Interview de M. Stéphane Le Foll, ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt, à "Itélé" le 6 mars 2014, sur les chiffres du chômage, l'affaire Patrick Buisson, l'éventualité d'un remaniement ministériel.

Texte intégral

CHRISTOPHE BARBIER
Un chiffre qui vient de tomber, on consolide les chiffres du chômage par trimestre, sur le quatrième trimestre 2013, moins 0,1% pour la métropole, on n'ajoute pas l'outre-mer. Ça ressemble à une petite inversion, non ?
STEPHANE LE FOLL
Ça ne ressemble pas, c'est une inversion.
CHRISTOPHE BARBIER
Et pourquoi on ne nous l'a pas dit avant ?
STEPHANE LE FOLL
Parce qu'il y a des statistiques mensuelles qui ont pris le pas sur la consolidation trimestrielle, je comprends une chose, c'est qu'il y a eu une inversion de cette courbe, l'essentiel est que le chômage ait pu baisser, même si c'est de manière faible. Moi, je pense surtout aux jeunes, je crois que c'est moins 1,1% de chômeurs en moins. Et ça, c'est une nouvelle qui doit nous encourager à poursuivre une politique, à la fois en terme de compétitivité pour les entreprises, et puis d'actions directes pour la création d'emplois.
CHRISTOPHE BARBIER
Et néanmoins, la France, depuis hier, est mise sous surveillance renforcée par l'Europe parce que ça ne va pas assez vite sur les réformes, c'est humiliant quand même !
STEPHANE LE FOLL
C'est à regarder tout ça avec beaucoup de sérénité, et à s'appuyer justement sur ce qui vient confirmer les choix qui ont été faits par le gouvernement, et qui, au bout du compte, peut-être pas suffisamment, mais portent leurs fruits, on est en train de faire des choses qui mettent ce pays sur la voie du redressement. Donc tout doit être fait pour poursuivre cette politique. La France est en train de redémarrer, il faut la soutenir.
CHRISTOPHE BARBIER
On a vu hier un tout petit premier accord entre patronat et trois syndicats sur une méthode de travail en quelque sorte, résultat : c'est dans les branches qu'on va parler des contreparties, de l'emploi, sans aucune contrainte ; le patronat fait ce qu'il veut.
STEPHANE LE FOLL
Non, il ne fait pas ce qu'il veut, il y a aussi à prendre une réalité dans les entreprises, soyons clairs, qu'est-ce qui peut justifier qu'on ait… comment dirais-je… un accord global, il y a des branches qui peuvent redémarrer beaucoup plus vite en terme économique, avoir beaucoup plus de croissance, et donc être capables de créer beaucoup plus d'emplois, d'autres, parce qu'il y a des difficultés qui sont peut-être plus longues à résorber, mettront un peu plus de temps. Le fait d'avoir renvoyé des négociations par branche, c'est quand même la meilleure manière de prendre en compte ce que l'économie va permettre de mettre en oeuvre dans le cadre du pacte de responsabilité. Ce qui est très important dans ce qui a été signé, c'est de dire aux entreprises : on vous aide à être compétitives, mais au moment où vous allez redresser vos comptes, il faut que vous investissiez, il faut que vous créiez de l'emploi.
CHRISTOPHE BARBIER
C'est-à-dire que les entreprises attendront les premières baisses concrètes, sociales et fiscales, c'est-à-dire que ce n'est pas avant 2016 qu'on aura un redressement de l'emploi.
STEPHANE LE FOLL
Voilà, elles arrivent aujourd'hui les premières baisses, elles vont arriver au mois de mai avec le crédit d'impôt compétitivité de l'emploi.
CHRISTOPHE BARBIER
Donc il faut que l'emploi démarre tout de suite ?
STEPHANE LE FOLL
Il faut que ça démarre en même temps. Qu'est-ce qui va se passer ? C'est qu'au moment où la reprise économique va être là, les entreprises vont recréer de l'emploi, tout ça doit aller du même pas, plus elles sont compétitives, plus elles vont pouvoir produire, plus elles vont pouvoir vendre, plus elles vont pouvoir embaucher.
CHRISTOPHE BARBIER
L'affaire BUISSON, vous l'avez vu, défraie la chronique, est-ce que le ministère de la Justice ne doit pas demander au Parquet d'enquêter sur ces enregistrements au coeur de l'Etat ?
STEPHANE LE FOLL
Ecoutez, il y a ceux qui sont des victimes de cette histoire…
CHRISTOPHE BARBIER
Vous demandez à SARKOZY de porter plainte ?
STEPHANE LE FOLL
Je ne demande rien, enfin, c'est quand même… ceux qui sont les premières victimes, c'est ceux qui ont été écoutés à leur insu, premier point. Deuxième point, moi, ce qui me choque dans cette histoire, que j'ai découverte comme tout le monde depuis hier ou avant-hier, c'est cette influence qu'avait monsieur BUISSON sur le président de la République, mais globalement, sur toute la droite, parce que peu de personnes à droite se sont exprimées contre ce monsieur BUISSON, il y a quelque temps, quand il avait…
CHRISTOPHE BARBIER
Il y avait des influences contradictoires quand même…
STEPHANE LE FOLL
Quand il avait tout ce pouvoir. Donc moi, je suis à la fois atterré de ce qui s'est passé et de ce qu'a fait monsieur BUISSON, même si ses antécédents quand même auraient pu alerter tout le monde, parce que je crois qu'il a eu un certain nombre de problèmes, même à MINUTE, d'écoutes ; franchement, c'est plutôt ça qui me choque aujourd'hui.
CHRISTOPHE BARBIER
L'Etat est victime aussi, la République est victime…
STEPHANE LE FOLL
Mais bien sûr…
CHRISTOPHE BARBIER
Le gouvernement actuel devrait porter plainte.
STEPHANE LE FOLL
Pourquoi l'Etat est victime ?
CHRISTOPHE BARBIER
Parce que, au coeur du bureau du président, on enregistre à son insu…
STEPHANE LE FOLL
Oui, au coeur du bureau du président, un conseiller qui était autour du président a enregistré des choses, mais enfin, c'est d'abord de la responsabilité de ceux qui étaient autour de la table et de ce conseiller, qui est directement mis en cause et qui a été un traître de manière la plus claire qui soit et qui, en plus…
CHRISTOPHE BARBIER
Il faut que Nicolas SARKOZY…
STEPHANE LE FOLL
Mais qui en plus, Monsieur BARBIER, vous le savez sûrement, et qui en plus avait énormément d'influence politique !
CHRISTOPHE BARBIER
Est-ce que Nicolas SARKOZY doit parler au moins ?
STEPHANE LE FOLL
Je pense qu'il devrait s'exprimer !
CHRISTOPHE BARBIER
Affaire COPE, affaire BUISSON, perquisition hier…
STEPHANE LE FOLL
Mais affaire COPE, sur laquelle on n'est pas assez revenu, parce que, ce qu'a fait COPE quand même, avec l'histoire des comptes de l'UMP en disant…
CHRISTOPHE BARBIER
Ils ont été certifiés par la Commission des comptes de campagne…
STEPHANE LE FOLL
Mais bien sûr, mais je les mets sous séquestre, enfin, oui, mais justement, mais qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Il y a quand même quelque chose qu'on n'a pas dit assez dans cette affaire COPE, c'est que quand on est secrétaire général, je ne sais pas comment ça s'appelle, parce que ce n'est pas le premier secrétaire, le secrétaire général de l'UMP…
CHRISTOPHE BARBIER
Et maintenant président…
STEPHANE LE FOLL
Président de l'UMP, président de l'UMP, et que l'UMP, parti, fait travailler une entreprise qui, de toute évidence, était dirigée par deux des amis de Jean-François COPE, comment tout ça, ça a pu durer pendant autant de temps…
CHRISTOPHE BARBIER
Enfin, au Parti socialiste, on fait travailler des entreprises où il y a des amis de gauche…
STEPHANE LE FOLL
Oui, mais j'imagine, écoutez, Monsieur BARBIER, je vais vous dire une chose, j'imagine le fait que, au Parti socialiste, il y ait une société qui ait été directement liée par exemple avec… gérée par des amis de François HOLLANDE, vous croyez que, au Parti socialiste, à l'époque, avec Arnaud MONTEBOURG…
CHRISTOPHE BARBIER
Son trésorier de campagne a montré qu'il avait des activités d'homme d'affaires très fructueuses.
STEPHANE LE FOLL
Oui, mais est-ce que… oui, d'accord, mais ça, ce n'est pas du tout la même chose ! Jamais vous n'avez vu, on n'a jamais donné directement à une société plutôt qu'une autre, enfin, quelque chose qui était comme ça directement lié.
CHRISTOPHE BARBIER
Tout de même, toutes ces affaires COPE BUISSON, la perquisition…
STEPHANE LE FOLL
Ça, c'est un vrai problème…
CHRISTOPHE BARBIER
La perquisition hier chez l'avocat de Nicolas SARKOZY, tout ça, ça tombe bien pour la gauche, est-ce que ce n'est pas quand même un tout petit peu agité, sorti ; c'est opportun ?
STEPHANE LE FOLL
Non, je ne dirais pas ça du tout, parce que ça ne tombe pas bien, parce que, globalement, pour la politique, ce n'est pas bon…
CHRISTOPHE BARBIER
Ça va faire des triangulaires en faisant monter le FN, c'est bon pour la gauche !
STEPHANE LE FOLL
Ne cherchez pas à faire ces calculs-là, enfin, je veux dire, arrêtons avec ces idées-là ! Il y aurait partout… mais tiens, on ferait tous comme une espèce de complot général où il y aurait plein de choses. Il y a des choses qui sortent, il y a des vieilles choses qui arrivent, et puis, il y a tout ce que ça a comme… et tout ce que ça porte comme suspicion de manière générale. Et moi, ça ne m'arrange pas plus que ça soit comme ça pour la droite que quelquefois, avec par exemple l'affaire CAHUZAC, quand ça nous est arrivé, sur la gauche ; je préfère qu'on ait une classe politique qui soit et à la hauteur de la responsabilité qui est la sienne, et en même temps, qui porte des valeurs et de la sincérité ; voilà, moi, ce que je veux dire. Ceci étant dit, je répète : monsieur BUISSON était un des conseillers les plus influents, c'est ça qui me choque le plus.
CHRISTOPHE BARBIER
Tout laisse à penser que Jean-Marc AYRAULT sera reconduit à Matignon après les élections, plus personne n'en doute, notamment au gouvernement, est-ce que ce n'est pas une erreur de renoncer au choc dans l'opinion d'un nouveau Premier ministre, un second souffle ?
STEPHANE LE FOLL
Moi, les chocs dans l'opinion, je préfère faire en sorte de convaincre l'opinion, de faire en sorte que l'opinion comprenne ce qui est en train de se faire, et comprenne que les résultats arrivent, c'est ce qu'on vient de dire, avec les chiffres du chômage. Et donc, mettons tout ça de côté, c'est la constance, la rigueur et les résultats qui feront la relation qu'on aura avec l'opinion. Alors après, les questions de remaniement, vous le savez, ça sera très facile comme réponse, mais elle est quand même juste, ce n'est pas un ministre d'un gouvernement qui va se mettre à porter des jugements ni sur le Premier ministre ni sur d'autres ministres et ni sur les choix qui sont ceux du président de la République.
CHRISTOPHE BARBIER
Mais sur la forme d'un gouvernement resserré, est-ce que ça vous semble adapté à la nouvelle période que vous allez rencontrer ?
STEPHANE LE FOLL
Il y a eu différentes formes de gouvernement, à différents moments de l'histoire, plus ou moins nombreux, plus ou moins resserrés, donc ça, c'est toujours possible, mais ce n'est pas le sujet du ministre de l'Agriculture.
CHRISTOPHE BARBIER
Gouvernement resserré, ça veut dire qu'on ne fait pas monter des jeunes, on ne fait pas monter une nouvelle classe.
STEPHANE LE FOLL
Moi, ce qui me paraît important, c'est ce que je vous disais tout à l'heure, c'est solidarité, cohérence, et tout le monde avec un esprit d'équipe, tourné vers les Français.
CHRISTOPHE BARBIER
Est-ce que vous, vous êtes fatigué de votre portefeuille, est-ce que vous en avez assez, c'est très dur, ministre de l'Agriculture ?
STEPHANE LE FOLL
Oh, moi, j'ai fait le Salon de l'Agriculture pendant une semaine, c'est vrai que c'était de 07h du matin jusqu'à tard le soir, c'était assez fatiguant, mais là, j'ai eu le temps de me reposer, donc tout va bien.
CHRISTOPHE BARBIER
Vous êtes candidat à continuer, en tout cas, disponible ?
STEPHANE LE FOLL
Je suis candidat, oui, bon, je suis devenu ministre de l'Agriculture, j'assume une responsabilité, en plus, je le fais avec l'envie de réussir aussi dans ce que je fais, pour les agriculteurs et l'agriculture française, et la forêt d'ailleurs, que je n'oublie jamais et l'agroalimentaire non plus.
CHRISTOPHE BARBIER
Si le président vous demande votre avis sur l'entrée de Ségolène ROYAL au gouvernement, est-ce que vous direz : oui, c'est une bonne idée ?
STEPHANE LE FOLL
S'il me le demande, je ne sais pas ce que je lui répondrais…
CHRISTOPHE BARBIER
Vous avez une idée quand même…
STEPHANE LE FOLL
Mais il ne m'a pas posé la question.
CHRISTOPHE BARBIER
Vous connaissez Ségolène ROYAL depuis longtemps, vous voyez son parcours…
STEPHANE LE FOLL
Oui, oui, oui, je connais, bien sûr…
CHRISTOPHE BARBIER
Vous avez une idée, tout le monde a une idée !
STEPHANE LE FOLL
Je connais la qualité et les qualités de Ségolène ROYAL, mais là encore…
CHRISTOPHE BARBIER
C'est donc une réponse positive…
STEPHANE LE FOLL
Ce sont des choix qui ne sont pas de la responsabilité d'un ministre.
CHRISTOPHE BARBIER
Alors un choix a été fait, celui de Jean-Pierre BEL, il quittera la politique et il quittera la présidence du Sénat ; est-ce que ça n'a pas été un très mauvais président du Sénat ?
STEPHANE LE FOLL
Alors, d'abord, moi, Jean-Pierre BEL, j'ai connu Jean-Pierre BEL depuis de nombreuses années, c'est un ami que je connais très, très bien, il a fait ce choix et il l'assume aujourd'hui, et je voudrais saluer ce qui a été quand même une carrière…
CHRISTOPHE BARBIER
Il est passé à côté de sa présidence du Sénat quand même !
STEPHANE LE FOLL
Ce qui a quand même une carrière qui a été très longue et qui ne peut pas se résumer uniquement à la présidence du Sénat, d'abord, parce qu'il y en a eu beaucoup de choses, il était président du groupe au Sénat, il a été responsable du parti pendant longtemps, il a gagné une ville dans l'Ariège qui était à droite, qui était une des seules villes qui était restée à droite, il a eu ce parcours, il a été président du Sénat, aujourd'hui, il considère que, il tourne une page, et il fait autre chose à 62 ans, je voudrais saluer Jean-Pierre BEL, un ami.
CHRISTOPHE BARBIER
Elisabeth GUIGOU, elle, elle se verrait bien à la place de madame ASHTON, pour la diplomatie européenne, vous la soutiendrez ?
STEPHANE LE FOLL
Là encore, bon, je ne savais pas d'abord, vous m'apprenez quelque chose…
CHRISTOPHE BARBIER
Ah, elle a exprimé ce désir !
STEPHANE LE FOLL
Bon, d'accord, mais moi, je n'ai pas à faire de choix pour soutenir qui que ce soit, en tout cas, une candidature française dans le débat qui sera celui qui sera posé pour la France après les élections européennes, il y a des étapes à franchir, et il y a d'abord une idée de l'Europe à défendre.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 6 mars 2014