Interview de M. Arnaud Montebourg, ministre du redressement productif, à "France Culture" le 9 octobre 2013, sur la politique industrielle du gouvernement.

Texte intégral


MARC VOINCHETO
n sait que vous avez présenté il y a quelques semaines le plan du gouvernement pour redresser l'industrie française, et par conséquent d'ailleurs l'économie française. Trente-quatre plans d'action destinés à accélérer la mise sur le marché de produits qui feront la croissance de demain, de produits comme le dit le titre de votre livre “ made in France ” . Voiture consommant deux litres aux cent kilomètres, textile technique ou autre objet connecté sont censés aider l'industrie qui a perdu sept cent cinquante mille emplois ces dix dernières années. Le gouvernement espère que ce plan permettra d'en créer au moins quatre cent soixante-quinze mille pour les dix prochaines années. On aura donc compris que vous êtes évidemment la cheville ouvrière de ces trente-quatre plans d'action. Quand on vous lit attentivement, on voit qu'il y a un volontarisme sans faille pour produire français, retrouver également le moral de l'industrie française. Mais patatras ! Arnaud MONTEBOURG, nous avons appris hier qu'ALCATEL-LUCENT annonce son sixième plan social depuis 2006, menace quinze mille emplois dont neuf cents en France sont concernés. Vous avez jugé la chose excessive, mais entre la volonté, le discours et la réalité économique et industrielle du pays…
ARNAUD MONTEBOURG
Écoutez, le cas d'ALCATEL est un cas que nous connaissons bien puisqu'en sept ans, depuis la fusion entre ALCATEL et LUCENT, nous en sommes au cinquième, sixième plan.
MARC VOINCHET
Sixième plan.
ARNAUD MONTEBOURG
Sixième plan. Nous avons perdu quatre mille cinq cents emplois en France. Bien. Et la situation d'ALCATEL aujourd'hui est une situation extrêmement critique puisque c'est une entreprise qui affiche une dette de 5,7 milliards et une perte, au dernier exercice, d'un milliard quatre. C'est une entreprise qui perd énormément d'argent.
MARC VOINCHET
Tous les plans en question, par ailleurs, ne redressent rien du tout pour l'instant.
ARNAUD MONTEBOURG
Oui. Et qui brûle aujourd'hui huit cents millions de cash au rythme actuel. C'est donc une entreprise qui peut disparaître. Nous sommes devant une difficulté. Si nous ne faisons rien, nous risquons de tout perdre, et si nous faisons beaucoup trop dans la restructuration, c'est-à-dire nous acceptons des coupes, nous risquons finalement de faire disparaître aussi ALCATEL de la carte du territoire français. Nous avons dit, la politique du gouvernement est de dire : “ Il faut sauver ALCATEL ”. Nous sommes conscients de la nécessité de le faire. ALCATEL a annoncé hier dix mille suppressions d'emplois dans le monde. Pour la France, c'est neuf cents suppressions et neuf cents transformations d'emplois avec des obligations de mobilité pour les salariés, les ingénieurs.
MARC VOINCHET
Notamment les sites de Rennes et de Nantes les plus touchés.
ARNAUD MONTEBOURG
Trois sites qui sont fermés, c'est un coup dur pour nous. Le gouvernement a dit à monsieur COMBES qui est le nouveau dirigeant qui est chargé de sauver ALCATEL : “ Nous ne souhaitons pas que le tribut payé par la France soit excessif ” et nous le jugeons excessif à ce stade. Les organisations syndicales sont extrêmement ferme et le gouvernement l'est tout autant. Nous avons demandé à la direction d'ALCATEL de revoir le plan à la baisse, pour que la France ne paye pas toujours le même prix, c'est-à-dire toujours le prix de la restructuration. Nous avons fait cette demande de façon officielle à monsieur Michel COMBES, le PDG d'ALCATEL-LUCENT. MARC VOINCHET Cela dit, il y a des syndicats qui trouvent que par moment, on se demande ou pas s'il y a un double langage. Vous avez, la veille de cette annonce – c'est Libération qui le rappelle – adoubé un des hauts dirigeants d'ALCATEL-LUCENT, Philippe KERYER qui est patron de la stratégie et de l'innovation, pour piloter un des trente-quatre chantiers justement que vous détaillez dans votre livre.
ARNAUD MONTEBOURG
Précisément, nous avons décidé devant la chute libre que connaît aujourd'hui l'équipementier télécoms – pour nos auditeurs : ALCATEL ne fabrique pas de Smartphones, ne fabrique pas des instruments de télécommunications à destination du grand public, mais vend des équipements à ceux qui vendent des services au grand public. ORANGE, SFR, FREE, et cætera et beaucoup d'autres, TELEFONICA, en Europe et dans le monde. Nous avons subi des pertes très dures en Europe ; pourquoi ? Parce qu'il y a une agressivité du dumping chinois, notamment des grands opérateurs que sont HUAWEI, équipementiers qui eux-mêmes cassent les prix et évincent ALCATEL-LUCENT. Donc qu'est-ce que j'ai dit hier à l'Assemblée nationale ? Tout le monde s'est rué pour la baisse des prix dans les télécoms. Qu'est-ce qui s'est passé avec l'arrivée de FREE ? Tout le monde, maintenant on achète même des services à zéro euro, deux euros. La conséquence, c'est que tous les équipementiers décident de baisser leurs coûts. Comment ils font pour baisser leurs coûts ? Ils prennent du chinois, ils mettent des centres d'appel à l'étranger et on se retrouve avec des dégâts et des pertes d'emplois considérables.
MARC VOINCHET
Alors que le paradoxe, c'est que par exemple l'arrivée de la 4G notamment était censée pouvoir donner une bouée d'air à ALCATEL.
ARNAUD MONTEBOURG
La 4G, nous avons dit aux opérateurs, je le leur ai écrit, je leur ai dit et ils m'ont répondu par écrit. J'ai la lettre d'engagement de SFR et d'ORANGE qui dit : “ Nous allons faire travailler davantage que par le passé ALCATEL-LUCENT ” et nous avons un plan industriel qui s'appelle Souveraineté télécoms qui a pour but d'organiser la protection de nos intérêts dans la matière. Comme l'autre fois j'ai rencontré les dirigeants de HUAWEI, je leur ai dit : “ Vous ne pouvez pas obtenir presqu'un milliard de chiffre d'affaires en vendant des équipements télécoms sans qu'il y ait un emploi en France. ” Je suis désolé, on va faire comme le congrès américain ; les Américains ont fait une chose, ils ont dit : “ Sécurité nationale, nous ne voulons plus d'équipements chinois dans les réseaux, dans les routeurs, dans le système invisible des télécommunications.” Donc ce plan Souveraineté télécoms, c'est la réponse politique pour sauver ALCATEL-LUCENT. Quoi de plus normal que de le faire piloter par en tous cas un de ceux, parce que c'est le directeur de l'innovation donc de la recherche scientifique chez ALCATEL, qui dans la filière en a le plus besoin.
MARC VOINCHET
Hubert HUERTAS ?
HUBERT HUERTAS
Oui. Cette approche des problèmes d'ALCATEL, cette approche finalement modeste qui consiste à essayer de limiter la casse si possible, est-ce que politiquement au bout du compte, ça ne renvoie pas à Lionel JOSPIN ? Est-ce que ça ne dit pas que, bien qu'il ait été beaucoup critiqué avec sa déclaration, il n'avait pas raison ? Est-ce qu'au fond, on n'en revient pas éternellement à cette considération qui dit que l'État ne peut pas tout, même si vous êtes Arnaud MONTEBOURG ?
ARNAUD MONTEBOURG
Mais il ne faut pas tout mélanger ! Je veux dire, quand une entreprise perd de l'argent, qu'elle est au bord de la faillite, il est impensable… Qu'est-ce que vous voulez faire ? Vous avez des solutions, vous, monsieur ? Non, mais vous savez tout ! Les journalistes, vous êtes des sachants ! Vous êtes les experts des temps actuels ! Les aristocrates de la pensée !
HUBERT HUERTAS
Non, non, non ! Non !
ARNAUD MONTEBOURG
Puisque vous savez tout, monsieur HUERTAS, je vous pose la question !
HUBERT HUERTAS
On rappelle une déclaration qui est : est-ce que dans l'approche elle-même…
ARNAUD MONTEBOURG
Je vais vous dire pourquoi vous mélangez tout. Parce que quand vous avez une entreprise qui est au bord de la faillite, même le Bon Dieu ne peut pas. D'accord ? En revanche, quand vous avez une entreprise qui fait des profits, là la politique a des choses à dire. La différence, c'est que là on a une entreprise qui est en pertes lourdes et qui risque d'être en graves difficultés.
HUBERT HUERTAS
La phrase à laquelle je fais référence, c'était une entreprise en difficulté…
ARNAUD MONTEBOURG
Non, parce que cette phrase… Non, pas du tout ! C'était l'époque LU, MICHELIN. C'étaient des entreprises qui se restructuraient alors qu'elles faisaient d'énormes profits. Vous voyez donc qu'on ne peut pas tout mélanger. Moi, je prétends que l'État peut beaucoup. D'ailleurs, qu'est-ce que nous faisons, même quand une entreprise est en difficulté ? J'en ai deux mille cinq cents sur mon bureau dans le pays. Nous avons une vague de difficultés auxquelles nous sommes confrontées. Qu'est-ce que nous faisons devant ces difficultés ? Nous les affrontons, nous les regardons en face et nous cherchons à limiter toujours les dégâts et nous le faisons dans le plus petit dossier jusqu'au plus gros, comme celui-là.
MARC VOINCHET
Avec les commissaires au Redressement productif.
ARNAUD MONTEBOURG
Mais les commissaires, qu'est-ce qu'ils font ? Ils font ce que je fais dans les gros dossiers, ils le font dans les petits dossiers, dans les départements et les régions. Qu'est-ce qu'ils font ? Ils mettent les banquiers, ils mettent les créanciers, ils mettent les salariés, les élus et ils disent : “ Qu'est-ce qu'on peut faire ? ” et chacun prend une part du sauvetage. Les salariés acceptent des départs, ce n'est pas facile. Et je remercie les organisations syndicales, quand il y en a, qui acceptent ça parce que c'est une manière de garder l'outil industriel. Si on ne bouge pas et si je me mets sur un promontoire, monsieur HUERTAS, si je vous suis, promontoire en déclarant : “ Il n'y aura pas de faillite ”, on perdra les entreprises. Écoutez ! c'est quand même du bon sens ! Donc nous, notre stratégie est une stratégie de maintien de nos outils industriels. C'est une stratégie à l'allemande, quasi-militaire. C'est-à-dire là où on a un problème, on se met ensemble, on règle le problème ensemble. Chacun prend un bout. Les banquiers, on leur dit : “ Écoutez, vous avez été un peu trop gourmands. Au revoir, vous abandonnez cela sinon vous perdrez tout. ” On dit aux créanciers, d'ailleurs nous en sommes, on leur dit : “ Écoutez, on ferme les yeux sur ce petit bout-là. Le reste, on verra plus tard. ” On dit parfois aux dirigeants : “ Écoutez monsieur, vous avez soixante-quinze ans. Je crois qu'il faut passer la main. ” D'ailleurs, c'est ce qui s'est passé dans ALCATEL. ALCATEL, au bout du sixième plan, on a dit au dirigeant précédent : “ Écoutez, franchement vous n'êtes pas brillant. Vous êtes en train de nous faire boire le bouillon. Au revoir, monsieur ! ” Il n'y a pas que les ouvriers, les cadres, les ingénieurs qui payent : il y a aussi les dirigeants. On fait ce travail. Ce n'est pas très gratifiant mais je pense que dans l'intérêt de la France, nous devons le faire.
MARC VOINCHET
Hubert ?
HUBERT HUERTAS
Vous avez suivi comme tout le monde le résultat de l'élection de Brignoles. Est-ce que cette élection, sur laquelle on va vous interroger, elle ne traduit pas aussi une perte de moral au moment où, dans votre livre, vous dites que la bataille du made in France ne peut se gagner que sur un moral ? Comment vous faites avec un pays si démoralisé pour avancer le discours que vous tenez ?
ARNAUD MONTEBOURG
Tout le monde n'est pas démoralisé, monsieur. Heureusement, parce que je rencontre sur le terrain, dans des entreprises, des gens qui font des choses incroyables, extraordinaires, d'ailleurs il faut les mettre en lumière. On n'est pas que des professeurs…
MARC VOINCHET
C'est ce que fait votre livre : des jouets, des robots dans la chirurgie.
ARNAUD MONTEBOURG
Oui, je leur donne la parole. Il y a des histoires extraordinaires dans notre pays et ces gens-là sont nos références. On n'est pas obligé de toujours donner la légion d'honneur à des footballeurs qui marquent des buts contre leur camp ! On peut aussi mettre en valeur des gens extraordinaires, des héros anonymes – des travailleurs, des cadres, des syndicalistes, des petits patrons et même des grands qui font un boulot fabuleux et qui sont des patriotes.
HUBERT HUERTAS
Il y a quand même un climat général.
ARNAUD MONTEBOURG
Non mais le climat général, vous y contribuez comme nous. On va arrêter avec ces histoires de climat général. Moi personnellement, je suis comme André COURRÈGES, qui est un grand créateur dont la marque vient de renaître. Je suis allé dans l'usine de Pau, où on a réembauché les coutières aux doigts d'or des années soixante-dix, qui sont revenues après leur retraite pour former les petites jeunes en contrat de génération, qui est un contrat de transmission des savoirs entre les générations. La phrase du nouveau dirigeant de COURRÈGES, il a dit : “ Monsieur Courrèges disait : « toute femme plongée dans une robe Courrèges subit une poussée d'optimisme. ” Tout citoyen plongé dans le redressement productif subit une poussée d'optimisme.
MARC VOINCHET
C'est bon pour la métallurgie, COURRÈGES !
ARNAUD MONTEBOURG
Moi, je suis victime de ça. Je suis désolé, je vais vous distribuer l'optimisme ! Alors, qu'est-ce que je peux faire pour vous ? À Brignoles, vous voulez que je vous dise ?
HUBERT HUERTAS
Tant mieux, à Brignoles ?
ARNAUD MONTEBOURG
C'était un canton Front National en 2011 : point numéro un. Point deux : il n'y avait pas de candidat socialiste, il y avait un candidat communiste. Or le Parti communiste, comme vous le savez, est plutôt un parti dans l'opposition que dans la majorité. Pourquoi voulez-vous que les électeurs socialistes se déplacent ? Troisièmement : il y avait un candidat écologiste, un candidat communiste qui sont deux minoritaires, ultra-minoritaires dans la gauche, qui sont les seules offres possibles. Comment voulez-vous que ça fonctionne ? Il n'y avait même pas un candidat de gauche commun. Ça donne le résultat qu'on a connu. Excusez-moi, dans mon département en Saône-et-Loire, j'ai eu quatre cantons aux dernières élections cantonales en 2011, j'étais président du conseil général, je regardais ça de très près : quatre cantons où le Front National était au deuxième tour. Quatre ! Et c'était l'UMP qui a été éliminée face au PS. Pourquoi ? Parce que chez nous, l'UMP est plus faible que le Parti socialiste. C'était l'inverse ! Donc les professeurs de pessimisme…
HUBERT HUERTAS
Il n'y a rien qui n'annonce quelque chose d'ennuyeux ou de dangereux ?
ARNAUD MONTEBOURG
Mais on l'a déjà eu la dernière fois ! C'est ce que je suis en train de vous dire !
HUBERT HUERTAS
Pour les municipales dans six mois ?
ARNAUD MONTEBOURG
Ça, les municipales, on verra les élections. Les cantonales, on connaît. D'ailleurs, il n'y a pas eu beaucoup d'élus du Front National.
MARC VOINCHET
Vous n'êtes pas trop alarmé ?
ARNAUD MONTEBOURG
Je suis combatif et engagé, monsieur VOINCHET. Je ne commente pas, je ne suis pas commentateur de l'action publique. Ça, c'est votre boulot. Moi, je suis un acteur ; voyez, c'est toute la différence. Moi, je ne peux pas faire des commentaires, je ne sais pas faire.
MARC VOINCHET
« Vous ne savez pas faire », c'est ce que disent souvent vos collègues hommes politiques et grands orateurs, mais parfois au fond « piètre stratège », disent ceux qui parlent hors micro dans les colonnes des journaux qui font votre portrait, Arnaud MONTEBOURG. Mais est-ce que tout de même - on parle de la question du Front National – le vrai sujet n'est pas, quel que soit le score du Front National, la question de l'abstention quand même, là en l'occurrence ?
ARNAUD MONTEBOURG
Mais bien sûr, enfin écoutez…
MARC VOINCHET
Et le fait qu'elle soit venue beaucoup de la gauche, les électeurs de gauche.
ARNAUD MONTEBOURG
Mais c'est très simple : c'est que nos électeurs aujourd'hui ne se reconnaissent pas dans une action qui est une action – excusez-moi, c'est ce que j'expliquais l'autre jour – où nous sommes obligés de rétablir, de redresser ce pays qui est très difficile. Je vous rappelle que nous devons inverser la courbe du chômage, reconquérir et reconstruire l'industrie, reconstruire l'éducation nationale qui est en chute libre, redresser les comptes publics, limiter, affaisser, diminuer drastiquement nos déficits. Nous faisons le travail que nos prédécesseurs auraient dû faire et qu'ils n'ont pas fait. Ils ont fait des politiques à crédit avec des cadeaux fiscaux ! Évidemment là, la facture arrive et c'est nous qui devons faire ce travail, donc nous faisons le sale travail. Est-ce que nos électeurs nous en sont reconnaissants ? Je ne crois pas.
MARC VOINCHET
Dites, j'ai une bonne nouvelle qui tombe à l'instant. Vous vous souvenez que vous ne restez pas très tendre avec MITTAL dans votre livre, mais voilà que nous apprenons tout de même que le géant mondial de l'acier ARCELORMITTAL a annoncé aujourd'hui un investissement de quatre-vingt-douze millions d'euros pour la réfection complète de l'un des trois hauts fourneaux dont il dispose sur le site de Dunkerque dans le nord, six mois donc après la fermeture de Florange. Je cite Henri-Pierre ORSONI, le patron de la division Atlantique du groupe sidérurgique : “ Cet investissement confirme la volonté du groupe d'investir dans la durée en France afin de consolider ses activités sur le territoire ainsi que sa stratégie en Europe et en France. ” Moi, je dis qu'il a dû vous lire !
ARNAUD MONTEBOURG
Mais c'est très bien ! Finalement, j'ai bien fait. Les engagements de monsieur MITTAL, on va voir s'ils sont respectés. Nous, c'est notre travail de les faire respecter. S'il les respecte, je ne peux que m'en féliciter.
MARC VOINCHET
Hubert ?
HUBERT HUERTAS
Oui. Vous avez précisé, et vous avez raison, que vous n'êtes pas un commentateur. Je ne vais pas m'adresser au commentateur, je vais m'adresser à l'acteur. Cet acteur avait proposé il y a peu de temps qu'on change de république. Vous avez été l'un des fondateurs de cette idée pour une VIème République.
ARNAUD MONTEBOURG
C'est vrai.
HUBERT HUERTAS
Vous êtes dans un gouvernement en tant qu'acteur ; vous travaillez sous la responsabilité du président de la République qui est le premier acteur. Le président de la République lui, dit : “ VIème République, je n'y crois pas. ” Il était devant le conseil constitutionnel et il s'est franchement rangé dans ce qu'il y a de plus traditionnel de la Vème République dans la forme et dans le fond. Comment est-ce que vous l'avez vécu ? Est-ce que ce n'est quand même pas, en tant qu'acteur, une très grosse couleuvre que vous devez avaler ?
ARNAUD MONTEBOURG
Écoutez, au moins le président de la République François HOLLANDE a le mérité de la cohérence puisque, il l'a toujours dit, quand il était dans l'opposition comme quand il était dans la majorité. Je me souviens d'un congrès où, sur la VIème République, j'ai refusé la synthèse. J'étais tout seul au Mans à trois heures du matin, dans la nuit, tout seul, pour cette raison. Je le sais à quel point il est résilient à cette idée, résistant à cette idée. Est-ce qu'il a changé ? La réponse est non. Est-ce que moi j'ai changé ? La réponse est non. Est-ce que moi je pense qu'il faut que ça change sur le plan démocratique dans notre pays ? La réponse est oui. Mais la différence entre lui et moi, c'est que lui est le président de la République et que c'est lui qui a l'initiative sur ce type de dossier.
HUBERT HUERTAS
Il a changé un peu quand même, parce que pendant sa campagne, il avait fait un certain nombre d'ouvertures. Là, il a l'air de réduire la VIème République à la fin de l'élection du président au suffrage universel et vous savez très bien, puisque vous y avez beaucoup réfléchi, que ce n'est pas seulement cela.
ARNAUD MONTEBOURG
C'est vrai mais en même temps, il a quand même évolué sur le non-cumul des mandats puisqu'il a imposé la fin du cumul des mandats aux parlementaires, ce qui est une très grande réforme qui est celle – une de celles une des composantes de la Vième République. Il était contre avant, je note donc qu'il a quand même progressé. Vous voyez que finalement on arrive quand même à s'entendre.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 14 octobre 2013