Interview de Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre des droits des femmes, de la ville, de la jeunesse et des sports, à I-Télé le 11 juin 2014, sur les grèves à la SNCF et la coupe du monde de football.

Texte intégral


BRUCE TOUSSAINT
Tout de suite Najat VALLAUD-BELKACEM invitée de Christophe BARBIER.
CHRISTOPHE BARBIER
Najat VALLAUD-BELKACEM, bonjour...
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Bonjour.
CHRISTOPHE BARBIER
Bienvenue. Grève des cheminots assez suivie, est-ce que ce n'est pas injuste pour les Français qui eux doivent se lever pour aller travailler ?
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Oh ! Vous savez une grève évidemment c'est toujours un moment de contrainte pour les usagers, mais, en même temps, je pense que nous sommes en train de traverser un moment qui est un moment important pour la réforme du secteur ferroviaire, c'est un moment pendant lequel le ministre Frédéric CUVILLIER écoute chacun de ses interlocuteurs et partenaires sociaux, il les reçoit, ces derniers expriment sous la forme de grève, de manifestation, ce qu'ils ressentent, leurs inquiétudes...
CHRISTOPHE BARBIER
Mais vous les appelez à ne pas faire trop durer ce mouvement ?
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Moi j'estime que cette réforme est nécessaire, indispensable même, pour plusieurs raisons : d'abord, parce qu'il s'agit de rapprocher 2 entités qui avaient été séparées - on l'a bien vu ces dernières années - de façon problématique, RFF et la SNCF, le rail et les trains ; parce qu'il s'agit de mettre fin à un endettement croissant de chacun de ces entités et notamment de RFF ; et puis parce qu'il s'agit aussi de préserver, de protéger le statut des cheminots, donc bien sûr qu'on peut toujours demander davantage - et Frédéric CUVILLIER les entendra ... mais aujourd'hui cette loi il faut la faire passer.
CHRISTOPHE BARBIER
De même pour les intermittents il faut signer cette convention ou, au contraire, le gouvernement devrait remettre sur l'établi ce travail pour éviter que les festivals d'été soient annulés ?
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
De fait le travail est remis sur l'établi, comme vous dites, puisque le gouvernement a demandé à Jean-Patrick GILLE d'être médiateur, le député Jean-Patrick GILLE d'être médiateur dans cette affaire et de voir comment est-ce qu'on peut répondre aux interrogations, aux préoccupations des intermittents, tout en ayant à l'esprit que finalement ce texte a permis quand même - contrairement à ce que voulait le MEDEF initialement - de ne pas disparaître le statut des intermittents. Donc, il y a de part et d'autre un certain nombre d'accords à trouver pour faire en sorte que ce statut continue à exister, que les injustices les plus criantes au sein de ce statut en revanche soient corrigées et donc Jean-Patrick GILLE reprend le travail.
CHRISTOPHE BARBIER
Et enfin les taxis, combat d'arrière-garde, la loi THEVENOUD qui se profile elle est plutôt bonne pour eux ?
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Les taxis... enfin tout le monde a à l'esprit ce qu'un chauffeur de taxi à du consentir comme sacrifices pour pouvoir exercer, le prix de la patente, le prix des assurances... et, donc, on comprend qu'il soit inquiet de la concurrence d'acteurs qui, eux, n'ont pas à obéir aux mêmes contraintes, qui n'ont pas de licence à acheter notamment. Donc, le rapport de Thomas THEVENOUD et la proposition de loi qui va en ressortir bientôt visent précisément à établir une concurrence à peu près équilibrée entre taxi et véhicules de tourisme avec chauffeur, une concurrence équilibrée dans laquelle par ailleurs il y a une meilleure protection, une meilleure sécurité qui est assurée aussi pour les usagers - parce qu'il faut un certain nombre de règles aussi pour les VTC - leur permettre de travailler mais respecter des règles qui permettent cette concurrence.
CHRISTOPHE BARBIER
Est-ce que la loi de finance rectificative, qui passe en conseil des ministres aujourd'hui, avec une petite baisse d'impôts mais aussi des milliards d'économies à trouver, on ne va pas aggraver les tensions sociales ?
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
La loi de finance rectificative vous savez elle a un objet c'est de nous permettre de continuer sur le chemin qui est le nôtre depuis quelque temps déjà, celui à la fois des économies pour pouvoir nous redonner des marges de manoeuvre sur le budget, parce que nous avons vécu, comme a pu le dire le Premier ministre, au-dessus de nos moyens depuis des années - ça n'est pas une question de ce gouvernement - et donc il nous faire des efforts pour rendre l'Etat plus performant, pour rendre les collectivités locales aussi plus performantes - ce sera l'objet de la réforme territoriale - et puis en même temps nous donner des marges de manoeuvre, je le disais, notamment pour assurer la compétitivité de nos entreprises et je vous rappelle qu'à la clé il y a un Pacte de responsabilité à financer. Pourquoi est-ce que nous voulons assurer la compétitivité de nos entreprises ? Pour qu'elles embauchent ! Le problème numéro 1 des Français c'est le chômage, donc les efforts que nous faisons en ce moment ça a une vocation finalement ultime, c'est de permettre au maximum de Français de se remettre en emploi.
CHRISTOPHE BARBIER
Mais avec 44 % de chômage des jeunes dans les quartiers défavorisés dont vous vous occupez, est-ce qu'il ne faudrait pas accepter un SMIC à la baisse - comme le réclame le MEDEF - quitte à ce que l'Etat complète ce SMIC pour les jeunes ?
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Non ! Je crois que vraiment c'est une mauvaise façon de se poser le problème que de considérer que le problème du chômage des jeunes serait qu'ils sont trop payés, je veux dire on est dans un pays où les jeunes n'ont jamais été aussi bien formés et il faut arrêter de considérer les jeunes comme un problème d'office, comme une contrainte parce qu'ils coûteraient trop cher. La réalité c'est qu'il y a une défiance de part et d'autre entre les entreprises et les jeunes, les entreprises ne connaissent pas suffisamment les jeunes, ne sortent pas suffisamment de leurs canaux habituels de recrutement et les jeunes quant à eux n'ont pas l'opportunité de multiplier les expériences professionnelles qui pourraient leur permettre, là encore, de connaître mieux les entreprises. Donc, nous pouvoirs publics, nous devons agir pas simplement pour faire des Contrats aidés - c'est très important et il faut continuer à le faire - mais aussi sur le rapport, créer ce pont entre les entreprises et les jeunes. Et c'est bien pour ça que nous nous voulons par exemple développer la culture d'entreprise dans l'éducation, à l'université, soutenir l'entrepreneuriat étudiant, faire en sorte...
CHRISTOPHE BARBIER
Ca va prendre 20 ans, ça, de changer la culture ?
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Mais même plus rapidement, faire en sorte de développer l'apprentissage par exemple, y compris de trouver un nombre de maîtres d'apprentissage dans les entreprises beaucoup plus important que celui d'aujourd'hui.
CHRISTOPHE BARBIER
Pourquoi, ils trainent des pieds, ils ne veulent pas s'occuper des jeunes ?
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Je crois qu'il y a, au-delà de la question du coût, on peut toujours améliorer la question du coût de l'apprentissage pour une entreprise, mais je pense qu'il y a un manque de culture de l'apprentissage aussi bien dans nos établissements scolaires qu'au sein des entreprises. Je vous en donne - quand je dis les entreprises, je parle aussi de la Fonction publique, je vais vous donner un exemple s'agissant de la Fonction publique - aujourd'hui encore les apprentis dans la Fonction publique sont comptés dans le plafond d'emplois or vous savez que les administrations doivent respecter un certain plafond d'emplois, ne pas embaucher davantage, etc., il faut arrêter de les compter dans les plafonds d'emplois pour en accueillir davantage.
CHRISTOPHE BARBIER
Est-ce qu'il y aura des apprentis policiers, des apprentis profs ?
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Mais oui il peut y avoir des apprentis dans ces métiers de l'administration, évidemment c'est une bonne chose. C'est quoi l'apprentissage ? C'est une forme de compagnonnage, c'est une façon différente d'apprendre, en étant au contact de quelqu'un qui sur le terrain vous transmet son savoir, et ça à mon avis c'est faisable de façon beaucoup plus large de ce qu'on entend aujourd'hui - d'ailleurs aussi bien par des salariés que par des bénévoles dans le monde de l'animation, du sport, des associations - il faut permettre aussi à des bénévoles d'encadrer des apprentis.
CHRISTOPHE BARBIER
Combien d'apprentis dans la Fonction publique on pourrait recruter ?
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
C'est une question qu'il faut regarder de près ! Mais...
CHRISTOPHE BARBIER
Votre ambition ?
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Mais, lors de la Grande conférence sociale, j'espère qu'on pourra avancer sur ce sujet et je pense que ce sont sans doute des milliers de jeunes en plus dans la Fonction publique, d'autres milliers de jeunes en plus dans la vie associative et les entreprises si elles acceptent enfin d'adopter - comme c'était convenu depuis des années mais ça n'a pas été fait - d'adopter des objectifs chiffrés par branche de nombre d'apprentis à accueillir, on pourra avancer aussi.
CHRISTOPHE BARBIER
Plusieurs femmes arrivent au cabinet du président de la République, alors on féminise et ça va aller mieux, les sondages vont remonter ?
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Ah ! On féminise, pardon.
CHRISTOPHE BARBIER
Ah ! Oui, on féminise, oui, oui, que des hommes partent et des femmes arrivent.
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Non ! Enfin je... pour être franche, je n'avais pas particulièrement vu le fait qu'il s'agissait de femmes, mais c'est une très bonne chose, c'est très bien.
CHRISTOPHE BARBIER
Culture, sport, économie, ce sont des femmes qui arrivent.
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Oui ! Eh bien c'est très bien, c'est...
CHRISTOPHE BARBIER
Il n'y a que les diplomates qui résistent !
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Ca veut dire que la présence des femmes dans les institutions publiques et à l'Elysée en particulier se normalise totalement. Non, moi ce que je constate c'est qu'il y a un renouvellement qui est toujours bienvenu, voilà on est à mi-mandat, c'est bien d'aller chercher d'autres énergies...
CHRISTOPHE BARBIER
On connait l'Exécutif, l'Elysée décide de beaucoup de choses, est-ce que Nathalie IANNETTA sera la co-ministre des Sports ?
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Ah ! Moi j'aime beaucoup Nathalie IANNETTA, honnêtement je me réjouis qu'elle arrive. Je pense qu'elle va apporter beaucoup, parce qu'elle a une compétence, une expertise reconnue, je pense qu'elle va manquer à tous ceux qui avaient l'habitude de la suivre par ailleurs sur CANAL. Mais bienvenue à elle et on va travailler ensemble et, comme elle le disait elle-même, l'un de nos objectifs prioritaires ça va être de profiter de « l'Euro 2016 » pour créer quelque chose dans ce pays, fédérer les Français, transcender les différences derrière une équipe commune et donc finalement un pays commun.
CHRISTOPHE BARBIER
Et, à l'inverse, est-ce que Faouzi LAMDAOUI doit partir, il est l'objet d'une enquête préliminaire ?
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Honnêtement je n'ai pas d'information sur le sujet, donc...
CHRISTOPHE BARBIER
On se retrouve à 8 h 15 pour parler Coupe du monde, alors je vous préviens on va vous demander de prononcer le nom du camp de base de l'équipe de France où vous allez aller. Bruce !
BRUCE TOUSSAINT
Oui ! Oui.
CHRISTOPHE BARBIER
Voilà ! Alors, comment vous dites Ribeirao...
BRUCE TOUSSAINT
Ribeirao Preto ! Mais, bon, on s'est entraînés pendant des jours et des jours, donc…
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Ribeirao Preto !
BRUCE TOUSSAINT
Vous avez quelques minutes effectivement.
CHRISTOPHE BARBIER
Oui ! Mais moi je parle le brésilien.
BRUCE TOUSSAINT
Vous serez ce soir dans l'avion, Najat VALLAUD-BELKACEM, pour le Brésil pour assister bien sûr au démarrage de cette compétition et au premier match des Bleus contre le Honduras dimanche. On vous retrouve à 8 h 10 précisément.
[I Télé - 8h20]
BRUCE TOUSSAINT
Najat VALLAUD-BELKACEM est notre invitée ce matin sur I-Télé. Vous prenez l'avion tout à l'heure pour le Brésil, pour assister au coup d'envoi de la Coupe du Monde, mais aussi au premier match de l'équipe de France. Ce sera dimanche contre le Honduras. Regardez, hier soir Dilma ROUSSEFF, la présidente du Brésil, avait un message pour vous et pour tous ceux qui vont se rendre au Brésil. La présidente brésilienne a dit : « Amis du monde entier, venez en paix. Le pays a les bras ouverts pour vous accueillir tous ». Elle a aussi dit que tout était prêt, ce qui n'est d'ailleurs pas le cas. Le stade de São Paulo qui doit accueillir le match d'ouverture n'est toujours pas complètement terminé. Est-ce que ce climat social vous inquiète ?
MADAME LA MINISTRE NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Il y a une constante. C'est qu'avant l'accueil de chaque grand événement sportif, on a des doutes et des interrogations sur la capacité du pays hôte à être prêt. Vous vous en souvenez autant que moi, juste avant les JO de Londres on se posait la même question à propos de Londres, juste avant Knysna, on se posait la même question sur l'Afrique du Sud. Finalement, on a été prêt et j'ai plutôt envie de faire confiance aux autorités brésiliennes. Après, il y a une autre question qui se pose qui est celle des mouvements sociaux qui sont en cours. C'est vrai qu'ils sont importants et en même temps, je comprends d'une certaine façon les Brésiliens. Le monde entier a le regard braqué sur eux, et ils en profitent donc aussi pour dire leurs revendications et les manifester. Ils s'adressent ce faisant à leurs autorités et c'est à leurs autorités de veiller en effet à faire en sorte que les retombées économiques de cette Coupe puissent bénéficier à toute la population et pas simplement à des équipements.
CHRISTOPHE BARBIER
Vous irez rendre visite à ces syndicalistes mobilisés ? Il y a des enseignants, il y a le métro. Est-ce que vous irez à la rencontre du Brésil en colère ?
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Je vais aller visiter par exemple une favela. Oui, j'irai à la rencontre du Brésil et des Brésiliens. De manière générale, je pense qu'on n'est pas dans n'importe quel pays. On est dans un pays qui a une relation avec le football qui est quand même assez extraordinaire, je ne vous apprends rien. Il y a un sentiment de fierté et en même temps, il y a le besoin de ne pas être laissé pour compte de ce qui va se passer pendant un mois dans ce pays. A chaque fois qu'un pays est amené à accueillir de grandes compétitions sportives, il faut penser aussi en termes de : « qu'est-ce que ça rapporte à ma population ». Nous, on va le faire par exemple pour l'Euro 2016. C'est un travail qui est déjà en cours. C'est dans deux ans, mais c'est dès maintenant. C'est-à-dire qu'on va faire en sorte de réfléchir en termes d'emplois, parce que la logistique de l'accueil de l'événement va entraîner beaucoup d'emplois, que ces emplois servent aux jeunes qui sont parmi les plus éloignés de l'emploi aujourd'hui dans notre pays ; en termes de commerce, d'hôtellerie et de restauration, qu'on puisse avoir une bonne répartition sur le territoire pour que ça bénéficie au plus grand nombre de commerçants possible.
BRUCE TOUSSAINT
Vous vous dites déjà : « Attention ! pas de dépenses inutiles pour cet Euro 2016 parce qu'il pourrait y avoir au fond un sentiment de colère similaire ». Pas forcément de la même façon, mais...
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Moi je pense que, de manière générale, les grandes compétitions sportives internationales ont connu une inflation des dépenses. C'est bien si on peut être un peu raisonnable. C'est-à-dire que c'est très bien d'accueillir, de mettre les moyens qu'il faut pour construire des stades - c'est ce qu'on a fait, d'ailleurs y compris chez nous - mais ensuite, chaque dépense doit être regardée de près pour ne pas donner l'impression qu'on vit dans un autre monde, où on dépense sans compter alors que c'est la crise pour les gens. Il faut vraiment que le moindre euro dépensé, et j'en suis persuadée, vous rapporte d'autant plus en termes de présence touristique, d'activité commerciale et puis aussi d'investissement sur le long terme. Par exemple, typiquement veiller à ce que les stades qu'on construit, et je pense que c'est l'une des revendications des Brésiliens, à ce que les stades qu'on construit soient utiles sur le long terme et puissent être utilisés comme des équipements sportifs accessibles à tous les Brésiliens et pas simplement pour un événement.
CHRISTOPHE BARBIER
Vous souhaitez que Michel PLATINI soit candidat pour la présidence de la Fifa ou, compte tenu des polémiques sur le Qatar et la Coupe du Monde 2022, il vaut mieux s'en abstenir ?
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Je ne souhaite pas prendre parti sur cette candidature. Ce que je crois simplement, c'est que d'abord Michel PLATINI a des qualités, une expertise et une expérience à faire valoir. Ensuite, la Fifa joue un rôle tellement majeur aujourd'hui - on s'en rend compte d'ailleurs...
CHRISTOPHE BARBIER
Et tellement critiqué.
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Oui, à certains égards très critiqué. En effet, on l'a vu lors de son dernier Congrès au Brésil. Qu'il faut faire en sorte d'abord que cette compétition entre candidats se passe le mieux possible, que ce ne soit pas l'occasion de sortir les couteaux et faire en sorte de redonner sans doute une forme de légitimité à la Fifa. Ce n'est pas une façon de prendre position pour un candidat ou un autre mais j'espère que ça va se passer dans les meilleures conditions.
BRUCE TOUSSAINT
Najat VALLAUD-BELKACEM, vous allez rencontrer les Bleus. Dès demain ? après-demain ? Quand est-ce que vous allez les voir ?
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Oui, je devrais les voir avant le premier match pendant mon séjour au Brésil. J'espère surtout qu'ils vont se concentrer pour livrer le meilleur jeu possible. Ils m'ont paru être dans les bonnes dispositions d'esprit pour ça. On les a vus à Clairefontaine, comme vous le savez, avec le président de la République la semaine dernière et ils ont complètement en tête que l'enjeu numéro un est l'enjeu sportif. Il y a un bel esprit de groupe entre eux. Moi, j'ai plutôt confiance.
BRUCE TOUSSAINT
Stefan ETCHEVERRY, la campagne brésilienne démarre plutôt bien avec ces premiers entraînements.
STEFAN ETCHEVERRY
Parmi les images qui nous arrivent du Brésil, je voulais vous montrer celles-ci. C'était hier après l'entraînement de l'équipe de France et c'est pour vous dire qu'il y a quelque chose qui a changé dans cette équipe de France et dans le lien qu'elle tisse avec ses supporters. Ce sont les joueurs après l'entraînement qui montent dans le bus et qui, quelques minutes plus tard, en redescendent. Comme quoi l'image a du poids ici !
CHRISTOPHE BARBIER
Descendre d'un bus pour l'équipe de France, c'est un symbole !
STEFAN ETCHVERRY
Oui ! Une montée et une descente pour finalement aller au contact du public. On sent vraiment qu'il y a quelque chose de nouveau qui se passe autour de cette équipe de France. C'est vraiment l'image numéro un à retenir de ce début d'aventure. Comment vous définissez ce brusque changement de lien et ce rétablissement d'image positive autour de l'équipe de France ?
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Honnêtement, je le définis comme une première réussite de Didier DESCHAMPS. Je pense qu'il y ait pour beaucoup. On va attendre évidemment de voir le parcours de l'équipe, mais en tous cas ce qu'il aura déjà réussi à faire, c'est quand même à redorer le blason de l'équipe, en créant cet esprit à la fois de groupe et cet esprit sain dans la relation aux supporters, dans la relation au public qu'on avait peut-être un peu perdue de vue il y a quatre ans. Aujourd'hui, j'ai l'impression qu'une page est tournée et que les joueurs sont conscients de l'honneur qui leur est fait que de quand même leur demander de représenter la France. C'est inouï comme chance !
BRUCE TOUSSAINT
Est-ce qu'il y a une intervention politique qui peut aussi expliquer ce qui se passe ? Pourquoi je vous dis cela ? Parce qu'il y a quatre ans, Roselyne BACHELOT s'est déplacée en Afrique du Sud ; on se souvient que Nicolas SARKOZY, qui était président à l'époque, avait reçu Thierry HENRY. Cela avait été bien plus qu'affaire sportive, une affaire politique. Est-ce que cette année, vous avez dit amicalement ou fermement aux instances du football français : « Tenez-vous à carreau » ?
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Non. D'abord, vous avez raison. Le foot et cette compétition, c'est bien plus que du sport, je suis la première à le dire. Mais de là à dire que c'est une affaire politique dans laquelle les responsables politiques doivent s'impliquer, il y a un pas que je ne ferai pas. Je pense que ce n'est pas le rôle des politiques que d'aller faire des leçons de morale aux joueurs. Je pense que la fameuse exemplarité se vit de l'intérieur. Il faut faire en sorte que les joueurs se l'approprient d'eux-mêmes. Ce n'est pas une injonction venue de l'extérieur et sûrement pas des politiques, ça ne marche pas comme ça. C'est même contre-productif, on l'a vu il y a quatre ans. Aujourd'hui ce que je constate, c'est que dans le groupe, il y a eu une réussite en particulier du sélectionneur et de l'entraîneur, et c'est ça qui m'intéresse. C'est cet esprit collectif, de fait ce comportement vertueux qu'on constate. On l'a vu par exemple quand il y a eu les forfaits récemment de RIBERY et de GRENIER. On voit bien qu'il y a quand même une solidarité entre eux.
BRUCE TOUSSAINT
Ils n'ont pas été assommés non plus, au contraire. Si ça se trouve, ça a même ressoudé encore plus le groupe.
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Oui. Moi, j'ai trouvé que ça a soudé le groupe, qu'ils ont encaissé ensemble le choc parce que cela a été quand même un choc de se voir privé de joueurs comme ça. Moi, je trouve qu'il y a un bel esprit de solidarité et que tout ça se traduit ensuite sur le terrain.
BRUCE TOUSSAINT
Justement, premier entraînement hier soir.
STEFAN ETCHEVERRY
Oui, premier entraînement hier soir. Il y a effectivement le comportement des joueurs et il y a ce que vous allez trouver sur place. Préparez-vous Najat VALLAUDBELKACEM, parce qu'il y a du monde ! Il y a du monde pas simplement aux matchs mais même aux entraînements ! Regardez le premier entraînement de l'équipe de France. Il faut rappeler que c'est dans le camp de base de l'équipe de France à Ribeirão Preto. Le stade fait trente cinq mille places mais on avait finalement offert dix mille places aux supporters. Les billets se sont arrachés en moins d'une demi-heure pour assister à l'entraînement de l'équipe de France. Vous vous rendez compte ? Dix mille spectateurs ! Il y a bien sûr des expatriés, des ressortissants français, mais il y a aussi le public brésilien qui est là. Regardez, c'est quand même des images magnifiques qui vont porter l'équipe de France mais toutes les équipes d'une manière générale. Vous vous rendez compte que vous allez aller dans un pays qui est complètement barjot de foot ? Vous vous y êtes préparée ?
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
[rires] Je trouve ça formidable, hyper enthousiasmant ! C'est vrai que c'est un pays qui est barjot de foot parce que le foot est sans doute le sport qui se pratique le plus facilement. Je veux dire que les enfants n'ont même pas besoin d'avoir un vrai terrain ni de vrais buts pour pouvoir y jouer. Finalement, ça transcende les catégories sociales, les classes, les couleurs, les origines et c'est ça qu'il y a de beau d'ailleurs dans le foot. On parlait des mouvements sociaux ; j'espère que la ferveur populaire et la liesse même va l'emporter à un moment donné dans la compétition. C'est vrai que ce sera sans doute très fortement corrélé aux résultats du Brésil aussi. Je souhaite bon courage aux Brésiliens parce qu'à mon avis, eux vont être regardés de très près.
BRUCE TOUSSAINT
Pour conclure, et les Français alors ? A partir de quand c'est un succès ? à partir de quand c'est un échec ? Qu'est-ce que vous attendez de cette équipe de France ? Donnez-nous un petit pronostic ou un voeu.
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
[rires] Moi, je peux être optimiste à bon compte puisque ce n'est pas moi qui suis derrière le ballon. En fait, moi je crois beaucoup que les résultats sportifs comme les résultats d'ailleurs dans tous les secteurs, sont conditionnés aussi par la confiance qu'on vous fait. C'est-à-dire qu'ils sont conditionnés par vos propres performances mais ils sont aussi conditionnés par le fait qu'autour de vous, il y a des gens qui vous portent, qui croient en vous. Ce n'est pas par hasard qu'on dit qu'une équipe qui joue à domicile est avantagée par rapport à l'autre. C'est qu'elle est chez elle, portée par le public et tout ça. Moi, j'ai vraiment envie de faire très fortement confiance à l'équipe, donc je les vois bien aller jusqu'en finale. Je le leur demande, je l'espère, je le souhaite !, même si cela créerait des problèmes de logistique comme on en parlait avec Christophe BARBIER tout à l'heure, mais enfin on les résoudra !
CHRISTOPHE BARBIER
On annule le défilé militaire dans ce cas-là ou on le met au 15 juillet !
BRUCE TOUSSAINT
Oui, parce que la finale est le 13 juillet, donc comment on fait pour le 14 ? On aura évidemment le temps d'en reparler et c'est tout ce qu'on souhaite aux Bleus. Bon voyage !
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Merci !
BRUCE TOUSSAINT
Vous vous envolez ce soir pour le Brésil assister aux débuts de cette compétition et au premier match des Bleus contre le Honduras. Merci beaucoup Najat VALLAUD-BELKACEM d'avoir été avec nous ce matin sur I-Télé.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 juin 2014