Déclaration de M. Laurent fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, sur les relations franco-slovénes et sur l'immigration clandestine, à Ljubljana le 23 avril 2015.

Texte intégral


Merci beaucoup mon cher Karl. La Slovénie et la France sont deux grands amis. Et M. Erjavec et moi-même nous sommes aussi deux grands amis. Ce qu'a dit le ministre des affaires étrangères est parfaitement juste sur les grands sujets. La Slovénie et la France sont d'accord, côte à côte, et nous avons décidé, c'est ce que nous venons de signer, d'un plan d'action qui va très concrètement nous donner les lignes pour avancer au cours des trois années qui viennent.
Nous avons décidé de coopérer dans tous les domaines d'avenir, en particulier dans les domaines économiques. Notre convergence se trouve aussi dans la façon dont nous travaillons avec l'ensemble de la région des Balkans occidentaux. Je suis très honoré de coprésider, avec Karl, cette réunion du processus de Brdo, qui est une initiative excellente qui est très utile à la région, à nos deux pays, et d'une façon générale à l'Europe et à la paix.
Je ne peux que redire ce qu'a dit excellemment Karl, et en plus vous avez apprécié comme moi qu'il le dise dans un remarquable français. La seule chose que je regrette, c'est que cette visite soit trop brève, mais c'est une confidence que je peux vous faire, y compris familialement, la personne avec laquelle je vis considère que la Slovénie est un des plus beaux pays du monde. Donc je ressens une obligation morale de rester plus longtemps ! Ce n'est pas facile quand on est ministre des affaires étrangères, mais tout cela pour dire avec le sourire que vraiment, l'amitié entre la Slovénie et la France est profonde, et notre journée d'aujourd'hui l'illustre encore une fois.
Je terminerai en disant que la seule chose qui me gêne, c'est que je ne sais pas dire en slovène «vive l'amitié entre la Slovénie et la France !» Vous voyez que j'ai encore des progrès à faire.
Q - Que doit faire Union européenne pour résoudre ou remédier à la crise en Méditerranée, de manière concrète ?
R - Question évidemment très importante et très difficile. Cet après-midi, les chefs d'État et de gouvernements se réunissent, nous nous sommes réunis lundi après-midi - ministres de l'intérieur et ministres des affaires étrangères ensemble - pour apporter des réponses concrètes.
D'abord il y a la tragédie humaine. Il s'agit, lorsque des gens sont en grande difficulté - ils l'ont été par centaines, par milliers - de les sauver. Il faut avoir cette ligne tout simplement humaine à l'esprit. Pour les empêcher de se noyer, tout simplement.
Ensuite il faut réfléchir et agir sur l'ensemble des causes. Quelles sont ces causes ? C'est l'addition à la fois de la misère, d'une anarchie politique dans un certain nombre de pays - on pense à la Libye - et du trafic.
Sur la misère, il n'y a pas d'autres solutions que de nouer des accords de co-développement avec les pays d'où sont originaires ceux qui viennent ou d'aider à une transformation politique qui fasse qu'ils n'aient plus besoin de venir. Et en particulier, évidemment, il faut trouver une solution politique à l'anarchie en Libye. Ça c'est le premier aspect.
Le deuxième aspect, c'est de lutter et de démanteler les trafics. Les bateaux ne se créent pas tout seuls. Il y a des gens qui sont des criminels, des terroristes, qui tirent profit de la misère. Dans le texte qui va être proposé cet après-midi aux chefs d'État et de gouvernement, il y a une mesure extrêmement forte - dont je pense qu'elle sera adoptée - qui consiste à préparer la destruction de ces navires avant qu'ils puissent accueillir ces pauvres esclaves.
Et parallèlement il y aura une augmentation des moyens, y compris des moyens financiers, pour lutter contre ces trafics.
Et puis pour ceux qui malgré tout arrivent, il faut distinguer entre ceux qui ont le droit d'asile pour des raisons politiques, et ceux qui viennent pour des raisons économiques mais que nous ne pouvons pas garder chez nous. Et il faut trouver un système pour qu'ils puissent ne pas venir, ou bien repartir, avec une répartition.
Je termine en disant que j'espère que cet après-midi des mesures fortes seront prises, et j'en suis convaincu parce que la Méditerranée ne peut pas être transformée en cimetière.Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 30 avril 2015