Déclarations de Mme Christine Lagarde, ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, sur le soutien de l'Union européenne à l'Irlande et sur la situation de la zone euro, à l'Assemblée nationale le 23 novembre 2010.

Texte intégral

Monsieur Perruchot, je vous remercie de cette question qui démontre une fois de plus l'attachement de votre groupe à la cohésion européenne et la nécessité de la solidarité. Vous soulevez la question du mécanisme de résolution de crise.
Le président du Conseil européen, M. Van Rompuy, a été chargé de travailler pour définir, en accord avec l'ensemble des Etats membres, le mécanisme de résolution de crise qui devra prendre la suite du Fonds européen de stabilité lequel est aujourd'hui l'outil dont nous disposons face aux difficultés rencontrées par l'Irlande.
Compte tenu d'un certain nombre de doutes, les ministres de l'Economie et des Finances européens participants au sommet du G20 à Séoul ont émis un communiqué dans lequel ils clarifient trois points.
Premièrement, ce mécanisme de résolution de crise est destiné à tous les programmes d'assistance postérieurs à 2013. Il n'a donc absolument pas vocation à s'appliquer à des programmes d'assistance que nous mettrions en place maintenant.
Deuxièmement, le mécanisme européen de stabilité qui existe aujourd'hui a vocation à s'appliquer même en l'absence de participation du secteur privé.
Troisièmement, cette participation du secteur privé peut prendre des formes diverses et variées, telles que les clauses d'action collective ou l'engagement pris par les banques de maintenir leur exposition sur des pays à risque.
Le mécanisme de résolution de crise est en réflexion ; il faudra qu'il aboutisse pour prendre la suite du Fonds européen de stabilité. En attendant, pour les programmes d'assistance actuels, ces trois principes s'appliquent. Par conséquent, en contrepartie d'engagements très solides de l'Irlande sur lesquels je reviendrai, nous pouvons activer ce Fonds d'assistance pour venir en aide à un pays de la zone euro.
Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 25 novembre 2010
Monsieur le Député, vos deux questions concernent ce qu'on appelle les conditionnalités qui seront applicables en contrepartie d'un programme d'assistance conjoint cofinancé, d'une part, par les membres de la zone euro et à titre bilatéral par la Grande-Bretagne et la Suède, et, d'autre part, par le Fonds monétaire international.
Je rappelle que le gouvernement irlandais a sollicité la mise en oeuvre de ce plan d'assistance pour éviter l'effondrement de son système bancaire et la décrédibilisation complète de la dette souveraine. La négociation ne fait que commencer, mais je vais vous indiquer quelle est notre position.
En ce qui concerne les banques irlandaises, soyons clairs : aujourd'hui, elles sont pratiquement à 100 % nationalisées par l'Etat irlandais.
Sur les trois, une est complètement nationalisée et les deux autres le sont pratiquement à 100 %. Les actionnaires des banques irlandaises aujourd'hui c'est donc l'Etat irlandais. C'est d'ailleurs pourquoi nous avons un phénomène de contagion entre le secteur bancaire et la dette souveraine.
Pour ce qui est de la fiscalité, soyons clairs aussi : l'Etat irlandais doit réduire son déficit public, soit en diminuant la dépense, soit en augmentant la recette. Aujourd'hui, le gouvernement irlandais a déjà beaucoup diminué la dépense puisqu'il s'était déjà engagé en 2008 dans un plan de réduction du déficit par ce moyen. Le levier qui subsiste, donc, c'est le levier fiscal. J'ai indiqué, comme d'autres partenaires européens, qu'il était tout à fait souhaitable que l'Irlande l'utilise pour réduire son déficit budgétaire.
Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 25 novembre 2010
Monsieur le Député, depuis dimanche après-midi, le gouvernement irlandais a soumis un plan de redressement budgétaire qui porte, sur une période de quatre ans, sur quinze milliards d'euros, avec six milliards de réduction du déficit pour l'année 2011. Au regard de la taille du budget de l'Irlande, de la taille de ce pays et de sa population dont le courage est bien connu, l'effort engagé par le peuple irlandais pour redresser ses finances publiques est considérable. Nous ne pouvons que féliciter ce gouvernement du courage avec lequel il fait face à cette crise à la fois financière et immobilière, aggravée de surcroît par la défiance des investisseurs internationaux à refinancer la dette irlandaise alors que les banques elles-mêmes sont en très mauvaise situation.
Dans ce contexte, la France se montrera totalement solidaire du mécanisme mis en place puisque, au-delà de l'effort budgétaire requis, l'Irlande a, dimanche après-midi, sollicité l'assistance conjointe de l'Union européenne sous forme de la mise en place des deux mécanismes existants, et du Fonds monétaire international en liaison avec la Banque centrale européenne. Tous les membres de la zone euro montreront la même solidarité. J'ajoute que la Grande-Bretagne et la Suède ont décidé, à titre bilatéral puisqu'elles ne font pas partie de la zone euro, de consentir chacune un prêt respectivement de huit milliards et de un milliard d'euros pour venir en soutien de l'Etat irlandais.
L'assistance européenne et internationale s'inscrit dans un programme de réformes de fond, de réformes structurelles qui porteront notamment sur le secteur bancaire. A cet égard, un fonds de recapitalisation, qui permettra à l'Etat irlandais de prendre des parts très importantes dans les trois grands établissements irlandais, permettra la contrepartie de cette demande d'assistance.
Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 25 novembre 2010
Monsieur le Député, merci de votre message d'espoir ! Lorsque la situation est difficile, il faut éviter de jeter de l'huile sur le feu ! Il est plus utile de se pencher sur l'assistance que nous pouvons porter à un Etat dont nous sommes solidaires parce qu'il fait partie de la zone euro plutôt que d'agiter des craintes, d'évoquer la cherté de telle ou telle monnaie par rapport à telle autre au sein d'une même zone monétaire.
C'est précisément l'objectif que poursuit le président de la République avec l'ensemble des priorités du G20, c'est-à-dire plus de prévisibilité, une meilleure protection de l'ensemble des épargnants, un meilleur équilibre entre les monnaies. Ce n'est pas en suggérant la sortie de tel ou tel membre de telle zone parce qu'elle serait plus au sud de telle ligne que l'on parviendra à rétablir l'équilibre au sein de la zone euro.
Imaginez un instant qu'un seul de ces pays sorte de la zone euro. Vous accablez les plus faibles, les plus fragiles, ceux qui sont endettés et qui, soudain, verront leurs dettes se multiplier par deux, par trois, quatre ou dix. Il n'est donc pas question d'envisager un tel démantèlement.
Bien au contraire, poursuivant en cela l'oeuvre initiée par Jacques Delors en son temps et reprise par d'autres après lui, et récemment par le président de la République, nous devons consolider la zone euro, la renforcer, nous devons protéger les Européens qui s'y trouvent et rétablir un meilleur équilibre entre les monnaies à travers le monde, en ayant toujours le souci de défendre les économies au sein de la zone euro.
Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 25 novembre 2010