Texte intégral
Q - Merci, Monsieur le Ministre, d'être avec nous en direct de Téhéran.
Quelle est votre réaction à ce que l'on vient d'entendre ? On sent qu'au-delà de l'accueil officiel, dans la rue, la France et vous-même, Monsieur le Ministre, n'êtes pas les bienvenus. On a entendu ce monsieur qui disait : «Il nous a mis des bâtons dans les roues et maintenant il vient chez nous faire des affaires.». Quelle est votre réponse à ces propos ?
R - L'accueil des hautes autorités a été extrêmement chaleureux. J'ai vu le président de la République, quatre ministres et tous m'ont tenu le même discours : «On veut travailler avec la France.»
Sur l'accord nucléaire, c'est vrai que la position que nous avons prise, le président de la République et moi-même, est une position extrêmement ferme et je l'assume.
Pourquoi ? Parce qu'il s'agissait de la bombe atomique et la bombe atomique, ce n'est pas une babiole et donc il faut être extrêmement sérieux.
Et puis il y avait un autre argument, c'est que si nous voulions que les autres pays de la région ne se dotent pas eux-mêmes de la bombe atomique - ce qui aurait été catastrophique -, il fallait que l'accord soit extrêmement solide. La France a assumé ce rôle et finalement, tout le monde l'a rejointe puisque tout le monde a signé l'accord.
C'est un accord historique, nous avons eu une attitude de fermeté constructive et maintenant nous allons travailler avec l'Iran. Il y a certains points sur lesquels nous avons des différences avec l'Iran, notamment sur l'analyse régionale, mais cela ne doit pas nous empêcher de travailler à la paix, à la sécurité et sur le plan économique.
Q - Le plan économique précisément : cette intransigeance dont vous parliez à l'instant ne pèsera-t-elle pas sur les entreprises françaises ? On sait que 80% de l'économie iranienne est contrôlée par le gouvernement, sans l'aval des politiques, il n'y a pas de contrat. Cela ne nous pénalisera-t-il pas, Monsieur le Ministre ?
R - Je ne le crois absolument pas. D'abord, il y a un principe dans la vie internationale comme dans la vie tout court : on ne perd jamais quand on se fait respecter. Ensuite, les Iraniens jugent sur pièce. Si nos entreprises - et c'est le cas - sont excellentes, compétitives, nous remporterons des marchés économiques. Toute la journée, j'ai vu des ministres dans les secteurs du pétrole, du transport et de l'environnement qui m'ont tous dit : «les entreprises françaises sont excellentes, nous les attendons». Et d'ailleurs, au mois de septembre, il y aura une centaine de chefs d'entreprises qui viendront ici accompagnés de deux ministres, le ministre de l'agriculture et le secrétaire d'État au commerce. Et le président de la République a invité le président iranien M. Rohani au mois de novembre. S'il vient, je suis certain qu'il y aura aussi un accompagnement économique.
Nous n'avons pas signé l'accord nucléaire pour le commerce, c'est une décision stratégique mais la France, pour la première fois depuis 17 ans, est de retour en Iran et c'est une bonne chose.
Q - D'une réponse simple, est-ce un pays ami, l'Iran ?
R - Un pays ami ? C'est un pays de 78 millions d'habitants avec lequel nous avons eu des difficultés mais avec lequel il faut travailler.
Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 3 août 2015