Déclaration de M. Alain Juppé, ministre des affaires étrangères et européennes, sur l'avenir du monde arabe dans le contexte de renouveau issu des "printemps arabes", Paris le 16 avril 2011.

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Circonstance : Colloque "Printemps arabe : enjeux et espoirs d'un changement" à l'Institut du Monde Arabe : discours d'ouverture d'Alain Juppé à Paris le 16 avril 2011

Prononcé le

Texte intégral

Monsieur le Président, Cher Dominique Baudis,
Monsieur le Ministre d'Etat,
Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames, Messieurs,

Dans ce propos introductif qui sera très bref, je voudrais essentiellement dire «merci». Dire merci d'abord à Dominique Baudis et à l'Institut du Monde arabe qui nous accueille ce matin.

Quel lieu mieux désigné que ce bel institut auquel nous sommes tous très attachés pour accueillir notre colloque consacré au «printemps arabe» ?

Je voudrais également remercier nos hôtes venus de cette région du monde. Connus ou inconnus, révolutionnaires ou non, ces hommes et ces femmes ont une voix à faire entendre : la voix des sociétés et des peuples arabes, la voix des combattants de la liberté, de la dignité et de la démocratie, la voix de tous ceux qui aspirent à un avenir meilleur. Je me réjouis qu'ils aient pu nous rejoindre pour nous faire partager leurs témoignages, leurs points de vue et leurs projets.

Remercions aussi tous les chercheurs, intellectuels et politologues français et arabes présents aujourd'hui. Leurs analyses et leur expertise nous seront précieuses pour mieux comprendre ce qui se joue de l'autre côté de la Méditerranée, mais aussi les défis que nous avons à relever pour accompagner dans leur transition démocratique ces pays auxquels nous unit depuis des siècles une vraie communauté de destin.

Enfin, je voudrais rendre hommage à un homme en particulier : Mohamed Bouazizi. Si nous sommes réunis aujourd'hui pour échanger sur l'avenir du monde arabe, c'est parce qu'en s'immolant par le feu le 17 décembre dernier à Sidi Bouzid dans un acte ultime de désespoir, il a donné naissance à un immense espoir : celui d'une Tunisie libre, moderne et démocratique, celui d'un sud de la Méditerranée stable et ouvert. Il est malheureusement décédé le 4 janvier, sans pouvoir assister au changement de régime qui allait avoir lieu dix jours plus tard dans son pays. Au moment où je vous parle, j'ai une pensée pour lui, mais aussi pour Khaled Saïd, jeune blogueur d'Alexandrie assassiné par les forces de l'ordre, et pour tous ceux qui ont sacrifié leur vie à la lutte pour la liberté. Leur combat ne doit pas avoir été vain.

Je voudrais aussi vous dire que j'attends beaucoup de notre rencontre aujourd'hui. J'ai pris l'initiative d'organiser ce colloque tout simplement parce que nous avons besoin de vous. Les responsables politiques ont rarement cette habitude, mais je pense qu'il nous faut de temps en temps faire acte d'humilité. C'est vrai que nous n'avons pas anticipé ce grand mouvement de liberté qui modifie de façon profonde les données géopolitiques. Nous ne comprenons pas toujours très bien les ressorts de ces mouvements, la façon dont ils fonctionnent, les attentes qu'ils expriment Et nous hésitons encore entre l'enthousiasme et l'inquiétude. Nous voyons bien que ces mouvements révolutionnaires sont porteurs d'un immense espoir, qu'ils constituent une chance que nous ne devons pas laisser passer si nous croyons vraiment que la liberté, la démocratie, l'Etat de droit sont des moteurs du progrès. Mais en même temps, nous mesurons bien toutes les inquiétudes, toutes les forces contraires qui peuvent se développer. Tout processus révolutionnaire est porteur de risques. Je suis pour ma part absolument convaincu que la chance l'emporte définitivement sur les risques, encore faut-il que nous les mesurions bien, que nous y travaillions ensemble. C'est la raison pour laquelle vos réflexions, la confrontation de vos points de vue nous permettrons de nourrir notre propre travail qui, lui, doit déboucher sur l'action. Je me suis organisé pour pouvoir assister toute la journée à vos débats.

Je conclurai ce soir un peu plus longuement que ce discours d'ouverture vos travaux et je voudrais vous remercier à nouveau de votre présence. Nous avons pris le risque de la plus totale liberté de parole. Allez-y, vous n'engagez que vous-même, un peu nous aussi puisque nous vous avons invités. La presse est là, attentive, mais je pense que c'est dans cette liberté de parole que peut naitre ce que nous attendons, c'est-à-dire une lumière pour nous guider sur ce chemin passionnant et difficile. Merci à vous tous de votre contribution.

Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 19 avril 2011