Déclaration de M. François Fillon, Premier ministre, sur l'aménagement touristique du territoire, notamment dans le cadre de partenariats public-privé, à Paris le 14 septembre 2010.

Texte intégral

Mesdames et Messieurs,


C'est un très grand plaisir pour moi de vous accueillir aujourd'hui à Matignon pour donner un nouvel élan à un projet qui représente un partenariat public-privé qui est absolument sans égal dans notre pays.
Vous l'avez dit, monsieur le Président, depuis 23 ans, la Convention pour la création et l'exploitation d'Euro Disneyland offre un exemple de ce que peut donner l'alliance de compétences des pouvoirs publics et de l'investissement privé.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes : les 650 millions d'euros d'investissements publics investis ont attiré près de 7 milliards d'euros d'investissements privés. 56.000 emplois sont nés, plus de 215 millions de touristes sont venus se divertir dans les parcs de Disneyland Paris.
Et pourtant, pour ceux qui s'en souviennent, en 1987, le pari n'était pas gagné d'avance.
Il a fallu beaucoup d'audace, de la confiance et une part d'anticipation visionnaire de la part des pouvoirs publics pour s'ouvrir à l'installation d'un grand parc, d'origine américaine et d'envergure européenne, à l'orée de notre capitale.
Et bien vingt ans après, le succès d'Eurodisney est devenu l'un des emblèmes d'une France ouverte aux investissements étrangers et capable de développer une industrie touristique de grande ampleur.

Si le pari de 1987 a été un pari gagnant, c'est d'abord parce que chacun s'est fait confiance, c'est parce que nous avons tous misé sur la complémentarité de nos compétences.
L'Etat et les collectivités locales ont oeuvré ensemble, et au premier rang d'entre-elles, je veux citer le Conseil régional d'Ile-de-France et le département de Seine-et-Marne qui ont été des partenaires absolument décisifs de ce projet.
Il a fallu aussi la mobilisation de la RATP et l'Etablissement Public d'Aménagement pour que l'ensemble des acteurs publics soit prêt à accueillir l'expérience et le dynamisme d'Euro Disney.
Aujourd'hui encore, le projet que nous pérennisons prend en compte l'ensemble des intérêts de ceux qui vivent et de ceux qui travaillent sur ce territoire.
Et si cette nouvelle étape est possible, c'est encore, et je veux le dire devant vous, grâce à la mobilisation remarquable aux côtés de l'Etat de Jean-Paul Huchon et de Vincent Eble.

Nous sommes connus pour notre scepticisme, et pourtant le monde nous regarde d'un autre oeil, puisque depuis 2007, la France est le deuxième pays d'accueil européen pour les investissements étrangers créateurs d'emploi.
En 2009, nous étions le premier pays d'Europe par le nombre d'investissements étrangers créateurs d'emploi dans l'industrie et dans les éco-technologies, et nous étions en tête pour les emplois créés par les investissements étrangers dans les activités de recherche et développement, et de logistique.

Si les investisseurs étrangers choisissent la France, s'ils sont trois fois plus nombreux à venir implanter leurs quartiers généraux dans notre pays qu'auparavant, c'est parce que notre pays est perçu comme solide, parce qu'il est perçu comme moderne et solidaire. C'est aussi parce que nous avons des infrastructures de qualité et parce que nos concitoyens sont considérés comme productifs et bien formés.
C'est enfin, parce que ces investisseurs jugent favorablement les mesures que nous avons prises.
Je pense au crédit d'impôt recherche, à la suppression de la taxe professionnelle, mais aussi au programme d'investissements d'avenir.

Et à l'heure où la bataille pour l'emploi dans notre pays, comme tous les grands pays développés est si cruciale, le nouvel élan que nous donnons à la convention est un atout formidable. A l'horizon 2030, ce sont entre 70 et 100.000 emplois qui verront le jour, induits directement et indirectement, par l'activité touristique et par l'extension urbaine.

Pour la première fois depuis le début 2008, notre économie a recommencé à créer de l'emploi en 2010.
Le taux de chômage a diminué de 0,2 point au deuxième trimestre, et le nombre d'inscriptions à Pôle Emploi a reculé en juin et en juillet.
Ce sont des tendances encourageantes.
Elles tiennent à la bonne tenue de l'activité mais aussi aux effets de la politique de l'emploi.
Nous avons agi avec les partenaires sociaux pour amortir les effets de la crise qui nous a frappés, comme les autres pays développés. L'activité partielle pour prévenir les licenciements, le soutien massif à l'apprentissage et à l'alternance, l'aide à l'embauche des personnes les plus en difficulté avec les contrats aidés, le développement de la formation professionnelle, tous ces dispositifs nous ont permis de tenir le choc de la récession.

L'évolution de l'emploi des jeunes est particulièrement significative : le chômage des jeunes a sensiblement diminué dans notre pays, - 5,2 %, depuis son pic de mai 2009, et vous savez qu'à partir du 1er septembre, les jeunes actifs déjà engagés dans la vie professionnelle pourront bénéficier avec le RSA d'un complément de revenus afin de pouvoir s'insérer durablement dans l'activité.

Ce sont des chiffres encourageants, et c'est dans ce contexte, monsieur le Président, que nous accueillons avec enthousiasme cette nouvelle étape dans le partenariat avec Eurodisney.

DisneyLand Paris, c'est le premier site touristique en Europe.
En France, le tourisme emploie un peu plus de deux millions de personnes. Il contribue à près de 7 % de notre PIB, et il génère d'importantes rentrées de devises.
Et aujourd'hui, Hervé Novelli, comme tous les acteurs qui sont ici le savent bien, nous sommes confrontés à des nouveaux défis. Le marché mondial du tourisme est en pleine expansion, on s'attend à ce que les flux touristiques mondiaux doublent d'ici 2020. Cela nécessite évidemment une adaptation permanente de notre offre touristique. Et nous voulons que Paris et que l'Ile-de-France demeurent une destination phare dans le monde.

L'avenant que nous signons aujourd'hui renforce l'offre autour des parcs actuels. Il double leur capacité d'accueil, il offre la possibilité de créer un troisième parc après 2020, et il triple la capacité hôtelière.

Ces projets hôteliers vont bénéficier du nouveau système de classement des hébergements touristiques marchands instauré par la loi de 2009, qui rend notre offre hôtelière plus réactive. Ce nouveau classement rend en particulier cette offre plus lisible.
Il a permis la création de la 5e étoile, qui a été attribuée à ce jour à plus de 100 établissements. Cette nouvelle catégorie permet aux établissements français de bénéficier d'un niveau de reconnaissance analogue à celui dont bénéficiaient déjà leurs concurrents.
C'est un atout pour l'accueil des congrès, pour celui des réunions d'affaires, sur lesquels nous sommes en compétition avec d'autres destinations prestigieuses dans le monde.
J'observe que depuis la réforme, la fréquentation de l'hôtellerie haut de gamme connaît déjà une hausse significative.
Dans la même logique, Hervé Novelli a engagé ces dernières semaines une réflexion sur la création d'un label «Palace», réservé à un nombre très réduit d'établissements d'exception.
Je souhaite que ce label soit effectivement créé, parce qu'il permettra de mettre en valeur à l'international l'excellence française dans ce domaine, qui s'appuie notamment sur le savoir-faire de nos artisans.

Pour le Val d'Europe, nous introduisons une nouveauté, avec la mise en oeuvre des « Villages Nature ». C'est un projet de tourisme durable, qui est porté par un champion américain et un champion français, Disney et Pierre et Vacances, qui est le leader européen des résidences de tourisme.
A terme, ce projet permettra de créer 9.000 emplois. Sa première phase, qui est prévue pour 2015, représente à elle seule un investissement de 650 millions d'euros.
C'est un projet qui est destiné à devenir une véritable référence internationale en termes d'insertion environnementale.

Le nouvel avenant s'est donné pour ambition de développer l'ensemble du secteur du Val d'Europe, à l'Est de Paris.
Ces territoires accueillent 28.000 habitants ; en 2030, ils pourront en accueillir plus du double grâce à un ambitieux programme de construction de logements.
Accroître de façon significative la construction de logements en Ile-de-France, c'est l'un des objectifs du Grand Paris et de la Région.
Les projets de Val d'Europe y participeront très largement.
Je sais que Benoist Apparu et le Préfet Canepa y travaillent en lien avec les collectivités, et notamment la région Ile-de-France.

Tout l'enjeu, c'est que les nouveaux quartiers qui naîtront de l'élan donné par les projets touristiques privilégient un cadre de vie de qualité.
Nous voulons ensemble que ces quartiers soient de vraies villes : d'une part, les habitants bénéficieront de la proximité d'un bassin d'emplois en pleine croissance, et d'autre part, l'implantation de services et de commerces est prévue, ainsi que des infrastructures de transport améliorées, et notamment de transport en commun.

Les habitants de nos communes apprécient leur cadre de vie, et je dis aux maires qui sont présents ici que ces projets urbains doivent contribuer à l'améliorer encore.
Les échecs du passé doivent nous instruire.
Le dynamisme qui a présidé à la mise en place des villes nouvelles comme celle de Marne La Vallée peut désormais s'appuyer sur des méthodes de mise en oeuvre que le Grenelle de l'environnement a fait profondément évoluer.
Il n'y a pas de projet d'aménagement durable sans lien avec les territoires concernés, c'est la raison pour laquelle la croissance envisagée doit bénéficier aux espaces qui les accueillent.
Une concertation a été conduite avec les communes du syndicat d'agglomération nouvelle et vient de se traduire par un protocole avec l'Etat et l'établissement public d'aménagement.
Une nouvelle phase du projet concerne également les communes du Sud de l'autoroute A4 qui vont accueillir les Villages Nature de Val d'Europe.
Là encore, les attentes des communes seront prises en compte, parce que c'est une aventure commune qui est engagée et sa réussite dépend de nous tous.

Voilà, Mesdames et Messieurs,

La France a besoin de croissance, cette croissance ne se décrète pas, elle se gagne !
Elle se gagne par des réformes. Elle se gagne par une rationalisation de la dépense publique qui doit être plus efficace.
Elle se gagne aussi par la mise en oeuvre d'investissements d'avenir, comme celui qui nous réunit cet après-midi.
Voila la raison pour laquelle, outre le grand plaisir d'accueillir une grande entreprise mondiale et son responsable, j'ai estimé nécessaire de vous réunir ici pour que nous puissions solennellement marquer ensemble cet évènement.


Source http://www.gouvernement.fr, le 21 septembre 2010