Déclaration de Mme Rama Yade, secrétaire d'Etat aux sports, sur la restructuration du réseau des établissements d'enseignement sportif (CREPS) en Isère, Voiron le 12 juillet 2010.

Texte intégral


I - MES PREMIERS MOTS SERONT POUR ADRESSER UN SALUT TRES AMICAL A L'ENSEMBLE DES PERSONNELS DU CREPS, personnels techniques et pédagogiques, personnels administratifs, personnels ouvriers et de services, personnels de direction.
Pour leur faire part de ma reconnaissance et de mon soutien.
Il y a 18 mois mon prédécesseur annonçait une réflexion sur l'avenir du CREPS de Voiron et sur son maintien ou non dans le réseau des établissements du Ministère.
18 mois c'est long, trop long sans doute.
Dans la vie, on peut prendre du temps soit pour le perdre soit pour trouver des solutions.
Nous avons trouvé des solutions.
Ce qui n'a pas empêché, tout au long de ces mois, des incertitudes sur l'avenir et des inquiétudes sur le sort de chacun des personnels.
J'en suis bien consciente.
C'est pourquoi je vous prierai, Monsieur le Directeur du Creps, Cher Monsieur Poncelin, de bien vouloir faire part à chacun des personnels de mes remerciements pour leur compréhension et le sens de leur devoir.. Durant ces longs mois, ils ont continué en effet à assurer les missions de l'établissement, tout en étant moteur des réflexions sur son devenir.
Car nous le savons tous : expliquer pourquoi on doit restructurer un réseau d'établissements n'est jamais simple. La question de savoir pourquoi on cesse un jour de faire ce qu'on a toujours fait demande de la pédagogie et de la conviction.
Dans ces situations, qui sont difficiles à gérer, l'attention aux hommes et aux femmes doit être une préoccupation constante et exigeante.
On peut toujours douter du bien fondé d'une décision. Mais une fois la décision prise, j'ai veillé et donné toute instruction à mon cabinet et aux directions de mon ministère, pour que la situation de chaque agent soit prise en compte. Telle était la mission confiée à la cellule de reclassement mise en place sous la responsabilité du directeur régional de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale et de la direction du CREPS.
Tel a été aussi le mandat donné aux représentants de l'Etat, tout au long de la négociation sur le devenir du CREPS.
Je sais particulièrement gré aux diverses collectivités, Conseil régional de Rhône-Alpes, Conseil général de L'Isère, Pays Voironnais et Ville de Voiron, d'avoir d'emblée accepter de mettre la question du reclassement des personnels techniques, ouvriers et de service, au premier rang de leurs préoccupations et de ne pas en avoir fait un enjeu polémique de la négociation qui s'ouvrait avec l'Etat.
En cet instant, il demeure encore quelques situations individuelles à régler ou à améliorer.
Je le réaffirme aujourd'hui de manière très claire : il n'y aura pas de trêve estivale et je demande à chacun, avec moi, de mettre toute son intelligence, toute son énergie, pour que le bilan sur ce point soit un succès à l'actif de tous.
II - POURQUOI AVONS-NOUS CONDUIT CETTE REFORME QUI A CONDUIT A RESTRUCTURER LE RESEAU DES ETABLISSEMENTS DU MINISTERE ?
La réforme de l'Etat, ce qu'on appelle la RGPP, la révision générale des politiques publiques, dans une situation de finances publiques contrainte et du resserrement des missions de l'Etat, était une nécessité. .Chaque ministère y a pris sa part.
Admettre cette contrainte économique et de gestion ne suffit pas pour autant à disqualifier le sens des réformes de l'Etat.
Réformer c'est simplement le mouvement de la vie et l'adaptation des institutions au contexte de leur temps. C'est ce qui fait la résilience d'une institution. Sa capacité de durer en s'adaptant.
C'est l'une des caractéristiques du sport en France depuis 50 ans.
Le modèle sportif français s'est renouvelé dans les années 60, sous l'impulsion du Général De Gaulle. Sa marque de fabrique, c'est le volontarisme.
Ce fut l'époque des grandes lois de programmation d'équipements sportifs, qui furent, rappelons-le, les premiers dispositifs de contractualisation entre l'Etat et les collectivités. Ce que nous faisons donc aujourd'hui n'est donc pas entièrement nouveau...
Déjà, ce ministère des sports se voulait novateur !, n'est-ce pas Monsieur Philip, vous dont le grand père a marqué une page fondatrice de l'histoire de ce ministère comme directeur de Cabinet de Maurice Herzog !
Les années 80 ont vu l'émergence d'un processus de professionnalisation de l'encadrement, jamais éteint depuis, et sur lequel certains de nos établissements ont construit leur développement, comme ici, à Voiron.
Ce fut aussi, à côté du sport scolaire et de ce qu'on a encore appelé longtemps le sport extrascolaire, l'émergence, puis l'explosion du sport loisir, dont le développement par exemple des sports de nature, des pratiques d'entretien et de forme, du sport-santé ou des pratiques en pleine croissance chez les séniors, constituent autant d'illustrations... qui ont fait exploser le nombre de licenciés.
Ce fut aussi sur le plan structurel et institutionnel, à côté du ministère l'émergence des services municipaux dédiés au sport, dans les communes ou les départements. Sans parler du transfert de la gestion de l'éducation physique et sportive scolaire au ministère de l'Education nationale, ce qui à l'époque, beaucoup s'en souviennent ici, a contraint le ministère des sports, une nouvelle fois, à repositionner complètement les missions de ses propres établissements, largement consacrées alors à la formation des enseignants d'EPS.
On le voit ce ministère n'a cessé d'évoluer, de se transformer, en profondeur, à l'image de ses établissements.
Aujourd'hui, les mutations structurelles qui traversent le sport ne se limitent pas au seul repositionnement entre les acteurs publics que je viens de rappeler à l'instant.
D'autres repositionnements, d'autres transformations sont apparus :
- l'émergence du mouvement sportif, qui aspire, et c'est légitime, à prendre davantage de responsabilités dans la gestion du sport, tant au niveau national qu'international.
- la professionnalisation du sport de compétition, pur produit de la mondialisation et de médiatisation du sport et des grands évènements sportifs... C'est une réalité, qu'il ne peut suffire de nier et qui bouleverse les équilibres financiers de certaines fédérations !
Au rang de ces transformations structurelles qui influent et déplacent le rôle des acteurs, je citerai enfin l'extraordinaire mutation de l'économie de la formation.
Ce secteur se trouve depuis quelques années soumis aux principes européens de libéralisation de l'offre. Ceci s'est traduit, n'est-ce pas M. le président du Conseil régional, par la généralisation des procédures d'appel d'offres et son corollaire, la systématisation de la mise en concurrence entre les opérateurs.
Or, le modèle économique des Creps était largement fondé à cette époque, un âge d'or diront les nostalgiques, sur une situation de quasi-monopole en matière de formation aux métiers du sport : le ministère des sports, au travers de son directeur régional, arrêtait la nature et le volume de l'offre de formation, mobilisait son propre appareil de formation, et au final, évaluait les stagiaires et délivrait les certifications.
Désormais, ce modèle dominant, exclusif, n'est plus de mise.
La recentrage actuel des missions des CREPS sur les formations ne relevant pas du champ concurrentiel et les quelques formations en environnement spécifique n'est que la prise en compte de ce nouveau contexte économique et législatif de la formation.
De même, le recentrage des missions des CREPS sur l'excellence sportive a conduit le ministère à s'interroger sur l'opportunité de maintenir des établissements, qui du fait de leur histoire, mais surtout de leur positionnement géographique, n'accueillait pas ou peu de filières de haut niveau.
Au titre de ce double recentrage, le CREPS de Voiron, très impliqué dans l'offre de formation et n'accueillant en son sein que 3 pôles de haut-niveau sur les 35 implantés en région Rhône-Alpes, devait se transformer au sein d'un réseau resserré.
III - FALLAIT-IL POUR AUTANT CONSIDERER QUE LES ACTIVITES QUI S'Y TENAIENT N'AVAIENT PAS D'UTILITE SOCIALE ET QUE CETTE EXTRAORDINAIRE PLATEFORME DEDIEE AUX SPORTS, A LA JEUNESSE, A LA VIE SOCIALE ET ASSOCIATIVE, AU CoeUR MEME DE LA VILLE DE VOIRON ET DU DEPARTEMENT DE L'ISERE, DEVAIT DISPARAITRE ?
Elus de cette région, vous m'avez, d'une seule voix, répondu « non ! », lorsque je vous recevais à Paris le 22 septembre 2009.
De mon côté, ma conviction était faite : entre la fermeture pure et simple du site et sa relégation rapide en friche sportive, il y avait place pour une troisième voie.
Vous vous en souvenez certainement, Monsieur le Président du Conseil régional, vous qui conduisiez la délégation des collectivités à laquelle s'était joint M. le Président du CROS : c'est à ce moment là que nous convenions, d'un commun accord, d'ouvrir une concertation pour faire émerger ce projet alternatif.
Je savais que la négociation serait délicate.
Je savais que les sceptiques et adeptes de « l'aquabonisme » s'étonneraient jour après jour de notre persévérance à vouloir aboutir.
Je savais que les contextes électoraux du moment étaient susceptibles de perturber l'esprit de construction de nos collaborateurs et des Elus engagés dans ce long processus de négociation.
Je savais qu'en interne, et ce fut le cas pour chacune de nos institutions, sans exception, il arriverait, à un moment ou à un autre, qu'un service, un bureau, une direction, nous laisse entendre que tout cela est bien compliqué, bien cher aussi et au résultat incertain...
Pour autant, je n'ai jamais douté sur le fond et la volonté d'aboutir fut constante.
Nous nous sommes donc retroussés les manches, nous ne nous sommes jamais découragés et aujourd'hui la signature du protocole, Mesdames et Messieurs, est le témoignage concret de cette volonté.
Il nous aura fallu 9 mois de négociations, ce qui est en réalité extrêmement court, pour finaliser le protocole que va être signé dans un instant entre le Préfet de l'Isère, au nom de l'Etat, quatre collectivités territoriales et le mouvement sportif.
9 mois et beaucoup de problèmes humains, administratifs, juridiques, financiers réglés, les uns après les autres.
Permettez-moi d'en remercier tous les négociateurs sans exception.
Cet accord repose sur un engagement solide, convaincant, bien équilibré autour de 4 principes :
- 1- la volonté de maintenir une vocation sportive prioritaire au site, par l'intérêt manifesté, très rapidement, par la communauté d'agglomération du Pays Voironnais de se porter acquéreur du site ;
- 2- la conviction qu'un accord était la condition, je dis bien la seule condition, à un reclassement le meilleur possible, des personnels du CREPS, et notamment des personnels TOS, très impliqués professionnellement, affectivement, socialement dans cet établissement et son environnement voironnais ;
- 3-l'engagement ferme des négociateurs publics à favoriser l'émergence d'un projet de continuation, au travers de diverses mesures d'accompagnement pour faciliter la transition entre la gestion du Creps et la nouvelle structure déléguée par le nouveau propriétaire, le Pays Voironnais ;
- 4- Enfin, la confiance accordée au projet de continuation proposé, dès l'annonce du risque de fermeture du Creps, par un collectif des personnels.
IV - JE VOUDRAIS M'ARRETER UN INSTANT SUR CET ASPECT ESSENTIEL, DETERMINANT, SYMBOLIQUE DU PROJET, VOULU, CONÇU, PENSE AU DEPART PAR LES PERSONNELS EUX-MEMES.
L'exemplarité de la démarche :
- traduit l'extraordinaire motivation et attachement des personnels aux missions qui sont les leurs au service de la vie associative, du développement sportif et en matière de formation ;
- contredit cette image trop souvent négative que certains se complaisent à colporter de fonctionnaires désenchantés, déboussolés, rétifs à toute innovation et prises de risques ;
- témoigne de la capacité des personnels salariés à se reconnaître dans des dynamiques économiques et sociales collectives, inspirées des valeurs de l'économie sociale et de l'esprit coopératif. Bref, de l'intérêt général !
Tous ceux qui aujourd'hui se croient fondés à faire un pronostic, évidemment critique et sceptique, sur la fiabilité du modèle économique du repreneur, ne rendent service à personne ; ils leur manquent une qualité essentielle qui sied à l'entreprenant, à l'innovateur, au créateur : l'optimisme et la volonté de réussir. .
Dès demain, va s'écrire une nouvelle page du Domaine de la Brunerie, qu'on continuera, probablement longtemps encore, à appeler le « Creps de Voiron ».
Soyez certain, Monsieur le président de la Communauté d'agglomération du Pays Voironnais, Soyez certain, Monsieur le président de l'Association Tremplin Sport Formation et toute votre équipe, de l'engagement de mon ministère à vous accompagner, pour relever ce défi, pour que ce site du Creps de Voiron, continue à être un pôle majeur pour le développement et le rayonnement du Pays Voironnais, au service du sport et de la vie associative dans le Département de l'Isère et pour l'ensemble de la région Rhône-Alpes.
V - VOUS L'AVEZ COMPRIS, MESDAMES ET MESSIEURS, LA MOBILISATION DU MINISTERE DE LA SANTE ET DES SPORTS SUR CE PROJET, NE DOIT PAS S'INTERPRETER COMME UNE SIMPLE GESTION SOCIALE DE MESURES DE RESTRUCTURATION DE SERVICES ET D'ETABLISSEMENTS AUXQUELLES L'ETAT SERAIT CONTRAINT.
La gestion de ce dossier ne s'analyse pas davantage comme un désengagement de l'Etat en matière de sport en Région Rhône-Alpes.
Pour deux raisons que je vais illustrer.
D'abord, le maintien dans le réseau des Etablissements du site de Vallon Pont d'Arc, siège du pôle ressource national des sports de nature, dont l'expertise est avérée et très largement reconnue au plan national. Les effectifs de Vallon seront renforcés dès le 1er septembre. Et, j'ai demandé au préfet de l'Ardèche d'ouvrir un tour de table pour mieux inscrire les activités de ce site, et la rénovation de ses infrastructures, dans la dynamique du développement territorial de l'Ardèche, auquel il contribue depuis 50 ans déjà.
Je crois savoir que l'établissement fêtera, comme il se doit, cet anniversaire à partir d'octobre prochain.
L'implantation à Chamonix de la nouvelle Ecole nationale des sports de montagne, regroupant aux côtés de l'Ecole nationale de Ski et d'alpinisme, le Centre national du nordique et de la moyenne montagne de Prémanon dans le Jura, renforcera dans les prochaines semaines, le rayonnement de la région Rhône-Alpes et son image de « terres de sport » , tant au niveau national qu'international.
La région Rhône-Alpes demeure donc une des très grande régions sportives de France et l'Etat y est présent, actif et novateur au service du sport, de la jeunesse et de la vie associative.
Nous savons bien, n'est-ce pas, M. le Ministre, Cher Jean-Jack Queyranne, ainsi que tous vos collègues des collectivités qui d'emblée se sont trouvés à nos côtés, nous savons bien, n'est-ce pas, M. le président du comité olympique et sportif rhône-alpin, que nous pouvons être fiers de ce que nous allons voir ce mettre en place, ici, à partir du 1er septembre. Nous pouvons aussi, et tout autant, mesdames et messieurs, être fiers d'avoir su, trouver une solution intelligente qui privilégie l'intérêt général.
Nos encouragements vont maintenant à ceux qui vont à Voiron continuer à faire vivre les valeurs d'éducation, d'émancipation, de citoyenneté, qui firent ces dernières décennies, qui font présentement, et qui continueront à faire demain, l'âme de ce lieu.
Je vous souhaite plein succès.
Je vous remercie.
Source http://www.sports.gouv.fr, le 20 juillet 2010