Texte intégral
Tout d'abord, je voudrais remercier tous ceux qui ont accepté d'être sur cette tribune et aussi ceux, très nombreux, qui sont dans cette salle. Cela me fait plaisir. Nous avions lancé l'année dernière cette première édition «Quai d'Orsay - Entreprises» qui à nouveau est un succès. Je vous remercie très chaleureusement d'avoir consacré ces heures à venir discuter.
S'agissant de la diplomatie économique, les ambassadeurs ne m'ont pas attendu pour s'occuper d'économie. La plupart d'entre eux le faisait et cela fonctionnait d'ailleurs assez bien. Il est vrai que lorsque j'ai été nommé au Quai d'Orsay, à la fois par goût personnel et par analyse, je me suis dit qu'il fallait vraiment que l'on choisisse cette priorité.
Pourquoi ? Parce que j'avais comme intuition que l'on peut avoir une certaine puissance économique sans avoir une diplomatie extrêmement présente. Ce fut le cas des Allemands par exemple pendant très longtemps même si cela commence à changer.
Je pense que l'on ne peut pas avoir une politique étrangère solide si on n'a pas une puissance économique forte. Or, la France, pour différentes raisons - c'est son histoire, c'est son choix - a une certaine mission diplomatique et de politique extérieure.
D'un point de vue économique, je ne veux pas que nous décrochions. Je regarde les chiffres et c'est vrai que notre compétitivité n'est pas excellente, nous avons perdu de nombreux points au cours des années récentes. Il faut donc absolument que nous relevions nos manches et que nous regagnions le terrain perdu. Pour cela, il faut que tout le monde se remette au travail. Bien sûr, ce sont les entreprises qui créent la richesse, ce n'est pas l'administration, mais l'administration doit aider. Parmi les administrations qui doivent aider, au premier chef, il y a le Quai d'Orsay puisque, par définition, nous avons des personnes partout dans le monde.
J'ai donc dit aux ambassadeurs qu'il leur fallait s'organiser pour aider, pour appuyer davantage nos entreprises. C'est clair et net, je ne peux pas fixer un objectif précis. Aujourd'hui, notre balance extérieure est mauvaise, avec 60 milliards d'euros de déficit par an. C'est même probablement plus significatif que le déficit budgétaire car, pour cela, le premier ministre peut fixer un budget de dépenses.
Tandis que l'on ne peut pas passer de 60 milliards d'euros de déficit à un excédent par des décrets gouvernementaux. Nous avons donc décidé de nous y mettre à fond.
Il se trouve qu'au moment où nous avons fixé cette table ronde, nous ne connaissions pas la nouvelle composition du gouvernement.
Voilà que le Quai d'Orsay maintenant s'est adjoint le commerce extérieur, dont je salue l'ancien ministre, et le tourisme. Cela va donc renforcer notre objectif, notre assise d'un point de vue économique et commercial.
Comment travaillons-nous ? Il faut le faire dans les deux sens. L'objectif étant que nos entreprises, grandes, petites, moyennes puissent être davantage présentes à l'étranger. J'approuve tout à fait ce qu'a dit M. Kron. La situation a beaucoup évolué. Quand on souhaitait s'installer à l'étranger, le thème de la délocalisation était tout de suite mis en avant. Maintenant, on entend beaucoup moins cela parce que je crois que la plupart de nos concitoyens ont compris que ce n'est pas ou l'un ou l'autre, c'est et l'un et l'autre, tout simplement parce qu'il faut aller chercher la croissance là où elle est et qu'elle est, sinon hors de France, mais hors de l'Europe.
Il faut donc que nous fassions en sorte que les petites, les moyennes et les grandes entreprises soient à l'étranger. Les grandes entreprises ont leur capacités propres, elles n'ont pas besoin de nous pour accroitre leur introduction. Cependant il est vrai que dans des domaines dits de souveraineté, si on n'a pas l'appui de son État, c'est assez difficile, tout simplement parce que les pays ne comprennent pas qu'il n'y ait pas d'appui quand d'autres pays apportent le leur. C'est donc notre travail.
C'est plus compliqué avec les PME et pourtant, c'est ce qui fait l'une des différences avec nos voisins notamment allemands. C'est lié à différents facteurs qui sont notamment sociaux et fiscaux. J'espère d'ailleurs que le gouvernement pourra améliorer un certain nombre de ces facteurs. Si on veut remonter le courant, il faut que nous soyons plus présents aux côtés de ces entreprises, encore faut-il qu'elles puissent croître. Cela demande une certaine organisation.
Vous avez observé que nous avions fusionné Ubifrance et l'AFII. Nous continuerons ce mouvement en travaillant de manière plus coordonnée qu'avant avec les finances. On doit pouvoir obtenir de bons résultats pour appuyer les entreprises. Il y a aussi le mouvement inverse, c'est que nous avons besoin d'investissements étrangers en France et de fonds.
Il faut évidemment que la France soit elle-même accueillante d'où les problèmes d'attractivité, de compétitivité, de fiscalité etc. mais il faut qu'il y ait le plus, et le plus, c'est à nous de l'apporter.
Ensuite, il y a une autre question très importante et je ne voudrais pas qu'il y ait de contresens : le Quai d'Orsay est-il séparable du reste ? Ma réponse est non.
Qu'est-ce que l'image de la France ? C'est étrange. Nous ne sommes pas le plus grand pays du monde, mais nous sommes un mélange exceptionnel. Pour le moment, nous sommes la 5e puissance économique, nous sommes l'un des membres permanents du conseil de sécurité. Il n'y en a que cinq au monde. Nous disposons non seulement d'un armement nucléaire mais aussi d'une capacité de projection, comme on l'a vu dernièrement en Afrique. Peu de pays peuvent faire cela. Nous pensons que la diplomatie, sans la possibilité d'utiliser la force, n'existe pas, de même que la force sans le risque d'exposer des hommes n'existe pas non plus.
Nous avons une culture connue, avec le premier réseau éducatif du monde. Nous avons nos principes, notre histoire et aussi parfois, et c'est énervant, notre arrogance.
Mais la France est beaucoup plus que la France et il faut que notre corps diplomatique fasse tout cela à la fois. Il ne s'agit pas de choisir entre l'économique ou la culture. Cela forme un tout. Et c'est cela qui permet que la France soit un peu plus grande qu'elle-même et qu'étant un pays de 66 millions d'habitants, elle puisse quand même rester à son rang économique.
J'insiste beaucoup auprès de mes collaborateurs pour qu'ils jouent l'ensemble de la gamme et j'espère que nous parviendrons à cela.
Q - Pensez-vous qu'il est nécessaire d'avoir et de fixer des objectifs chiffrés notamment en termes d'emploi ? Peut-on chiffrer des résultats, même en termes d'exportation ? Vous avez dit que le juge de paix, c'est finalement le commerce extérieur.
R - Cela me paraît assez difficile car ce n'est pas l'administration qui crée les emplois. On peut seulement y inciter. Il y a malgré tout des domaines où l'on peut fixer des objectifs de création d'emplois, en tout cas des objectifs de solde. Je prendrai l'exemple du tourisme : c'est une mine d'or absolue. Je ne veux choquer personne mais jusqu'à présent, le tourisme a été considéré à tort comme automatique et latéral. Automatique, c'est idiot, parce qu'il y a en effet une sorte d'arrogance de ce point de vue. Je donnerai deux chiffres : les Espagnols ont 25 % de touristes en moins que nous et cela leur rapporte 25 % en plus. Si dans les entreprises dont vous êtes responsables, vous faisiez état de chiffres comme ceux-là, j'imagine que vous seriez interpelés. Nous avons vécu sur une idée juste que nous avions un avantage comparatif extraordinaire. Mais il faut considérer cela comme un secteur économique, comme une filière qui commence avec la délivrance du visa. Encore un chiffre : 1.500.000 Chinois se rendent en France chaque année. Ils dépensent en moyenne 1600 euros. D'ici quelques années, il y aura quelques 200 millions de chinois qui voyageront. Si nous passons du nombre actuel à 5 ou 6 millions, nous avons réduit notre déficit de 10 %.
Où cela commence-t-il ? Cela commence avec les visas. J'ai mis en application, le 27 janvier dernier, la possibilité pour les Chinois d'obtenir en 48 heures leur visa pour venir en France. Le premier mois d'exercice est le mois de février. Février 2014 sur février 2013, il y a 48 % d'augmentation de délivrance de visas. Cela continue lorsqu'ils arrivent, il faut qu'ils soient accueillis correctement, ne pas faire trop la queue à l'aéroport, que l'on ne leur vole pas leur portefeuille, puis les transports. C'est ainsi que cela fonctionne, tout est dans le concret, ils doivent être accueillis, en chinois, ce ne serait pas plus mal, s'ils vont en Angleterre, il faut que la gare du Nord soit à la hauteur de Saint-Pancrace et de ce point de vue-là il y a encore peut-être une marge de progression come l'on dit en diplomatie. Et il n'y a pas que Paris en France, il y a de nombreuses régions. C'est une mine d'or absolue, cela s'organise et ce sont des emplois non délocalisables. Ce n'est pas hors de notre portée et là, on peut fixer des objectifs.
Lorsque le président Xi Jinping est venu en France et croyez-moi sa visite était extrêmement réussie, elle a été reproduite sur toutes les télévisions chinoises, ce fut un succès tout à fait incroyable. Cela jouera sur un effet d'entraînement colossal. Il y a des choses à faire, notamment en Inde, au Brésil et dans tous ces grands pays .Là, on doit se fixer des objectifs.Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 10 avril 2014