Texte intégral
Bonjour à tous,
Je suis ici pour quelques heures seulement. Je viens de voir longuement le président Déby. Ensuite, je me rendrai avec le général auprès de nos forces et puis je repartirai pour le Cameroun où je rencontrerai le président Biya ce soir et demain je serai au Niger.
Je souhaitais faire cette petite tournée parce que ce qui se passe dans la région est évidemment très préoccupant, avec en particulier les exactions de Boko Haram, ceux que j'appelle des faux religieux et des vrais criminels. Je voulais amicalement m'adresser à vous comme je le fais dans chacun de mes déplacements et vous remercier d'être ce que vous êtes, la communauté française. C'est vrai que la situation actuelle n'est pas facile, liée d'ailleurs non pas à ce qui se passe ici mais à ce qui se passe autour. Mais, il se trouve évidemment que le Tchad d'une manière extrêmement courageuse - et j'ai félicité et salué le courage du président Déby qui est un élément de stabilité - a décidé de prendre ses responsabilités.
Mais vous, dans votre vie quotidienne, que ce soit sur l'aspect économique pour celles et ceux d'entre vous qui sont liés à l'économie, que ce soit dans votre vie quotidienne, les choses ne sont pas faciles. Parce qu'il y a des mesures de sécurité à prendre, parce qu'évidemment pour un pays comme celui-ci, lorsque d'un côté les prix du pétrole baissent et que de l'autre côté les dépenses augmentent, en particulier à cause de préoccupations militaires, les équilibres s'en trouvent bouleversés. Alors pour la population, et donc pour vous-même aussi, il y a toute une série de conséquences.
Mais - et c'est le premier point que je voulais souligner que j'ai dit publiquement à la presse qui m'interrogeait - ma visite, porteuse d'un message d'amitié et de soutien du président français, est d'abord une visite de solidarité et de soutien au peuple tchadien et aux autorités tchadiennes. Nous sommes des amis depuis extrêmement longtemps, nous sommes proches dans nos analyses - je l'ai constaté en parlant avec le président Déby. Sur ce qui se passe au Nigeria, en Libye, en Centrafrique, au Niger, au Darfour, nos analyses sont extrêmement voisines, le plus souvent d'ailleurs identiques. Et cette amitié il faut bien l'honorer surtout dans des moments difficiles.
C'est vrai que la situation actuelle, compte tenu de ce qui se passe au Nigeria, est difficile pour toute la sous-région. Je disais que les autorités tchadiennes ont pris une décision courageuse parce qu'on est dans une situation très paradoxale. Boko Haram : les choses devraient être réglées par le Nigeria. Mais voilà, le Nord du Nigeria est assez loin du Sud ; et, en revanche, le Nord du Nigeria est proche du Cameroun, du Tchad, et du Niger. Et donc ce sont les pays voisins qui, en lien avec le Nigeria, ont pu intervenir et bien évidemment cela a eu toute une série de conséquences. Il n'empêche que la vie continue. Alors la France, dès le début, a été au soutien des différents pays qui se sont mobilisés contre Boko Haram. Vous vous rappelez peut-être que c'est au mois de mai de l'année dernière qu'une réunion à Paris a lancé la coordination. Et je rends hommage à nos militaires ; nous apportons tout ce que nous pouvons à nos amis tchadiens en particulier les renseignements et d'autres aspects qui sont utiles. Et je l'ai dit et confirmé au président tchadien : nous ne nous substituons pas aux Africains. La démarche qui est celle du gouvernement de la République c'est de dire qu'il doit y avoir des initiatives africaines. Et puis, la France et la communauté internationale - que ce soit l'Europe ou les Nations unies - doivent soutenir ces initiatives africaines. Ce n'est pas toujours facile, la France - certains le lui reprochent ; moi je ne lui reproche pas au contraire - elle fait plus que sa part quand on regarde l'ensemble des pays. Mais c'est notre tradition, ce sont nos valeurs, c'est notre message, notre ADN.
Mais, il faudrait aussi que d'autres qui parfois sont des pays plus grands que nous, se mobilisent. C'est tout le travail que nous essayons de faire sur le plan diplomatique bien sûr. Sur le plan économique, se tiendront bientôt des réunions très importantes au FMI et à la Banque mondiale. La France - je l'ai confirmé au président Déby - défendra les dossiers du Tchad auprès de ces institutions internationales parce qu'on ne peut pas demander au Tchad de lutter contre le terrorisme - ce qu'il fait très courageusement - et de maintenir une situation économique qui est très compliquée.
Au-delà, la vie continue grâce à vous. Il y a les préoccupations scolaires. J'ai rencontré les responsables des établissements scolaires. Je sais qu'il y a eu des problèmes par le passé. Mais maintenant ils sont derrière nous et il faut que nos enfants puissent apprendre et travailler dans de bonnes conditions.
Il y a les entreprises, j'imagine, je sais, qu'il y a quelques difficultés. Quand je dis difficultés, ce sont parfois des difficultés certaines, parce que pour ce qui est des circuits, pour ce qui est de récupérer les sommes qu'on vous doit à temps... Vous connaissez les choses mieux que moi. Mais si vous êtes dans ce pays c'est que vous y êtes attachés et la présence française est très importante.
Les ONG sont là et je les salue également car elles font un travail magnifique. On ne le souligne jamais assez. Un travail qui illustre à la fois la présence française et la présence internationale.
Il y a nos amis militaires qui, ici comme ailleurs, sont vraiment exemplaires et je pense que dans le crédit qu'on accorde à la France à travers le monde, la diplomatie y est pour quelque chose mais le fait qu'elle soit appuyée par les militaires de très grande valeur est un élément absolument décisif.
J'ai eu l'occasion d'échanger avec le président du Tchad et de passer en revue l'ensemble de nos relations, de prendre note de ce qui pouvait être fait en plus. Et, au fond, la France, je le répète, amie traditionnelle du Tchad, amie proche, veut être aussi son intercesseur auprès à la fois de l'Europe et de la communauté internationale. D'ailleurs, nous siégeons ensemble actuellement au Conseil de sécurité et l'action que mène le Tchad est toujours à la fois pertinente, intelligente et exemplaire.
En tout cas, je veux vous remercier de ce que vous faites et de ce que vous êtes parce que - et ne prenez pas cela du mauvais côté, Madame l'Ambassadeur - mais même s'il y a un seul ambassadeur en titre, vous êtes tous des ambassadeurs et dans la façon dont vous agissez, c'est à travers vous la France qui est identifiée, reconnue, appréciée et aimée.
Donc merci beaucoup de ce que vous êtes et de ce que vous faites.
Et sachez que même si nous sommes assez loin par la distance, nous sommes extrêmement proches de vous par les préoccupations.
Vive la République et vive la France !
Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 25 février 2015