Texte intégral
Mesdames et Messieurs,
Nous allons commencer cette séance que va modérer le directeur Europe, je prendrai la parole après mes hôtes mais je voulais d'abord les accueillir, les remercier beaucoup d'être là.
Nous allons d'abord entendre mon collègue, M. Frank-Walter Steinmeier, que je remercie tout particulièrement d'être là. Nous passons la plupart de nos journées ensemble. Mme Bernadette Ségol (Secrétaire générale de la Confédération européenne des Syndicats), merci de vous être jointe à nous, je crois qu'il est très important que vous donniez le regard de votre organisation sur les perspectives européennes.
Pierre-André de Chalendar, président de Saint-Gobain, sera condamné à nous parler d'économie. A à la tête du beau groupe qu'il dirige, je crois qu'il est intéressant qu'il nous dise son point de vue sur l'Europe, d'autant que c'est un européen très engagé.
Bruno Bézard, qui est le nouveau directeur général du Trésor et avec qui nous sommes appelés de plus en plus à travailler avec le décret d'attribution qui me concerne et avec lequel nous avons travaillé efficacement dans le passé, nous éclairera sur toute une série de perspectives.
Merci à chacune et à chacun de son intervention, je pense que nous avons très largement couvert le champ, aussi bien à travers le propos introductif de Frank-Walter qui couvrait un champ très large et d'une façon extrêmement convaincante, qu'à travers le propos de M. de Chalendar, que je partage d'ailleurs, sur la nécessité d'avoir une politique énergétique européenne et du même coup, la modifier largement. Quand on réfléchit, une politique énergétique doit servir à avoir une énergie bon marché, une sécurité d'approvisionnement et qui respecte l'environnement. Des trois critères, aucun n'est rempli.
Merci à Mme Ségol qui nous a rappelé ce que nous savons, ce que nous sentons, ce qu'exprime d'ailleurs beaucoup de populations, notamment les Français à travers le vote, c'est-à-dire que nous sommes pour l'idée d'Europe. Mais le concret de l'Europe, sa gestion, ce n'est pas satisfaisant. C'est ce que nous entendons en permanence.
M. Bézard nous a rappelé avec beaucoup de force ce qui restait à faire dans le domaine très large qu'il couvre avec beaucoup de compétence.
Je voudrais, sans prétendre du tout conclure, apporter trois ou quatre remarques.
Je voudrais dire ce que les ambassadeurs que vous êtes savent tous et ce que l'opinion publique ne sait pas. Pour les relations internationales, nous sommes là pour défendre les intérêts de nos pays, pour essayer de trouver des solutions au niveau mondial. On a souvent parlé, et ce n'est pas toujours faux, des États comme de monstres froids. Mais les relations personnelles sont absolument déterminantes. Non pas qu'il faille être émotif dans ce type de fonction, mais l'on s'entend bien ou l'on s'entend moins. On se fait confiance ou l'on se fait moins confiance. On travaille facilement ensemble ou non.
Je dois dire, en espérant ne pas le compromettre que lorsqu'il s'agit de la relation que j'ai avec Frank-Walter, elle est exceptionnelle et - un mot qui est assez rare en politique -, exceptionnellement agréable. Et cela aide beaucoup.
Quand avant chaque conseil des ministres des affaires étrangères - je vous fais cette révélation qui n'en est pas complètement une -, nous nous téléphonons pour connaître les positions que nous allons prendre, tenter de susciter des conclusions positives, non seulement c'est intéressant mais en ce qui me concerne et je te force ainsi à répondre, je le fais avec plaisir. Quand on peut concilier l'efficacité recherchée avec le plaisir, je vais essayer de rester à ma place aussi longtemps que tu resteras à la tienne.
C'est vrai qu'il a un avantage supplémentaire, c'est qu'il est dans un gouvernement de coalition. Mais en France, et je salue des responsables parlementaires avec plaisir qui n'ont pas tous voté socialiste, en France la politique étrangère et la politique européenne sont épargnées de nos divisions gauloises. J'en suis vraiment très reconnaissant aux responsables de l'opposition et aussi aux responsables de la majorité.
Nous travaillons ensemble et le fait que l'Allemagne et la France, à travers leur deux ministres des affaires étrangères, et le fait qu'en France il y ait un large rassemblement sur ces questions européennes, c'est un élément extrêmement positif et je pense qu'il faut garder cela à l'esprit. Les États ne sont pas seulement des monstres froids, les ministres des affaires étrangères ne sont pas des personnes désincarnées, le climat politique et la façon dont on aborde toutes ces questions est très importante.
Ma seconde remarque : c'est vrai qu'aux élections européennes, ce n'est pas tout à fait exact en Allemagne pour des raisons diverses, mais en tout cas dans beaucoup de pays et notamment en France, les résultats ont montré que ça n'allait pas du tout. Bien sûr, on peut lier cela à la conjoncture générale, mais il y a plus que cela.
D'une part, le sentiment qui s'est exprimé à travers les votes populaires, et d'autre part, la situation objective de l'Union, comme l'a rappelé Mme Ségol -? avec un jeune sur quatre au chômage sur notre continent - font qu'il faut bouger, il faut changer pas mal de choses.
C'est maintenant la tâche de la nouvelle Commission, du nouveau Parlement en recadrant des priorités.
Je ne vais pas redire ce qui a été fort bien dit à la fois par M. de Chalendar et par Bruno Bézard mais, cela va jouer très largement dans les semaines qui viennent.
Nous avons besoin de changements importants dans la politique européenne, sur le plan économique, pour lutter contre l'atonie que l'on constate. Les chiffres sont là, sur le plan social, pour faire que les Européens se sentent mieux représentés par l'Europe, sur le plan énergétique, sur le plan de la politique de concurrence, et aussi - ne laissons pas cet argument à ceux des Britanniques qui sont anti européens - pour simplifier les procédures.
Il y a un vrai travail à faire qui est toujours très compliqué lorsqu'il s'agit de simplifier mais que l'on doit absolument mener.
Je suis sûr que l'Allemagne et la France, même s'il y a tel ou tel point sur lesquels il peut y avoir des nuances, sont vraiment animées par cette volonté de changement.
Ma troisième remarque : la politique étrangère européenne.
Je lisais hier dans un grand journal du soir, un article d'ailleurs bien écrit qui disait que les Européens ne voulaient pas d'une politique étrangère sérieuse et la preuve en était qu'ils allaient choisir un responsable pour la politique étrangère qui serait sans expérience alors qu'il y avait des hommes d'expérience qui auraient pu être choisis. Et d'ailleurs, ni toi ni moi n'étions cités.
Tel n'est pas du tout notre choix et en ce qui concerne la France, il était dit subtilement que nous serions fâchés qu'il y ait une politique européenne parce que ce serait perçu comme une diminution par rapport à la politique étrangère française. Non, non et trois fois non. Nous souhaitons qu'il y ait une politique européenne active, nous y travaillons.
Si vous assistiez au Conseil des affaires étrangères de l'Union européenne, vous verriez que nous travaillons pour qu'il y ait chaque fois une position unie, autant qu'il est possible, mais aussi pour que l'on prenne des décisions. C'est vrai que c'est encore embryonnaire et parfois décevant. C'est vrai que ce n'est pas facile lorsque l'on parle de l'Irak et d'envois d'armes de faire adopter une position qui soit précisément positive à des États qui ont la neutralité dans leur Constitution; c'est compliqué.
Je pense qu'il ne faut pas abandonner ces objectifs et en tout cas, en ce qui concerne le gouvernement actuel, que ce soit le président la République, le Premier ministre et moi-même, nous sommes extrêmement loin de l'idée que tout ce qui sera fait en politique étrangère européenne le sera au détriment de la France, comme s'il y avait un avers et un revers d'une médaille. Pas du tout.
Notre tâche - et l'Allemagne et la France jouent évidemment un rôle tout à fait majeur là-dedans -, c'est d'essayer de faire en sorte que la politique européenne étrangère soit plus active. Il y a des domaines où c'est visible, par exemple lorsque nous parlons avec les Iraniens du nucléaire, où Mme Ashton - qu'il est de bon ton comme toujours de brocarder - a fait et fait un travail tout-à-fait positif. Et ce n'est pas être moins Français que d'autres que de le reconnaître, son travail est excellent.
Il faut qu'un travail du même type soit fait dans de plus en plus de domaines et la France et l'Allemagne peuvent y aider. Je sais que c'est le souhait de l'Allemagne et je confirme que c'est le souhait de la France.
(...)
Voilà quelques points que je voulais souligner.
J'ajoute un point qui va être très important dans les mois et les années qui viennent, qui est notre rapport, aux uns et aux autres, avec nos amis britanniques. C'est une affaire très compliquée. Bien évidemment, ce sont les Britanniques qui prendront les décisions qu'ils veulent prendre. Mais je pense que ce serait une très mauvaise chose pour l'Europe et pour le Royaume-Uni que, d'une façon ou d'une autre, il sorte de l'Union européenne. Il ne faut donc pas lui donner de prétexte. Et pour ne pas lui donner de prétexte, il faut que nous traitions les sujets, et en particulier la simplification, la subsidiarité et quelques autres vrais sujets qui existent.
Mais il faut en même temps que nous soyons carrés. Autant ce serait certainement, à mon sens, une erreur et même une faute que le Royaume-Uni décide de sortir de l'Union européenne, autant il n'est pas possible, sinon il n'y a plus d'Europe, que les règles communes ne soient pas acceptées.
Donc, nous aurons à faire preuve de diplomatie et, en même temps, ce qui n'est pas inconciliable, de fermeté dans les positions, pour montrer que oui, nous acceptons tout-à-fait les réformes et même nous les revendiquons là où elles sont nécessaires, mais aussi que l'Europe qui a si difficilement déjà été bâtie ne peut pas, à travers un choix politique largement intérieur, être mise en cause.
Sur tous ces domaines et sur beaucoup d'autres, il est très important que l'Allemagne et la France marchent du même pas.
C'est la raison pour laquelle j'ai été très heureux, Frank-Walter, que tu aies accepté de venir nous dire - et cela a été très apprécié - la façon dont tu voyais à la fois la perspective européenne et les relations entre l'Allemagne et la France. Merci.
Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 11 septembre 2014