Déclaration de Mme Rama Yade, secrétaire d'Etat aux sports, sur le modèle français du sport, le rôle de l'Institut national du sport et de l'éducation physique (INSEP) et la préparation des Jeux Olympiques de Londres en 2012, Paris le 21 octobre 2010.

Texte intégral


J'avais annoncé, le 6 octobre à La Sorbonne, devant tous les acteurs du sport en France, mon souhait que soit lancée une réflexion de fond sur les conditions de recrutement, de formation et d'exercice des CTS.
Un groupe de travail a été institué, des recommandations discutées, des orientations proposées.
Je voudrais aujourd'hui que l'on se fixe ensemble une feuille de route autour d'objectifs concrets.
Permettez moi d'abord, Chers Amis, une réflexion personnelle, et une conviction :
Vous tous, directeurs techniques nationaux, mais également vos équipes, experts de haut niveau, entraîneurs nationaux, conseillers techniques nationaux ou régionaux, vous exercez un métier difficile mais qui est au coeur de l'excellence sportive française.
Vous êtes le fer de lance de ce ministère et, si j'osais, sa légion sacrée.
A bien des occasions, lors d'échanges avec certains d'entre vous sur le terrain, lors de mes nombreuses rencontres avec les représentants du mouvement sportif, devant la représentation parlementaire ou dans les médias, j'ai rappelé cette évidence et cette conviction : la qualité de nos directions techniques nationales est essentielle au rayonnement sportif de notre pays.
Je voudrais être d'une clarté absolue : votre existence même, au coeur de la relation entre l'Etat et chacune des fédérations sportives, est la clef de voute et même le symbole du modèle sportif français.
Cette singularité institutionnelle je l'assume complètement. Certains ont voulu remettre en cause cette architecture qui est au fondement de notre organisation du sport en France. De bons esprits ont considéré que l'amélioration, l'adaptation permanentes de nos politiques sportives passaient nécessairement par le renoncement à ce socle unique.
Ce n'est pas la politique que j'ai menée ; j'ai souhaité tout au contraire mesdames et messieurs les DTN et cadres techniques, que vous continuiez a incarner l'intérêt général et que vous restiez les représentants efficaces de l'Etat au service des politiques sportives conduites en pleine responsabilité par les fédérations délégataires.
? Etre arrimé à des principes solidement établis ne signifie pas pour autant l'immobilisme. Le sport c'est le mouvement, l'ouverture aux changements, l'adaptation permanente à un monde qui bouge et à des acteurs eux-mêmes en mouvement. Pour être fidèles à nous mêmes et à notre ambition, nous devons nous aussi nous interroger, nous renouveler, puiser aux meilleures idées.
Une administration, c'est aussi un corps vivant, et pas seulement des statuts et des situations. Je ne défends pas une administration d'âmes mortes, mais de projets, d'ouverture, de vocation et de passion.
Je sais pouvoir compter sur la direction des ressources humaines et de sa directrice Michèle Kirry, qui ne m'en voudra pas d'associer Françoise Liotet, pour trouver les solutions et les dispositifs qui répondent le mieux à cette ambition.
Il ne s'agit pas en l'espèce d'inventer des montages et des procédures « maison », un peu bricolés, et qui nous isoleraient, mais au contraire d'utiliser les nouveaux outils de modernisation de l'Etat au service des missions qui sont les vôtres.
La DRH s'est pleinement impliquée dans le groupe de travail aux cours des mois passés et saura en mettre oeuvre ces recommandations.
Je saisis cette occasion pour remercier chaleureusement tous ceux qui ont participé à cette réflexion sur les missions des CTS. Il ne s'agissait pas de remettre en question un dispositif qui a fait la preuve de son efficacité, mais plutôt de réfléchir à vos missions, à votre positionnement, à l'élargissement du vivier des compétences, aux modes de recrutement, de rémunération, d'évolution de carrière et de reconversion.
? Je voudrais mettre en avant les 4 enjeux indispensables pour que les directions techniques nationales continuent à perpétuer les valeurs d'excellence au service du sport français et du meilleur rang de le France dans le concert sportif international.
- Le premier enjeu est celui du recrutement.
Un corps d'élite ne peut résulter que d'un recrutement d'exception et de notre capacité à constituer, entretenir des viviers suffisants et de qualité.
Le principe de recrutement des professeurs de sport, par la voie externe, au niveau du master, doit être considéré comme acquis.
J'ai voulu cette reconnaissance.
Ne laissons pas à penser que ce choix était en effet une évidence, naturelle en quelque sorte, en référence à ce qui est mis en place pour les enseignants relevant du Ministère de l'Education nationale.
Rien ne nous obligeait à une quelconque automaticité.
Nous avons fait ce choix parce qu'il nous semble indispensable de positionner ce corps d'encadrement technique et pédagogique du ministère des sports à un haut niveau de référence universitaire.
C'est tout sauf un choix anodin, tant ses conséquences financières, statutaires sont importantes.
Mais ce choix de la « mastérisation » doit être mis en perspective avec la volonté de mieux diversifier et professionnaliser nos processus de recrutements.
Professionnaliser, c'est d'abord réformer les épreuves du concours, avec la volonté de voir les nouvelles épreuves en place dès le concours 2012.
Professionnaliser, c'est conforter la troisième voie de recrutement ouverte à ceux dont la compétence est traduite par une expérience avérée et la possession d'une qualification sportive reconnue dans le domaine du sport.
Professionnaliser, c'est enfin réinventer une formation professionnelle initiale et tout au long de sa vie professionnelle.
Je confirme que ce chantier est aujourd'hui ouvert, et j'invite la directrice des ressources humaines, en lien avec le directeur des sports, à les mener à terme le plus rapidement possible, en commençant dès à présent les concertations avec les organisations syndicales.
La professionnalisation de l'encadrement technique, dans certaines disciplines ou à certaines phases de développement, amènera à recourir à d'autres formes de recrutement, comme le détachement d'ores et déjà largement pratiqué dans le corps et dans l'emploi de professeurs de sport, ou le recrutement sur contrat.
A ce titre, il me paraît indispensable que les contrats de préparation olympique, puissent, au fur et à mesure des dispositions de valorisation de vos fonctions, et en prenant en compte les situations individuelles, être prioritairement affectés au recrutement des cadres spécifiquement recrutés en référence à des priorités et des échéances olympiques et de haut niveau.
? Cette rénovation de nos procédures de recrutement serait insuffisante si elle ne s'accompagnait pas d'avancées à la fois dans le niveau de rémunération, qui tiennent pleinement compte des exigences et des contraintes exceptionnellement fortes de vos fonctions.
Un premier outil prometteur pour mieux positionner statutairement les professeurs de sport exerçant les fonctions de direction technique est le « grade à accès fonctionnel ».
L'instauration du « GRAF », permettra l'accès aux corps des échelles lettres, qui correspond à la reconnaissance que l'Etat attend de vos responsabilités, tout en garantissant un maintien indiciaire au-delà des fonctions exercées.
Le droit d'accès à ce grade tiendra compte de la diversité des parcours et des responsabilités antérieurs, y compris des responsabilités autres que celle de DTN, pour en faire un outil efficace et ouvert de promotion professionnelle pour l'ensemble du corps des professeurs de sport.
J'ai demandé à Madame Kirry de mettre en oeuvre ces mesures sans plus attendre.
? Je conclurai ce point en évoquant la sécurisation de certaines formes de rémunération, de nature indemnitaire.
Le recours aux contrats de préparation olympique a correspondu à une phase de montée en puissance de vos métiers, dans un contexte administratif, budgétaire, statutaire et réglementaire peu adapté à la prise en compte des spécificités de vos contraintes. Il est nécessaire cependant de redonner à ces contrats leur vocation initiale tout en réfléchissant à des dispositifs de primes de fonction et de résultats.
J'ai demandé à nos directeurs d'administration centrale de bien vouloir explorer et expertiser, avant d'en débattre dans le cadre du dialogue social, avec les organisations syndicales.
Car ce processus de reconnaissance, de valorisation et de sécurisation de vos fonctions et de vos métiers va de pair avec des objectifs de qualité et de résultats : l'excellence doit être une excellence partagée.
? Pour nous tous, sportivement, la performance a un horizon : celui des Jeux Olympiques de Londres de 2012.
Et Londres, c'est déjà demain.
Nous avons déjà beaucoup fait évoluer le dispositif national du sport de haut niveau. les chantiers ouverts après les Jeux de Pékin sont maintenant achevés :
- Le réseau des établissements a été resserré et recentré sur l'accueil des sportifs de haut niveau pour la réussite de nos meilleurs athlètes dans leur double projet ;
- Les parcours de l'excellence sportive des fédérations ont été validés. Ils permettent une meilleure prise en compte des besoins individuels du sportif, tant pour sa préparation que pour sa formation et son accompagnement socioprofessionnel dans le respect des spécificités des disciplines.
- Ce réseau a été doté d'un centre-ressources, l'INSEP, que sa réforme statutaire a érigé en « grand établissement ». Il s'agit de mutualiser les compétences et les connaissances qui font la force de chaque établissement pour améliorer la qualité des prestations attendues par les fédérations ;
- La POP, préparation olympique et paralympique, a cédé la place à un projet de plus grande envergure, au sein de l'INSEP, en mobilisant autour de Claude FAUQUET directeur général adjoint, que je salue, et qui est l'un de vos pairs prestigieux, l'ensemble des services susceptibles de concourir, à vos côtés et en fonction de vos besoins, aux performances du sport français. Son équipe est désormais opérationnelle, pour vous accompagner, sous l'autorité du directeur général, Thierry MAUDET.
? Sur le plan technique, une série de réflexions est engagée dans les domaines pour améliorer nos performances olympiques. J'ai demandé que la Direction des sports et l'INSEP, en associant le CNOSF, me fassent rapidement des propositions sur 5 sujets :
- Le premier concerne le renforcement des projets de performance des fédérations paralympiques.
L'enjeu est d'enrayer l'érosion préoccupante du rang de la France aux Jeux paralympiques, qui est passé sur trois éditions de la 7e à la 12e place au classement des nations.
- Le deuxième porte sur la réussite des sports collectifs et des sports professionnels aux Jeux Olympiques.
Mis à part les résultats exceptionnels du handball, dont je félicite Philippe Bana, les sports collectifs ont été, à Pékin comme à Athènes, un de nos points faibles. Il nous faut sans doute mieux articuler le parcours de l'excellence sportive et l'apprentissage de la compétition de haut niveau dans les clubs professionnels.
- Le renforcement des résultats des sportives de haut niveau est également un enjeu important.
A Pékin, la France a été reléguée au 22e rang mondial du tableau des médailles féminines. Cette situation est préoccupante, d'autant plus que le CIO souhaite renforcer la parité dans la distribution des médailles.
- Enfin, une réflexion complète doit être menée sur les aides individuelles aux sportifs.
Nos outils existant datent un peu à l'image des conventions d'insertion professionnelles, qui ont rendu beaucoup de service, et continueront à le faire, mais qui sont nées de la loi AVICE.
Les contraintes du haut niveau sont telles aujourd'hui, que dans de nombreuses disciplines, l'entrainement devient une activité à temps plein, plusieurs mois et même quelques années avant l'Olympiade. Force est de constater que nos dispositifs aujourd'hui, avec les fédérations, sont moins aptes à relever ce défi. Et pourtant, l'urgence est là, et l'urgence aujourd'hui s'appelle LONDRES.
Je demande à la direction des Sports d'être volontariste et de faire preuve d'imagination. Le monde de l'excellence sportive est riche et divers ; les directions techniques nationales, les fédérations, l'INSEP, doivent être mobilisés et sollicités. Les exemples étrangers doivent être analysés, évalués. Notre stratégie de relations internationales gagnerait probablement à être recentrée sur ce type de coopération.
- enfin, il convient de ne pas perdre de vue l'exigence de reconversion, qui donne à notre modèle son humanisme. Cette exigence, au demeurant, concerne autant les cadres techniques que les sportifs en fin de carrière. Des initiatives ont été prises, ces dernières années et c'est tant mieux, comme par exemple dans le monde du rugby professionnel. Il faut aller plus loin et je réfléchis à des propositions concrètes.
Vous le voyez, j'attends beaucoup de vous. Parce que vous incarnez une certaine idée de l'excellence française, que votre renom est celui du renom français et de ses performances dans le sport mondial. Mais vous pouvez compter sur moi, à ma vigilance attentive.
Je vous remercie.
Source http://www.sports.gouv.fr, le 22 octobre 2010