Entretien de M. Jean Leonetti, ministre des affaires européennes, avec Europe 1 le 20 janvier 2012, sur les politiques économiques convergentes au sein de l'Union européenne face à la crise économique.

Texte intégral

Q - La direction de PETROPLUS vient d’annoncer la mise en vente de sa raffinerie Petit-Couronne, peut-être aussi des raffineries de Suisse et de Belgique, est-ce que l’État peut aider à trouver chez les Européens peut-être un repreneur ?
R - Bien sûr, l’État est là pour agir à toutes les étapes des difficultés des entreprises. Il faut chercher un repreneur et l’État facilitera la démarche comme il l’a fait pour d’autres entreprises.
Q - Vous dites donc qu’il y aura un résultat pour PETROPLUS ?
R - Je ne dis pas qu’il y aura un résultat. On sait très bien que face à ce type de difficultés, on n’a pas de garantie de résultat, mais l’obligation de mettre en œuvre tous les moyens pour réussir. On ne réussit pas tout, mais on essaye chaque fois d’aller au bout. Le défaitisme, ce n’est pas la marque de fabrication au gouvernement.
Q - L’été dernier Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont parlé de convergence, d’abord fiscale, entre les Français et les Allemands. Lundi, François Baroin et M. Schäuble vont se rencontrer à Paris ; que vont-ils proposer ? Un impôt sur les sociétés commun ? Comment ?
R - La question, aujourd’hui, c’est que recherche-t-on à travers l’Europe ? On a toujours l’impression qu’on ne cherche qu’à sauver l’euro et qu’on n’explique pas pourquoi. A travers l’euro, on cherche la croissance et on cherche l’emploi. Pour avoir de la croissance et de l’emploi, il faut avoir des entreprises compétitives. Ces entreprises aujourd’hui sont soumises à des impôts totalement différents d’un pays à l’autre. Je vais prendre le cas de la Bulgarie : l’impôt sur les sociétés en Bulgarie, c’est 10 %, en France c’est 33 %.
Q - Alors sur quelle base allez-vous l’harmoniser ?
R - Sur la base de l’assiette et des taux ; nous allons faire en sorte que nous ayons la même base de l’impôt sur les sociétés en France et en Allemagne, sur un espace qui représente 50 % du PIB de la zone euro. Cela nous donne une force pour les entreprises et une force exportatrice et économique.
Q - C’est-à-dire ? La convergence prévue avance, c’est ce que vous dites ?
R - Non seulement la convergence prévue avance mais elle se fait et elle se fait cette année. Et c’est encore une grande avancée de l’Europe de Nicolas Sarkozy et d’Angela Merkel.
Q - On en sera sans doute davantage lors du Sommet européen du 30 janvier, et peut-être la veille à la télévision avec le président de la République. Mais faut-il s’attendre aussi à Bruxelles à un plan européen de relance de la croissance ?
R - Arrêtons de penser que l’on est en train de faire de la discipline et de l’austérité pour faire de la discipline et de l’austérité. Il n’y a pas, d’un côté, la discipline allemande et, de l’autre côté la solidarité française. Il y a deux bases, la solidarité et la discipline mais, en même temps, il y a deux objectifs : la croissance et la compétitivité.
Q - Donc on verra des signes à partir du 30 ?
R - Ce traité est fait pour la convergence, dans le but de faire une gouvernance économique, dans le but de créer la croissance et la compétitivité.
Q - Concernant la taxe sur les transactions financières, la France peut-elle convaincre ses partenaires d’avancer ensemble lors de ce sommet ?
R - On n’a pas besoin de les convaincre, ils sont déjà convaincus. Vous avez une lettre franco-allemande qui dit qu’il faut le faire. Vous avez un résultat de la Commission qui dit comment il faut le faire. Vous avez des pays comme l’Italie, comme l’Espagne…
Q - Ma question est : va-t-on le faire ou pas ?
R - Oui, on va le faire. D’ailleurs, Angela Merkel a dit très clairement que, maintenant, il fallait passer de la parole aux actes. Il s’agit d’une proposition de Nicolas Sarkozy. La France va avancer et, en avançant, elle va entraîner les autres comme elle le fait souvent.
Q - Qu’est-ce que cela va rapporter ?
R - Cela peut rapporter, à l’étage français, un peu plus de 10 milliards d’euros. À l’étage européen, cela représente plus de 50 milliards.
Q - La France va-t-elle mieux depuis que Standard & Poor’s lui a retiré son triple A ?
R - Standard & Poor’s va surtout moins bien depuis que les taux des obligations françaises ont baissé et démontré que la dégradation de la note de Standard & Poor’s n’avait aucune influence sur les marchés financiers. Nous sommes entrés dans une nouvelle phase, les agences de notation, et en particulier Standard & Poor’s, ont perdu de leur crédibilité. On arrêtera d’en faire l’alpha et l’oméga de l’économie européenne et de l’économie française.
Q - Est-ce que l’on dit, vive Mario Draghi et merci M. Draghi ? Parce qu’aujourd’hui la BCE joue à plein son rôle en aidant comme elle le fait les banques nationales qui ne manquent plus de liquidités…
R - M. Draghi fait, au niveau de la Banque centrale européenne, ce qu’il doit faire. La Banque centrale européenne est indépendante, on ne doit donc pas lui dire ce qu’elle doit faire pour agir sur les dettes ; on ne doit pas lui dire non plus qu’elle ne doit pas agir. Aujourd’hui elle ne dit rien mais elle agit. Eh bien, c’est très bien, cela stabilisera totalement l’Europe et l’euro.
Q - Un mot sur la Grèce : le drame de sa dette n’est pas réglé, les milliards qu’elle a reçus sont insuffisants. Va-t-on vers un accord prochain ? L’Europe va-t-elle payer davantage ?
R - Non, l’Europe ne payera pas davantage. C’est très clair, la France et l’Allemagne l’ont dit et l’ensemble des pays qui ont décidé d’aider la Grèce ont défini une règle. On ne peut pas sortir de cette règle.
Q - Mais la France donnera-t-elle davantage ? Elle promet trois milliards, peut-elle mettre davantage au pot ?
R - Non, la France fera exactement ce qu’elle a dit dans l’accord qu’elle a passé avec l’ensemble des pays européens. La Grèce ne doit pas compter sur autre chose que la solidarité qui a été établie, qui est la négociation qui est en cours et qui va aboutir avec ses créanciers privés.
Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 23 janvier 2012