités qui innervent et structurent plus ou moins secrètement la belle surface de l'image de la « pellicule » et de ses avatars numériques ; tant il est vrai, que comme le disait NIETZSCHE, « rien n'est plus profond que la peau ».
« Culture pour chacun », enfin, parce que ces Rencontres sont exemplaires d'une manifestation « capitale » qui ne se passe pas dans la capitale... Et qui, pourtant, n'a pas eu besoin d'un programme spécifique de délocalisation... Il s'agit bien d'une entreprise locale dont le succès national et même mondial est tellement acquis qu'il n'est même plus nécessaire de préciser dans le nom qu'il s'agit des Rencontres « internationales » de la photographie : chacun sait qu'un « colloque international », c'est un lieu où l'on rencontre un ou deux amis belges ou un « Américain à Paris », et 99% de Français... - je plaisante naturellement ! Bref, les Rencontres d'Arles sont un modèle de réussite d'une opération culturelle internationale en région, une émanation et une construction des artistes, des édiles et des habitants qui rencontre l'intérêt de chacun et s'est acquis, en plus de quarante ans, le soutien de l'Etat et l'attention des plus grands mécènes. A cet égard, je tiens bien sûr à remercier très chaleureusement mon amie Maja HOFFMANN et sa Fondation LUMA, qui a su mettre sa passion et sa générosité au service de ces Rencontres auxquelles elle croit plus que tout autre, et faire appel aux meilleurs pour donner un nouveau visage à ces Ateliers qui sont un peu le laboratoire du photographe de demain. Je vois, en outre, que la photographie est, grâce à vous, en train de réussir sa mutation et d'entrer de plain-pied dans l'ère des grands pôles qui est précisément la forme par excellence que prend actuellement la dimension internationale. Elle transforme l'essai de la pluridisciplinarité en s'ouvrant sur les autres domaines, notamment de l'édition et en bénéficiant pleinement de son ancrage dans la ville de la traduction et de la maison la plus ouverte peut-être aux littératures du monde entier, je veux bien sûr parler des éditions Actes Sud.
Alors, je ne vais pas détailler le très riche programme de ces Rencontres que nous nous avons le plaisir d'ouvrir ensemble aujourd'hui. Je sais qu'elles sont placées sous le signe de la profusion et de la promenade, six déambulations - plus artistiques que monastiques ! - qui nous invitent, dans une liberté toute vacancière et presque buissonnière, à une rencontre de la photographie dans tous ses états.
Nous avons eu déjà, aujourd'hui, la joie de découvrir quelques-unes de ces merveilleuses images qui surgissent et vous tirent par la manche presque à chaque coin de rue. Cette profusion, cette exigence et cette inventivité sont à la mesure de cet événement unique au monde.
Et c'est bien parce que je considère la photographie comme l'un des grands enjeux de patrimoine et de création que j'ai confié à un membre de mon cabinet de suivre personnellement la « Mission de la photographie » que j'ai créée en mars dernier et dont je réserve la primeur à la fraîcheur de demain matin, à l'occasion de ma conférence de presse. J'espère, en maintenant un peu le « suspense », donner un peu de « piquant » à mon discours et éviter, autant que possible de me montrer trop « lourd » en étant trop long...
Voilà. Je vous remercie de votre attention et je vous souhaite à tous et à chacun de magnifiques promenades et d'excellentes Rencontres.
Source http://www.culture.gouv.fr, le 8 juillet 2010