Déclaration de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, en réponse à une question sur l'attentat terroriste au Kenya et sur la situation en Centrafrique, au Sénat le 9 avril 2015.

Texte intégral

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Sénateurs,
Monsieur le Sénateur,
Vous avez commencé votre intervention, et chacun ici y a été sensible, en faisant référence aux événements tragiques qui ont touchés le Kenya il y a peu de jours. C'est vrai que ce pays, qui avait déjà été touché dans le passé, a été frappé d'une façon absolument abominable. Il n'y a rien de pire que des jeunes gens qui ne demandent qu'à étudier et qui sont assassinés, pourchassés - vous avez vu les images - tirés, comme on ne le ferait pas avec des animaux, simplement parce qu'ils sont chrétiens.
Par rapport à ces agissements épouvantables, la réaction, qui est celle de toute votre Assemblée, doit être celle de la solidarité et du soutien. La France, d'une manière active qu'il n'est pas nécessaire de détailler ici, est au soutien de la population et du gouvernement kenyans.
Ensuite, vous m'interrogez sur ce qui se passe et ce qui peut se passer en Centrafrique.
Concernant l'accord qui, paraît-il est intervenu, ni la présidence centrafricaine, ni les capitales régionales ne reconnaissent ces éléments, je ne m'y arrêterai donc pas. En revanche, je me prononcerai sur le fond.
Vous vous souvenez dans quelles conditions la France avait été obligée d'intervenir pour éviter un génocide. Intervention menée sur la base évidemment de l'autorisation de l'Union africaine et à la demande des Nations unies. Il y a encore des problèmes à régler, et mon collègue de la défense le sait bien, nous travaillons ensemble tous les jours mais globalement, - il faut avoir un jugement global - la sécurité s'est nettement améliorée sur le terrain. Dans la capitale, la vie a repris son cours et pour répondre précisément à l'une de vos questions, cette stabilisation devrait nous permettre de continuer à baisser les effectifs de Sangaris : le chiffre que nous avons à l'esprit, c'est 800 militaires d'ici la fin de l'année.
Désormais, la priorité c'est la tenue des élections et tout est mis en œuvre pour y parvenir. Je me rappelle que lorsque nous avons eu un débat au Mali, on nous avait dit que les élections ne pourraient pas avoir lieu. Le gouvernement a tenu bon, nous aussi, la communauté internationale également et finalement, les élections s'étaient bien passées. C'est la même chose que nous poursuivons, tous les efforts doivent converger vers cet objectif. La volonté de Mme Samba Panza et des autorités de transition est tout à fait claire. Malgré des conditions matérielles compliquées et des problèmes de financements internationaux, les candidatures se préparent. Je crois qu'il ne faut pas trop évoquer des personnalités qui dans le passé ont eu des responsabilités mais qui ne se sont pas illustrées par de grands résultats positifs pour leur pays.
Nous souhaitons donc et nous y travaillons, que ces élections puissent être organisées à partir de l'été 2015.
Un dernier mot sur la solidarité internationale. Nous avons pu mobiliser nos principaux partenaires : l'ONU qui vient de renforcer la MINUSCA dans la perspective d'élections, l'Union européenne dont la mission EUFOR a été prolongée et nous y avons beaucoup contribué, le FMI et la Banque mondiale. La Centrafrique, et c'est le sens de votre question, n'est pas une crise oubliée. Au contraire, la communauté internationale, et au premier rang la France, est mobilisée pour préparer les prochaines échéances. Le Forum de réconciliation de Bangui prévu à la fin de ce mois ainsi que la tenue des élections sont exactement ce qu'il faut faire pour parvenir à sortir enfin ce pays de la triste situation où il est depuis des années.
Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 17 avril 2015