Déclaration de Mme Fleur Pellerin, ministre de la culture et de la communication, sur les métiers du journalisme et le secteur de la presse et de l'information, Lille le 10 octobre 2014.

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Circonstance : 90ème anniversaire de l'Ecole supérieure de journalisme de Lille le 10 octobre 2014

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Texte intégral


Je suis heureuse d'être parmi vous aujourd'hui à l'occasion de cette rentrée un peu particulière de l'École supérieure de journalisme de Lille.
Cette école, qui fête cette année son 90ème anniversaire, est la plus ancienne école de journalisme reconnue par la profession. Permettez-moi de vous féliciter pour cette longévité et cette excellence continue. Et laissez-moi vous dire, au-delà de cette célébration, ce qui motive ma présence parmi vous aujourd'hui.
La semaine dernière, j'ai rencontré, à l'occasion de la Conférence nationale des métiers du journalisme, les directeurs des principales écoles de journalisme, dont la vôtre évidemment. Et j'ai mesuré, en les écoutant, à quel point ces écoles jouaient un rôle crucial dans la préparation de l'avenir de l'information en France.
Vous allez me dire que, par définition, les jeunes préparent l'avenir. Mais ce qui nous intéresse ici va bien au-delà.
Car le secteur de la presse et de l'information traverse depuis une quinzaine d'années une transformation globale et profonde, celle du numérique. Avec le numérique, tout change : nouvelles attentes du public, nouveaux formats, nouveaux canaux, nouveaux marchés publicitaires, nouveaux métiers, nouveaux modes de monétisation, etc. Cette mutation est immense, et sans doute sans équivalent dans l'économie. Elle est facteur d'opportunité – j'y reviendrai – mais elle a aussi bouleversé tout un secteur.
La participation de la jeunesse à cette transformation est selon moi extrêmement précieuse. Vous, étudiants, futurs jeunes journalistes, êtes les mieux placés pour entendre les nouvelles aspirations, pour anticiper les nouveaux changements. Parce que vous êtes des « natifs du numérique », que vous portez en vous des valeurs d'ouverture, de partage, de participation, vous ferez naturellement « muter » l'ADN de l'information en France.
Mais dans cet univers toujours plus digitalisé, le journaliste ne doit pas seulement être un « +1 » dans la multitude. Le travail du journaliste et des rédactions, c'est un repère plus indispensable que jamais, un véritable label. C'est le fil d'Ariane dans un contexte de profusion parfois synonyme de confusion.
Journaliste, c'est un métier. Une rédaction, c'est un collectif de professionnels. Je le dis en toute sympathie pour les contributions remarquables qu'apportent tous les jours nos concitoyens en s'exprimant sur les blogs et les forums. C'est l'alliance de tous qui fait la richesse du débat démocratique.
Vous comprenez donc pourquoi, en tant que ministre de la culture et de la communication, je suis extrêmement attachée à la qualité de la formation des journalistes, et en particulier à la démarche d'excellence qui anime cette école.
Au sein de ce ministère, je vais me donner trois priorités qui vont traverser l'ensemble de mon activité, c'est-à-dire non seulement en tant que ministre de la Culture, mais aussi en tant que ministre de la Communication et donc concernant le secteur de la presse et de l'information.
Ma première priorité sera de repenser l'accès à la culture pour les nouvelles générations en mettant l'accent sur leurs codes, leurs désirs d'expressions.
S'agissant de la presse, nous le savons, les jeunes générations n'ont pas les mêmes habitudes de lecture que leurs aînés. Ce n'est pas pour autant qu'ils ne recherchent pas l'information. Mais le réflexe de gratuité, le recours aux réseaux sociaux et aux moteurs de recherche ont changé la donne.
La réponse, comme je vous l'indiquais, passera d'abord par une nouvelle génération de journalistes, qui sauront réconcilier le « producteur » et le « consommateur » d'information.
Nous avons aussi depuis peu un centre de réflexion, qui devrait devenir un lieu de débat sur ces enjeux, je veux parler du Club des innovateurs. Mis en place mi 2014, il s'est déjà réuni deux fois, et promet d'impulser une belle dynamique.
Ma deuxième priorité sera de conforter l'excellence créative française et d'en faire un instrument de rayonnement international pour notre pays.
Notre pays est passé maître dans l'art pervers de l'auto-flagellation. Or dénigrer la France, ce n'est pas seulement commettre une erreur de jugement, c'est aussi et surtout nous tirer une balle dans le pied, en sapant la confiance des Français, qui est pourtant indispensable à la reprise économique de notre pays. Ce mal qui nous gangrène est d'autant plus incompréhensible que notre pays à tous les atouts pour réussir en ce début de 21ème siècle !
Pour lutter contre ce fléau, j'entends montrer et valoriser tout ce qui marche, tout ce qui réussit dans notre pays. Je veux redonner un esprit de conquête, recréer de la fierté pour sortir de la dépression ambiante.
Je veux rappeler que nous disposons en France de titres fortement identifiés et diffusés à l'international, l'exemple évident étant le magazine Elle, titre phare de la presse magazine féminine, déclinée dans plus de 60 pays.
Et nous avons d'autres pépites, il faut le dire ! Je pense par exemple à Mediapart, qui est, dans le monde, un des rares modèles réussi de service de presse tout-en-ligne payant. Je pense aussi à l'Agence France Presse, qui doit être le fer de lance de « l'information à la française », avec ce haut niveau de professionnalisme et cette réactivité salués dans de nombreux pays. L'une des trois agences de presse mondiales est française : qu'on se le dise !
Et nous pouvons aller plus loin. C'est pourquoi, j'ai missionné l'Inspection générale des affaires culturelles pour qu'elle examine la politique actuelle de soutien au rayonnement de la presse française à l'étranger, et qu'elle propose des pistes d'amélioration de son efficacité.
Enfin, ma troisième priorité en tant que ministre de la culture et de la communication, consistera à soutenir le renouveau créatif et les nouveaux créateurs.
Dans ce domaine, ce sont les nouvelles générations de journalistes formés dans les écoles comme la vôtre qui porteront les projets éditoriaux innovants de la presse de demain. Au même titre que les écoles que le ministère de la culture a sous sa tutelle (les écoles d'architecture ou les écoles d'art par exemple), les écoles de journalisme, avec leurs caractéristiques propres, forment des professionnels qui, pour certains, apporteront un regard neuf et de nouvelles compétences dans les entreprises de médias et, pour d'autres, développeront sans doute des projets d'entreprise d'un genre nouveau, selon des modèles que nous ne connaissons pas encore.
Contrairement à une idée reçue, la presse se renouvelle beaucoup ! Il y a aujourd'hui en France plus de 700 sites de presse en ligne, reconnus par la commission paritaire. Parmi eux, plus de 200 contribuent plus particulièrement à l'information générale et politique de nos concitoyens. Plus de 70 titres de presse tout-en-ligne s'inscrivent chaque année.
Mon devoir, au sein du Gouvernement, c'est de créer les conditions favorables à l'émergence de ces projets innovants et à ce dynamisme entrepreneurial !
Nous disposons d'un outil, le Fonds d'aide à la restructuration des entreprises de presse (FAREP). Et bien nous venons de l'étendre à la création de sites de presse tout-en-ligne d'information politique et générale. Grâce à une avance remboursable, le créateur du site pourra financer ses dépenses de lancement.
Nous aurons aussi l'occasion de reparler d'un nouveau statut d'entreprise citoyenne d'information, sur le modèle des entreprises de l'économie sociale et solidaire, qui va être prochainement examiné au Parlement. Il s'agit d'un modèle qui permettra de témoigner d'un engagement fort dans un projet éditorial, en réservant une part importante des bénéfices au maintien et au développement de l'activité de l'entreprise.
Ces nouveaux acteurs, ces nouvelles dynamiques, sont plus cruciales que jamais alors que le secteur de la presse et de l'information traverse une phase de consolidation des acteurs en place. Selon moi, la diversité, ce n'est pas le statu quo. Elle passe au contraire par une sorte de mouvement perpétuel. Le renouveau, l'ébullition sont la clé du pluralisme des médias et de l'information dans notre pays.
Pour conclure mon propos, c'est à vous, futurs journalistes, que je voudrais m'adresser. Comme disait Camus, au terme de votre formation, vous exercerez le plus beau métier du monde. Votre responsabilité est grande. C'est celle de permettre l'émergence de la presse et de l'information de demain, en s'adaptant aux évolutions des lecteurs sans rien renier de ce qui fait l'identité d'une profession essentielle à la démocratie.
Il faudra décrypter, approfondir, prendre la juste distance, ne pas s'en laisser compter. Il faudra beaucoup travailler. La tâche est exaltante. Elle en vaut la peine.
Je vous souhaite à tous une très belle rentrée et une très belle année !
Source http://www.nord.gouv.fr, le 24 octobre 2014