Interview de M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à Europe 1 le 20 février 2015, sur le recours à l'article 49-3 de la Constitution pour le projet de loi Macron, les relations entre la droite et le Front national et la nécessité de lutter contre l'influence du fondamentalisme islamiste.

Texte intégral

THOMAS SOTTO
L'interview politique d'Europe 1. Jean-Pierre ELKABBACH vous recevez ce matin, Jean-Marie LE GUEN, le secrétaire d'Etat aux Relations avec le Parlement. Messieurs, c'est à vous.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bienvenu Jean-Marie LE GUEN, bonjour.
JEAN-MARIE LE GUEN
Bonjour Jean-Pierre ELKABBACH !
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Aujourd'hui, entre la Grèce et l'Europe, je vais peut être un peu vous surprendre, c'est la journée de vérité et de crise, on vient d'entendre ce que dit Alexis TSIPRAS à Athènes, il ne veut pas entendre parler du contrôle de son budget par l'Europe, et il maintient sa demande d'argent. Est-ce qu'il faut lui céder ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Lui céder, non, parce que ce n'est pas comme ça que fonctionne l'Europe, mais entendre ce qu'a dit le peuple grec, ce que dit le gouvernement grec, et en même temps le gouvernement grec doit complètement s'intégrer dans la logique européenne ?
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce qu'il faut tout passer à l'équipe TSIPRAS, qui a le soutien des deux extrêmes, droite et gauche ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Certainement pas tout passer, mais évidemment comprendre que de toute façon, si on veut que la Grèce puisse rembourser, il lui faut un minimum d'activité économique et donc on ne peut pas rester, on ne peut pas maintenir la Grèce dans l'austérité, ce qui est vrai d'ailleurs pour la Grèce, elle est vraie pour beaucoup de pays à l'intérieur de l'Europe, il faut qu'il y ait une politique plus expansive, plus compréhensive.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Aujourd'hui, déjeuner HOLLANDE / MERKEL, la France espère un compromis, l'Allemagne veut le respect intégral des promesses. Qu'est-ce que vous conseillez à vos amis TSIPRAS et VAROUFAKIS ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Qu'ils comprennent qu'ils sont en Europe et qu'ils veulent y rester. Ils ont manifesté un engagement très puissant, pour rester à la fois en Europe et dans la zone euro.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc il faut qu'ils donnent des signes.
JEAN-MARIE LE GUEN
Donc il faut qu'ils comprennent que l'on ne peut pas simplement parler au peuple grec, ils s'adressent à l'ensemble du peuple européen. Nous comprenons qu'ils ont des demandes, qu'ils ont beaucoup souffert, nous comprenons aussi que la bonne économie pour la Grèce, c'est de trouver les compromis donc il faut qu'ils acceptent ces compromis. Je trouve que les déclarations qui ont été celles des dirigeants grecs, notamment hier, je n'ai pas pris connaissance dans le détail de celles d'aujourd'hui, mais celles d'hier, allaient plutôt dans le bon sens, donc il faut qu'on soit capable de les écouter.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, eux qui trouvent des compromis, des compromis que vous n'avez pas trouvé avec vos amis frondeurs. Alors la loi Macron, elle a donc été adoptée en première lecture, elle a échappé à la censure à 55 voix près. Le Sénat qui est en majorité à droite, va recevoir le texte, il va probablement l'amender. Est-ce que vous allez rabougrir le texte pour le faire passer un peu mieux ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Pas du tout, je ne crois pas. Nous avons l'intention de réformer ce pays, c'est l'axe sur lequel Manuel VALLS s'est exprimé, c'est la demande très particulière et très précise de François HOLLANDE, donc nous voulons libérer l'économie, nous voulons avancer, nous voulons réformer.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qu'est-ce que ça veut dire ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Eh bien ça veut dire qu'il y a un certain nombre de mesures qui doivent être prises…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Au Sénat.
JEAN-MARIE LE GUEN
Au Sénat, le Sénat, d'abord en tant qu'institution d'une part et parce que l'opposition y est majoritaire, il serait intéressant de connaitre, est ce que le Sénat va être sur une attitude de blocage ou est-ce qu'il va essayer de faire des propositions ? Ce débat, nous ne l'avons pas eu jusqu'à présent avec l'UMP qui s'est refusé absolument, qui a préféré le blocage, l'obstruction, à l'avancée. Nous verrons au Sénat s'il est possible d'avancer, nous sommes à l'écoute, c'est normal, c'est la démocratie…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire s'il y a des amendements, ne parlons pas la langue de bronze…
JEAN-MARIE LE GUEN
S'il y a des amendements intéressants…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
S'il y a des amendements, vous les acceptez ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Bien sûr, ils peuvent être acceptés.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Même si ça va sans plus de libéralisme ?
JEAN-MARIE LE GUEN
S'il y a des nécessités parce que d'une façon pragmatique ça permet de donner plus d'activité économique, c'est le sens de ce que nous voulons, et on ne s'interdira pas non plus d'aller, comme le fait la loi Macron, vers un certain nombre de consolidation de droits sociaux.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Jean-Marie LE GUEN, elle reviendra cette loi, en avril, à l'Assemblée nationale, après votre défaite prévisible des élections cantonales et départementales…
JEAN-MARIE LE GUEN
Je ne peux pas y souscrire, mais c'est…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord, mais est-ce que vous referez à ce moment là le coup du 49.3 ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Constitutionnellement vous savez, que contrairement à ce que j'ai entendu…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous avez le droit.
JEAN-MARIE LE GUEN
… par certains experts, y compris de l'opposition, qui ne comprennent pas grand chose, le 49.3 est désormais attaché à la loi, donc on peut effectivement… nous verrons si c'est nécessaire mais en tout cas nous n‘avons pas l'intention de perdre de temps. Ce que nous voulons c'est que ça rentre vite en application, que l'on puisse…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire, vite ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Vite, c'est-à-dire avant le début de l'été, avant le début de l'été, il peut y avoir la mise en application et des décrets qui vont être bientôt préparés et qui seront publiés, dès que la loi sera publiée, les décrets iront aussi dans ce sens.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Dites-moi, les matamores du Parti socialiste, là, ils ont perdu. S'ils avaient gagné, est-ce qu'il y aurait eu un nouveau gouvernement ou une dissolution ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez, vous savez, il n'y a pas de réponse institutionnelle, il n'y a qu'une réponse politique. Ce qui est vrai, c'est que c'eu été une crise politique supplémentaire, notre pays, à la fois au plan économique mais aussi au plan de la négociation européenne, on parlait de la Grèce, est-ce que l'Europe n'a pas aujourd'hui besoin d'un gouvernement… Alors il y avait une crise politique et on ne sait pas où ça se termine. Ça peut effectivement aller vers des sanctions allant jusqu'à la conclusion peut être, l'affaiblissement du gouvernement de la France, et donc en aucune façon, c'est ce qu'a voulu Manuel VALLS, il a, avec autorité, avec le soutien du président de la République, nous avons décidé d'avancer dans la réforme.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça on a compris. Et si les frondeurs fossoyeurs de votre parti continuent, il y aura l'article 49.3, on est dans cette mouvance. Mais face au comportement aussi pitoyable et ridicule de vos amis frondeurs ou dits frondeurs, pour les prochaines élections, est-ce qu'ils auront droit, comme le disent les loyalistes, à une fessée électorale, à des sanctions, vous allez les récompenser ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Je pense que très sincèrement l'électorat socialiste ne se reconnait pas dans ces attitudes, ni en termes, j'allais dire, de solidarité, ni en termes de contenus. Il y a une véritable erreur de gens qui s'adressent plutôt, on l'a bien vu, à des enjeux internes au Parti socialiste et non pas à l'intérêt général…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
La question c'est pas ça, on l'a entendu, est-ce qu'ils seront sanctionnés ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Mais je pense que les militants du Parti socialiste veulent être représentés par des gens qui jouent le jeu de la solidarité et de la réforme.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce qu'ils vont être sanctionnés ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Je pense que déjà ils sont en train de se sanctionner eux-mêmes, de nous sanctionner d'un certain point de vue, et il faudra qu'il y ait des règles. Il y a des règles dans un parti politique, sinon il n'y a plus de parti politique.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors, Martine AUBRY a regretté qu'on n'ait pas continué à discuter. Elle dit : « On ne fragilise pas un pays qui va déjà si mal », et elle ajoute, « Mes proches se seraient abstenus ». Qu'est-ce que vous pensez de la position de la « commandantore » Martine AUBRY ?
JEAN-MARIE LE GUEN
D'abord qu'elle a très mal vu le débat, parce que beaucoup de ses proches, comme elle dit, étaient des rapporteurs du texte, et ont apprécié et ont travaillé beaucoup. Deuxièmement, elle oublie qu'elle a été elle même en responsabilités au Parti socialiste, et qu'à l'époque elle savait, j'allais dire manier la discipline d'une façon assez forte. Peut être parce qu'elle pensait à l'époque que c'était nécessaire. Donc je pense qu'il faut se rassembler et je pense que toutes les paroles qui viennent en rajouter, qui risquent d'affaiblir le gouvernement ne vont pas dans le bon sens, surtout à la veille des élections régionales. Je rappelle que dans le Nord Pas de Calais Picardie, c'est la future région, il y aura une candidature très dangereuse du Front national. Moi j'invite tous nos amis du Nord-Pas-de-Calais Picardie à se rassembler…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
A voter Xavier BERTRAND…
JEAN-MARIE LE GUEN
Non, à se rassembler, parce que ça sera très difficile pour la gauche, elle a un combat majeur et je pense qu'il ne faut pas qu'elle se disperse et qu'elle se concentre sur cette question.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
A propos, hier, je ne sais pas si vous avez entendu dans la matinale d'Europe 1 avec Nicolas SARKOZY, Thomas et moi, il n'a jamais été aussi clair contre le Front national, il dit : aucune alliance, aucun rapprochement et exclusion immédiate des dissidents. Est-ce qu'il ne vous enlève pas l'argument de la complaisance et de la complicité ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez, la droite républicaine sera obligée d'adopter une clarification beaucoup plus grande, d'ailleurs soyons honnête, Nicolas SARKOZY avait commencé à le faire à ce fameux bureau national, il a été mis en minorité quand il voulait se dégager du fameux « ni-ni », ni les socialistes, ni le Front national en matière de…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est ce qu'il a fait hier.
JEAN-MARIE LE GUEN
Alors il commence à se dégager, mais il faut qu'il aille jusqu'au bout, parce qu'on ne peut pas rester dans le clair obscure, il y a un moment où il faudra bien dire les choses. La situation est suffisamment grave dans notre pays, il y a une poussée de l'extrême droite telle que, j'allais dire, pour la République bien sûr mais pour le sauvetage même de l'UMP s'ils ne mettent pas des barrières, et pas simplement des barrières de nature politicienne, mais de nature de discours, de nature d'alliance électorale, donc j'attends que la droite clarifie cette question…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est un pas vers la clarté.
JEAN-MARIE LE GUEN
Voilà c'est un pas, mais ça ne suffit pas me semble t-il.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Lors de sa conférence de presse François HOLLANDE avait proposé de discuter avec l'opposition sur quelques grands chantiers, la laïcité, le terrorisme, le renseignement, la question musulmane, la place de l'islam dans la République. Nicolas SARKOZY a dit hier ici qu'il était prêt.
JEAN-MARIE LE GUEN
Nous avions il y a trois jours une réunion avec les principaux responsables des assemblées y compris du Sénat et donc les présidents de groupe de l'opposition sur le texte renseignement, il y a eu un texte. Deuxièmement François HOLLANDE a demandé aux deux présidents d'assemblée, singulièrement au président du Sénat en l'occurrence Gérard LARCHER de faire des propositions sur l'engagement citoyen, et monsieur Nicolas SARKOZY a écrit en son temps également au ministre de l'Intérieur, Bernard CAZENEUVE sur les mesures précises qu'il fallait prendre en matière de lutte terroriste, donc il y a un dialogue qui s'engage, toutes les formes sont possibles.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Selon, Jean-Marie LE GUEN, le ministère de l'Intérieur, il y a 89 lieux de culte qui sont entre les mains des salafistes, soit deux fois plus de fondamentalistes en quatre ans, les mosquées prêcheraient aujourd'hui un islam de rupture, un islam radical, la laïcité est grignotée, est-ce que c'est inéluctable ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Non, je ne le crois pas. Je pense que le Premier ministre a posé la question de l'islam de France.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Quand il dit Manuel VALLS, l'islamo-fascisme, contraction sans doute d'islamisme et de fascisme, est-ce qu'il a eu raison ?
JEAN-MARIE LE GUEN
C'est-à-dire qu'il y a dans une certaine forme de radication de l'islamisme un véritable fascisme, oui il avait raison quand, comme Daech on viole des femmes, c'est des viols de guerre, ce n'est pas un viol par hasard, c'est un viol institué, lorsqu'on massacre de cette façon les gens, oui c'est un fascisme, oui c'est une attaque à l'humanité dans ses principes les plus fondamentaux et les plus universels. Il faut appeler un chat un chat, c'est un combat politique.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et quand Christiane TAUBIRA dit sur I TELE au milieu de toutes sortes de propos concernant les djihadistes, il faut comprendre le jeune qui part en Syrie, est-ce que c'est une position du gouvernement ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Non, je l'ai entendu cette interview, elle n'a pas dit qu'il fallait le comprendre, il fallait pour lutter contre l'influence du fondamentalisme, il fallait connaitre les mécanismes psychologiques qui y amènent des jeunes. J'écoutais sur votre radio cette histoire dramatique de ces jeunes qui se faisaient sauter, ça nous interpelle tous en tant que parents.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est pour cela que je vous pose la question.
JEAN-MARIE LE GUEN
Voilà je vous ai répondu.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est le sujet qu'on a écouté en ouverture du journal de 8h00 tout à l'heure.
JEAN-MARIE LE GUEN
Oui qui était bouleversant et voilà on est interpellé, comment c'est possible ?
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais est-ce qu'il faut les comprendre pour autant ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Les connaître, lutter contre ces mécanismes délétères, mortifères, ce suicide que l'on voit trop souvent chez ces jeunes.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Merci.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 23 février 2015