Interview de M. David Douillet, ministre des sports à Canal Plus le 21 octobre 2011, sur la coupe du monde de rugby et le sport.

Texte intégral


 
 
 
CAROLINE ROUX David DOUILLET, ministre des Sports est en duplex avec nous d’Auckland, ce matin. On est à 2 jours de la finale face aux Blacks. Pour vous interroger, avec moi, Sylvère-Henry CISSE. Bonjour, David DOUILLET
 
DAVID DOUILLET Bonjour.
 
CAROLINE ROUX Alors la première question, est toute simple, comment vous, vous sentez à deux jours du match ?
 
DAVID DOUILLET Moi, très bien. Il fait jour, tout va bien. Non, non, ça va, le temps est un peu frais.
 
CAROLINE ROUX Vous êtes, plus sérieusement, est-ce que vous avez croisé les joueurs ? Dans quel état d’esprit sont-ils ? Vu d’ici, on nous dit que sur place, le climat est très hostile, que la presse néo-zélandaise est assez rude avec les joueurs français. Dans quel état d’esprit, ils sont ?
 
DAVID DOUILLET Eh bien, ils sont dans un état d’esprit, d’unité. D’unité et de plaisir à vouloir faire cette finale. Et c’est ça le plus important. Ils ont compris toute la responsabilité qui reposait sur leurs épaules, ils ont très, très envie de jouer et très, très envie de montrer tous leurs talents. Voilà ! Donc ils sont vraiment dans les meilleures conditions, pour aborder cette finale.
 
CAROLINE ROUX Mais vous avez pu les voir ? Parce que nous, dans L’EQUIPE on a lu que les joueurs vous avaient fermés la porte au nez dans les vestiaires ?
 
DAVID DOUILLET Ah ! Non, c’est faux ! C’est totalement faux, je suis désolé. Ils se sont trompés. L’EQUIPE s’est trompée. Ce n’est pas vrai. Oui, bien sûr que je les ai vus.
 
SYLVERE-HENRY CISSE Ca, c’est une information David DOUILLET. Alors vous avez donné une délégation à la Fédération et l’Equipe de France de Rugby, que pensez-vous de l’image véhiculée en ce moment, par les conférences de presse ? Est-ce que vous n’avez pas votre mot à dire, pour que l’Equipe de France donne une meilleure image du sport français, à travers le monde ?
 
DAVID DOUILLET Moi, je n’ai pas d’ingérence à faire, dans une fédération, ni même au sein d’une équipe. Simplement, ce qui m’intéresse et ce qui m’occupe l’esprit, en ce moment, je crois que c’est pour la même chose pour des millions de Français, c’est : Est-ce qu’on va gagner cette finale ? Voilà ! Jusque-là, il y a eu un parcours, un parcours qu’ils ont effectué avec des difficultés, avec des doutes, avec aussi, beaucoup de remise en question et ça, c’est le quotidien des athlètes de haut niveau. C’est le quotidien d’une équipe qui fait une coupe du monde et c’est tout à fait normal. Alors tous les commentaires que l’on peut faire autour de ça, il faut savoir les occulter, c’est ce qu’ils font. Ils ont bien raison de le faire, pour se concentrer uniquement sur en réalité une nouvelle compétition qui démarre. Parce que quand on est en phase éliminatoire, c’est d’abord une compétition, et puis dès qu’on est qualifié pour la finale, on oublie tout le reste, et c’est une nouvelle compétition qui démarre, ils sont exactement dans ce chemin-là, ils ont bien raison de le faire.
 
CAROLINE ROUX C’est un peu curieux en tant que ministre des Sports, de cautionner l’attitude, d’une certaine manière, du sélectionneur des Bleus ? Dont on s’est dit à un moment, qu’il s’était « domenechisé » vous en tant que ministre des Sports…
 
DAVID DOUILLET Ah ! Je ne cautionne… non, non, non…
 
CAROLINE ROUX Vous dites : il s’est bien comporté pendant ses conférences de presse, il a eu raison de leur dire aux journalistes, elle m’emmerde ta question ?
 
DAVID DOUILLET Non, non, je ne cautionne pas, ce que peut dire l’entraîneur ou personne d’autres. Il est responsable de ses phrases, de ses petites phrases, ne m’intéresse pas en réalité. Moi, ce qui m’intéresse, c’est l’équipe. Ce qui m’intéresse c’est qu’elle soit soudée, c’est qu’elle soit homogène et c’est qu’elle ait envie de jouer. Voilà ! Ce qui m’intéresse. Le reste, c’est sa responsabilité. Si il pense qu’en faisant ce genre de petites phrases, il va provoquer une réaction par ses joueurs etc. pourquoi pas ! Ca, c’est sa méthode de management. Et c’est à lui qu’il faut poser la question. Pour le reste, le plus important, je vous le répète, et je vous le redis, et c’est en cela qu’il faut que l’ensemble des Français porte cette équipe de France, puisqu’ils en ont besoin. Vous savez, quand on est dans cet état-là, avant une finale, souvent on est dans un espèce de profil psychologique, où à la fois on devient quelqu’un d’axé sur un objectif précis, on est programmé, bref, on n’est pas très froid, mais très professionnel. Et puis en même temps dès qu’on sort de ce contexte-là, à l’extérieur, on est un petit peu, dans sa bulle. Donc dès qu’on sort de la bulle, on s’étonne de beaucoup de choses et quelquefois on prend au premier degré beaucoup de commentaires. Il ne faut pas que ça vienne…
 
CAROLINE ROUX Ça veut dire, David DOUILLET, monsieur le ministre, ça veut dire qu’ils se sentent un peu seul au monde, loin de la ferveur qu’ils suscitent ici en France ?
 
DAVID DOUILLET Oui, mais enfin, ce que je suis en train de vous expliquer, c’est qu’il faut qu’ils soient seuls au monde, il faut être dans sa bulle, pour être performants et ne pas être agressé par l’extérieur. Mais en même temps, il y a un ressenti, autour qui peut quelquefois être faux, et c’est le cas. Le fait de se dire ou de se poser même la question : est-ce que la France est derrière nous ? Bien sûr que la France est derrière eux. Si vous interrogez n’importe quel Français, enfin ici on en croise beaucoup, les gens vous disent spontanément, nous sommes en finale, ça veut tout dire ! Et c’est la réalité. Je crois qu’ils ont besoin d’être soutenus, on a besoin d’être aimé en réalité, quand on est dans ce type de condition. Et Dieu sait si on les aime et si on les porte. Et j’espère que vous aussi d’ailleurs ?
 
CAROLINE ROUX Si vous les croisez, dites-leur, tiens ! Qu’on les aime. Sylvère.
 
SYLVERE-HENRY CISSE David DOUILLET, parlons des dossiers sur lesquels vous travaillez…
 
DAVID DOUILLET Bon, d’accord !
 
SYLVERE-HENRY CISSE On constate en ce moment, une stagnation du nombre de licenciés et ceci à peu près dans toutes les fédérations. Le seul vecteur de croissance, dans toutes ces fédérations, c’est le sport féminin. Qu’allez-vous faire pour justement favoriser le sport féminin dans toutes les fédérations sportives ?
 
DAVID DOUILLETJ e ne suis pas tout à fait d’accord avec vous, le sport progresse dans beaucoup de fédérations. Les seules disciplines dans lequel il ne progresse pas, voire même il chute énormément, ce sont les disciplines dans laquelle, il y a eu des déconvenues, de grosses déconvenues et l’exemple en est le football. Voilà, ils ont perdu 230 000 licences en 2 ans. Ce qui prouve bien que l’image en tout cas, la perception qu’ont les Français d’une équipe, en tout cas, d’une ambiance, en tout cas d’un résultat pour le coup, peut impacter le nombre de licences. Et je crois que la Fédération Française de Football, avec Laurent BLANC à la tête de cette Equipe de France, en se qualifiant pour les prochains championnats d’Europe en 2012, sont en train de remonter tout ça. Regardez par exemple, le handball en 20 ans, ils ont doublé leur nombre de licenciés, ils sont passé de 200 000 à 400 000, pourquoi ? Parce qu’ils donnent une excellente image, liée aussi à leurs résultats. Je crois qu’on a souvent tendance à dissocier le haut niveau du sport de masse, c’est une grave erreur. En réalité, le sport de masse évidemment a un lien très fort, avec le haut niveau et vice-versa. Non seulement, par le fait de détecter des jeunes athlètes, pour qu’ils deviennent un jour des athlètes de haut niveau, mais aussi à l’inverse, quand il y a de mauvais résultats.
 
CAROLINE ROUX Monsieur le ministre, certains députés UMP ont imaginé pour remplir les caisses de l’Etat, de taxer les transferts de joueur à hauteur de 3 %. Qu’est-ce que vous pensez de cette proposition ? Est-ce qu’elle a votre soutien ?
 
DAVID DOUILLET Non, elle n’a pas mon soutien. Je suis contre cette proposition, parce qu’en réalité, elle déséquilibrerait les clubs français, par rapport aux clubs étrangers. Elle alourdirait le poids économique, le poids lié à leur gestion, sur l’achat de joueur, la transaction entre joueurs. Vous savez, le football français mais aussi le rugby, ont un certain nombre de déficit. L’année dernière 130 millions d’euros, c’était le déficit de la L1 et de la L2 dans le foot, à peine 17 millions dans le monde du rugby. Mettre cette proposition en marche, la faire accepter causerait un réel problème de concurrence et de performance par rapport aux clubs étrangers. Donc ce n’est pas très bien venu, cette histoire.
 
CAROLINE ROUX Merci, beaucoup, David DOUILLET d’avoir été avec nous, ce matin.
 
SYLVERE-HENRY CISSE Merci.
 
CAROLINE ROUX Juste une petite, une toute dernière question, ministre des Sports, il vous reste combien là ? Il vous reste 7 mois, c’est un peu juste pour faire bouger les lignes ?
 
DAVID DOUILLET Mais qu’est-ce que vous en savez ! Ca peut aller au-delà non ! Vous ne trouvez pas !?
 
CAROLINE ROUX Ah bon ! Donc voilà…
 
DAVID DOUILLET Oui, il faut être optimiste. Je le suis. Moi, j’ai confiance.
 
CAROLINE ROUX Vous nous annoncez la victoire de SARKOZY et vous faites des pronostics optimistes pour la présidentielle de 2012.
 
DAVID DOUILLET En tout cas, moi j’y crois.
 
Source : Premier ministre, Service d’Information du Gouvernement, le 21 octobre 2011