Interview de M. Jean-Marc Todeschini, secrétaire d'Etat aux anciens combattants et à la mémoire, avec France Bleu le 27 mai 2015, sur la cérémonie d'hommage au Panthéon de quatre anciens résistants.

Texte intégral


BILL DEBRUGE
Jean-Marc TODESCHINI est l'invité politique de France Bleu 107.1, Noé DA SILVA vous recevez le secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Défense chargé des Anciens combattants et de la Mémoire.
NOE DA SILVA
Bonjour Jean-Marc TODESCHINI…
JEAN-MARC TODESCHINI
Bonjour.
NOE DA SILVA
Merci d'être avec nous ce matin. A quoi ça sert de faire rentrer des personnalités au Panthéon ?
JEAN-MARC TODESCHINI
Le Panthéon c'est le temple républicain, faire rentrer des personnalités au Panthéon c'est faire rentrer des grands hommes, des grandes femmes et les ériger en modèle - en modèle républicain - et je crois qu'aujourd'hui c'est l'esprit de résistance qui a été choisi par le président de la République, faire rentrer ces deux femmes et ces deux hommes au Panthéon c'est donner aux jeunes générations, leur expliquer en tout cas, leur donner des modèles de leur engagement, de leur engagement d'histoire de la Résistance, à l'époque c'était l'histoire de la jeunesse, aujourd'hui la jeunesse est concernée par ce qui se passe et va participer activement à cette journée.
NOE DA SILVA
Et, aujourd'hui, c'est un symbole de modernité aussi avec deux femmes qui rentrent enfin au Panthéon, qui rejoignent Marie CURIE ?
JEAN-MARC TODESCHINI
Eh bien, écoutez, Marie CURIE était déjà rentrée au Panthéon avec son mari…
NOE DA SILVA
Elle devait se sentir seule quand même ?
JEAN-MARC TODESCHINI
Oui ! Elle était en plus rentré avec son mari, c'est la première fois où deux femmes vont rentrer seules au Panthéon, là aussi c'est François HOLLANDE qui l'a souhaité, Pierre et Marie CURIE c'était François MITTERRAND, c'est toujours la gauche qui fait avancer la cause des femmes – y compris en les faisant entrer au Panthéon et en les érigeant en modèle républicain.
NOE DA SILVA
Qui sont ces quatre figures finalement qui entreront cet après-midi au Panthéon : Geneviève DE GAULLE – ANTHONIOZ, Pierre BROSSOLETTE, Germaine TILLION, Jean ZAY ?
JEAN-MARC TODESCHINI
Ecoutez ce sont tous des héros de la Résistance, des martyrs, des déportés, ils incarnent tous ce qui était à leur âge lorsqu'ils étaient jeunes l'esprit de résistance, ils ont refusé de se soumettre, ils ont refusé les accords de PETAIN avec HITLER, ils ont refusé de se soumettre à HITLER et ils ont souhaité vivre dans un pays libre et que la France retrouve sa liberté. Je crois que c'est tout ce sens que le président de la République a voulu donner en commémorant cette année bien sûr le 70ème anniversaire de la libération du nazisme et le choix de ces quatre personnalités couvre tous les horizons et tous les engagements possibles de l'époque, chacun porte une des valeurs républicaines, une des valeurs de notre République : la liberté c'est Pierre BROSSOLETTE, l'égalité c'est Geneviève ANTHONIOZ – DE GAULLE, la fraternité c'est – non c'est l'inverse – c'est…
NOE DA SILVA
Germaine TILLION !
JEAN-MARC TODESCHINI
Germaine TILLION la fraternité et puis la laïcité ; c'est Jean ZAY...
NOE DA SILVA
Il était ministre de l'Education nationale !
JEAN-MARC TODESCHINI
La République, qui a été ministre de l'Education nationale, un grand ministre qui a donné à l'Education nationale, qui a introduit, qui a fait de l'Education nationale de l'école le temple de la défense des valeurs républicaines et je crois qu'il a laissé sa trace dans ce ministère et c'est quelqu'un qui était un patriote, un résistant, c'était un républicain, il a toujours défendu les valeurs de la République et il rejoint aujourd'hui le Panthéon.
NOE DA SILVA
Vous êtes instituteur, aujourd'hui est-ce que Jean ZAY aurait mis en place la réforme du collège tant décriée et la ministre elle-même Najat VALLAUD-BELKACEM est beaucoup attaquée ?
JEAN-MARC TODESCHINI
Sans aucun doute oui ! La réforme du collège vous l'avez dit elle est très attaquée, hélas sur des sujets comme celui-là il faut être consensuel, mais aujourd'hui la droite - la droite républicaine - sur ce terrain fait de la politique politicienne et je crois…
NOE DA SILVA
Mais vous êtes secrétaire d'Etat chargé de la Mémoire aussi et dans cette réforme du collège on attaque beaucoup l'enseignement des langues mais également l'enseignement de l'histoire…
JEAN-MARC TODESCHINI
Non ! On n'attaque pas le… il faut faire la différence entre la réforme du collège et les programmes, ce n'est pas la même chose. Vous me parliez de la réforme des collèges, moi je crois que cette réforme est nécessaire : parce que tirer vers le bas, comme disent certains opposants à cette réforme, c'est tout simplement, tirer, le contraire que veut mettre en place Najat VALLAUD-BELKACEM, c'est amener les enfants à faire que tout soit possible pour tout le monde et non pas tirer vers le bas pour niveler je dirais à un niveau et réduire ceux qui ont le plus de capacités, l'Education nationale doit permettre à chacun d'avoir des ambitions ; tirer vers le bas c'est lorsque des enfants dans un collège posent des problèmes et que d'autres parents hésitent et ne mettent pas leurs enfants dans ce collège parce que ces enfants, qui sont en difficulté, gênent et ils sont très mal pris en compte, la réforme c'est justement l'individualisation du travail, c'est tout ce temps d'interdisciplinarité qui sera mieux pris en compte ; et je crois que tirer vers le bas c'est aussi lorsque des enfants des classes populaires eux-mêmes se limitent dans leurs ambitions, se limitent dans leurs choix et ils pensent que la réussite scolaire ce n'est par eux et je crois que cette réforme justement veut qu'ils soient mieux pris en compte, qu'on découvre chez chacun ce qu'il a de mieux en lui et qu'il puisse réussir à l'école, c'est lui donner le goût de la réussite.
NOE DA SILVA
Voilà !
JEAN-MARC TODESCHINI
Ensuite les programmes, vous avez parlé des programmes d'histoire, ça c'est autre chose, il y a une consultation qui est lancée, le Conseil des programmes a fait des propositions, aujourd'hui tous les enseignants sont consultés - je crois que la date limite sera le 12 juin – et la ministre a déjà dit qu'elle reverrait la copie après cette consultation. Mais ce n'est pas la même chose !
NOE DA SILVA
Vous avez parlé pour cette journée au Panthéon de temple de l'unité nationale, le temple républicain, il y a tout de même une fausse note qui vient de la part des Communistes qui affirment qu'ils sont exclus de la liste des Résistants qui entrent au Panthéon et le journal L'Humanité écrit ce matin que cela affaiblit même le sens de l'évènement aujourd'hui ?
JEAN-MARC TODESCHINI
Ecoutez le président de la République et moi-même nous disons qu'il faut commémorer toutes les mémoires, toutes les mémoires de…
NOE DA SILVA
Et vous êtes d'accord avec les Communistes ?
JEAN-MARC TODESCHINI
Laissez-moi terminer ! Les Communistes, les Résistants Communistes ont été aussi je dirais honorés, le président de la République au Mont Valérien a salué la mémoire de MANOUCHIAN, Danièle CASANOVA en Corse a été aussi saluée, commémorée, mais je crois que c'est tout l'ensemble de la classe politique de l'époque, tout l'ensemble des Résistants de l'époque qui doit être commémoré et, aujourd'hui, moi je ne pense pas – comme aurait Pierre BROSSOLETTE : « on ne regarde pas la couleur et on ne demande pas l'étiquette politique à quelqu'un ». Je crois que, à travers ces quatre qui rentrent aujourd'hui, ce sont tous ceux qui ont combattu, qui ont résisté en 39-45 qui rentrent au Panthéon, bien sûr que les Communistes, les militants Communistes ont apporté beaucoup dans cette période et notamment dans la suite avec le Conseil national de la Résistance. Je serai moi-même ce soir place du Colonel FABIEN où le Parti communiste commémore Marie…
NOE DA SILVA
Le siège du PC !
JEAN-MARC TODESCHINI
Oui ! Commémore l'une de ses Résistantes, VAILLANT-COUTURIER, et je serais à leur côté.
NOE DA SILVA
J'ai commencé l'interview, Jean-Marc TODESCHINI, par vous demander à quoi ça sert de faire rentrer des personnalités au Panthéon, maintenant à qui ça sert finalement cette panthéonisation comme on dit - qui n'est pas très, très jolie - est-ce que ça sert le président de la République ? On parle d'une mise en scène républicaine et une mise en scène du pouvoir, est-ce que vous êtes d'accord avec cela ?
JEAN-MARC TODESCHINI
Non ! Je crois que certains présidents ne se sont pas intéressés au Panthéon, n'ont pas choisi de faire rentrer des personnages au Panthéon. Le président de la République François HOLLANDE, je vous l'ai dit, a décidé de faire rentrer des femmes - des femmes pour ce qu'elles sont - deux hommes et deux femmes, on est dans les commémorations, dans deux commémorations importantes : le centenaire de la Grande guerre et le 70ème anniversaire de la libération, il a choisi d'honorer quatre Résistants, d'honorer l'esprit de Résistance. Je ne sais pas si là aussi ce n'est pas de la politique politicienne…
NOE DA SILVA
C'est une belle mise en scène pour le chef de l'Etat ?
JEAN-MARC TODESCHINI
Non ! Je ne pense pas que ce soit une mise en scène, ou alors il faudrait dire que toutes les actions du chef de l'Etat quelles qu'elles soient et de tous les ministres ne sont que des mises en scène. Vous savez…
NOE DA SILVA
Là, vous n'êtes pas d'accord ?
JEAN-MARC TODESCHINI
Non ! Le travail que je fais je ne considère pas que ce soit une mise en scène et je ne pense à l'effet médiatique lorsque je fais une action, lorsque je vais dans un collège, lorsque je vais dans un lycée et que je refuse la presse pour pouvoir parler et dialoguer avec la jeunesse librement, je ne fais pas de coup médiatique puisque j'interdis à la presse de suivre.
NOE DA SILVA
Jean-Marc TODESCHINI, vous avez évoqué les chefs d'Etat Français qui n'ont pas fait entrer de personnalités au Panthéon, il y a POMPIDOU, il y a Valéry GISCARD d'ESTAING, le journal Le Figaro a écrit ce matin, pose deux questions : furent-ils négligents vis-à-vis de l'histoire ou est-ce que la France de l'époque était moins obnubilés par sa mémoire parce qu'elle regardait l'avenir avec confiance ?
JEAN-MARC TODESCHINI
Eh bien, écoutez, je laisse au journaliste du Figaro la responsabilité de ses propos. Il pose une question…
NOE DA SILVA
Mais là il y a deux questions, vous répondez à quoi vous ?
JEAN-MARC TODESCHINI
Ca pourrait être un sujet de dissertation pour le baccalauréat.
NOE DA SILVA
Allons-y ! Dissertons.
JEAN-MARC TODESCHINI
Mais moi je réponds tout simplement que chaque président de la République a entrepris les actions qu'il voulait et je pense qu'au jour d'aujourd'hui le rassemblement… les temps ont changé, au niveau politique y compris, on voit bien en période de crise la montée de certaines idées et je pense que…
NOE DA SILVA
Donc c'est bien ça, on était moins obnubilé par notre histoire et on regardait plus l'avenir avec confiance, aujourd'hui ce n'est plus le cas ?
JEAN-MARC TODESCHINI
Je ne sais pas si on est obnubilés puisque le président de la République a annoncé l'entrée de ces quatre personnages au Panthéon voilà déjà quelque temps et puis je rappellerai tout simplement les évènements de janvier cette année en France et on peut faire le lien avec ce qu'est l'attaque de la République, ceux qui voulaient mettre à genou la République au mois de janvier, la liberté en tout cas - la liberté de la presse notamment, la liberté d'expression – et puis ceux qui ont combattu le nazisme au nom de la liberté et je crois que là il était peut-être… c'était prémonitoire la décision du président de la République.
NOE DA SILVA
L'actualité se télescope avec la justice qui a autorisé hier l'utilisation du non « républicains » pour remplacer l'UMP. François HOLLANDE est-il à la manoeuvre contre ce nom comme l'a dit hier soir Nicolas SARKOZY ?
JEAN-MARC TODESCHINI
Franchement, je pense qu'il y a mieux à faire. Moi je répondrais simplement à Nicolas SARKOZY qu'on ne se décrète pas républicain, on est républicain dans ses actes, dans ses propos. Je vous rappellerais tout simplement le choix entre le ni-ni socialiste ou front national, entre ceux qui sont républicains dans la République comme les socialistes, et ceux qui sont un parti dans la République mais ne sont pas républicains au sens des valeurs de notre République, je lui renvoie ses propos ; c'est peut-être un peu facile de s'habiller de certains noms. Je pense que le président de la République actuel a d'autres choses à faire que de s'occuper du nom de l'UMP puisque l'UMP veut faire disparaitre ce nom. Nicolas SARKOZY lui veut faire disparaitre ce nom UMP qui est lié à trop de mauvais souvenirs.
NOE DA SILVA
A bon entendeur.
(…)
NOE DA SILVA
Une récréation de 30 secondes, alors je sais que vous avez beaucoup à faire aujourd'hui mais un programme télé à choisir pour ce soir, si vous étiez devant la télé, est-ce que vous regarderiez TF1 avec «Grey's Anatomy » ou bien « Des racines et des ailes » sur France 3 consacré ce soir à la Picardie, la Picardie entre terre et mer.
JEAN-MARC TODESCHINI
Sans aucun problème France 3.
Extrait
NOE DA SILVA
Une politique un peu anecdotique si vous le voulez bien monsieur le Ministre, avec justement le devoir de mémoire qui rentre dans votre champ de compétence, je vous l'ai dit c'est anecdotique, la chanson de la France à l'Eurovision, tout le monde a un avis dessus, il était question de la Première guerre mondiale. Je ne sais pas si vous l'avez vue, si vous l'avez entendue, mais en tout cas ça n'était pas très festif. Quel est votre avis sur cette chanson à l'Eurovision ? Est-ce que vous étiez derrière ce choix ?
JEAN-MARC TODESCHINI
J'ai entendu la chanson. Je ne pensais pas qu'elle puisse gagner, contrairement à ce que certains médias nous annonçaient. Voilà. Pour le reste, je ne suis pas un spécialiste de la chanson donc…
NOE DA SILVA
C'est une erreur d'aller à l'Eurovision qui est une grande fête européenne avec une chanson sur la Première guerre mondiale ?
JEAN-MARC TODESCHINI
Non, pas une erreur, dans ce cas là, mais est-ce que les paroles, est-ce que la chanson méritait de gagner ? La réponse a été donnée par le jury.8
NOE DA SILVA
Dans un instant les auditeurs vont réagir à cette question d'actualité, après le vote des députés hier sur l'interdiction de l'utilisation des sacs plastique ; Ont –ils eu raison les députés ?
JEAN-MARC TODESCHINI
Ecoutez, je pense qu'il faut dans le monde qui avance, on parlait de la jeunesse tout à l'heure, de la transmission de la mémoire, mais je crois qu'on va transmettre aussi la planète à la jeunesse, à nos enfants. Et toutes les mesures qui peuvent être prises pour je dirais éviter une catastrophe écologique va dans le bon sens. On se plaint, on entend les spécialistes nous parler du problème des sacs plastiques dans les océans, qui vont mourir les poissons, les tortues, et tout, je crois que toutes les mesures qui sont prises dans le sens de réduction de ces sacs plastique ne peut être qu'une bonne chose. Ensuite, bien sur il y a … Ce n'est pas d'aujourd'hui, les hypermarchés, les supermarchés ont mis en place des systèmes de cabas, des systèmes de sacs, pour réduire …
NOE DA SILVA
Vous ça vous gène dans votre quotidien ?
JEAN-MARC TODESCHINI
Non, ça ne me gène pas.
NOE DA SILVA
Vous faites les courses ?
JEAN-MARC TODESCHINI
J'ai dans ma voiture - lorsque j'ai le temps de faire les courses – des cabas, et ma femme m'a bien discipliné, et je sais que dans le coffre je prends mes sacs et je vais à l'hypermarché remplir mes cabas. Mais je vous le dis depuis un certain temps je ne fais pas trop souvent les courses.
NOE DA SILVA
Est-ce qu'il faut interdire les sacs poubelles en plastique ?
JEAN-MARC TODESCHINI
Les sacs poubelles en plastique c'est un gros problème. J'ai été moi président de mon intercommunalité, j'avais en charge le ramassage des ordures ménagères, on pourrait faire des efforts et faire comme à Paris avoir des centenaires qui sont ramassés, qui sont nettoyés régulièrement…
NOE DA SILVA
Mais dans les centenaires on descend de son appartement avec un sac plastique.
JEAN-MARC TODESCHINI
Avec des sacs plastique oui, mais là je parle moi du ramassage complet, global, en sacs plastique. De toute façon il faudra bien quelque chose pour évacuer les déchets sans qu'il y en ait partout. Si on prend du papier, les sacs papier, je regrette mais si vous avez de l'huile dans une boite de sardines dans la poubelle vous en avez partout, donc je crois qu'il faut aussi donner à nos concitoyens des solutions adéquates. Donc pour le moment ça me parait compliqué de limiter le ramassage dans des sacs plastiques. Mais il existe des produits qui sont biodégradables y compris avec de la fécule de pommes de terre, et on peut retrouver des substitutions.
NOE DA SILVA
Merci beaucoup Jean-Marc TODESCHINI, vous maitrisez parfaitement le sujet aussi bien au Panthéon que jusque dans nos sacs poubelles.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 28 mai 2015