Interview de M. François Rebsamen, ministre du travail, de l'emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social et maire de Dijon à Europe 1 le 19 août 2015, sur sa démission de son poste de ministre du travail et son élection à la mairie de Dijon, les chiffres du chômage et de la croissance économique.

Texte intégral


PATRICK ROGER
L'interview politique d'Europe 1, ce matin je reçois François REBSAMEN, ministre du Travail et maire de Dijon. Bonjour François REBSAMEN.
FRANÇOIS REBSAMEN
Bonjour Patrick ROGER.
PATRICK ROGER
Vous avez bien les deux titres, hein, pour l'anecdote, pendant quelques jours vous allez cumuler.
FRANÇOIS REBSAMEN
Je prépare les dossiers pour mon successeur, je suis en train de rédiger des notes, donc je remettrai à ma démission tout à l'heure au président de la République, après le Conseil des ministres, et après, eh bien c'est lui qui décidera, le temps, je vous dis, de préparer les dossiers, de faire les choses dans l'ordre et de transmettre…
PATRICK ROGER
Vous allez rester encore quelques jours, quoi, c'est ça ?
FRANÇOIS REBSAMEN
C'est ça.
PATRICK ROGER
La publication des chiffres du chômage la semaine prochaine, ça sera pour vous ?
FRANÇOIS REBSAMEN
Oui, je pense.
PATRICK ROGER
Oui.
FRANÇOIS REBSAMEN
Je pense.
PATRICK ROGER
Avec de bons chiffres, peut-être, pour terminer ?
FRANÇOIS REBSAMEN
Eh bien pour le moment, je ne peux pas vous dire, mais je l'espère, bien sûr.
PATRICK ROGER
Honnêtement, s'il n'y avait pas eu cette règle du non-cumul, vous auriez pu rester, non, quand même ? On peut déléguer à distance pour diriger une ville, quand on la connait bien, comme vous, non, Dijon ?
FRANÇOIS REBSAMEN
On peut déléguer, quand on a, comme je l'avais, un premier adjoint qui était devenu maire, comme Alain MILLOT, mon ami, qui est décédé brutalement, et voilà. Et donc j'avais pris un engagement, d'abord j'ai un attachement particulier à cette ville, ça fait 13 ans que je la dirigeais, et j'ai été réélu, et j'ai un attachement à cette ville, c'est ma ville de coeur, et puis j'ai pris un engagement auprès des Dijonnais, cet engagement que j'avais pris, c'est que si Alain MILLOT, pour une raison ou une autre n'était plus maire, je reviendrais et donc…
PATRICK ROGER
Oui, mais François REBSAMEN, les Français…
FRANÇOIS REBSAMEN
On ne peut pas cumuler.
PATRICK ROGER
Oui, on ne peut pas cumuler.
FRANÇOIS REBSAMEN
On ne peut pas cumuler, non.
PATRICK ROGER
Eh bien il y a quelques années, vous n'étiez pas contre, vous l'aviez dit.
FRANÇOIS REBSAMEN
Non, j'étais pour cumuler une fonction exécutive locale, avec un mandat national, disant, on pouvait être sénateur et maire, mais je n'ai jamais prétendu qu'on pouvait être ministre et maire d'une grande ville. Ça a existé, du temps de Nicolas SARKOZY, Alain JUPPE, je crois qu'il était ministres des Affaires étrangères.
PATRICK ROGER
Donc il n'en a pas été question avec Manuel VALLS, quoi.
FRANÇOIS REBSAMEN
Pas du tout, pas du tout. Mais vous savez, ministre du Travail, j'y consacrais entre 12 heures et 16 heures par jour, donc ça laisse peu de temps pour faire autre chose.
PATRICK ROGER
François REBSAMEN, les Français peuvent avoir du mal à comprendre ce matin, quand on est élu politique, c'est pour mener des combats, porter des engagements, et l'un des plus grands aujourd'hui, eh bien c'est la lutte contre le chômage, et vous, vous y êtes, et vous claquez la porte.
FRANÇOIS REBSAMEN
Non, je ne claque pas la porte, je me refuse à cette idée. J'avais pris un engagement auprès des Dijonnais, je tiens mes engagements, on pourrait dire aussi, si on voulait être plus sympathique avec moi, que les politiques ne tiennent pas toujours leurs engagements. Là je tiens mon engagement, de revenir en cas de décès, personne le prévoyait le décès d'Alain MILLOT, et donc, voilà, un maire…
PATRICK ROGER
Oui, mais le ministère du Travail…
FRANÇOIS REBSAMEN
… un maire d'une grande ville, un président d'une communauté urbaine, qui va être une des 13 capitales régionales, c'est aussi un poste important, je voudrais le dire. Evidemment, vu de Paris, ça ne l'est pas de la même manière, mais c'est un poste important, et voilà, j'ai…
PATRICK ROGER
Oui, mais vu de Paris, comme vu de Dijon, l'important aujourd'hui c'est quand même la lutte contre le chômage. C'est la priorité numéro 1 aussi de François HOLLANDE.
FRANÇOIS REBSAMEN
Bien sûr. J'ai fait beaucoup de choses pour préparer la situation, c'est-à-dire dès la reprise économique, tous les dispositifs que l'on a mis en place, vont permettre assez vite d'engranger une baisse du nombre de chômeurs. Evidemment, on dépend de la croissance, tout le monde le sait et l'a compris, d'ailleurs on l'a vu au deuxième trimestre, il y a eu…
PATRICK ROGER
Croissance zéro.
FRANÇOIS REBSAMEN
Oui, mais il y a eu pour la première fois, 27 000 créations nettes d'emplois, 27 000 créations nettes d'emplois, avec des secteurs qui sont toujours fragiles, je cite…
PATRICK ROGER
Beaucoup en contrat précaire, hein, quand même, évidemment.
FRANÇOIS REBSAMEN
En intérim. En intérim, oui mais l'intérim c'est le signe que ça redémarre, en général on avance, et donc on a eu des bons chiffres de croissance au premier trimestre, 0,7 %, et on est exactement dans la moyenne européenne, c'est 0,7 % pour le premier semestre. Donc, si comme les économistes le prévoient, on a une croissance supérieure à 1,2 à la fin de l'année, eh bien avec les dispositifs qu'on a mis en place, c'est-à-dire avec les formations prioritaires pour améliorer l'adéquation entre l'offre et l'emploi et la demande d'emploi, avec ces formations prioritaires, avec ce que l'on a fait pour lutter contre le chômage des jeunes. Je rappelle quand même, c'est une des rares réussites, mais de…
PATRICK ROGER
Oui, mais vous ne serez pas là pour en récolter les fruits.
FRANÇOIS REBSAMEN
Eh bien ça sera mon successeur.
PATRICK ROGER
Parce que certains, du coup, interprètent ça différemment, en se disant que comme François HOLLANDE en a fait une condition sine qua non pour sa nouvelle candidature à 2017, que ça peut être interprété comme le chant des sirènes de la défaite, aussi…
FRANÇOIS REBSAMEN
Non, pas du tout.
PATRICK ROGER
Parce que vous n'allez pas réussir à inverser…
FRANÇOIS REBSAMEN
Et on aura l'occasion de voir que je soutiendrai, de mon poste de Dijon, l'action du président de la République, de François HOLLANDE. Non, pas du tout, c'est… Je quitte ce ministère, en même temps, à regrets, je voudrais le dire ici, c'est un ministère qui n'est pas facile on est en bout de course, je le rappelais, c'est-à-dire c'est nous qui annonçons les chiffres tous les mois, et depuis…
PATRICK ROGER
Vous avez annoncé beaucoup de mauvaises nouvelles, quoi, c'est ça.
FRANÇOIS REBSAMEN
Je signale que depuis Jean-Louis BORLOO, tous les ministres du Travail qui se sont succédé, le chômage a augmenté. Sauf que, avec la croissance, le retour, et les dispositifs que l'on a mis en place, la garantie jeune pour les jeunes, avec les formations complémentaires, je prends l'engagement que si la croissance dépasse 1,2 %, il y aura une baisse effective du nombre de chômeurs.
PATRICK ROGER
Puisque c'est le temps des regrets, est-ce que vous ne regrettez pas aussi que certains ne vous ont pas suivi quand vous avez parlé vrai et sans tabou, comme par exemple allongé la durée de cotisations retraites, par exemple ?
FRANÇOIS REBSAMEN
Je n'ai pas dit ça, j'avais dit que s'il y avait une situation difficile, le Parti socialiste avait pris une position qui était claire, c'était d'allonger au fur et à mesure l'allongement de l'espérance de vie, voilà, c'était tout, mais les dispositifs que j'ai…
PATRICK ROGER
Le contrôle des chômeurs…
FRANÇOIS REBSAMEN
Mais le contrôle des chômeurs, c'est une… ce n'est pas un flicage des chômeurs que je demandais, c'était l'application des droits et des devoirs, c'est-à-dire tout simplement, vous savez, il y a des gens qui décrochent complètement, si on ne s'en préoccupe pas, si on ne va pas les chercher, si on ne leur demande pas pourquoi ils ont décroché, si on ne les remets pas dans un accompagnement intensif, ils ne reprennent jamais la voie du travail. Or, on doit chercher du travail quand on est demandeur d'emploi. Ce n'est pas facile, il y a des tas de raisons qui font qu'on…
PATRICK ROGER
Mais donc il faut engager en fait des réformes. L'extension des zones…
FRANÇOIS REBSAMEN
Oui, mais ça a été fait. Je signale que…
PATRICK ROGER
Sur le dialogue social, notamment.
FRANÇOIS REBSAMEN
Je signale que sur le contrôle des chômeurs, 200 personnes vont être dédiées à cela, pour aller chercher ceux qui aujourd'hui sont loin de tout, qui ont arrêté de chercher, et ça sera à partir du 1er septembre.
PATRICK ROGER
Votre plus grande fierté, ce matin, justement, en quittant ce ministère du travail ?
FRANÇOIS REBSAMEN
Eh bien c'est de me dire qu'en deux ans le chômage des jeunes n'a pas augmenté, il a même légèrement reculé, - 6 000 demandeurs d'emploi, jeunes, au mois de juin, ça c'est une de mes fiertés, et puis la loi sur le dialogue social, qui est une loi de progrès social, qui permettra demain d'avoir une représentation des salariés, et qui a donné de la simplification aux petites entreprises.
PATRICK ROGER
François REBSAMEN, c'est difficile aussi, honnêtement, d'exister à côté de la nouvelle coqueluche du gouvernement, Emmanuel MACRON ?
FRANÇOIS REBSAMEN
Non.
PATRICK ROGER
Non ?
FRANÇOIS REBSAMEN
Non, d'ailleurs je lui ai dit, quand il était ministre de l'Economie j'étais ministre du Travail et de l'Emploi, voilà, j'ai remis les choses au point.
PATRICK ROGER
Est-ce qu'il faut trouver, véritablement, vous trouver un remplaçant, ou est-ce qu'au contraire il faut tout regrouper au sein d'un grand ministère, pourquoi pas, justement, autour d'Emmanuel MACRON ?
FRANÇOIS REBSAMEN
Moi, ça c'est le choix du président de la République. Voilà. Tout à l'heure, je remets ma démission au président de la République, j'ai quelques jours, une semaine ou deux, pour faire la transmission des dossiers et préparer, parce qu'il y aura une grande conférence sociale les 19 et 20 octobre prochains, j'avais commencé les consultations, il faut que je rédige les notes pour mon successeur ou la personne qui va me succéder.
PATRICK ROGER
Oui, le successeur ou la personne, mais c'est vrai que le ministère du Travail, parfois on peut manquer peut être de prérogatives, parce qu'il y a le ministère de l'Economie des Finances, et on ne peut pas mener en fait ces batailles librement. Est-ce que vous pourriez donner ce conseil à François HOLLANDE peut être, plutôt que de vous trouver un successeur, regrouper pour cette dernière bataille ?
FRANÇOIS REBSAMEN
Je vois ce que vous voulez me faire dire, mais ça sera son choix, ça sera son choix. Je pense que le ministère du Travail, de l'Emploi, de la Formation professionnelle, et du Dialogue social, est un ministère à temps plein.
PATRICK ROGER
A temps plein effectivement, mais avec un ministre, donc c'est ce que vous allez conseiller, un ou une.…
FRANÇOIS REBSAMEN
Ah ! Je ne me permettrais pas de conseiller, je laisse aujourd'hui le président choisir, c'est son rôle.
PATRICK ROGER
Oui ! François HOLLANDE doit penser justement aussi aux prochaines échéances en nommant un successeur, s'il y en a un, l'élargissement par exemple vers Europe Ecologie – Les Verts ?
FRANÇOIS REBSAMEN
Ca, c'est son choix. La chose que j'ai dite et que je maintiens c'est qu'on doit, quand on est ministre du Travail et de l'Emploi, quand on est ministre du Dialogue social - parce que ses contacts sont permanents - on doit être en ligne directe, en lien direct avec le président de la République et le Premier ministre… Voilà ! On doit être en phase avec le président et le Premier ministre.
PATRICK ROGER
Vous étiez en phase ?
FRANÇOIS REBSAMEN
Je le crois !
PATRICK ROGER
Oui ?
FRANÇOIS REBSAMEN
J'en suis sûr.
PATRICK ROGER
Oui ! Jusqu'à la fin ?
FRANÇOIS REBSAMEN
Oui ! Bien sûr.
PATRICK ROGER
Donc dans les 15 jours qui viennent également, c'est ça, on…
FRANÇOIS REBSAMEN
Bien sûr !
PATRICK ROGER
Vous allez vous exprimer ce matin au conseil des ministres ou pas ?
FRANÇOIS REBSAMEN
Si on me donne la parole, oui je m'exprimerai pour dire : « je vais remettre ma démission au président et au Premier ministre dans quelques instants ».
PATRICK ROGER
Et puis un peu votre sentiment.
FRANÇOIS REBSAMEN
Mon sentiment, eh bien je vous l'ai dit, il y a des fiertés et puis j'ai des regrets, j'en ai un, dans la loi sur le dialogue social nous créons le Compte personnel d'activités qui va être une grande avancée sociale pour l'ensemble des salariés, c'est une idée que je porte depuis très longtemps et le regret que j'ai c'est que je ne pourrai pas la mettre en oeuvre, mais j'y participerai dans le débat d'idées pour la faire avancer.
PATRICK ROGER
Oui ! Stéphane LE FOLL, qui est en ce moment en train de s'occuper de la crise agricole, pourrait être un bon successeur aussi ?
FRANÇOIS REBSAMEN
Il est dans la crise agricole, il y est pleinement engagé, et il a dit hier qu'il n'envisageait pas de faire autre chose que de s'occuper de la crise agricole en ce moment. C'est une triple crise, vous le savez : porcine, bovine, ovine, et donc il y a un problème dans ce pays avec l'agriculture française telle qu'elle est, les investissements qui n'ont pas été faits souvent et donc il s'en occupe tous les jours et même toutes les heures je peux vous dire…
PATRICK ROGER
Le même problème que vous avez peut-être…
FRANÇOIS REBSAMEN
C'est un très bon ministre de l'Agriculture je dois dire.
PATRICK ROGER
Oui ! Le même problème peut-être que vous rencontrez aussi avec des charges trop lourdes encore pour les entreprises comme dans le secteur ?
FRANÇOIS REBSAMEN
Mais on a simplifié la vie des entreprises ! Le principal handicap que rencontrent les petites entreprises c'est la lourdeur administre. Ce qu'ils veulent les entreprises c'est des carnets de commandes qui sont pleins, ce n'est pas des baisses de charges, ils ne courent pas toujours après les baisses de charges contrairement à ce qu'on peut croire - c'est les grands libéraux qui disent ça – mais ce qu'ils veulent c'est un carnet de commandes et puis une vie administrative plus simple. C'est ce que j'ai essayé de faire ! Je l'ai fait à travers des mesures pour l'apprentissage, j'ai simplifié l'accès à l'apprentissage ; j'ai pris des mesures de simplification sur le dialogue social; j'ai pris des mesures de simplification pour le Compte de pénibilité, il n'y aura pas de fiche individuelle de suivi journalier…
PATRICK ROGER
Alors là vous êtes dans l'inventaire, dans le bilan en fait, en partant.
FRANÇOIS REBSAMEN
Eh bien oui, c'est un peu ça, c'est un peu le jeu.
PATRICK ROGER
Et est-ce que vous faites une croix définitive sur un ministère, puisque vous retournez à Dijon, maintenant ?
FRANÇOIS REBSAMEN
Ecoutez ! Je vais être, comme j'étais…
PATRICK ROGER
C'est fini pour vous ?
FRANÇOIS REBSAMEN
Comme j'étais ministre à plein temps, je serai maire à plein temps oui.
PATRICK ROGER
Merci François REBSAMEN…
FRANÇOIS REBSAMEN
C'est moi qui vous remercie.
PATRICK ROGER
D'être venu ce matin sur Europe 1 pour votre dernière interview avant de remettre votre démission tout à l'heure en conseil des ministres.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 19 août 2015