Interview de M. Patrick Devedjian, ministre chargé de la mise en oeuvre du plan de relance, à France Info le 22 septembre 2010, sur la mobilisation contre la réforme des retraites, le budget 2011 et le coût du plan de relance.

Texte intégral

R. Duchemin.- Bonjour P. Devedjian.
 
Bonjour.
 
Merci d'être en direct avec nous ce matin pour parler des sujets de l'actualité, l'UMP notamment qui va ouvrir ses journées parlementaires demain, mais aussi la grève, la grève annoncée pour demain. Journée de mobilisation, 231 défilés, et des déclarations, de B. Thibault, de F. Chérèque ce matin, qui parlent d'un mouvement durable, et qui préviennent en quelque sorte le Gouvernement.
 
Oui, j'ai entendu monsieur Thibault sur votre antenne. J'ai d'abord eu le sentiment qu'il y avait un peu de l'eau dans le gaz dans le front syndical, parce que quand monsieur Thibault dit : nous ne sommes pas des syndicalistes de salon, je me demande à qui il pense en disant cela. Et c'est vrai aussi que les Français se rendent compte que cette réforme, elle est inévitable.
 
Ça n'est pas au Gouvernement qu'il s'adresse en disant : nous ne sommes pas des syndicalistes de salon, nous ne sommes pas là juste pour discuter, nous sommes là aussi pour nous mobiliser...
 
Ben, le Gouvernement, ce n'est pas des syndicalistes...
 
Non, mais...
 
Le Gouvernement, ce n'est pas des syndicalistes de salon, alors, s'il y a des syndicalistes de salon...
 
Mais ils vont peut-être vous montrer demain qu'ils ne sont pas dans les salons, mais précisément dans la rue, non ?
 
Oh, ben non, je pense qu'ils sont légalistes, je pense qu'ils sont légalistes. D'ailleurs, il faut reconnaître cela, les manifestations se sont toujours passées dans l'ordre et la dignité, et c'est très bien comme ça. Mais je pense aussi que quand on est légaliste et démocrate, on respecte le processus parlementaire. Ce n'est pas la rue qui fait la loi, même pas la manifestation, c'est le Parlement, et le Parlement il est à l'écoute...
 
Alors, précisément, il y a une étape qui arrive au Sénat...
 
Il y a une étape qui arrive, bien sûr...
 
Importante, avec des amendements annoncés, on sent que la majorité n'est pas forcément toujours d'accord avec le Gouvernement, on a entendu G. Larcher s'exprimer notamment.
 
Mais bien sûr, le débat est ouvert, et chacun peut faire ses propositions, le Gouvernement écoute et il écoute les syndicalistes, et il écoute les manifestants...
 
Et il entend ?
 
Et il y a encore bien entendu une marge de négociation.
 
Alors, F. Fillon a dit hier soir, en tout cas, il a confirmé hier soir qu'on allait raboter les niches fiscales et sociales : 10 milliards d'euros en 2011, 12,5 en 2012, si les comptes sont bons, la dernière visée étant celle qui concerne les couples, on en a beaucoup parlé ; Matignon est pour, le ministre du Budget aussi, il l'a même dit hier sur un plateau télé. Est-ce que l'Elysée y est aussi plutôt favorable, parce que c'est une mesure qui n'est pas très populaire finalement ?
 
Je ne suis pas le porte-parole de l'Elysée, mais je pense...
 
Vous pensez que c'est quelque chose qu'il faut faire ?
 
Eh bien écoutez, c'est une mesure qui rapporte 500 millions, c'est-à-dire beaucoup d'argent. Et en même temps, vous voyez bien aujourd'hui la situation du mariage, c'est aussi une situation qui, souvent, est pénalisée par exemple par rapport à la vie en concubinage, il vaut mieux par exemple, si c'est une question de fiscalité... moi, je crois qu'on se marie par amour, parce que c'est un engagement de longue durée, on ne se marie pas pour des raisons fiscales, donc je ne vois pas de raisons de donner une prime la première année. Alors pourquoi... d'ailleurs, la crise des couples c'est au bout de trois ans ou sept ans, donc c'est peut-être au moment critique qu'il faudrait faire des offres fiscales ; donc ce n'est pas ça le débat. Le débat c'est peut-être que parfois, par exemple, on a intérêt à faire deux déclarations séparées quand on vit ensemble, donc si c'est une question fiscale, vous voyez, le système n'est pas déjà tout à fait équitable.
 
Alors, il y a aussi la fin du plan de relance qui arrive. Si j'ai bien entendu F. Baroin, hier soir, toujours, 16 milliards de moins sur la facture pour l'Etat. Dites-moi, on a quand même l'impression, P. Devedjian, que c'était une bonne idée au début, ce plan, et que tout le monde est un peu pressé qu'il se termine.
 
Mais c'est une idée coûteuse, mais c'était une tellement bonne idée au début que nous avons eu les meilleurs résultats d'Europe, je vous rappelle...
 
Oui, très coûteuse quand même...
 
Eh bien, oui, enfin, c'est très coûteux, c'est aussi de l'investissement...
 
Oui, la Cour des Comptes a quand même dit que ça avait coûté beaucoup plus cher que ce qui était prévu, et que son coût était supérieur à son impact sur la croissance.
 
Ça, la Cour des Comptes n'en sait rien, pour une raison très simple, c'est que la mesure sur la croissance, ça se mesure à la fin de l'année 2010. Et le calcul de la Cour des Comptes, il est sur une partie de la période.
 
Donc la Cour des Comptes fait des spéculations ?
 
Oui, mais je vais vous dire, ce qui compte dans cette affaire, c'est que la France a eu la plus petite récession d'Europe en 2009, moins 2,5 ; l'Allemagne a fait moins 4,9. Vous croyez que c'est tombé du ciel ça ? C'est le résultat du plan de relance, et le résultat du plan de relance, ce sont des investissements qu'on retrouve en 2010, qu'on retrouvera en 2011. Donc si vous voulez calculer l'impact, il faut le calculer sur la durée.
 
Alors demain, vont débuter les journées parlementaires de l'UMP, P. Devedjian, c'est attendu ce rendez-vous, pour plusieurs raisons, d'abord parce que l'ambiance est plutôt, plutôt à la désunion, on a entendu les Villepinistes qui veulent monter un groupe parlementaire, certains centristes qui ont des velléités de se présenter à la présidentielle. Alors hier, du coup, je voudrais qu'on écoute ensemble F. Fillon, il a jugé visiblement utile de recadrer un petit peu tout le monde. F. Fillon, Premier ministre : Et dans ces temps troublés et difficiles, dans ces temps où toutes les certitudes intellectuelles sont bousculées, il faut rester concentré sur des principes simples : dans l'épreuve, nous avons besoin d'unité nationale plutôt que de chamailleries partisanes. Ça veut dire quoi, P. Devedjian, retour à la majorité godillot ?
 
Non, justement pas, mais ça veut dire que quand on n'aborde pas les débats de fond, on se perd dans des débats politiciens. Et ce qui est important, c'est d'arriver sur le fond. Par exemple, sur les questions des retraites, moi, je pense que la majorité aurait dû avant - la majorité, je ne parle pas du Gouvernement, la majorité, comme on l'a fait un peu à l'Assemblée nationale, mais, de mon point de vue, pas assez dans le parti, on aurait dû - débattre sur le fond des choses. Quand on ne débat pas sur le fond des choses, on débat sur le politicien, les petites phrases et les choses comme ça.
 
Pourquoi est-ce que le parti justement ne débat pas des questions de fond ? Est-ce qu'il est mal géré ? On vous a entendu, à plusieurs reprises, critiquer X. Bertrand, disons-le, vous l'avez quand même traité de « gentil organisateur »
 
Non, mais je ne critique pas... je critique la philosophie, si vous voulez, je ne critique pas les personnes, d'abord, parce que diriger un parti politique et un parti de la majorité, c'est très difficile, je sais...
 
Oui, vous y êtes passé...
 
J'ai subi ça, donc c'est très difficile, et je ne jette la pierre à personne, et pas à X. Bertrand non plus. Mais simplement, il y a...
 
C'est un bon patron de l'UMP aujourd'hui ?
 
Mais simplement, sur la question de méthode, sur la question de méthode, je crois qu'il est premièrement important de se situer en avant du Gouvernement sur les débats, bien avant pour déminer le terrain, et non pas derrière pour seulement le soutenir. Il faut être devant. Et deuxièmement, il faut aller sur les débats de fond, pour éviter les débats politiciens.
 
Précisément, en ce moment, on a plutôt le sentiment qu'à l'UMP, on est sur des débats de personnes : la succession notamment de X. Bertrand. Vous pensez que J.-F. Copé a vraiment envie de prendre les rênes du parti...
 
C'est le président de la République qui est le grand organisateur de tout cela, et donc c'est lui qui fera les choix. Mais je pense qu'il faut profiter d'ailleurs des journées parlementaires pour avoir ces débats de fond.
 
Dernière question, P. Devedjian, on se dirige vers un remaniement annoncé au Gouvernement, c'est aussi la fin de votre mission en tant que ministre de la Relance. Pour le prochain Gouvernement, est-ce qu'il faudra qu'il soit, selon votre formule consacrée, plus ouvert aux Sarkozystes ?
 
Il faudra surtout qu'il soit, je dirais, resserré pour donner aux Français le sentiment qu'il s'attache à l'essentiel.
 
Et vous souhaitez rempiler ?
 
Mon souhait n'a aucune importance, on ne constitue pas un gouvernement pour faire plaisir, moi, je souhaite être utile si je peux l'être, mais il y a bien des manières d'être utile.
 
Merci P. Devedjian d'avoir été en direct avec nous sur France Info.
 Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 23 septembre 2010