Interview de Mme Fleur Pellerin, ministre de la culture et de la communication à France Culture le 16 octobre 2014, sur l'augmentation de 0,3% du budget de la culture en 2015.

Texte intégral


MARC VOINCHET
Bonjour Fleur PELLERIN.
FLEUR PELLERIN
Bonjour.
MARC VOINCHET
Vous voyez, je suis très intimidé, ministre de la Culture et de la communication. Mais oui, je suis intimidé, parce que vous ne quittez pas RADIO FRANCE, vous avez votre badge, vous êtes une habituée ici, on vous a vue dans les locaux de RADIO FRANCE hier, à la cafète', pour le dire clairement, pour signer, aux côtés de Najat VALLAUD-BELKACEM et de Mathieu GALLET, notre bon président, une convention pour l'éducation artistique et culturelle. Et vous relanciez ainsi, de façon indirecte, l'un des grands projets de votre prédécesseur consistant à permettre à chaque enfant scolarisé d'accéder au savoir et une pratique artistique, chantier d'ailleurs voulu – parmi ses priorités – voulu par le président de la République. Derrière tout cela, c'est la démocratisation de la culture qui est visée, une démocratisation qui réclame des moyens, à l'heure où le budget de la France fait l'objet de quelques inquiétudes tout de même, le budget alloué à la culture augmentera donc de – ce n'est pas grand chose – 0,3% en 2015, autant dire qu'il est stable, Fleur PELLERIN ?
FLEUR PELLERIN
Quasi-stable, oui.
MARC VOINCHET
Voilà. Alors, est-ce que c'est suffisant tout de même pour entreprendre de grands projets, pour résoudre les problèmes récurrents dans le domaine culturel ? De nombreux dossiers sont sur votre bureau, et nous avons envie de vous interroger à ce propos, il y a bien sûr la remise à plat du régime des intermittents qui réclament un calendrier précis concernant les décisions qui seront prises à leur sujet, ce calendrier contrevient-il à celui d'Emmanuel MACRON qui veut, lui, au contraire, réformer et durcir peut-être les conditions d'accession aux allocations chômage, on verra ce qu'il en est, mais il y a également des questions autour du numérique, la protection de la sainte exception culturelle française, Amazon, Netflix, et l'adaptation d'un secteur culturel français bouleversé par toutes ces questions justement du numérique. Vous êtes ministre de la Culture au bon moment, il y a une semaine faste qui va s'ouvrir, là, avec une FIAC très en forme, la réouverture d'un musée Picasso, et puis même l'ouverture – on le sait – de la Fondation LVMH. Alors, pour être ministre de la Culture, Fleur PELLERIN, faut-il se changer en Persée face à la méduse pour terrasser tous ces serpents de mer qui sifflent sur vos têtes ? Une question, première, sauvez-vous réellement donc les 0,3% de plus pour le budget de la Culture, tandis que, en ce moment, Michel SAPIN, ou hier en tout cas, faisait des acrobaties en Allemagne pour essayer de rentrer dans les clous via Bruxelles, Fleur PELLERIN ?
FLEUR PELLERIN
Oui, effectivement, le budget est et sera stable sur les trois prochaines années, et ça correspond, pas seulement à un engagement comptable, mais à un vrai engagement politique de la part du gouvernement de Manuel VALLS, le Premier ministre l'a redit lorsqu'il a inauguré l'exposition de Niki de SAINT PHALLE, c'est vraiment un geste pour montrer à quel point la culture, en temps de crise, doit être préservée, parce que nous nous rendons bien compte, et vous relatez chaque jour des événements politiques, vous parlez de la montée des extrémismes, parfois, du repli sur soi, je crois, pour ma part en tout cas, que la culture est un élément indispensable pour tisser, retisser et travailler sur le lien social, faire en sorte que les enfants puissent avoir des références, des repères qui leur permettent de faire société. Donc voilà ce que manifeste ce budget.
MARC VOINCHET
Alors nous sommes, pour cette émission, « Les matins politiques », avec Frédéric METEZEAU. Frédéric.
FREDERIC METEZEAU
Oui, Madame la Ministre, bonjour. Sur la question spécifique de la culture, on parle beaucoup de réforme territoriale, de décentralisation, est-ce que le modèle de ce grand ministère centralisé, qui irradie avec ses directions départementales et régionales, est encore adapté ? Est-ce que la culture ne vient pas trop d'en haut et pas assez d'en bas ?
MARC VOINCHET
Fleur PELLERIN.
FLEUR PELLERIN
Alors, vous avez raison sur ce diagnostic, sur le fait que, aujourd'hui, je pense que ce que nos concitoyens attendent, c'est effectivement une animation culturelle, une présence territoriale, qui manifestent le fait que nous prenons en compte les nouvelles pratiques de nos concitoyens, c'est-à-dire qu'il y a des pratiques culturelles qui viennent du terrain, que ce soit la pratique amateur, que ce soient les pratiques pédagogiques, qui peuvent être initiées par nos établissements publics locaux ou nationaux. Et donc moi, ce que je souhaite, c'est effectivement profiter de cette réforme territoriale, qui va nous amener à reconsidérer le format de notre réseau, ceci, bien sûr, en lien avec les organisations syndicales, utiliser l'opportunité de cette réforme pour repenser le rôle de l'Etat sur les territoires, en lien avec les collectivités territoriales, qui sont de grands acteurs et de grands financeurs de la culture. Mais vous avez raison, moi, ce que je souhaite, c'est penser cette réforme, en imaginant bien que ce que souhaitent nos concitoyens aujourd'hui, ce ne sont plus des politiques verticales, où le centre, le sommet…
MARC VOINCHET
Et parisiennes…
FLEUR PELLERIN
Et parisiennes, où l'on déciderait pour les gens ce qui va être, ce qui doit être leur goût, et ce qui va faire leur bien ou leur bonheur. Donc moi, je souhaite vraiment partir des expériences de terrain, je défends beaucoup la vision d'une culture participative, parce que je crois que, aujourd'hui, les gens souhaitent s'approprier leurs pratiques, leur accès à leur culture, et donc partir de cette façon d'appréhender l'accès à la culture, et le patrimoine culturel, pour repenser totalement les politiques publiques. Et ça, c'est assez nouveau.
MARC VOINCHET
Comment est-ce qu'on va repenser, tiens, un exemple concret, la politique publique concernant par exemple les Frac, avec l'idée d'avoir ces big régions, décidée par François HOLLANDE, il va y avoir des big régions qui vont se retrouver, certaines, avec deux, trois Frac ?
FLEUR PELLERIN
Oui, eh bien écoutez, ça ferait partie de la réflexion que nous menons de la réforme…
MARC VOINCHET
Il faudra en supprimer, en rayer quelques-uns de la carte ?
FLEUR PELLERIN
Non, mais certaines pourront être fusionnées, de toute façon, la réforme territoriale est l'occasion d'examiner quelles sont les missions, les missions qui doivent être menées au plus près du terrain, quand on réfléchit à l'archéologie préventive, quand on réfléchit à un certain nombre de missions scientifiques ou régaliennes de l'Etat, enfin, du ministère de la Culture, en région, il y a certaines missions dont l'échelon doit être sans doute un échelon plus petit que celui de la région ; et donc c'est cette réflexion que nous menons actuellement, quelles sont les missions qui peuvent être menées depuis le chef-lieu de la région, des super grandes régions, et quelles sont les missions qui doivent rester à un échelon de proximité, parce que sinon, elles n'ont plus de sens. Donc c'est ce travail-là que je mène actuellement avec les services, avec mes services, et auquel je dois apporter des réponses d'ici la fin de l'année, pour pouvoir aborder la réforme territoriale de la meilleure façon qui soit.
MARC VOINCHET
Tenez, puisqu'il n'y a pas que Paris aussi, et que vous avez votre badge de RADIO FRANCE, vous reprenez et soutenez à nouveau une idée qui était née d'un journaliste de RADIO FRANCE, qui d'ailleurs est toujours bien ici, Jérôme BOUVIER, la tour de Clichy-sous-Bois, à Montfermeil, tour Utrillo, Le Parisien, ce matin, en page 7, page régionale, Seine-Saint-Denis, nous dit : Fleur PELLERIN pourrait relancer le projet de la tour Médicis pour en faire une villa Médicis bis, jumelée avec la romaine, projet qui avait fait tordre le nez et le cou à Aurélie FILIPPETTI.
FLEUR PELLERIN
Alors, c'est vrai que c'est un projet qui me paraît extrêmement intéressant, à la fois dans le cadre de la réflexion qui est menée sur le Grand Paris, sur la métropole de Paris, il y a eu la semaine dernière un comité de pilotage qui était présidé par Manuel VALLS, il y en aura un autre la semaine prochaine. Et je trouve que le ministère de la Culture, la culture, de manière générale, doit être plus présent dans la réflexion sur ce Grand Paris, et je crois que ce projet pourrait être un projet extrêmement structurant, extrêmement intéressant.
MARC VOINCHET
Mais il y a les sous ? Il y a les sous ?
FLEUR PELLERIN
Il y a des modalités de financement qui ont été envisagées par le rapport qui me sera présenté, qui sera présenté tout à l'heure aux élus et aux préfets de région, et puis à la société du Grand Paris par Thierry TUOT.
MARC VOINCHET
Alors Fleur PELLERIN, il paraît qu'on vous voit – ça y est, certains disent : enfin – un peu plus souvent dans les théâtres, les opéras, sans forcément être entourée par une garde prétorienne, ça y est, vous allez au théâtre parce que la question des intermittents est en passe d'être réglée, qu'ils ne vont pas forcément manifester ou interrompre vos allées et venues, on vous a vue à l'avant-première de FORSYTHE, on vous voit aussi au cinéma ; est-ce que ça y est, est-ce que c'est un signe, ça ?
FLEUR PELLERIN
Ce n'est pas un signe, vous savez, j'ai été nommée il y a à peu près un mois, un peu plus d'un mois, et en un mois…
MARC VOINCHET
Donc c'est le bénéfice du doute pour l'instant ?
FLEUR PELLERIN
Non, en un mois, et un peu plus d'un mois, je suis plutôt pas mal sortie, j'ai été à l'opéra, j'ai été effectivement inaugurer le début du festival d'automne, j'étais avant-hier…
MARC VOINCHET
Sans perturbations…
FLEUR PELLERIN
J'étais avant-hier à l'Opéra Bastille, j'étais dimanche à une très belle manifestation, l'ouverture de la Belle Saison, donc qui est la Belle Saison pour la jeunesse, qui est très soutenue par le ministère de la Culture, un spectacle de danse, réalisé par des jeunes collégiens, écoliers et lycéens, sans perturbations. Mais encore une fois, moi, je considère que l'espèce d'ultimatum qui consiste à déclarer persona non grata des personnes, des membres du gouvernement, est tout à fait inacceptable. Le théâtre, le lieu de spectacle, c'est un lieu de liberté, d'expression, c'est un lieu aussi où les artistes et les techniciens du spectacle travaillent pour offrir quelque chose au public, donc priver à la fois le public et les artistes de cette capacité de s'exprimer, je trouve ça tout à fait inacceptable, d'autant plus que ma porte est ouverte, et que je l'ai toujours dit.
MARC VOINCHET
Alors peut-être Emmanuel MACRON, lui, aura-t-il plus de difficulté, voulant durcir les conditions d'accès à l'assurance chômage, accélérer la réforme, est-ce que vous n'allez pas être soumis à un problème de calendrier, début octobre, les principaux syndicats des intermittents s'impatientaient tout de même et réclamaient, de votre part, un calendrier, je les cite, précis et contraignant concernant leur dossier, certains s'inquiètent de ce qu'il faudrait peut-être accélérer la négociation une fois la mission en cours terminée, tandis que le MEDEF, lui, dit : non, il faut attendre la date fixée pour 2016. Mais auparavant, enfin, entretemps, MACRON, lui, dit : moi, je veux tout réformer, tout accélérer, et durcir les conditions…
FLEUR PELLERIN
Oui, enfin, je crois que le président de la République a été très clair sur ce point, il a dit : il n'est pas question actuellement de réformer les conditions d'indemnisation des personnes qui sont au chômage…
INTERVENANT
Pour l'instant…
MARC VOINCHET
Comment est-ce que c'est tenable ? Comment va-t-on, auprès du ministre de l'Economie, plaider pour déroger à un système qu'il veut, lui, réformer et durcir ?
FLEUR PELLERIN
Non, mais encore une fois…
MARC VOINCHET
La dérogation est-elle pérenne ?
FLEUR PELLERIN
Encore une fois, il y a une direction qui a été fixée, et c'est celle qui a été fixée par le président de la République, aujourd'hui, il y a plus de trois millions de chômeurs, la situation économique est très difficile, ce n'est sans doute pas le moment, je ne veux pas dire pour autant que tout est structurellement très bien et que rien ne doit changer ou rien ne doit être réformer, mais en tout cas, aujourd'hui, le cap qui a été fixé, c'est celui qui a été fixé par le président de la République. Et donc moi, ce que je dis aux organisations syndicales, ce que je dis également à la mission de concertation, c'est qu'elle doit travailler de manière sereine aujourd'hui pour essayer de trouver des solutions pérennes aux problèmes rencontrés par le régime des techniciens et des artistes du spectacle.
MARC VOINCHET
Alors, il se trouve que c'est aujourd'hui d'ailleurs qu'il y a une réunion de tous les acteurs qui doit se tenir sur les contrats courts, c'est des usages, et notamment, il y aura ensuite une autre séance, consacrée aux annexes 8 et 10, et un bilan entièrement fin octobre. On a voulu tout de même prendre la température du côté des intermittents et du côté du SYNDEAC, Madame la ministre, comment donc le SYNDEAC voit-il l'évolution des discussions sur les intermittents ? Ecoutez Madeleine LOUARN, présidente du SYNDEAC, elle a répondu à Amélie PERROT des « Matins de France culture », et elle réagit d'abord sur le décret qui est paru pour que l'Etat prenne en charge le coût du différé de l'indemnisation chômage des intermittents. Et pour elle, mais vous le savez sans doute déjà, ça n'est pas une bonne idée.
/// Madeleine LOUARN, présidente du SYNDEAC ///
MARC VOINCHET
Voilà, Madeleine LOUARN, présidente du SYNDEAC au micro d'Amélie PERROT. Madame la Ministre, Fleur PELLERIN.
FLEUR PELLERIN
Mais Madeleine LOUARN dit quelque chose qui est tout à fait vrai, c'est-à-dire que le régime d'indemnisation des artistes et des techniciens du spectacle vivant doit rester absolument fondé sur la solidarité interprofessionnelle, et le décret qui a été signé cette semaine n'n'est pas du tout en contradiction avec cet objectif, qui est celui du gouvernement. Il vise seulement à mettre en oeuvre un engagement qui avait été pris par Manuel VALLS, et qui était effectivement de prendre en charge le coût du différé pour qu'il ne s'applique pas aux artistes et aux techniciens concernés, du spectacle concerné, donc ça met en oeuvre, de manière juridique, l'engagement du Premier ministre, ça ne préjuge absolument pas de la solution qui sera élaborée par la mission de concertation.
MARC VOINCHET
A une époque, les ministres de la Culture comptaient sur la confiance du président de la République pour mener à bien leur action, il semblerait que vous comptiez plus, vous, sur la confiance de Manuel VALLS, pour contrer les coups bas très souvent de l'économie de Bercy sur la rue de Valois, que l'on sait, ça n'est pas un secret, alors, est-ce que, par exemple, vous demandez souvent à Manuel VALLS d'arbitrer : sauve mon budget, Manuel, lui dites-vous, les 3%, par exemple, les plus 0,3% par exemple…
FLEUR PELLERIN
Déjà, moi, j'essaie vraiment de discuter dans le cadre du dialogue interministériel, donc j'essaie plutôt d'argumenter et de présenter des arguments qui vont convaincre. Et puis c'est la règle de fonctionnement d'un gouvernement lorsqu'effectivement nous n'arrivons pas à trouver d'accord ou si je n'arrive pas à faire valoir mes arguments, dans ce cas-là les arbitrages remontent chez le Premier ministre, c'est son rôle en tant que chef du gouvernement bien entendu.
MARC VOINCHET
Ca aide que le Premier ministre ait un père peintre pour parler de culture ?
FLEUR PELLERIN
Ecoutez, je pense qu'il est d'abord convaincu ou pas convaincu par des arguments rationnels, mais sans doute ça lui donne une sensibilité particulière à tout ce qui touche à la culture bien évidemment.
FREDERIC METEZEAU
Il y a deux ans et demi dans une interview aux Inrockuptibles vous déclariez : notre génération a pour ambition de changer le pays, pas simplement par les mécanismes économiques et sociaux, mais aussi par les mécanismes culturels et sociétaux. Vous maintenez ou est-ce qu'une fois qu'on est au gouvernement, quand on est au gouvernement eh bien on est pris par la gestion, par l'administration et il faut revenir aux dures réalités budgétaires, techniques et technocratiques, au risque de basculer, comme le dit Claude BARTOLONE dans la "gestionnite" aiguë ?
FLEUR PELLERIN
Moi je n'oppose pas du tout les deux, je crois qu'aujourd'hui nous vivons dans un monde complexe, pour trouver des solutions…
FREDERIC METEZEAU
Vous opposiez un peu il y a deux ans et demi.
FLEUR PELLERIN
Non, alors peut-être, enfin je ne sais pas, moi je n'interpréterai peut-être pas tout à fait comme ça, je pense qu'on peut avoir une approche qui permet d'être des bons gestionnaires et d'avoir une politique responsable et en même temps une vision politique dans le cadre du portefeuille qui nous est confié. Enfin en tout cas moi c'est mon cas et je considère qu'il n'y a pas d'opposition à faire entre le fait de maîtriser techniquement les dossiers que l'on a à gérer et le fait de pouvoir proposer sur tous ces dossiers une vision politique pour répondre aux questions qui se posent. Je crois au contraire que les deux sont absolument indispensables, c'est-à-dire qu'aujourd'hui pour bien prendre des décisions, pour prendre des décisions qui soient éclairées, on a absolument besoin de comprendre le fond des dossiers. Vous me parliez de l'intermittence, aujourd'hui, comprendre l'intermittence aujourd'hui ça veut dire se plonger dans les arcanes du droit du travail, ça veut dire comprendre ce qu'il y a d'inscrit dans les annexes 8 et 10 et je peux vous assurer que c'est extrêmement complexe et si on ne fait pas l'effort de rentrer techniquement dans ces dossiers eh bien on survole les choses et je vous assure qu'on ne peut pas prendre de bonnes décisions politiques. Donc moi je n'oppose pas les deux, je pense que c'est indispensable.
MARC VOINCHET
Mais plutôt que d'essayer de piquer aux chômeurs, au fond, pour faire coller un budget au projet européen, comme le propose Emmanuel MACRON, est-ce que parfois, la ministre de la Culture ne pourrait pas, elle, dire : regardons les patrons des grandes entreprises de l'audiovisuel public, tiens, attendez, prenez RADIO FRANCE avec ses intermittents nombreux et variés, comme Brice COUTURIER ou moi par exemple, pour peut-être réformer ce qu'il faudrait réformer un jour ou l'autre sur un contrat de travail ?
FLEUR PELLERIN
Mais il y a sans doute effectivement, et ça fait partie d'ailleurs de la mission de la concertation, il y a sans doute des choses à changer dans la façon dont un certain nombre d'entreprises recourent à l'intermittence pour remplir des emplois qui sont des emplois quasiment permanents. Et ça, ça fait partie vraiment de leur travail. Moi, je considère que ce n'est pas uniquement… il ne faut pas parler d'abus, parce qu'on a l'impression ensuite que, en corrigeant quelques abus, on va régler le problème de fond, ce n'est pas le cas, mais en revanche, il faut que le régime de l'intermittence, dans intermittence du spectacle, il y a spectacle, il faut que ce régime s'applique réellement à des artistes et à des techniciens qui font partie, qui ont pour métier le spectacle vivant et non pas parfois d'autres choses.
FREDERIC METEZEAU
Moi, j'ai une question sur le calendrier, vous l'avez dit, on est dans une concertation, ça veut dire qu'on n'est pas dans une négociation, cette concertation doit déboucher au mois de décembre 2014 de cette année, pour faire des propositions, alors quel est le calendrier ? On va aller allègrement jusqu'au festival de l'été, et c'est reparti comme en 40 ?
FLEUR PELLERIN
Non, non, vous l'avez dit, donc la mission fera des propositions au mois de décembre, et ensuite, les partenaires, mais aujourd'hui, c'est difficile de vous donner le calendrier, parce que, il faut que les partenaires sociaux puissent analyser ces propositions, et s'il y a un accord, ensuite, eh bien, ce sera très bien, on pourra rentrer dans la phase de négociations.
FREDERIC METEZEAU
Un accord avant l'été prochain ?
FLEUR PELLERIN
C'est tout à fait possible, si la mission propose un certain nombre de solutions qui apparaissent comme des solutions pérennes, à même de garantir la…
FREDERIC METEZEAU
La viabilité du système…
FLEUR PELLERIN
La viabilité économique notamment du système, eh bien, il n'y a pas de raison que les partenaires sociaux ne veuillent pas l'endosser.
MARC VOINCHET
Nous aurons l'occasion, en deuxième partie, d'aller plus avant sur d'autres dossiers avec vous, Madame la Ministre, mais tenez, tout à trac, comment définiriez-vous aujourd'hui au fond une politique culturelle de gauche, et comment, au fond, diriez-vous et défendriez-vous une rue de Valois de gauche, je prends un exemple, parce que l'autre jour, à Blois, le Premier ministre, dans le salon du livre, s'est prêté à la critique, et comme aujourd'hui, souvent, nombreuses de ceux qui disent : ah, Monsieur le Premier ministre, il faut que je vous dise : vous trahissez la gauche, vous trahissez les classes populaires, vous ne vous intéressez plus aux oubliés, aux invisibles et aux périphériques, vous n'êtes plus de gauche. Que diriez-vous, vous, pour dire : voilà, moi, Fleur PELLERIN, je vais faire une politique culturelle de gauche ?
FLEUR PELLERIN
Vous savez, la politique culturelle, déjà, quasiment, par essence, c'est une politique de gauche, parce que sa visée est essentiellement émancipatrice, la culture, enfin, pour moi, en tout cas, mais je pense pour beaucoup des personnes qui m'ont précédée…
MARC VOINCHET
MALRAUX n'était pas de gauche…
FLEUR PELLERIN
Pour beaucoup des personnes qui m'ont précédée, et je pense, honnêtement, que ce n'est pas quelque chose de très clivant. Je vous dirai après ce que je considère comme clivant, mais l'émancipation intellectuelle, ça veut dire que chacun, quelles que soient son origine sociale, son origine économique, doit avoir le droit d'accéder à ce bonheur que peut procurer la culture, mais doit avoir le droit aussi d'accéder à la compréhension d'une oeuvre ou de ce qui fait notre culture, c'est-à-dire de pouvoir acquérir les codes pour comprendre et décrypter des oeuvres. Et tout cela fait partie évidemment de la façon dont un individu se construit et s'inscrit dans la société. Donc moi, je crois que ça, c'est profondément de gauche, parce que ça veut dire que chacun, qu'il ait reçu la culture en héritage ou pas, doit pouvoir accéder, soit à ce bonheur, soit à cette… comment dire… cette capacité sociale, que donne aussi la compréhension du monde qui nous entoure, et de l'esthétique…
MARC VOINCHET
Mais est-ce que tout cela, parfois, Fleur PELLERIN, ne manque pas un peu de lyrisme, tenez, avez-vous le dernier ouvrage de Jack LANG sur votre table de chevet ?
FLEUR PELLERIN
Oui, je l'ai !
MARC VOINCHET
Ouvrons les yeux, écoutez ça : Plus que jamais, le beau doit être au centre de nos préoccupations, une société qui ne s'occupe que de ses besoins immédiats, écoutez bien, et de son taux de croissance, se meurt, écrit Jack LANG. Rétrécir son horizon sous prétexte que la crise est partout, que la compétition internationale nous mine et que nous n'avons pas le luxe de pouvoir penser à autre chose qu'à l'économie, et surtout pas à l'art et à la beauté, est une erreur que nous ne devons pas reproduire. Et de citer…
INTERVENANT
C'est la "gestionnite" !
MARC VOINCHET
Alors ? Non, mais alors ?
FLEUR PELLERIN
Non, mais écoutez, je pense qu'il ne faut pas opposer des préoccupations entre elles, le fait de dire : il faut se préoccuper du beau, et je crois qu'il a effectivement tout à fait raison lorsqu'il le formule de cette façon. Ça ne veut pas dire que pour autant, il ne faut pas s'occuper d'essayer de relancer la croissance, voyez, ou d'avoir des préoccupations pour abaisser le taux de chômage, etc. Donc ce n'est pas incompatible.
MARC VOINCHET
Il vous faudra peut-être apprendre à dire : bonjour, c'est Fleur, voyez. Brice COUTURIER, à 08h15.
BRICE COUTURIER
Oui, bonjour Madame la Ministre. Je voudrais vous interroger en deuxième partie de cette émission sur la solidité de notre exception culturelle face à la révolution numérique en prenant deux exemples concrets, celui de Netflix et celui d'Amazon, qui écrasent le prix des livres téléchargés. Qu'y pouvons-nous ?
MARC VOINCHET
Voilà, vaste programme, ce sera à 08h15. Et dans le journal, nous vous poserons aussi quelques questions au sujet d'Hadopi.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 22 octobre 2014