Déclaration de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères, sur les relations franco-libyennes et sur la situation politique au Mali, à Tripoli le 12 novembre 2012.

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Circonstance : Déplacement en Libye-conférence de presse conjointe avec le Premier ministre libyen, M. Ali Zeidan, à Tripoli le 12 novembre 2012

Texte intégral

Monsieur le Premier ministre,

Je veux d'abord vous remercier très profondément de la chaleur et de la gentillesse de votre accueil. Je veux remercier aussi bien sûr le président du congrès général national libyen et tous vos collègues.
Ma visite est courte mais elle est intense et je sais déjà que c'est une réussite grâce à vous. Vous avez eu la délicatesse de proposer qu'un représentant de la France soit le premier étranger à s'adresser au congrès national général libyen parce que vous avez ressenti - et je partage pleinement votre sentiment - que la France ayant été la première à vous soutenir dans l'épreuve, il était légitime qu'elle soit aussi la première à vous accompagner, dans la transition vers la démocratie.
C'est exactement notre état d'esprit. C'est la raison pour laquelle je suis venu - et c'est symbolique - accompagné par le ministre du redressement productif et de la présidente de la commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale française. Nous souhaitons vous dire notre disponibilité, notre volonté à travailler ensemble main dans la main, la Libye et la France.
Nous allons faire en sorte, dans les semaines et les mois qui viennent de développer ce travail en commun qui sera mutuellement bénéfique. Comme le disait votre président du Conseil général et vous-même, c'est une coopération gagnant-gagnant. Et le gagnant dans tout cela, c'est la démocratie et le développement.
Merci, chaleureusement Monsieur le Premier ministre de votre accueil, je vous confirme, de la part du président de la République française que vous-mêmes et le président du congrès, vous êtes invités ardemment en France, dès que vous le pourrez, afin que nous accueillions comme vous nous avez accueilli.
Il y a, pour compléter ce que vient de dire M. Montebourg, une relation qui existe déjà depuis longtemps avec la Libye.
Nous voulons bâtir un partenariat stratégique concret avec nos amis libyens. Il existe déjà, dans le même temps, et il faut s'en réjouir, un mouvement d'échanges entre nos deux pays. . Par exemple, aujourd'hui même, la compagnie libyenne Afriquia, une compagnie publique, a annoncé la commande de 10 Airbus, 4 nouveaux Airbus, - c'est une commande ferme - et la conversion de six commandes de A350 800 et un A350 900, le tout pour un montant de l'ordre d'un milliard d'euros.
Ce qui signifie que, d'ores et déjà, des choses importantes existent et nous nous en réjouissons mais nous devons porter beaucoup plus loin ce mouvement.

Q - Est-ce un accord qui a été signé aujourd'hui ?
R - Il a été rendu public par la Compagnie Afriquia qui n'a pas à être signé par nous et qui a été confirmé par Airbus aujourd'hui.

Q - inaudible
R - Bien sûr la sécurité est une question très importante. Elle est importante partout et en particulier ici, que ce soit pour la sécurité intérieure ou pour la sécurité aux frontières. C'est vrai que la France a une expertise majeure dans ce domaine. Pour discuter des questions de sécurité de manière assez concrète avec plusieurs pays, à l'initiative de la Libye, nos amis libyens ont suggéré que se tienne prochainement une réunion sur les questions de sécurité pour aider la Libye à avancer. Nous avons proposé qu'elle se déroule d'ici peu à Paris. Bien évidemment, l'initiative dans ce domaine appartient à nos amis libyens, nous sommes totalement à leur disposition, possédant dans ce domaine une expertise reconnue.
Nous en avons parlé rapidement, lors de notre tour d'horizon. Et il faut constater que la sécurité, ou l'absence de sécurité, dans un pays a des répercussions sur les autres pays de la région. Ce n'est jamais une affaire purement intérieure et cela devient de plus en plus une affaire régionale voire internationale. À un certain moment, l'insécurité en Libye peut avoir une influence sur le Mali et l'inverse est vrai. C'est la raison pour laquelle il faut que, dans l'ensemble de la région, la sécurité soit de mieux en mieux maîtrisée. Bien évidemment cela implique un certain nombre d'équipements, d'expertise, d'hommes, une bonne chaîne de l'autorité et de la coopération. Et nous allons approfondir tout cela. Nous sommes bien évidemment totalement d'accord pour travailler ensemble sur ce sujet.
Quant à la situation du Mali proprement dite, vous savez sans doute qu'au cours de ce week-end une réunion s'est tenue à Abuja qui a abouti à un certain nombre de conclusions qui vont permettre de présenter une deuxième résolution au Conseil de sécurité des Nations unies. Vous savez qu'une première résolution 2071, avait été votée au Conseil de sécurité en donnant un rendez vous à 45 jours. Il y a une deuxième résolution et nos collègues africains chargés de sa rédaction ont débattu des termes possibles notamment sur l'aspect de la sécurité. Voilà ce que l'on peut dire sur le Mali. J'ajouterai, pour votre information, que lorsqu'on évalue la situation au Mali il faut avoir à l'esprit qu'il existe trois domaines d'action à mener ensemble. D'abord d'ordre politique bien sûr pour renforcer le gouvernement légitime du Mali. Des discussions doivent être établies avec les populations du Nord et les groupes du Nord, à condition que ces derniers renoncent au terrorisme et ne mettent pas en cause l'intégrité du Mali. C'est le volet politique auquel les Nations unies sont légitimement attentives. Il y a aussi une dimension sécuritaire qui a été abordée ce week-end pour savoir combien de temps il faudrait pour former l'armée malienne et l'Europe va aider à cette formation il convenait ensuite de savoir de quelles troupes pays voisins pouvaient disposer. Un concept a été élaboré. Et il y a enfin une double dimension de développement, et d'humanitaire, car il ne faut pas oublier que ce sont de populations généralement très pauvres non seulement au Mali mais aussi dans les pays voisins. Il revient, bien sûr, aux Africains d'avancer sur ces sujets, mais la communauté internationale doit chercher à les aider, et la France facilitera tout cela.
La sécurité en Libye est très importante tout comme la sécurité au Mali et nous devons avoir une vision d'ensemble de ces questions.

Q - (sur les partisans de l'ancien régime)
R - Nous n'avons pas spécifiquement évoqué ce point et je peux vous confirmer ce qui est une évidence. À partir du moment où une personne fait l'objet de poursuites judiciaires, la France se conformera au droit. Il n'est pas question pour nous d'abriter une personne recherchée. La position de la France est parfaitement claire : nous sommes respectueux du droit international et nous nous tenons aux côtés des nouvelles autorités libyennes.

Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 20 novembre 2012