Interview de Mme Anne-Marie Idrac, secrétaire d'Etat au commerce extérieur, dans "le Figaro" le 6 août 2010, sur les résultats du commerce extérieur au premier semestre 2010.

Texte intégral

Q - Les échanges mondiaux sont repartis à la hausse sur la première moitié de l'année 2010. La France a-t-elle bénéficié de cette reprise ?
R - Tout à fait. La trajectoire de nos échanges a suivi le regain de croissance mondiale. Nos exportations ont progressé de 10 % au premier semestre par rapport à la même période l'an dernier, un niveau comparable à celui de nos voisins européens. Dans la compétition mondiale, la France ne perd plus de parts de marché. Aujourd'hui, nous exportons pour 1 milliard d'euros de produits chaque jour ! La France est particulièrement bien positionnée sur les secteurs de la pharmacie et de l'aéronautique. Quant à l'agriculture, elle se redresse, après la forte chute des ventes de vins et spiritueux l'an dernier.
La facture des importations, elle, continue de grimper à cause des prix du pétrole.
Q - Au point de creuser de nouveau le déficit commercial ?
R - Au cours du premier semestre 2009, le prix du baril était en moyenne de 40 euros. Ce semestre, il a été à 58 euros. Ceci s'explique à la fois par la hausse du prix du pétrole et la baisse de l'euro. Notre facture énergétique s'en trouve renchérie, le déficit en souffre : il était de 20 milliards au second semestre 2009, il s'approche de 24,5 milliards pour le premier semestre 2010. Et les trois quarts de cette dégradation viennent de la note énergétique.
Q - Vous parlez de l'euro, une bonne nouvelle quand même pour nos exportations...
R - Oui, c'est un booster de compétitivité. On commence à en ressentir les effets. C'est important, dans la mesure où nous voulons développer une politique export tournée vers les pays à forte croissance - l'Asie, l'Amérique du Sud, etc. Le mouvement a déjà commencé : au premier semestre, les exportations françaises ont progressé de 36 % vers la Chine et de 50 % vers le Brésil. Mais il faut poursuivre nos efforts. Traditionnellement, nous exportons environ 60 % de nos produits en Europe. Il ne faut pas rester sur nos prés carrés.
Q - Les entreprises, notamment les PME, sont-elles prêtes à ce virage ?
R - Les grandes entreprises l'ont évidemment déjà pris. Les grands contrats ont représenté 10 milliards d'euros au premier semestre. Et un certain nombre d'entre eux sont dans les tuyaux. Ce qui ne nous a pas empêché, avec la ministre de l'Economie, Christine Lagarde, de lancer une réflexion sur les systèmes de financement, les partenariats stratégiques entre les entreprises françaises ou encore l'adaptation à la demande du client. Même si on ne peut pas gagner tous les contrats, l'échec de la centrale nucléaire d'Abu Dhabi nous incite à nous poser des questions. L'Argentine, où je me suis rendue récemment, est en train de réfléchir au choix d'un partenaire pour sa quatrième centrale ; la France est sur les rangs.
Quant aux PME, elles peuvent compter sur Ubifrance, l'agence publique de soutien à l'export qui leur est dédiée. Nous avons décidé d'augmenter son budget de 20 % l'an prochain, ce qui est un effort considérable, en ces temps de restrictions budgétaires. Ubifrance a comme objectif de réaliser 60 % de ses accompagnements d'entreprises dans les nouveaux pays en croissance. C'est toute l'équipe de France de l'export qui est en marche, pour continuer à faire du commerce extérieur le moteur de la croissance qu'il est depuis fin 2008.
source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 9 août 2010