Texte intégral
MARC FAUVELLE
Bonjour Laurent FABIUS.
LAURENT FABIUS
Bonjour.
MARC FAUVELLE
A cinq mois de la COP que Paris organisera, vous réunissez aujourd'hui une quarantaine de personnalités religieuses ou morales, ça s'appelle un sommet des consciences, pour appeler à la mobilisation donc pour le climat. Est-ce qu'il y a urgence aujourd'hui ? Est-ce qu'on est en retard dans les négociations ?
LAURENT FABIUS
Il y a en même temps à Paris deux manifestations différentes, mais finalement très complémentaires
MARC FAUVELLE
J'allais venir à la deuxième
LAURENT FABIUS
Oui. D'une part, je préside une réunion de 50 ministres, soit de l'Environnement, soit des Affaires étrangères et organisations internationales, où on prépare concrètement les résultats de la COP 21 du mois de décembre, et puis, d'autre part, il y a ce sommet des consciences, à l'initiative de Nicolas HULOT, qui a pour but de montrer, et je crois que c'est très important, que, avant d'être une série de décisions techniques et politiques, c'est d'abord une prise de conscience de sagesse. Et c'est intéressant que ces deux manifestations différentes aient lieu en même temps, parce que ce sont les deux aspects de la nécessaire solution à un même problème, d'un côté, la prise de conscience individuelle, moi, je m'engage pour lutter contre le climat, parce que je veux que la planète continue d'être vivable, et puis, j'ai une certaine conception de la religion, de la sagesse, et d'autre part, ce sont les gouvernements qui doivent prendre les décisions, et donc on les prépare.
MARC FAUVELLE
Ça veut dire qu'il faut politiser ces négociations aujourd'hui, accélérer, changer de braquet ?
LAURENT FABIUS
Si vous mettez un grand « P » à Politique
MARC FAUVELLE
Bien sûr.
LAURENT FABIUS
Accélérer, oui, tout l'objectif, alors là, ça me concerne en tant que futur président de la COP, c'est d'accélérer sans brusquer, c'est toute la difficulté, accélérer, pourquoi ? Parce que le problème du climat, et les décisions qu'on va avoir à prendre en décembre à Paris, c'est très complexe, très, très, très complexe. Et donc, ce n'est pas au dernier moment qu'on va trouver la solution. Il faut les préparer en amont. Sinon, on aurait le résultat de Copenhague, vous vous rappelez Copenhague 2009, échec malheureusement cinglant. Donc il faut préparer ça très en amont, et c'est la raison pour laquelle j'ai organisé cette réunion entre ministres de beaucoup de pays du monde, représentatifs de tous les continents, on va d'ailleurs continuer, puisque je referai une réunion au mois de septembre, et encore une pré-COP, ça s'appelle comme ça, au mois de novembre, et dans l'intervalle, il y aura toute une série de réunions, en particulier à l'assemblée générale des nations-unies, au mois de septembre.
MARC FAUVELLE
On va y arriver ? On va signer un accord ou pas à Paris ?
LAURENT FABIUS
Je travaille pour cela, et je pense que oui, toute la question est que ce soit un bon accord, c'est-à-dire, suffisamment ambitieux. Alors, moi, j'ai défini hier quel devait être le rôle de la présidence, il faut à la fois bien sûr être transparent, parce que, ayez bien ça à l'esprit, il n'y a que 196 parties "i.e.s", et il faut que l'accord soit établi par consensus, c'est-à-dire qu'il faut que tout le monde soit d'accord
MARC FAUVELLE
C'est la bonne méthode, ça, Laurent FABIUS ? Est-ce qu'il ne vaudrait pas mieux un accord à 150 pays, mais un vrai bon accord qui change les choses plutôt qu'un accord mauvais, mais à 195 ?
LAURENT FABIUS
Mais ça, on peut tout à fait discuter de la méthode, mais le problème
MARC FAUVELLE
On n'a pas le choix dans la méthode
LAURENT FABIUS
Le problème, c'est que cette méthode a été décidée par l'ensemble des nations-unies il y a déjà assez longtemps. On ne peut plus changer
MARC FAUVELLE
Et cette méthode, pour l'instant, est un échec.
LAURENT FABIUS
Pour l'instant, il n'y a pas eu de succès, il y a même eu beaucoup d'échecs
MARC FAUVELLE
Alors qu'est-ce qui fait que vous, Laurent FABIUS, vous allez y arriver cette fois ?
LAURENT FABIUS
Non, ce n'est pas moi, Laurent FABIUS, c'est la France, d'une part, et l'ensemble du monde. Il y a trois ou quatre raisons absolument majeures, d'abord, malheureusement, le phénomène s'est aggravé, tout à l'heure, sur votre antenne, vous rappeliez que le mois de juin est le mois de juin le plus chaud depuis 1880, et le réchauffement climatique, ce n'est pas quelque chose d'abstrait, tous les Français le constatent, bon. Donc il y a d'abord l'aggravation du phénomène, ça, c'est le premier point. Deuxième point, scientifiquement, c'est plus contesté. Il y a quelques années, y compris en France, vous vous rappelez, quand on parlait de ces sujets, il y avait des gens qui disaient : non, ça n'existe pas, c'est une illusion
MARC FAUVELLE
Claude ALLEGRE notamment
LAURENT FABIUS
Ou bien ce n'est pas dû à l'activité humaine. Aujourd'hui, les scientifiques, à travers le GIEC, ont établi que c'est une réalité. Troisièmement, il y a eu des initiatives politiques remarquables, je veux citer deux initiatives, en particulier les Chinois, ils sont vraiment totalement engagés maintenant dans cette direction, et ce sont les premiers pollueurs au monde dans ce domaine, et puis le président OBAMA est très engagé. Et puis quatrièmement, je pense que, on va préparer les choses, bon, je vais dire, en tirant les leçons de l'expérience, donc très en amont. Le président de la République est très engagé, moi-même, je fais ce que je dois faire, Ségolène ROYAL agit aussi. Et puis, tous les pays sont vraiment à nos côtés.
MARC FAUVELLE
Il y a 195 pays autour de la table, vous l'avez dit, Laurent FABIUS, 46 seulement, je crois, ont déjà dévoilé leur contribution, c'est-à-dire leur objectif de réduction de rejet de gaz à effet de serre, on rappelle l'objectif, c'est de limiter, limiter, la hausse des températures à 2 % seulement
LAURENT FABIUS
2 degrés, 2 degrés !
MARC FAUVELLE
2 degrés, pardon, seulement. Que font les 150 autres pays ?
LAURENT FABIUS
Non, tout le monde doit, c'est une décision qui a été prise à Lima l'an dernier, tout le monde doit publier ses engagements. Mais certains tardent, parce que, ou bien, techniquement, c'est difficile pour eux, je pense en particulier à un certain nombre de pays en développement, qui n'ont pas les moyens techniques rapidement d'élaborer cela, ou bien certains autres sont plus prudents. Mais à la fin de l'année, tout le monde doit avoir publié ses engagements, ce qui est tout à fait nouveau, c'est-à-dire que pour la première fois, chaque pays doit dire : voilà ce que je vais faire en termes d'émissions de gaz à effet serre, en 2020, 2025, 2030. Ce ne sera peut-être pas parfait, mais, voyez, ça change complètement la donne, c'est-à-dire qu'on va avoir les moyens de mesurer ce qui est fait, et petit à petit, c'est une des choses dont on a discuté hier, et dont on a rediscuté aujourd'hui, de voir comment on va réévaluer avec le temps ces engagements. Parce que la conférence de Paris, ce ne sera pas uniquement un point d'arrivée, ce sera un point d'arrivée, puisque ce sera la première fois qu'il y aura un accord mondial, mais ce sera un point de départ pour un nouveau monde avec un nouveau mode de développement. Alors, ayons à l'esprit, c'est quelque chose que je veux souligner, que bien sûr, ça représente des contraintes d'arriver à limiter à 2 degrés, mais ça représente aussi des potentialités extraordinaires, tout ce qu'on appelle l'économie verte, qui va créer beaucoup d'emplois et rendre la planète vivable.
MARC FAUVELLE
L'autre sujet qui vous concerne très directement, Laurent FABIUS, c'est bien sûr le nucléaire iranien, hier, le Conseil de sécurité des nations-unies et l'Union européenne ont donné leur feu vert à l'accord conclu la semaine dernière à Vienne. Vous étiez partie prenante dans ces négociations. Est-ce que vous pouvez dire clairement aujourd'hui qu'après cet accord, l'Iran n'aura pas la bombe atomique dans les dix ans qui viennent ?
LAURENT FABIUS
Oui, c'est clair et c'est net. C'était l'objectif. C'était l'objectif, nous avions toutes les raisons de croire que l'Iran avait amorcé toute une série de travaux pour avoir la bombe atomique, or, la bombe atomique eut été extrêmement dangereuse, à la fois parce qu'elle est dangereuse, et parce qu'elle aurait déclenché aussi le fait que d'autres pays voisins auraient voulu acquérir la bombe atomique dans une région déjà très éruptive. Donc l'accord que nous avons conclu après douze années de négociations, moi, je n'ai fait, si je peux dire, que les trois dernières années, est un accord diplomatique absolument majeur. Tout à l'heure, peut-être, on pourra entrer dans les détails, mais j'ai reçu, il y a deux jours, un coup de fil auquel j'ai été très sensible de félicitations de Ban KI-MOON, le secrétaire général des nations-unies, et nous sommes convenus que c'était certainement l'accord diplomatique le plus important depuis extrêmement longtemps.
MARC FAUVELLE
Quel a été, Laurent FABIUS, le rôle de la France, et votre rôle dans la dernière ligne droite de ces négociations ? Est-ce que vous avez été le faucon qu'on a décrit dans la presse, en tout cas, le partisan d'une ligne plus dure face à l'Iran ?
LAURENT FABIUS
Bon, d'abord, quand on fait un accord, nous étions 5+1 d'un côté, c'est-à-dire les 5 membres permanents du Conseil de sécurité, puis l'Allemagne, et de l'autre, l'Iran, quand il y a un accord, ça veut dire que chacun a apporté du sien, donc on ne peut pas dire c'est dû à X ou c'est dû à Y. Mais
MARC FAUVELLE
Est-ce que vous étiez pour poser la question différemment le "bad cop" face à l'Iran ?
LAURENT FABIUS
Non, c'est vrai que la France, en l'occurrence, c'était moi son représentant, j'ai été très ferme, pourquoi ? Parce que, d'une part, il s'agit du nucléaire, donc il faut être extrêmement sérieux. Et donc il y a toute une série de mesures techniques à prendre, et on ne pouvait pas non raconter d'histoires, d'autant que j'étais entouré des experts du CEA. Bien. Mais aussi pour une autre raison, qui est vraiment fondamentale, nous aurions signé un accord au rabais, mais quelle aurait été la conséquence ? Des pays voisins auraient dit, je pense aux pays de la région, auraient dit : eh bien, vous avez signé un accord, mais il ne va pas du tout empêcher l'Iran d'avoir l'arme nucléaire. Donc nous-mêmes
MARC FAUVELLE
Ce que dit Israël aujourd'hui avec votre accord, sur cet accord
LAURENT FABIUS
Donc nous-mêmes, attendez, donc nous-mêmes, auraient dit ces pays, nous allons nous doter de l'arme nucléaire. Et à ce moment-là, nous aurions eu une région qui aurait été entièrement nucléarisée, ce qui était un danger effrayant. Et donc, ce que j'ai fait par cette attitude de fermeté constructive, c'est de faire en sorte, avec mes collègues, que cet accord soit extrêmement robuste, et nous n'aurions pas signé un accord qui n'aurait pas été robuste. Et concrètement, par rapport à votre question, toutes les dispositions sont prises, y compris de vérifications, pour que dans les quinze ans qui viennent, il soit quelles que soient les intentions de l'Iran impossible qu'elle acquière l'arme nucléaire.
MARC FAUVELLE
Est-ce que cette fermeté, Laurent FABIUS, on va la payer aujourd'hui, à l'heure où l'Iran va rouvrir ses portes aux entreprises occidentales, le vice-chancelier allemand était à Téhéran dès hier
LAURENT FABIUS
Non, non, oui
MARC FAUVELLE
Vous n'y êtes toujours pas allé.
LAURENT FABIUS
Oui, j'y serai la semaine prochaine.
MARC FAUVELLE
Ah, vous nous l'annoncez ce matin !
LAURENT FABIUS
Oui
MARC FAUVELLE
Avec une délégation d'entrepreneurs ?
LAURENT FABIUS
Non, dans un premier temps, j'irai en tant que responsable politique pour mon collègue iranien, monsieur ZARIF m'a invité, il m'avait d'ailleurs invité auparavant, je n'étais pas venu, mais là, je trouve que tout est réuni pour que je m'y rende, et j'aurai des conversations sur tous les sujets avec lui. Alors, pour répondre à votre question, est-ce que les entreprises françaises vont être pénalisées ? La réponse est non. D'abord, parce que nous avons dans le passé eu une présence importante en Iran, et qui a satisfait tout à fait les Iraniens. Ensuite, là où nos entreprises sont excellentes et compétitives, et il y a beaucoup de domaines, les Iraniens, eux, sont des gens très carrés. Et donc je ne vois pas du tout les choses ainsi. Et puis, vous savez, il en est de la vie politique internationale comme la vie tout court, je pense que, on ne perd jamais à se faire respecter.
MARC FAUVELLE
Vous rencontrerez le président ROHANI la semaine prochaine ?
LAURENT FABIUS
Oui.
MARC FAUVELLE
Oui ?
LAURENT FABIUS
C'est prévu.
MARC FAUVELLE
Merci Laurent FABIUS. On vous retrouve dans quelques instants
LAURENT FABIUS
Et je suis ravi d'y aller.
MARC FAUVELLE
Bon, eh bien, on l'aura compris ce matin. On vous retrouve dans quelques instants avec les questions des auditeurs. On vous attend, amis auditeurs de France Inter, au standard : 01.45.24.7000, n'hésitez pas, Laurent FABIUS est là ce matin pour vous répondre notamment. Il est 08h32, c'est l'heure de la revue de presse.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 29 juillet 2015
Bonjour Laurent FABIUS.
LAURENT FABIUS
Bonjour.
MARC FAUVELLE
A cinq mois de la COP que Paris organisera, vous réunissez aujourd'hui une quarantaine de personnalités religieuses ou morales, ça s'appelle un sommet des consciences, pour appeler à la mobilisation donc pour le climat. Est-ce qu'il y a urgence aujourd'hui ? Est-ce qu'on est en retard dans les négociations ?
LAURENT FABIUS
Il y a en même temps à Paris deux manifestations différentes, mais finalement très complémentaires
MARC FAUVELLE
J'allais venir à la deuxième
LAURENT FABIUS
Oui. D'une part, je préside une réunion de 50 ministres, soit de l'Environnement, soit des Affaires étrangères et organisations internationales, où on prépare concrètement les résultats de la COP 21 du mois de décembre, et puis, d'autre part, il y a ce sommet des consciences, à l'initiative de Nicolas HULOT, qui a pour but de montrer, et je crois que c'est très important, que, avant d'être une série de décisions techniques et politiques, c'est d'abord une prise de conscience de sagesse. Et c'est intéressant que ces deux manifestations différentes aient lieu en même temps, parce que ce sont les deux aspects de la nécessaire solution à un même problème, d'un côté, la prise de conscience individuelle, moi, je m'engage pour lutter contre le climat, parce que je veux que la planète continue d'être vivable, et puis, j'ai une certaine conception de la religion, de la sagesse, et d'autre part, ce sont les gouvernements qui doivent prendre les décisions, et donc on les prépare.
MARC FAUVELLE
Ça veut dire qu'il faut politiser ces négociations aujourd'hui, accélérer, changer de braquet ?
LAURENT FABIUS
Si vous mettez un grand « P » à Politique
MARC FAUVELLE
Bien sûr.
LAURENT FABIUS
Accélérer, oui, tout l'objectif, alors là, ça me concerne en tant que futur président de la COP, c'est d'accélérer sans brusquer, c'est toute la difficulté, accélérer, pourquoi ? Parce que le problème du climat, et les décisions qu'on va avoir à prendre en décembre à Paris, c'est très complexe, très, très, très complexe. Et donc, ce n'est pas au dernier moment qu'on va trouver la solution. Il faut les préparer en amont. Sinon, on aurait le résultat de Copenhague, vous vous rappelez Copenhague 2009, échec malheureusement cinglant. Donc il faut préparer ça très en amont, et c'est la raison pour laquelle j'ai organisé cette réunion entre ministres de beaucoup de pays du monde, représentatifs de tous les continents, on va d'ailleurs continuer, puisque je referai une réunion au mois de septembre, et encore une pré-COP, ça s'appelle comme ça, au mois de novembre, et dans l'intervalle, il y aura toute une série de réunions, en particulier à l'assemblée générale des nations-unies, au mois de septembre.
MARC FAUVELLE
On va y arriver ? On va signer un accord ou pas à Paris ?
LAURENT FABIUS
Je travaille pour cela, et je pense que oui, toute la question est que ce soit un bon accord, c'est-à-dire, suffisamment ambitieux. Alors, moi, j'ai défini hier quel devait être le rôle de la présidence, il faut à la fois bien sûr être transparent, parce que, ayez bien ça à l'esprit, il n'y a que 196 parties "i.e.s", et il faut que l'accord soit établi par consensus, c'est-à-dire qu'il faut que tout le monde soit d'accord
MARC FAUVELLE
C'est la bonne méthode, ça, Laurent FABIUS ? Est-ce qu'il ne vaudrait pas mieux un accord à 150 pays, mais un vrai bon accord qui change les choses plutôt qu'un accord mauvais, mais à 195 ?
LAURENT FABIUS
Mais ça, on peut tout à fait discuter de la méthode, mais le problème
MARC FAUVELLE
On n'a pas le choix dans la méthode
LAURENT FABIUS
Le problème, c'est que cette méthode a été décidée par l'ensemble des nations-unies il y a déjà assez longtemps. On ne peut plus changer
MARC FAUVELLE
Et cette méthode, pour l'instant, est un échec.
LAURENT FABIUS
Pour l'instant, il n'y a pas eu de succès, il y a même eu beaucoup d'échecs
MARC FAUVELLE
Alors qu'est-ce qui fait que vous, Laurent FABIUS, vous allez y arriver cette fois ?
LAURENT FABIUS
Non, ce n'est pas moi, Laurent FABIUS, c'est la France, d'une part, et l'ensemble du monde. Il y a trois ou quatre raisons absolument majeures, d'abord, malheureusement, le phénomène s'est aggravé, tout à l'heure, sur votre antenne, vous rappeliez que le mois de juin est le mois de juin le plus chaud depuis 1880, et le réchauffement climatique, ce n'est pas quelque chose d'abstrait, tous les Français le constatent, bon. Donc il y a d'abord l'aggravation du phénomène, ça, c'est le premier point. Deuxième point, scientifiquement, c'est plus contesté. Il y a quelques années, y compris en France, vous vous rappelez, quand on parlait de ces sujets, il y avait des gens qui disaient : non, ça n'existe pas, c'est une illusion
MARC FAUVELLE
Claude ALLEGRE notamment
LAURENT FABIUS
Ou bien ce n'est pas dû à l'activité humaine. Aujourd'hui, les scientifiques, à travers le GIEC, ont établi que c'est une réalité. Troisièmement, il y a eu des initiatives politiques remarquables, je veux citer deux initiatives, en particulier les Chinois, ils sont vraiment totalement engagés maintenant dans cette direction, et ce sont les premiers pollueurs au monde dans ce domaine, et puis le président OBAMA est très engagé. Et puis quatrièmement, je pense que, on va préparer les choses, bon, je vais dire, en tirant les leçons de l'expérience, donc très en amont. Le président de la République est très engagé, moi-même, je fais ce que je dois faire, Ségolène ROYAL agit aussi. Et puis, tous les pays sont vraiment à nos côtés.
MARC FAUVELLE
Il y a 195 pays autour de la table, vous l'avez dit, Laurent FABIUS, 46 seulement, je crois, ont déjà dévoilé leur contribution, c'est-à-dire leur objectif de réduction de rejet de gaz à effet de serre, on rappelle l'objectif, c'est de limiter, limiter, la hausse des températures à 2 % seulement
LAURENT FABIUS
2 degrés, 2 degrés !
MARC FAUVELLE
2 degrés, pardon, seulement. Que font les 150 autres pays ?
LAURENT FABIUS
Non, tout le monde doit, c'est une décision qui a été prise à Lima l'an dernier, tout le monde doit publier ses engagements. Mais certains tardent, parce que, ou bien, techniquement, c'est difficile pour eux, je pense en particulier à un certain nombre de pays en développement, qui n'ont pas les moyens techniques rapidement d'élaborer cela, ou bien certains autres sont plus prudents. Mais à la fin de l'année, tout le monde doit avoir publié ses engagements, ce qui est tout à fait nouveau, c'est-à-dire que pour la première fois, chaque pays doit dire : voilà ce que je vais faire en termes d'émissions de gaz à effet serre, en 2020, 2025, 2030. Ce ne sera peut-être pas parfait, mais, voyez, ça change complètement la donne, c'est-à-dire qu'on va avoir les moyens de mesurer ce qui est fait, et petit à petit, c'est une des choses dont on a discuté hier, et dont on a rediscuté aujourd'hui, de voir comment on va réévaluer avec le temps ces engagements. Parce que la conférence de Paris, ce ne sera pas uniquement un point d'arrivée, ce sera un point d'arrivée, puisque ce sera la première fois qu'il y aura un accord mondial, mais ce sera un point de départ pour un nouveau monde avec un nouveau mode de développement. Alors, ayons à l'esprit, c'est quelque chose que je veux souligner, que bien sûr, ça représente des contraintes d'arriver à limiter à 2 degrés, mais ça représente aussi des potentialités extraordinaires, tout ce qu'on appelle l'économie verte, qui va créer beaucoup d'emplois et rendre la planète vivable.
MARC FAUVELLE
L'autre sujet qui vous concerne très directement, Laurent FABIUS, c'est bien sûr le nucléaire iranien, hier, le Conseil de sécurité des nations-unies et l'Union européenne ont donné leur feu vert à l'accord conclu la semaine dernière à Vienne. Vous étiez partie prenante dans ces négociations. Est-ce que vous pouvez dire clairement aujourd'hui qu'après cet accord, l'Iran n'aura pas la bombe atomique dans les dix ans qui viennent ?
LAURENT FABIUS
Oui, c'est clair et c'est net. C'était l'objectif. C'était l'objectif, nous avions toutes les raisons de croire que l'Iran avait amorcé toute une série de travaux pour avoir la bombe atomique, or, la bombe atomique eut été extrêmement dangereuse, à la fois parce qu'elle est dangereuse, et parce qu'elle aurait déclenché aussi le fait que d'autres pays voisins auraient voulu acquérir la bombe atomique dans une région déjà très éruptive. Donc l'accord que nous avons conclu après douze années de négociations, moi, je n'ai fait, si je peux dire, que les trois dernières années, est un accord diplomatique absolument majeur. Tout à l'heure, peut-être, on pourra entrer dans les détails, mais j'ai reçu, il y a deux jours, un coup de fil auquel j'ai été très sensible de félicitations de Ban KI-MOON, le secrétaire général des nations-unies, et nous sommes convenus que c'était certainement l'accord diplomatique le plus important depuis extrêmement longtemps.
MARC FAUVELLE
Quel a été, Laurent FABIUS, le rôle de la France, et votre rôle dans la dernière ligne droite de ces négociations ? Est-ce que vous avez été le faucon qu'on a décrit dans la presse, en tout cas, le partisan d'une ligne plus dure face à l'Iran ?
LAURENT FABIUS
Bon, d'abord, quand on fait un accord, nous étions 5+1 d'un côté, c'est-à-dire les 5 membres permanents du Conseil de sécurité, puis l'Allemagne, et de l'autre, l'Iran, quand il y a un accord, ça veut dire que chacun a apporté du sien, donc on ne peut pas dire c'est dû à X ou c'est dû à Y. Mais
MARC FAUVELLE
Est-ce que vous étiez pour poser la question différemment le "bad cop" face à l'Iran ?
LAURENT FABIUS
Non, c'est vrai que la France, en l'occurrence, c'était moi son représentant, j'ai été très ferme, pourquoi ? Parce que, d'une part, il s'agit du nucléaire, donc il faut être extrêmement sérieux. Et donc il y a toute une série de mesures techniques à prendre, et on ne pouvait pas non raconter d'histoires, d'autant que j'étais entouré des experts du CEA. Bien. Mais aussi pour une autre raison, qui est vraiment fondamentale, nous aurions signé un accord au rabais, mais quelle aurait été la conséquence ? Des pays voisins auraient dit, je pense aux pays de la région, auraient dit : eh bien, vous avez signé un accord, mais il ne va pas du tout empêcher l'Iran d'avoir l'arme nucléaire. Donc nous-mêmes
MARC FAUVELLE
Ce que dit Israël aujourd'hui avec votre accord, sur cet accord
LAURENT FABIUS
Donc nous-mêmes, attendez, donc nous-mêmes, auraient dit ces pays, nous allons nous doter de l'arme nucléaire. Et à ce moment-là, nous aurions eu une région qui aurait été entièrement nucléarisée, ce qui était un danger effrayant. Et donc, ce que j'ai fait par cette attitude de fermeté constructive, c'est de faire en sorte, avec mes collègues, que cet accord soit extrêmement robuste, et nous n'aurions pas signé un accord qui n'aurait pas été robuste. Et concrètement, par rapport à votre question, toutes les dispositions sont prises, y compris de vérifications, pour que dans les quinze ans qui viennent, il soit quelles que soient les intentions de l'Iran impossible qu'elle acquière l'arme nucléaire.
MARC FAUVELLE
Est-ce que cette fermeté, Laurent FABIUS, on va la payer aujourd'hui, à l'heure où l'Iran va rouvrir ses portes aux entreprises occidentales, le vice-chancelier allemand était à Téhéran dès hier
LAURENT FABIUS
Non, non, oui
MARC FAUVELLE
Vous n'y êtes toujours pas allé.
LAURENT FABIUS
Oui, j'y serai la semaine prochaine.
MARC FAUVELLE
Ah, vous nous l'annoncez ce matin !
LAURENT FABIUS
Oui
MARC FAUVELLE
Avec une délégation d'entrepreneurs ?
LAURENT FABIUS
Non, dans un premier temps, j'irai en tant que responsable politique pour mon collègue iranien, monsieur ZARIF m'a invité, il m'avait d'ailleurs invité auparavant, je n'étais pas venu, mais là, je trouve que tout est réuni pour que je m'y rende, et j'aurai des conversations sur tous les sujets avec lui. Alors, pour répondre à votre question, est-ce que les entreprises françaises vont être pénalisées ? La réponse est non. D'abord, parce que nous avons dans le passé eu une présence importante en Iran, et qui a satisfait tout à fait les Iraniens. Ensuite, là où nos entreprises sont excellentes et compétitives, et il y a beaucoup de domaines, les Iraniens, eux, sont des gens très carrés. Et donc je ne vois pas du tout les choses ainsi. Et puis, vous savez, il en est de la vie politique internationale comme la vie tout court, je pense que, on ne perd jamais à se faire respecter.
MARC FAUVELLE
Vous rencontrerez le président ROHANI la semaine prochaine ?
LAURENT FABIUS
Oui.
MARC FAUVELLE
Oui ?
LAURENT FABIUS
C'est prévu.
MARC FAUVELLE
Merci Laurent FABIUS. On vous retrouve dans quelques instants
LAURENT FABIUS
Et je suis ravi d'y aller.
MARC FAUVELLE
Bon, eh bien, on l'aura compris ce matin. On vous retrouve dans quelques instants avec les questions des auditeurs. On vous attend, amis auditeurs de France Inter, au standard : 01.45.24.7000, n'hésitez pas, Laurent FABIUS est là ce matin pour vous répondre notamment. Il est 08h32, c'est l'heure de la revue de presse.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 29 juillet 2015