Texte intégral
Merci à vous d'avoir eu la gentillesse de m'accueillir. Je ne suis pas un bon rappeur, mon éloquence n'est pas exactement la même que la vôtre, mais je vais essayer de répondre à vos questions. D'abord, pourquoi suis-je là ? Parce que très gentiment vous me l'avez proposé et comme vous me le disiez à l'oreille cela fait peut-être partie de la présidence «normale». Il est normal d'être au milieu de la population : la population est ici, les jeunes sont ici, il est donc normal, puisque vous avez la gentillesse de nous accueillir, d'être là.
Vous avez posé deux ou trois questions qui sont parfaitement légitimes.
La première, si j'ai bien compris, c'est - vous avez pris l'exemple du Niger mais on peut prendre l'exemple du Sénégal ou d'autres pays - de dire qu'«en Afrique, nous avons des richesses et il n'est pas normal que ces richesses partent vers d'autres continents - l'Europe, les États-Unis, la Chine ou ailleurs. Est-ce qu'il ne serait pas mieux de garder une partie de ces richesses ?».
Vous avez pris l'exemple de l'uranium, on pourrait aussi en prendre d'autres. Oui, c'est évident, même si vous n'êtes pas un parti politique, vous avez vos idées et, parmi ces idées, il y a celle de la justice qui est fondamentale. Et il est juste que ceux qui ont des richesses sur leur sol, qui travaillent, qui contribuent au développement et au progrès, puissent avoir l'essentiel de ces ressources.
Bien entendu, si on veut que des sociétés viennent aider à développer un pays, il faut qu'elles soient rétribuées mais pas dans des conditions illégales. C'est donc le sens de ce que nous allons essayer de faire. Pour prendre l'exemple d'Areva - puisqu'il faut appeler un chat un chat -, les bénéfices tirés de l'uranium ne sont malheureusement pas les mêmes que ceux tirés du pétrole, qui sont beaucoup plus importants, mais ils existent. J'ai eu l'occasion d'en discuter avec mes collègues du gouvernement du Niger ce matin : une partie importante va contribuer au budget du Niger et le budget permet d'alimenter l'éducation et d'autres choses. Alors, il y a des discussions bien sûr entre le gouvernement et l'entreprise : est-ce suffisant ? Pour ne pas dévoiler un secret mais le faire un petit peu, nous avons donné un coup de pouce et dit à l'entreprise Areva : «ce serait quand même juste qu'il y ait un peu plus» et cela a commencé d'être fait.
Mais, au-delà d'une entreprise particulière, c'est un nouveau mode de coopération qu'il faut trouver. Il y a sur votre sol des richesses, il ne faut pas les piller, il faut les exploiter, les partager et puis que l'essentiel puisse revenir à la population autochtone.
Vous avez pris un deuxième exemple : c'est l'exemple des jeunes et des visas si j'ai bien compris. Il y a des questions qui se posent. J'ai compris que dans votre ADN vous étiez démocratiques mais pas démagogiques. Il est tout à fait légitime à mon sens que chaque pays ait une politique migratoire. Vous l'avez dit vous-même : l'objectif n'est pas d'aller à l'étranger pour être traité comme un moins que rien. Vous avez une politique migratoire, nous avons une politique migratoire. Simplement, il faut que cette politique migratoire, d'abord, respecte les droits de chacun et ne soit pas vexatoire.
Respecter les droits de chacun cela veut dire quoi ? Lorsque des jeunes Sénégalais viennent étudier en France, s'ils veulent commencer à travailler en France, ils doivent pouvoir le faire. Vous savez que, même si je ne suis pas là pour faire de la politique et critiquer mes prédécesseurs, il y avait eu une circulaire, la circulaire Guéant, qui disait : «vous pouvez venir mais vous ne pouvez pas travailler». C'était non seulement injuste pour les jeunes mais assez imbécile à mon avis car, dans le monde dans lequel nous vivons - c'est un monde de brassage, de métissage -, c'est une vision archaïque, anachronique, dépassée, de penser qu'on édifie un mur, une frontière qui n'existe pas. Nous avons annulé cela, on peut dire que c'est une petite mesure mais ce sont des choses concrètes.
De la même façon je pense - et je vais m'en occuper en liaison avec Manuel Valls - que, lorsqu'il y a des demandes de visas, il ne doit pas y avoir de procédure vexatoire. On dit «oui» la plupart du temps, de temps en temps on dit «non», mais il faut que cela se fasse dans des conditions faciles. On ne veut pas que les gens attendent, fassent la queue et payent des sommes considérables. Je dirais que la manière de le faire est aussi importante que la décision que l'on prend. J'étais allé souvent en Afrique avant même l'élection et beaucoup de gens m'ont dit cela. C'est donc quelque chose que l'on doit essayer de changer.
Vous prenez un troisième exemple. Vous dites que votre mouvement est en train d'essaimer dans d'autres pays de la région. Vous avez cité le Mali, je vais vous en dire un mot. Vous dites : «au fond, pourquoi un mouvement comme le nôtre ne pourrait pas exister sous une forme différente ou analogue en France ?»
D'abord le Mali. Avec Pascal Canfin, qui est à mes côtés, qui est ministre comme moi et qui s'occupe du Développement, nous avons rencontré les dirigeants du Niger et du Burkina Faso et nous sommes ce soir ici avec vous. Et puis nous nous rendrons au Tchad.
Évidemment, les populations et les autorités de chacun de ces pays sont très soucieuses de ce qui se passe au Mali. D'abord parce que vous avez un pays qui est coupé en deux. En plus vous avez, au nord du pays, une partie de population touareg qui a tout à fait le droit d'être là, mais aussi un certain nombre de terroristes qui font régner la terreur. Cela a des conséquences très lourdes pour le Mali mais aussi potentiellement pour tous les pays de la région, y compris chez vous, même si c'est à des centaines de kilomètres. Mais cela a aussi des conséquences potentielles chez nous car les terroristes considèrent, au fond, que l'ennemi ce sont ceux qui ne pensent pas comme eux et en particulier les Européens.
Alors, que faut-il faire ? J'ai discuté avec mes interlocuteurs et il y a deux ou trois idées qui apparaissent et je vous les propose. Au fond, le triangle qui doit permettre de redresser la situation c'est le triangle «démocratie-développement-sécurité». Quand on y réfléchit, ces trois piliers sont absolument essentiels.
Démocratie, parce qu'il y a un gouvernement au sud qui ne peut pas être présent au nord et, en plus, ce gouvernement ne représente pas la totalité de la population. Je pense donc qu'il est juste qu'il y ait un nouveau gouvernement qui soit mis sur pied et qui soit représentatif de l'ensemble de la population. C'est la tâche qui a été demandée au président. Il a été sauvagement agressé, laissé pour mort et il est revenu courageusement cet après-midi. Il faudra, à partir d'un gouvernement démocratique et tout à fait large, qu'il s'attaque au problème du développement : beaucoup de gens du nord sont descendus au sud, il y a des famines qui menacent, il y a les criquets pèlerins qui arrivent et c'est un pays extrêmement pauvre. Si vous n'avez pas de démocratie, vous ne pouvez pas avoir de développement mais si vous n'avez pas de développement, la démocratie risque aussi d'être mise en cause. Il va falloir aussi qu'il s'attaque à la sécurité dans le sud et puis, petit à petit, dans le nord. Les forces du nord qui acceptent de discuter, il faut dialoguer avec elles. Mais, s'il y a quelques forces qui restent et qui sont des terroristes professionnels, il faudra les traiter comme on traite les terroristes professionnels, parce qu'ils menacent vraiment l'ensemble de la région.
Quel est le rôle de la France là-dedans ? Nous ne sommes pas en première ligne mais nous allons essayer de faciliter parce qu'il faudra que les Nations unies aident tout cela. Comme nous sommes niveau international dans le Conseil de sécurité et au niveau européen on a des choses à dire, on va essayer de faciliter la situation.
Dernière question : en France est-ce qu'il pourrait y avoir l'équivalent de «Y'en a marre» ? En France, il n'y a pas d'équivalent parce que les indignés c'était quand même un autre cas. Les indignés étaient à mon avis plus politiques que vous, ils étaient très forts au moment où ils étaient dans l'opposition mais ils n'ont pas réussi à faire le passage lorsqu'il y a eu un changement de gouvernement. Vous avez retrouvé en vous-mêmes le slogan du NTS (nouveau type de Sénégalais) en vous disant : «maintenant Wade est tombé, il y a un nouveau pouvoir ; que pouvons-nous faire pour nous-mêmes et pour l'ensemble du pays ?». Vous êtes passé, si j'ai compris, d'une action plutôt négative à une action à la fois de surveillance mais qui est plutôt positive.
Chez nous aussi, il y a eu un changement de pouvoir et un mouvement comme le vôtre ce n'est pas le gouvernement qui peut le décider. Mais je pense que ce que vous faites, cela peut être un exemple parce qu'il faut que les jeunes et les moins jeunes se prennent en main. Un pays ce n'est pas seulement le gouvernement. Il faut que chacun se demande ce qu'il peut faire pour son pays. Et il faut aussi une vigilance parce que, même si un gouvernement est plus progressiste qu'un autre, il peut quand même commettre des erreurs. Mais tout à l'heure, quand vous avez tous chanté l'hymne sénégalais que je ne connaissais pas, il y a une parole que j'ai retenue, c'est quand l'hymne dit «épaule contre épaule» : je sens que c'est cela qui est vraiment au coeur de votre mouvement. Parmi ces épaules, il peut y avoir les épaules des Sénégalais mais aussi des épaules comme les nôtres qui viennent vous aider.
Q - Pourquoi venir au Sénégal et rencontrer le mouvement «Y'en a marre» ?
R - Parce qu'il y a une grande tradition d'amitié entre le Sénégal et la France : nous nous aimons, c'est un mot qu'on n'utilise pas beaucoup en politique mais je l'utilise à dessein. Nous aimons le Sénégal, nous aimons les Sénégalais et je pense qu'au-delà des hauts et des bas de l'histoire, les Sénégalais ont une relation particulière avec la France. Nous avons tellement de raisons d'être ensemble. Alors, cela a été difficile pendant la dernière période ; je suis membre d'un gouvernement de gauche, je ne cache pas mon drapeau dans ma poche et, évidemment les opinions du précédent gouvernement, sa manière de travailler, de pratiquer, pour nous, c'était inacceptable. Vous avez élu démocratiquement une nouvelle équipe que nous avons d'ailleurs reçue à Paris et la moindre des courtoisies, c'était que cette visite soit rendue et c'est le sens de mon déplacement.
Pourquoi venir ici - au siège de «Y'en a marre» ? Parce que je pense que le Sénégal, ce n'est pas simplement le Sénégal officiel. Vous savez, moi, comme vous l'avez dit gentiment, j'ai été ministre et Premier ministre très jeune et l'expérience cela a l'avantage d'aider à éviter les erreurs à ne pas commettre. Et la faute principale à commettre, c'est de rester enfermé dans les palais officiels et de se couper de la population. Il y a parfois des gouvernements qui commencent de façon excellente et brillante et puis, au fur et à mesure, on se coupe de la population. Il faut toujours être à l'écoute de la population. Parfois vous dites «oui», parfois vous dites «non», vous nous disiez tout à l'heure que nous ne sommes pas démagogiques mais au moins écoutés. Et ici j'ai le sentiment que c'est le coeur du Sénégal qui parle et j'ai donc eu envie, avec mes amis, d'écouter le coeur du Sénégal battre, ici.
Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 31 juillet 2012
Vous avez posé deux ou trois questions qui sont parfaitement légitimes.
La première, si j'ai bien compris, c'est - vous avez pris l'exemple du Niger mais on peut prendre l'exemple du Sénégal ou d'autres pays - de dire qu'«en Afrique, nous avons des richesses et il n'est pas normal que ces richesses partent vers d'autres continents - l'Europe, les États-Unis, la Chine ou ailleurs. Est-ce qu'il ne serait pas mieux de garder une partie de ces richesses ?».
Vous avez pris l'exemple de l'uranium, on pourrait aussi en prendre d'autres. Oui, c'est évident, même si vous n'êtes pas un parti politique, vous avez vos idées et, parmi ces idées, il y a celle de la justice qui est fondamentale. Et il est juste que ceux qui ont des richesses sur leur sol, qui travaillent, qui contribuent au développement et au progrès, puissent avoir l'essentiel de ces ressources.
Bien entendu, si on veut que des sociétés viennent aider à développer un pays, il faut qu'elles soient rétribuées mais pas dans des conditions illégales. C'est donc le sens de ce que nous allons essayer de faire. Pour prendre l'exemple d'Areva - puisqu'il faut appeler un chat un chat -, les bénéfices tirés de l'uranium ne sont malheureusement pas les mêmes que ceux tirés du pétrole, qui sont beaucoup plus importants, mais ils existent. J'ai eu l'occasion d'en discuter avec mes collègues du gouvernement du Niger ce matin : une partie importante va contribuer au budget du Niger et le budget permet d'alimenter l'éducation et d'autres choses. Alors, il y a des discussions bien sûr entre le gouvernement et l'entreprise : est-ce suffisant ? Pour ne pas dévoiler un secret mais le faire un petit peu, nous avons donné un coup de pouce et dit à l'entreprise Areva : «ce serait quand même juste qu'il y ait un peu plus» et cela a commencé d'être fait.
Mais, au-delà d'une entreprise particulière, c'est un nouveau mode de coopération qu'il faut trouver. Il y a sur votre sol des richesses, il ne faut pas les piller, il faut les exploiter, les partager et puis que l'essentiel puisse revenir à la population autochtone.
Vous avez pris un deuxième exemple : c'est l'exemple des jeunes et des visas si j'ai bien compris. Il y a des questions qui se posent. J'ai compris que dans votre ADN vous étiez démocratiques mais pas démagogiques. Il est tout à fait légitime à mon sens que chaque pays ait une politique migratoire. Vous l'avez dit vous-même : l'objectif n'est pas d'aller à l'étranger pour être traité comme un moins que rien. Vous avez une politique migratoire, nous avons une politique migratoire. Simplement, il faut que cette politique migratoire, d'abord, respecte les droits de chacun et ne soit pas vexatoire.
Respecter les droits de chacun cela veut dire quoi ? Lorsque des jeunes Sénégalais viennent étudier en France, s'ils veulent commencer à travailler en France, ils doivent pouvoir le faire. Vous savez que, même si je ne suis pas là pour faire de la politique et critiquer mes prédécesseurs, il y avait eu une circulaire, la circulaire Guéant, qui disait : «vous pouvez venir mais vous ne pouvez pas travailler». C'était non seulement injuste pour les jeunes mais assez imbécile à mon avis car, dans le monde dans lequel nous vivons - c'est un monde de brassage, de métissage -, c'est une vision archaïque, anachronique, dépassée, de penser qu'on édifie un mur, une frontière qui n'existe pas. Nous avons annulé cela, on peut dire que c'est une petite mesure mais ce sont des choses concrètes.
De la même façon je pense - et je vais m'en occuper en liaison avec Manuel Valls - que, lorsqu'il y a des demandes de visas, il ne doit pas y avoir de procédure vexatoire. On dit «oui» la plupart du temps, de temps en temps on dit «non», mais il faut que cela se fasse dans des conditions faciles. On ne veut pas que les gens attendent, fassent la queue et payent des sommes considérables. Je dirais que la manière de le faire est aussi importante que la décision que l'on prend. J'étais allé souvent en Afrique avant même l'élection et beaucoup de gens m'ont dit cela. C'est donc quelque chose que l'on doit essayer de changer.
Vous prenez un troisième exemple. Vous dites que votre mouvement est en train d'essaimer dans d'autres pays de la région. Vous avez cité le Mali, je vais vous en dire un mot. Vous dites : «au fond, pourquoi un mouvement comme le nôtre ne pourrait pas exister sous une forme différente ou analogue en France ?»
D'abord le Mali. Avec Pascal Canfin, qui est à mes côtés, qui est ministre comme moi et qui s'occupe du Développement, nous avons rencontré les dirigeants du Niger et du Burkina Faso et nous sommes ce soir ici avec vous. Et puis nous nous rendrons au Tchad.
Évidemment, les populations et les autorités de chacun de ces pays sont très soucieuses de ce qui se passe au Mali. D'abord parce que vous avez un pays qui est coupé en deux. En plus vous avez, au nord du pays, une partie de population touareg qui a tout à fait le droit d'être là, mais aussi un certain nombre de terroristes qui font régner la terreur. Cela a des conséquences très lourdes pour le Mali mais aussi potentiellement pour tous les pays de la région, y compris chez vous, même si c'est à des centaines de kilomètres. Mais cela a aussi des conséquences potentielles chez nous car les terroristes considèrent, au fond, que l'ennemi ce sont ceux qui ne pensent pas comme eux et en particulier les Européens.
Alors, que faut-il faire ? J'ai discuté avec mes interlocuteurs et il y a deux ou trois idées qui apparaissent et je vous les propose. Au fond, le triangle qui doit permettre de redresser la situation c'est le triangle «démocratie-développement-sécurité». Quand on y réfléchit, ces trois piliers sont absolument essentiels.
Démocratie, parce qu'il y a un gouvernement au sud qui ne peut pas être présent au nord et, en plus, ce gouvernement ne représente pas la totalité de la population. Je pense donc qu'il est juste qu'il y ait un nouveau gouvernement qui soit mis sur pied et qui soit représentatif de l'ensemble de la population. C'est la tâche qui a été demandée au président. Il a été sauvagement agressé, laissé pour mort et il est revenu courageusement cet après-midi. Il faudra, à partir d'un gouvernement démocratique et tout à fait large, qu'il s'attaque au problème du développement : beaucoup de gens du nord sont descendus au sud, il y a des famines qui menacent, il y a les criquets pèlerins qui arrivent et c'est un pays extrêmement pauvre. Si vous n'avez pas de démocratie, vous ne pouvez pas avoir de développement mais si vous n'avez pas de développement, la démocratie risque aussi d'être mise en cause. Il va falloir aussi qu'il s'attaque à la sécurité dans le sud et puis, petit à petit, dans le nord. Les forces du nord qui acceptent de discuter, il faut dialoguer avec elles. Mais, s'il y a quelques forces qui restent et qui sont des terroristes professionnels, il faudra les traiter comme on traite les terroristes professionnels, parce qu'ils menacent vraiment l'ensemble de la région.
Quel est le rôle de la France là-dedans ? Nous ne sommes pas en première ligne mais nous allons essayer de faciliter parce qu'il faudra que les Nations unies aident tout cela. Comme nous sommes niveau international dans le Conseil de sécurité et au niveau européen on a des choses à dire, on va essayer de faciliter la situation.
Dernière question : en France est-ce qu'il pourrait y avoir l'équivalent de «Y'en a marre» ? En France, il n'y a pas d'équivalent parce que les indignés c'était quand même un autre cas. Les indignés étaient à mon avis plus politiques que vous, ils étaient très forts au moment où ils étaient dans l'opposition mais ils n'ont pas réussi à faire le passage lorsqu'il y a eu un changement de gouvernement. Vous avez retrouvé en vous-mêmes le slogan du NTS (nouveau type de Sénégalais) en vous disant : «maintenant Wade est tombé, il y a un nouveau pouvoir ; que pouvons-nous faire pour nous-mêmes et pour l'ensemble du pays ?». Vous êtes passé, si j'ai compris, d'une action plutôt négative à une action à la fois de surveillance mais qui est plutôt positive.
Chez nous aussi, il y a eu un changement de pouvoir et un mouvement comme le vôtre ce n'est pas le gouvernement qui peut le décider. Mais je pense que ce que vous faites, cela peut être un exemple parce qu'il faut que les jeunes et les moins jeunes se prennent en main. Un pays ce n'est pas seulement le gouvernement. Il faut que chacun se demande ce qu'il peut faire pour son pays. Et il faut aussi une vigilance parce que, même si un gouvernement est plus progressiste qu'un autre, il peut quand même commettre des erreurs. Mais tout à l'heure, quand vous avez tous chanté l'hymne sénégalais que je ne connaissais pas, il y a une parole que j'ai retenue, c'est quand l'hymne dit «épaule contre épaule» : je sens que c'est cela qui est vraiment au coeur de votre mouvement. Parmi ces épaules, il peut y avoir les épaules des Sénégalais mais aussi des épaules comme les nôtres qui viennent vous aider.
Q - Pourquoi venir au Sénégal et rencontrer le mouvement «Y'en a marre» ?
R - Parce qu'il y a une grande tradition d'amitié entre le Sénégal et la France : nous nous aimons, c'est un mot qu'on n'utilise pas beaucoup en politique mais je l'utilise à dessein. Nous aimons le Sénégal, nous aimons les Sénégalais et je pense qu'au-delà des hauts et des bas de l'histoire, les Sénégalais ont une relation particulière avec la France. Nous avons tellement de raisons d'être ensemble. Alors, cela a été difficile pendant la dernière période ; je suis membre d'un gouvernement de gauche, je ne cache pas mon drapeau dans ma poche et, évidemment les opinions du précédent gouvernement, sa manière de travailler, de pratiquer, pour nous, c'était inacceptable. Vous avez élu démocratiquement une nouvelle équipe que nous avons d'ailleurs reçue à Paris et la moindre des courtoisies, c'était que cette visite soit rendue et c'est le sens de mon déplacement.
Pourquoi venir ici - au siège de «Y'en a marre» ? Parce que je pense que le Sénégal, ce n'est pas simplement le Sénégal officiel. Vous savez, moi, comme vous l'avez dit gentiment, j'ai été ministre et Premier ministre très jeune et l'expérience cela a l'avantage d'aider à éviter les erreurs à ne pas commettre. Et la faute principale à commettre, c'est de rester enfermé dans les palais officiels et de se couper de la population. Il y a parfois des gouvernements qui commencent de façon excellente et brillante et puis, au fur et à mesure, on se coupe de la population. Il faut toujours être à l'écoute de la population. Parfois vous dites «oui», parfois vous dites «non», vous nous disiez tout à l'heure que nous ne sommes pas démagogiques mais au moins écoutés. Et ici j'ai le sentiment que c'est le coeur du Sénégal qui parle et j'ai donc eu envie, avec mes amis, d'écouter le coeur du Sénégal battre, ici.
Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 31 juillet 2012