Interview de M. Nicolas Sarkozy, candidat à l'élection présidentielle, dans "La gazette de Dijon" du 3 mai 2012, sur les résultats du premier tour et sur son programme.

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Texte intégral

LA GAZETTE : Comment réagissez-vous face au refus de François Hollande de participer aux trois débats avant le second tour ?
NICOLAS SARKOZY : Je le regrette pour les Français. Ils ont placé deux candidats en tête du premier tour de l’élection présidentielle. Or cette élection est historique. Nous venons de traverser une succession de crises mondiales sans précédent. Elles font apparaître un monde totalement nouveau. Les deux semaines entre les deux tours doivent permettre à chacun de faire un choix dans la clarté. Dans ce contexte, trois débats n’auraient à mon avis pas été de trop. Mais je ne peux forcer François Hollande à débattre s’il n’en a pas envie.
LA GAZETTE : Comment analysez-vous votre score du premier tour, un des plus faibles d’un président candidat à sa propre succession sous la Ve République ?
Voyez le score de Jacques Chirac en 2002 : 19 %. Ensuite, depuis des mois, les sondeurs, les journalistes disaient que je pourrais ne pas être au second tour, que c’était le tour de la gauche. Et qu’a-t-on vu le 22 avril ? Je suis 1,5 point derrière François Hollande, ce qui est très élevé pour un président sortant après quatre années de crise sans précédent. Jean-Luc Mélenchon qui faisait, disait-on, une formidable campagne, a fait 11 %. Donc j’ai appris à ne pas écouter les augures des éditorialistes et à me concentrer sur les propositions que je fais aux Français, sur mes rencontres avec eux. Et le peuple tranchera.
LA GAZETTE : En 2007, vous aviez séduit dès le premier tour une partie de l’électorat du Front national. Cette fois-ci, c’est au second tour que vous devrez y parvenir. Quels arguments comptez-vous utiliser ? Espérez-vous également séduire une partie de l’électorat de François Bayrou, mais aussi de Nicolas Dupont-Aignan ?
Lors d’une élection présidentielle, il faut parler au peuple français. On ne peut pas diviser le peuple français en segments électoraux, tenir un discours aux uns et un autre discours aux autres. J’ai commencé ma campagne sur des valeurs, l’autorité, la responsabilité, le travail. Je continue ma campagne sur ces valeurs. Quel que soit leur vote de 1er tour, les Français savent que je n’ai pas attendu cette dernière semaine de campagne pour défendre leur sécurité, pour lutter contre les délocalisations ou pour maîtriser les flux d’immigration. Je veux dire aux Français que dimanche prochain, leur choix sera historique, qu’il engagera leur avenir et le destin de la France. Je leur demande de comparer mon projet à celui de M. Hollande. Veulent-ils la maîtrise des dépenses publiques ou leur dérive et l’augmentation des impôts et de la dette ? Veulent-ils une France qui régularise massivement ou une France qui maîtrise l’immigration ? Veulent-ils une France qui donne le droit de vote aux immigrés ou une France qui estime que le droit de vote s’acquiert avec la nationalité ? Veulent-ils une France du travail ou une France de l’assistanat ? Veulent-ils une France qui cherche à excuser la délinquance ou une France qui protège les victimes ? Dimanche, les Français choisiront le visage de la France pour les cinq prochaines années.
LA GAZETTE : Allez-vous mettre le curseur plus à droite, plus au centre, ou comptez-vous réaliser un savant mélange des deux ?
Excusez-moi de vous le redire, mais je m’adresse à l’ensemble des Français depuis le début de cette campagne. Quand je défends la règle d’or pour les finances publiques et le retour à l’équilibre des comptes en 2016, je le dis à tous les Français. Quand je dis que je n’accepte pas une Europe passoire ou qui ne défend pas ses intérêts économiques face aux pays émergents, je le dis à tous les Français. Je n’ai pas besoin soudainement de changer mon programme entre les deux tours.
LA GAZETTE : Les socialistes assurent qu’un nouvel élan à gauche s’est créé ce 22 avril. Que répondez-vous à cela, et quelle analyse faites-vous du score du Front national ?
Je n’ai pas vu la même chose qu’eux alors. François Hollande et moi-même sommes à 1,5 point d’écart. Jean-Luc Mélenchon fait à peine 11 % alors qu’on lui annonçait 15 %. Vous trouvez vraiment que cela ressemble à un élan ? Concernant le score du Front national, je n’ai jamais condamné les Français qui votent pour ce parti. Je ne me permettrais certainement pas de leur faire la morale comme François Hollande et les socialistes le font, ou de caricaturer leur vote en faisant référence à des époques du passé. En tant que responsable public, je dois entendre le message de ces électeurs et y répondre. Je le fais avec mes valeurs, mes propositions. La question qui s’adresse aux électeurs du Front national, comme à tous les Français, est la suivante : quelles sont les propositions qui répondront le mieux à leurs attentes, celles de François Hollande ou les miennes ?
Propos recueillis par M.Be
source http://www.lafranceforte.fr, le 4 mai 2012