Déclaration de Mme Hélène Conway-Mouret, ministre des français de l'étranger, sur une exposition photographique consacrée à l'Afrique du Sud, à Paris le 17 décembre 2013.

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Circonstance : Intervention lors d'un exposition photographique sur l'Afrique du Sud, à Paris le 17 décembre 2013

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Texte intégral

Madame l'Ambassadrice,
Mesdames et Messieurs les Élus,
Mesdames et Messieurs les Directeurs,
Monsieur le photographe, Dear Don Mullan,
Mesdames et Messieurs,
Chers Amis,
L'exposition qui nous réunit ce soir est une invitation à regarder avec le coeur. Vous ne me tiendrez donc pas rigueur de m'adresser à vous avec les mots du coeur.
Votre invitation me ravit. Elle me ravit et elle m'honore. Beaucoup d'entre vous le savent : depuis près d'un an et demi, je suis très attentivement le déroulement des saisons croisées Afrique du Sud - France.
J'ai eu le grand privilège, l'an passé, de lancer les saisons en Afrique du Sud - la veille du 14 juillet. Et j'ai activement participé au lancement de la saison sud-africaine en France.
Cette manifestation, largement soutenue par le ministère des affaires étrangères, via l'Institut Français, est la marque des relations étroites et amicales qu'entretiennent aujourd'hui la France et l'Afrique du Sud. Le déplacement du président de la République à Pretoria en octobre dernier a démontré la vigueur croissante de nos échanges, dans un climat de confiance et de respect mutuels.
Il m'apparaît d'ailleurs, et je ne suis pas la seule à le percevoir, que les rencontres sont devenues beaucoup plus chaleureuses en l'espace d'un an. Je ressens une véritable envie de travailler ensemble, d'échanger et de partager dans tous les domaines.
J'employais à l'instant les termes de confiance et de respect : quel autre pays au monde sait mieux que l'Afrique du Sud ce que cela exige de compréhension, d'empathie, de curiosité pour l'autre ?
Il fallait la programmation riche et ambitieuse des saisons croisées pour permettre aux Français et aux Sud-Africains de mieux se connaître, afin de mieux se rapprocher.
Jugez-en donc : pour notre seul pays, plus de 150 événements se sont tenus dans une centaine de villes, et ce depuis le mois de mai !
Tour à tour artistiques, scientifiques, gastronomiques, sportives, touristiques, ces manifestations offrent au public français une plongée dans l'Afrique du Sud d'aujourd'hui.
Une jeune démocratie dynamique, ambitieuse, qui relève les nombreux défis qui lui font face avec énergie, mais aussi prudence et sagesse, tant les meurtrissures du passé continuent à éprouver le corps social.
Cette réalité plurielle, le regard de Don Mullan l'a particulièrement bien saisie. Pendant plusieurs semaines, à l'invitation de la famille de Desmond Tutu, il a capté la lumière du présent sud-africain. Lumière des villes et des paysages ; lumière des êtres, des visages surtout, et peut-être plus encore des yeux, qui, comme l'écrivait Bernanos, livrent «ce que la voix peut cacher».
Don Mullan n'est pas qu'un technicien de l'image, qui a su en l'espèce faire preuve d'audace et de créativité pour tirer le meilleur de la modernité numérique. Don Mullan est d'abord et avant tout un regardeur, c'est à dire quelqu'un qui accueille le monde en lui, et ne se satisfait pas d'y projeter ses propres représentations.
Cette approche éminemment généreuse est celle d'un humaniste. Et je crois qu'en la matière, la réputation de Don Mullan n'est plus à faire, lui qui a lutté des années durant contre l'apartheid, lui qui a fait de la plume un glaive contre l'injustice, qu'elle s'exerce à l'autre bout du monde ou à quelques pas de chez lui, en Irlande, terre chère à son coeur - et au mien.
Parce qu'il épouse le réel, le regard de Don Mullan n'est pas angélique. Ces photographies sont autant de motifs à questionnement sur ce qui relie aujourd'hui les Sud-Africains, mais aussi sur ce qui est de nature à raviver les plaies du passé.
Dans ce portrait sensible de l'Afrique du Sud de 2013, deux visions ont plus particulièrement retenu mon attention : la première est celle d'une petite fille douce et rayonnante, Onaleena, qui semble concentrer à elle seule toutes les promesses de la nation arc en ciel.
La seconde vision est celle, déchirante, du corps sans vie d'Hector Pieterson, porté par l'un de ses camarades de classe. Le jeune garçon avait douze ans lorsqu'il périt sous les balles de la police, en 1976. A peu de choses près, c'est l'âge d'Onaleena aujourd'hui.
L'exposition tire force et vertige de ces correspondances mémorielles, qui nous rappellent que la fraternité est une chose infiniment précieuse et infiniment fragile.
Elle requiert un engagement authentique de chacun auprès de son prochain, a fortiori quand il ne nous ressemble pas.
Ce chemin de générosité, qui affranchit des préjugés et de la haine, est celui qu'a tracé Nelson Mandela pour la liberté de son peuple, pour l'unité de son pays. Desmond Tutu a lui aussi exercé ce magistère moral et spirituel qui a guidé les Sud-Africains sur la voie de la vérité et de la réconciliation.
Ces deux figures tutélaires de l'Afrique du Sud contemporaine traversent de part en part l'exposition. Une présence qui s'éprouve moins par le regard que par le coeur. Et à quelques jours de la mort de Nelson Mandela, cette présence confère un relief et une émotion particulière à l'exposition.
La disparition de Madiba souligne surtout l'acuité et l'importance de cette exposition, qui a failli ne jamais voir le jour.
Permettez-moi dès lors de saluer la ténacité et l'énergie de Madame Hélène Pichon, du Centre d'Étude et de Prospective Stratégique. Elle a permis à ce projet d'aboutir et de prendre place dans un des lieux les plus somptueux de la capitale, où l'exposition sera vue et appréciée par des milliers de touristes et de parisiens chaque jour. Bravo à vous chère Hélène.
Je tiens également à saluer l'ensemble des acteurs publics associés aux saisons croisées Afrique du Sud - France : je pense au Ministère de la Culture, au ministère de l'Éducation, mais ils étaient bien plus nombreux à s'y investir.
Je voudrais remercier tous les partenaires privés qui, par leur apport financier et logistique, ont rendu possible l'exposition, et favorisé plus généralement la réussite de la saison sud-africaine en France.
Mes remerciements, ou plutôt mes félicitations, vont évidemment à Monsieur Don Mullan, pour l'admirable travail qu'il accomplit depuis des décennies, et pour celui-ci en particulier.
Enfin, comment ne pas louer l'implication et les qualités d'écoute de nos partenaires sud-africains, en premier lieu le ministère des arts et de la culture, le National arts council (NAC), et l'ambassade d'Afrique du Sud en France ?
Un grand merci à eux, et un grand merci à vous tous, qui permettez à deux grands pays de mieux se connaître et de se rapprocher. Cela représente un pas franc et volontaire sur le chemin de l'amitié. Le seul qu'ait jamais emprunté Nelson Mandela, à qui l'exposition est dédiée, et dont l'étoile continuera longtemps de briller.
Je vous remercie.
Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 18 décembre 2013