Déclaration de Mme Rama Yade, secrétaire d'Etat aux sports, sur le football et les violences dans les stades sportifs, la prévention des débordements des supporters et les discriminations dans le sport, Paris le 25 octobre 2010.

Texte intégral


Cher Nicolas HOURCADE, chers membres du groupe de travail, Mesdames et Messieurs, chers amis,
Oui, comme vous, cher Nicolas, mais aussi comme vous tous ici, nous aimons le football. Nous aimons le football et nous le respectons. Nous l'aimons pour les moments de fête, de partage, de fraternité auxquels, mieux que tout autre rassemblement culturel, social ou sportif, il nous convie, que nous soyons joueurs, dirigeants, bénévoles, spectateurs ou téléspectateurs. Nous le respectons parce qu'il est un incomparable vecteur de lien social, d'éducation, de formation, de citoyenneté. Nous le respectons aussi parce qu'il transcende et dépasse les clivages habituels de notre société : il est le lieu où s'incarne la mixité sociale et l'échange transgénérationnel.
Pourtant, ce football que nous aimons et respectons est menacé. Vous venez de le rappeler : le football et ceux qui l'aiment ont payé l'an dernier un trop lourd tribut à la violence, à la haine, à la bêtise. Il fallait que cela cesse et que tous les acteurs prennent, ensemble, les mesures qui s'imposaient pour protéger ce caractère festif et populaire du football. Pour protéger, tout simplement, le football et les supporters. Nous devions trouver des réponses adaptées pour que le sport, et le football en particulier, retrouve ses droits. Cela a été fait, avec conviction, cohérence et efficacité. Les événements dramatiques de la saison dernière ont conduit à renforcer la lutte contre le hooliganisme. Cette volonté politique, portée par le ministre de l'intérieur Brice HORTEFEUX, s'est concrétisée par un renforcement significatif de la répression et par une coordination accrue entre les acteurs institutionnels de la sécurité des manifestations sportives. Qu'il soit bien clair que je salue et que j'approuve cette action. Sans état d'âme. Car c'est de sécurité publique qu'il est question. Et je ne connais pas d'autre principe en la matière que celui de la tolérance zéro. Chaque fois qu'une manifestation sportive fait l'objet d'un incident grave, il faut identifier, interpeller, sanctionner.
Cette politique montre, depuis le début de la saison, son efficacité. La Ligue de football professionnel parle d'une année charnière. Et je tiens à saluer, à cet égard, l'action de la Division Nationale de Lutte contre le Hooliganisme, dirigée par le commissaire Antoine BOUTONNET. Pour autant, je considère qu'il est indispensable de compléter ces mesures répressives par des actions préventives afin de proposer une politique globale de gestion du supportérisme. Je souligne que ce développement de la prévention est parfaitement en phase avec les initiatives du Conseil de l'Europe et la ligne suivie par l'UEFA et son président Michel PLATINI. J'ai d'ailleurs évoqué longuement ce point vendredi dernier, à Anvers, avec Madame Androulla VASSILIOU, Commissaire européenne chargée des Sports. Nous partageons la même vision.C'est pourquoi, il y a un an maintenant, j'avais pris trois mesures immédiates :
1) La création d'une cellule nationale de prévention de la violence et des discriminations dans le sport.
2) Le recensement et l'évaluation des actions de prévention conduites à l'échelle nationale et territoriale confiée à l'inspection générale de la jeunesse et des sports.
3) L'organisation du premier congrès national des associations de supporters de football.
L'objectif de la démarche engagée avec le congrès était de réunir les supporters, les instances sportives et les pouvoirs publics afin de travailler ensemble sur le rôle et l'image des supporters dans le monde du football ainsi que sur leurs relations avec les autres acteurs concernés.
Il n'était pas question d'apporter des réponses toutes faites, mais bien de faciliter le dialogue et d'engager un processus de concertation entre tous les acteurs concernés. Il s'agissait donc d'un point de départ visant à construire une politique préventive de lutte contre les violences et, plus largement, une bonne intégration des supporters dans le monde du football. Le congrès qui s'est tenu le 28 janvier au Stade de France a été un grand succès, tant par la participation, très importante, que par la qualité des échanges. A l'issue du congrès, j'avais annoncé que ce processus allait se poursuivre avec l'élaboration d'un livre vert du supportérisme. L'engagement est donc tenu.
Cher Nicolas HOURCADE, ce livre vert que vous venez de me remettre restera comme une contribution majeure au développement de ce volet préventif de la politique de gestion du supportérisme. Comme je l'avais souhaité, les experts du comité de rédaction ont établi un état des lieux du supportérisme français et étudié les principales expériences étrangères dont nous pouvions nous inspirer.
Je sais que les préconisations ont fait l'objet de débats souvent passionnés. Celles qui sont présentées sont le plus souvent concrètes et précises, d'autres constituent des plans d'action à mettre en place. Ce ne sont pas des recettes miracles, venues de nulle part. En effet, vous l'avez d'ailleurs signalé, elles s'inspirent très largement de bonnes pratiques recensées en France et en Europe. Je ne peux pas commenter ici chacune des préconisations mais je les considère comme particulièrement intéressantes. Sans angélisme ni stigmatisation, avec un grand souci d'équilibre, elles visent à créer un cadre de relations régulé et apaisé entre les supporters - en particulier leurs associations -, les clubs, les instances du football et les pouvoirs publics. Ce cadre passe principalement par une clarification des relations entre les acteurs, l'identification précise des interlocuteurs, la définition des droits et des devoirs des associations de supporters, de leur structuration et de leur responsabilité. La proposition d'une charte nationale des associations de supporters et de conventions locales me paraît ainsi particulièrement pertinente.
Je voudrais dire à ce sujet que l'on ne souligne pas assez la dimension sociale des associations de supporters, qui jouent pour leurs membres - et en particulier pour les plus jeunes d'entre eux, et vous savez que je suis sensible à cette question - un rôle d'intégration sociale et de consolidation des identités individuelles et collectives.
Les préconisations relatives à la billetterie, l'accueil des différents publics au stade, la clarification des animations et la préparation des matches doivent également contribuer à désamorcer les tensions avant, pendant et après le déroulement des rencontres, avant qu'elles n'éclatent en conflit violent, et à pacifier les stades de manière durable .
Cher Nicolas HOURCADE, je vous remercie pour le travail exceptionnel que vous avez accompli, tout d'abord comme commissaire du congrès puis comme l'un des principaux rédacteurs du livre vert. Je sais à quel point vos compétences et votre implication ont compté dans la réussite de cette action. Je sais aussi que l'exercice n'a pas toujours été facile ; mais vous avez su intégrer les contraintes liées aux événements sans jamais dévier de votre rigueur intellectuelle, et je vous en suis sincèrement reconnaissante.
Je remercie également Laurent de LAMARE, responsable de la cellule nationale de prévention de la violence et des discriminations dans le sport, qui a mis beaucoup de conviction, d'énergie, d'efficacité et de tact dans la coordination des travaux. Leur aboutissement vous doit également beaucoup.
Je salue tous les membres du comité de pilotage du congrès et du comité de rédaction. Je sais à quel point, malgré des emplois du temps chargés, vous avez eu à coeur d'apporter durant tout le processus d'élaboration du livre vert vos compétences, votre disponibilité, votre détermination.
Le livre vert est riche de tous vos apports, de vos sensibilités, de vos disparités même. Il en va également de tous ceux qui, au cours des différentes auditions, ont apporté leurs réflexions, leurs contributions, leurs expériences. A tous, un grand merci.
Ce livre vert fera l'objet d'une très large diffusion auprès de tous les participants au congrès, de l'ensemble des parlementaires et de tous les acteurs concernés, tant au niveau des instances nationales que parmi les clubs, les associations de supporters et les collectivités locales. Il sera également mis en ligne sur le site du Secrétariat d'Etat tout comme le rapport de l'inspection générale que j'évoquais également et dont je tiens à souligner la très grande qualité et la richesse des propositions, dont il faut désormais réfléchir à la mise en oeuvre. A vous aussi, chers Richard MONNEREAU et François MASSEY, mes sincères remerciements pour votre contribution à cette réflexion essentielle.
Enfin, le livre vert sera remis aux participants aux Etats généraux du football français, que j'ouvrirai jeudi prochain à l'INSEP, et où il sera notamment question du rôle social et citoyen du football.
Des Etats généraux à l'Euro 2016, la rénovation du football français est en marche. Je souhaite que le livre vert prenne toute sa place dans cette réflexion, et qu'il soit l'occasion d'une action déterminée en faveur d'un football respectueux, fraternel et festif. Il doit être la matière d'une discussion concertée entre tous les acteurs sur les recommandations et mesures qu'il propose afin de lancer une politique efficace et concrète du supportérisme.
L'organisation de l'Euro 2016 constitue une opportunité historique, non seulement pour construire ou rénover nos stades, mais aussi pour dynamiser le football français et donner toute leur place aux supporters. Je vous l'ai dit, j'étais vendredi à Anvers, pour présenter à l'ensemble des ministres des Sports de l'Union européenne le plan d'action de la France contre les violences et les discriminations.
Le lendemain, samedi, j'étais à Albi pour présenter aux côtés de Gareth THOMAS, le capitaine de l'équipe de rugby à XIII du Pays de Galles, la charte contre l'homophobie dans le sport. Je reçois ce matin le livre vert du supportérisme et j'ouvrirai dans trois jours les Etats généraux du football français. Bref, vous pouvez compter sur mon énergie et ma détermination pour porter ces sujets.
Je sais que je peux compter sur les vôtres : nous avons d'immenses défis à relever ensemble.
Je vous remercie de votre attention.
Source http://www.sports.gouv.fr, le 26 octobre 2010