Texte intégral
Q - Cela vous fait plaisir d'avoir vu John Kerry ? Vous a-t-il manqué dimanche dernier ?
R - Je sais que John Kerry est extrêmement proche de la France, il parle très bien le français, il avait fait des déclarations extrêmement fortes depuis les États-Unis et en français qui avaient touché tout le monde. Malheureusement, et il s'en est excusé, il était en Inde pour préparer le voyage du président Obama mais on sait que les États-Unis étaient et sont à nos côtés. Pourtant, il a voulu venir spécialement aujourd'hui pour redire - parce qu'en plus il y avait une petite polémique là-bas - ce qui est l'évidence, c'est que les Américains sont à nos côtés dans la lutte contre le terrorisme. Je pense que c'était bien qu'il soit là, oui c'était bien.
Il connaît très bien Paris et les Français, tout cela l'a touché et au même moment, lorsqu'il était en Inde, il a vu les manifestations par millions et il m'a dit : «Cela m'a fait mal de ne pas pouvoir être là.»
Que veulent les terroristes ? Ils veulent nous impressionner et ils veulent que l'on se divise. Mais il faut faire exactement l'inverse. Nous sommes là, John Kerry et moi, nous ne sommes pas impressionnés et nous sommes unis.
Q - Cet événement changera-t-il notre pays comme cela a changé les États-Unis après le 11 septembre ? Cela peut-il avoir le même impact ?
R - C'est très difficile à dire. Je pense que beaucoup de gens ont pris conscience du fait que le terrorisme, ce n'était pas quelque chose d'abstrait, que cela tuait et que cela pouvait tuer chez nous ; c'est un grand changement. Ce n'est pas en se calfeutrant que l'on peut parvenir à se protéger car les terroristes viennent nous chercher aussi. Cela a changé des choses, certainement. Beaucoup de gens réfléchissent aussi à la laïcité, à la façon de respecter les religions et en même temps de combattre toutes les dérives.
Q - Avez-vous évoqué une coopération anti-terroriste avec les Américains ?
R - Oui, la coopération est très bonne mais il va y avoir bientôt une réunion aux États-Unis où nous allons avoir l'occasion, avec beaucoup d'autres, d'approfondir la coopération ; pas seulement entre la France et les États-Unis - elle est bonne - mais avec d'autres pays. Il y a des mesures techniques à prendre et à renforcer, tout ce qui concerne le contrôle des identités, les passagers etc., il y a un travail à faire en Europe, ce que l'on appelle le PNR, il y a un travail à faire dans les prisons, dans la société, il y a un travail à faire au niveau international et un travail technologique aussi par rapport à Internet.
Nous avons bien sûr parlé de tout cela et je l'ai reçu auparavant car nous avions à nous entretenir de nombreux sujets. Je vois mon homologue iranien cet après-midi, nous avions aussi à parler de cela.
Q - Faut-il faire la guerre ailleurs ? Faut-il faire la guerre en Libye, en Syrie où il y a des terroristes ? Nous menacent-ils aujourd'hui ?
R - Tout le monde sait que le terrorisme est une réalité internationale et donc ce n'est pas en se calfeutrant, en disant «je ne veux pas voir la réalité internationale» que l'on va en venir à bout. Il faut donc qu'il y ait un combat international contre le terrorisme mais ce n'est pas la France qui peut le mener toute seule. Nous faisons déjà beaucoup. Quand nous sommes intervenus au Mali, c'est pour lutter contre le terrorisme, quand nous intervenons de manière aérienne en Irak, c'est parce que le mouvement Daech est un mouvement terroriste, parce que c'est le coeur du terrorisme.
Q - Les filières sont en Syrie, le danger est en Libye. John Kerry vous en a-t-il parlé ?
R - Bien sûr qu'il le sait comme nous le savons. Vous avez vu qu'en Libye, nous avons installé une base au sud de ce pays pour surveiller ce qui se passe. En Syrie, il y a toute une série d'actions qui sont menées mais cette action doit être internationale et, je le répète, la France est présente, elle fait sa part, tout le monde reconnaît qu'elle fait même plus que sa part. Il faut que tout le monde agisse, la France, l'Europe, les autres pays, mais nous ne pouvons pas à nous seuls régler tous les problèmes du monde. On peut dire que c'est malheureux mais c'est la vérité et nous en sommes bien d'accord avec les États-Unis et avec tous les gens raisonnables.
Il y a aussi - ce n'est pas facile mais il faut appeler un chat un chat - le fait que ce sont des mouvements djihado-terroristes. J'ai vu qu'il y a une discussion, parfois même une querelle, elle ne doit pas avoir lieu. Ces gens-là utilisent l'islam pour détourner la religion. On peut les appeler djihado-terroristes, islamo-terroristes, islamistes radicaux, on peut choisir le mot que l'on veut mais il faut bien voir qu'il faut aussi que les autorités religieuses disent - elles le disent et c'est très bien - que l'on ne peut pas tuer au nom de Dieu.
Q - Concrètement, qu'attendez-vous des Américains dans la lutte anti-terroriste ?
R - D'abord des échanges et des renseignements. Nous donnons des renseignements non seulement aux Américains mais aussi aux autres pays et les Américains coopèrent avec nous.
Regardez ce qui vient de se passer en Belgique, les Belges diront ce qu'ils auront à dire sur les enquêtes, mais c'est aussi le produit d'une coopération. Par rapport à un risque et à une réalité internationale du terrorisme, il faut que l'action et la réponse soient également internationales. Il faut notamment une coopération technique et technologique que nous avons en particulier avec les Américains.
Q - Avons-nous été mis en garde avant ces attentats ? Les Américains disent qu'ils nous avaient envoyé des signes.
R - Je ne vais pas à entrer dans cela, bien sûr Mme Taubira et M. Cazeneuve vous diront où ils en sont de nos investigations. De toutes les manières, il est évident que lorsqu'il y a un drame et des attaques comme celles que nous avons subies, il faut réexaminer l'ensemble de nos procédures, c'est ce que fait le gouvernement.
Q - A la lumière de ce qui s'est produit en Belgique aujourd'hui, y a-t-il de nouvelles menaces qui pèsent sur la France ?
R - Nous vérifions tout. Quand il y a une situation comme celle-ci, on ne peut laisser de côté aucune piste et nos services sont absolument mobilisés. En même temps, je le dis aussi, si nous devons faire tout ce qui est nécessaire pour lutter contre le terrorisme, il faut également continuer à vivre. Les terroristes voudraient que nous changions complètement de mode de vie, que nous soyons apeurés, il faut continuer à vivre et il faut être unis, y compris les responsables politiques. Ce que l'on a vu ces derniers jours était, de la part du peuple français et des responsables politiques la réaction qu'il fallait avoir.
Quant aux menaces, nous prenons tout au sérieux.
Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 19 janvier 2015
R - Je sais que John Kerry est extrêmement proche de la France, il parle très bien le français, il avait fait des déclarations extrêmement fortes depuis les États-Unis et en français qui avaient touché tout le monde. Malheureusement, et il s'en est excusé, il était en Inde pour préparer le voyage du président Obama mais on sait que les États-Unis étaient et sont à nos côtés. Pourtant, il a voulu venir spécialement aujourd'hui pour redire - parce qu'en plus il y avait une petite polémique là-bas - ce qui est l'évidence, c'est que les Américains sont à nos côtés dans la lutte contre le terrorisme. Je pense que c'était bien qu'il soit là, oui c'était bien.
Il connaît très bien Paris et les Français, tout cela l'a touché et au même moment, lorsqu'il était en Inde, il a vu les manifestations par millions et il m'a dit : «Cela m'a fait mal de ne pas pouvoir être là.»
Que veulent les terroristes ? Ils veulent nous impressionner et ils veulent que l'on se divise. Mais il faut faire exactement l'inverse. Nous sommes là, John Kerry et moi, nous ne sommes pas impressionnés et nous sommes unis.
Q - Cet événement changera-t-il notre pays comme cela a changé les États-Unis après le 11 septembre ? Cela peut-il avoir le même impact ?
R - C'est très difficile à dire. Je pense que beaucoup de gens ont pris conscience du fait que le terrorisme, ce n'était pas quelque chose d'abstrait, que cela tuait et que cela pouvait tuer chez nous ; c'est un grand changement. Ce n'est pas en se calfeutrant que l'on peut parvenir à se protéger car les terroristes viennent nous chercher aussi. Cela a changé des choses, certainement. Beaucoup de gens réfléchissent aussi à la laïcité, à la façon de respecter les religions et en même temps de combattre toutes les dérives.
Q - Avez-vous évoqué une coopération anti-terroriste avec les Américains ?
R - Oui, la coopération est très bonne mais il va y avoir bientôt une réunion aux États-Unis où nous allons avoir l'occasion, avec beaucoup d'autres, d'approfondir la coopération ; pas seulement entre la France et les États-Unis - elle est bonne - mais avec d'autres pays. Il y a des mesures techniques à prendre et à renforcer, tout ce qui concerne le contrôle des identités, les passagers etc., il y a un travail à faire en Europe, ce que l'on appelle le PNR, il y a un travail à faire dans les prisons, dans la société, il y a un travail à faire au niveau international et un travail technologique aussi par rapport à Internet.
Nous avons bien sûr parlé de tout cela et je l'ai reçu auparavant car nous avions à nous entretenir de nombreux sujets. Je vois mon homologue iranien cet après-midi, nous avions aussi à parler de cela.
Q - Faut-il faire la guerre ailleurs ? Faut-il faire la guerre en Libye, en Syrie où il y a des terroristes ? Nous menacent-ils aujourd'hui ?
R - Tout le monde sait que le terrorisme est une réalité internationale et donc ce n'est pas en se calfeutrant, en disant «je ne veux pas voir la réalité internationale» que l'on va en venir à bout. Il faut donc qu'il y ait un combat international contre le terrorisme mais ce n'est pas la France qui peut le mener toute seule. Nous faisons déjà beaucoup. Quand nous sommes intervenus au Mali, c'est pour lutter contre le terrorisme, quand nous intervenons de manière aérienne en Irak, c'est parce que le mouvement Daech est un mouvement terroriste, parce que c'est le coeur du terrorisme.
Q - Les filières sont en Syrie, le danger est en Libye. John Kerry vous en a-t-il parlé ?
R - Bien sûr qu'il le sait comme nous le savons. Vous avez vu qu'en Libye, nous avons installé une base au sud de ce pays pour surveiller ce qui se passe. En Syrie, il y a toute une série d'actions qui sont menées mais cette action doit être internationale et, je le répète, la France est présente, elle fait sa part, tout le monde reconnaît qu'elle fait même plus que sa part. Il faut que tout le monde agisse, la France, l'Europe, les autres pays, mais nous ne pouvons pas à nous seuls régler tous les problèmes du monde. On peut dire que c'est malheureux mais c'est la vérité et nous en sommes bien d'accord avec les États-Unis et avec tous les gens raisonnables.
Il y a aussi - ce n'est pas facile mais il faut appeler un chat un chat - le fait que ce sont des mouvements djihado-terroristes. J'ai vu qu'il y a une discussion, parfois même une querelle, elle ne doit pas avoir lieu. Ces gens-là utilisent l'islam pour détourner la religion. On peut les appeler djihado-terroristes, islamo-terroristes, islamistes radicaux, on peut choisir le mot que l'on veut mais il faut bien voir qu'il faut aussi que les autorités religieuses disent - elles le disent et c'est très bien - que l'on ne peut pas tuer au nom de Dieu.
Q - Concrètement, qu'attendez-vous des Américains dans la lutte anti-terroriste ?
R - D'abord des échanges et des renseignements. Nous donnons des renseignements non seulement aux Américains mais aussi aux autres pays et les Américains coopèrent avec nous.
Regardez ce qui vient de se passer en Belgique, les Belges diront ce qu'ils auront à dire sur les enquêtes, mais c'est aussi le produit d'une coopération. Par rapport à un risque et à une réalité internationale du terrorisme, il faut que l'action et la réponse soient également internationales. Il faut notamment une coopération technique et technologique que nous avons en particulier avec les Américains.
Q - Avons-nous été mis en garde avant ces attentats ? Les Américains disent qu'ils nous avaient envoyé des signes.
R - Je ne vais pas à entrer dans cela, bien sûr Mme Taubira et M. Cazeneuve vous diront où ils en sont de nos investigations. De toutes les manières, il est évident que lorsqu'il y a un drame et des attaques comme celles que nous avons subies, il faut réexaminer l'ensemble de nos procédures, c'est ce que fait le gouvernement.
Q - A la lumière de ce qui s'est produit en Belgique aujourd'hui, y a-t-il de nouvelles menaces qui pèsent sur la France ?
R - Nous vérifions tout. Quand il y a une situation comme celle-ci, on ne peut laisser de côté aucune piste et nos services sont absolument mobilisés. En même temps, je le dis aussi, si nous devons faire tout ce qui est nécessaire pour lutter contre le terrorisme, il faut également continuer à vivre. Les terroristes voudraient que nous changions complètement de mode de vie, que nous soyons apeurés, il faut continuer à vivre et il faut être unis, y compris les responsables politiques. Ce que l'on a vu ces derniers jours était, de la part du peuple français et des responsables politiques la réaction qu'il fallait avoir.
Quant aux menaces, nous prenons tout au sérieux.
Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 19 janvier 2015