Déclaration de Mme Hélène Conway-Mouret, ministre des français de l'étranger, sur les relations franco-brésiliennes et sur les efforts en faveur des Français résidant à l'étranger, à Rio de Janeiro le 21 mars 2014.

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Circonstance : Déplacement au Brésil du 17 au 21 mars-rencontre de la communauté française, à Rio de Janeiro le 21 mars 2014

Prononcé le

Texte intégral

Monsieur le Consul général,
Mesdames et Messieurs les Élus,
Mesdames, Messieurs,
Chers Amis,


Je suis arrivée il y a déjà 5 jours au Brésil. Après Sao Paulo et Brasilia, j'ai gardé le meilleur pour la fin... Je veux vous dire mon plaisir d'être parmi vous à Rio de Janeiro, dans cette baie magnifique où l'amiral Nicolas Durand de Villegagnon a tenté de faire vivre le rêve brisé de la «France Antarctique».
Dans cette ville, qui a un lien particulier avec notre pays, la présence française ne cesse de se réinventer.
Comment pourrait-il en être autrement, dans ce grand pays qui connaît lui-même de si profondes transformations ? Un pays dont Stefan Zweig écrivait dans Brésil, terre d'avenir qu'il était «destiné à être un facteur des plus importants dans le développement ultérieur de notre monde».
Ce monde, notre monde, est aujourd'hui un espace global, continu, «fini» dirait Paul Valéry. J'ai pour ma part l'habitude de dire que les Français de l'étranger y repoussent les frontières de la France. Et il n'y a qu'à voir la créativité, le volontarisme et la ténacité des Français du Brésil pour s'en convaincre.
J'ai déjà rencontré un certain nombre d'entre vous durant ma visite : comme je le disais il y a quelques heures aux chefs d'entreprises, force est de constater que vous portez haut les couleurs de la France, tout en étant bien intégrés à la société carioca. L'un ne va d'ailleurs pas sans l'autre. C'est parce qu'il constitue un modèle d'ouverture, de tolérance, de respect - des valeurs que nous partageons avec le Brésil - que notre pays maintient son influence dans le monde, qu'il continue à être une puissance «repère» pour reprendre un concept développé par le ministre Laurent Fabius.
Par vos activités entrepreneuriales, par les services que vous rendez à la France mais aussi au Brésil pour certains ; par vos engagements associatifs dans le champ de la culture ou de la solidarité, vous êtes aujourd'hui les relais privilégiés de l'influence française au Brésil.
Vous vous situez également au coeur de l'effort de redressement engagé par notre pays, sous l'impulsion du président de la République et du Premier ministre. Comment ne pas comprendre, en effet, que les 5.000 Français inscrits au Registre du consulat général à Rio, que les 120 entreprises ou filiales d'entreprises françaises implantées dans l'État sont autant de liens tissés entre la France et le Brésil ? Des liens de confiance, d'amitié, souvent aussi de coeur, sans lesquels il ne saurait y avoir de compétitivité, de croissance des échanges, d'attractivité mutuelle.
Voilà pourquoi je m'emploie depuis 2012, aux côtés de Laurent Fabius, à faciliter au maximum la vie des Français de l'étranger. De nombreuses réformes ont été initiées pour favoriser la prospérité de vos affaires, pour que votre bonne intégration dans le pays d'installation aille de pair avec le resserrement de vos liens avec la France.
Je ne dresserai pas ici la liste des actions engagées. Permettez-moi simplement d'en mentionner quelques-unes, qui en intéresseront beaucoup : modernisation du réseau consulaire, dématérialisation d'un nombre croissant de démarches, création d'un passeport grand voyageur pour les hommes d'affaires, réforme de votre représentation politique, dans le sens d'une plus grande proximité dans la prise de décision.
À ce titre, je vous invite chaleureusement à voter lors des élections consulaires qui se tiendront le samedi 24 mai prochain. Elles vous permettront d'élire vos représentants auprès du consulat.
J'aimerais aussi dire quelques mots de l'attention toute particulière que nous accordons au développement d'une offre éducative en français. Pour avoir été moi-même expatriée durant plus de 20 ans, je ne le sais que trop : une scolarisation réussie pour les enfants est le gage d'une expatriation réussie pour les parents. J'en ai d'ailleurs fait un axe prioritaire de mon action depuis deux ans. Nous devons relever un défi : répondre à l'augmentation de la demande d'enseignement en français partout dans le monde dans un contexte budgétaire exigeant.
Je sais que cette question est d'actualité ici : le lycée n'est plus en capacité d'honorer toutes les demandes d'inscription. Il nous faut donc augmenter les capacités d'accueil à travers la construction d'une annexe dans le quartier du Sahara. Cette annexe libérera plus d'une centaine de places au lycée et permettra d'y améliorer les conditions d'accueil des élèves. Ce projet est soutenu financièrement par l'AEFE et n'engendrera pas d'augmentation des frais de scolarité. Je sais que vous y êtes sensibles. Les familles et le corps enseignant seront étroitement associés à la gouvernance d'un établissement qui exige aujourd'hui la concertation de l'ensemble des partenaires.
J'entends depuis quelques jours les inquiétudes qui se sont faites jour autour du lycée Molière, qui constitue le socle de la présence française à Rio. Je regrette la dénonciation de la convention qui lie l'établissement à l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger. Je souhaite que cette mesure soit rapportée.
Afin de répondre aux préoccupations exprimées par la SFBE, l'État français poursuivra et intensifiera bien sûr ses échanges avec elle. Une mission de l'AEFE viendra très rapidement à Rio de Janeiro à cette fin. Je souhaite aussi que toutes celles et ceux qui veulent s'investir puissent le faire afin que la confiance soit rétablie et que nous puissions travailler en toute transparence.
Il s'agit pour nous de préserver un système d'enseignement homologué, de qualité, qui fait place à la diversité sociale à travers un système de bourses qui a été rénové.
Ces différentes actions que je mène depuis 2 ans poursuivent un but bien simple : faire en sorte que les Français désireux de s'installer et de vivre au Brésil trouvent ici un environnement propice au développement de leurs activités et à l'épanouissement de leurs vies.
L'accord relatif à l'instauration d'un visa «vacances travail» satisfait pleinement cette exigence. Signé le 12 décembre dernier lors de la visite du président de la République à Brasilia, il facilitera la mobilité des jeunes de 18 à 30 ans. Ceux-ci auront la possibilité de séjourner un an au Brésil pour y effectuer un séjour de découverte culturelle, en travaillant éventuellement sur place.
Ce type de programme est particulièrement prisé par nos jeunes compatriotes, à l'instar des Volontariats en Entreprise (VIE) ou en Ambassade (VIA).
Le dispositif entrera en vigueur avant la fin de l'année. Réciproquement, il permettra aux jeunes Brésiliens de découvrir notre pays et d'approfondir leurs connaissances de la langue et de la culture françaises, avant peut-être d'envisager un cursus universitaire en France ou de travailler pour des entreprises françaises au Brésil.
Rappelons-le, et nous pouvons en être fiers : la France est aujourd'hui l'un des principaux pays d'accueil d'étudiants brésiliens, dans le cadre notamment du programme «Sciences sans frontière».
Mes Chers Amis,
Depuis mon arrivée, j'ai pu constater que Rio vivait au rythme des grands évènements que la ville accueille : JMJ, Coupe des confédérations... Dans l'immédiat, on perçoit déjà les vibrations de la prochaine Coupe du monde de football, qui représente un défi majeur pour Rio et pour notre consulat : près de 5.000 Français sont en effet attendus pour le match du 25 juin... et bien davantage, je l'espère de tout coeur, pour celui du 13 juillet... J'étais hier au Maracana : ce fut un moment d'émotion pour toute ma délégation. Ce stade a une âme !
La fédération française de football ouvrira, la veille et le soir du match France-Équateur, un espace de rassemblement «Fan-Fest» où supporters locaux et supporters venus se France pourront se retrouver. Un dispositif renforcé d'assistance aux Français en difficulté sera mis en place au sein du consulat pendant toute la période de la Coupe du Monde. Je crois que nous pouvons par avance remercier nos équipes pour leur mobilisation au service de nos compatriotes.
Ces événements constituent un formidable appel d'air pour la présence française au Brésil. La croissance de notre communauté s'accélère. Nul doute que nos entreprises sauront s'appuyer sur la dynamique de la ville, de l'État de Rio, et plus généralement du Brésil, pour lancer de nouvelles activités, investir dans de nouvelles implantations ou dans des centres de recherche et développement, à l'instar de Renault, de Lafarge, de L'Oréal... et de beaucoup d'autres champions nationaux. Et ce qui est vrai des grands groupes l'est aussi des PME, dans tous les secteurs.
L'installation et le démarrage d'une activité ne sont pas choses aisées, je le sais ; au Brésil en particulier, où le succès se mérite. Mais nous avons, vous avez tant d'atouts à faire valoir pour défendre la marque France et faire de notre pays un partenaire privilégié du Brésil ! Peut-être encore plus qu'il ne l'est aujourd'hui. Car c'est l'amitié de ses partenaires qui rend notre pays plus fort, plus influent.
Cette ambition, elle est nôtre : elle est aussi celle de nos amis Brésiliens. Écoutons le voeu formé par le président Lula, en décembre 2012 à Paris, alors qu'on l'interrogeait sur la crise que traversait notre pays, et dont nous sortons peu à peu, à force de volontarisme : «Pourquoi la France devrait-elle craindre une crise comme celle-ci ? se demandait Lula. Vous ne pouvez pas ne plus croire à un pays qui a écrit l'histoire... Que l'esprit de la révolution française soit en tout Français et en toute Française. Que la France reste cette nation extraordinaire».
Voilà, je crois, une belle manière de rappeler le rôle particulier de notre pays dans le monde, et la valeur de ceux qui l'incarnent, c'est à dire vous.
Vive le Brésil,
Vive la France,
Et vive l'amitié franco-brésilienne

source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 25 mars 2014