Interview de M. François Rebsamen, ministre du travail, de l'emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social à France-Info le 27 août 2015, sur les chiffres du chômage en juillet 2015 et le remaniement ministèriel.

Texte intégral


INTERVENANTE
Votre invité politique, Jean-François ACHILLI, est donc toujours ministre du Travail ?
JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Bonjour François REBSAMEN…
FRANÇOIS REBSAMEN
Bonjour Jean-François ACHILLI.
JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Et merci de venir enterrer votre vie de ministre sur France Info ce matin.
FRANÇOIS REBSAMEN
Mais je n'enterre rien !
JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
1.900 chômeurs en moins en juillet en catégorie 1, ceux qui ne travaillent pas du tout – vous m'arrêtez si je dis une bêtise – mais le chômage progresse dans les autres catégories B et C, ceux qui ont partiellement travaillé dans le mois. Faut-il se réjouir de cette, pardon, légère baisse ?
FRANÇOIS REBSAMEN
Je vais dire les choses tout à fait clairement ! J'avais annoncé que l'année 2015 serait meilleure que l'année 2014, le deuxième trimestre en France a vu la création de 27.000 emplois nets, création nette d'emplois, donc c'est un mouvement important, il ne s'était pas produit depuis 2011, donc notre économie recrée de l'emploi et, donc, il fat que cela continue…
JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Enfin c'est niché quand même, c'est très léger ?
FRANÇOIS REBSAMEN
Ah ! Non, 27.000 créations d'emploi en un trimestre. Alors il y a des secteurs qui sont encore fragiles, on pourrait les citer, l'industrie - oui depuis 2000 on supprime de l'emploi dans l'industrie – et puis la construction, mais pour le secteur marchand, pour le tertiaire ça se développe. Donc, le résultat c'est une légère baisse, une stabilisation on va dire, une baisse du nombre d'inscrits en catégorie A et j'en profite puisque vous me tendez la perche la catégorie C, les demandeurs d'emploi en catégorie C, ce sont des gens qui travaillent plus d'un mi-temps par mois…
JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Oui !
FRANÇOIS REBSAMEN
C'est-à-dire ils sont considérés comme des travailleurs à mi-temps ou plus, c'est plus 78 heures ; et je vais même vous dire quelque chose sur le million cent de personnes qui sont inscrites à Pole Emploi en catégorie, il y en a 400.000 qui travaillent à temps plein, donc cette catégorie-là c'est une catégorie à part. Prenons la catégorie A, qui sont des gens qui sont demandeurs d'emploi, qui n'ont pas d'activité, et là elle est baisse… Voilà ! Elle était en très légère augmentation le mois dernier, donc on assiste à cette stabilisation et, si l'économie continue de se développer comme elle l'a fait au premier semestre, eh bien on verra la décrue s'amorcer.
JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Ah ! Bon, vous pensez vous que ça va continuer dans ce sens-là ?
FRANÇOIS REBSAMEN
Bien sûr ! Bien sûr, les indicateurs aujourd'hui sont ouverts pour notre économie : les chefs d'entreprises connaissent ce qu'il faut pour embaucher, à savoir la stabilité, de la visibilité, de l'activité, pas dans tous les secteurs mais dans nombre de secteurs, ça donne de la confiance et, donc le Pacte de responsabilité a été confirmé - et de solidarité - par le Premier ministre, il va y avoir des baisses d'impôts au mois de septembre pour soutenir la consommation… Donc, voilà, je…
JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Parce qu'en fait les signaux ne sont pas très positifs aussi, regardez la croissance a été nulle au deuxième trimestre, le chiffre communément admis c'est… on dit trois millions et demi, allez même plus, cinq millions de chômeurs en France toutes catégories…
FRANÇOIS REBSAMEN
Mais non ! Non, non.
JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Oui ! C'est ce que vous disiez à l'instant, vous avez corrigé ça.
FRANÇOIS REBSAMEN
Oui ! Il y a trois millions et demi de demandeurs.
JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Donc, trois millions et demi…
FRANÇOIS REBSAMEN
C'est déjà suffisamment important !
JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
C'est énorme !
FRANÇOIS REBSAMEN
Oui ! Bien sûr, c'est 10 % de la population active en France métropolitaine qui est au chômage. Ca a légèrement baissé, je me permets de le dire, c'était 10,1 % au début de l'année…
JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Vous partez sur une bonne nouvelle, en fait ?
FRANÇOIS REBSAMEN
Je pars sur ce que je pensais, à savoir une stabilisation et une baisse du chômage parce que l'activité est repartie.
JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Vous êtes un ministre du Travail intérimaire, comme l'a dit Emmanuel CUGNY, notre économiste ce matin – ça vous a fait sourire j'espère en l‘entendant…
FRANÇOIS REBSAMEN
Oui ! Bien sûr.
JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Qu'est-ce qu'il faut faire ? Vous restez jusqu'à quand en fait, vous avez une date limite ?
FRANÇOIS REBSAMEN
Pour le moment je fais ce que m'a demandé le président de la République - vous savez que je lui ai remis ma démission – et il m'a demandé de préparer les dossiers, de continuer les rendez-vous que j'avais pris, pour transmettre les dossiers à mon successeur ou à la personne qui va me succéder…
JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Justement ! Justement, justement, François REBSAMEN…
FRANÇOIS REBSAMEN
Donc, c'est ce que je fais. Par exemple je prépare la conférence sociale, je rencontre les partenaires sociaux, je fais mes dossiers, je rédige des notes et je transmettrai tout cela dans quelques jours à la personne…
JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Vous le maximum c'est le 9 septembre, c'est ça ?
FRANÇOIS REBSAMEN
Oui ! Pourquoi j'ai dit le 9 septembre ? Parce que…
JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Oui ! Vous l'avez dit, oui.
FRANÇOIS REBSAMEN
Il y a un délai d'un mois habituel ! Quand on est nommé ministre et qu'on est député on a un mois pour choisir, donc j'ai été élu, réélu maire de Dijon le 10 août, le 9 septembre, un mois ça me semble un délai raisonnable.
JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Qui pour vous succéder à la tête de ce ministère ? Ecoutez, franchement, c'est vraiment un ministère de m....
FRANÇOIS REBSAMEN
Difficile !
JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
De mauvaises nouvelles ?
FRANÇOIS REBSAMEN
Difficile ! Difficile, difficile, je vois ce que vous voulez dire de mauvaises nouvelles.
JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
De mauvaises nouvelles.
FRANÇOIS REBSAMEN
Pas forcément de mauvaises nouvelles, la preuve nous avons des bonnes nouvelles. Et puis il y a un travail qui a été fait et qui va porter ses fruits., la loi sur le dialogue social, la simplification de la vie des entreprises que j'ai entreprise à la demande du Premier ministre, tout cela c'est effectif dans la vie des entreprises, ça facilite la vie des entreprises, il faut simplifier le plus possible la vie des entreprises.
JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Oui ! Mais Manuel VALLS a dit dans sa tribune, qui a été publiée par Les Echos, qu'il fallait de nouvelles réponses à inventer en matière de travail, on a l'impression que c'est un chantier qui est encore quasiment vierge, qu'il faut une sorte de révolution dans le travail en France ?
FRANÇOIS REBSAMEN
Moi je ne crois pas ! Je vous dis ma sensibilité et ma certitude aujourd'hui, je ne crois pas par exemple à ce débat sur le nombre de pages du Code du travail – ce qu'on entend communément – comme si le fait d'enlever quelques pages allait créer de l'emploi, non, ce que je crois c'est qu'on peut simplifier encore la vie des entreprises - c'est ça qu'ils ont besoin les chefs d'entreprise - ils attendent une chose c'est que ça soit simple, facile, que ça aille vite et donc là, effectivement, notre pays produit trop de normes, il produit trop de normes et ces normes après il faut les contrôler et donc tout cela ralentit l'activité.
JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Donc, ça, c'est un chantier à venir ?
FRANÇOIS REBSAMEN
C'est un vrai chantier ! Il est commencé.
JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Oui ! François REBSAMEN, qui pour vous succéder à la tête de ce ministère ? Je sais bien que vous n'allez pas nous donner le nom qui est dans le chapeau, vous avez peut-être une idée...
FRANÇOIS REBSAMEN
Il n'y a que le président de la République qui sait !
JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Qui sait ! Bon.
FRANÇOIS REBSAMEN
Qui sait ! Oui.
JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Emmanuel MACRON, puisque ce nom est régulièrement cité, ça serait une bonne idée selon vous…
FRANÇOIS REBSAMEN
Non ! Je ne veux pas…
JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Ou pas, vous avez un avis ?
FRANÇOIS REBSAMEN
Moi j'ai défini ce que je crois, mais c'est un choix du président de la République, je crois que pour occuper le poste que j'occupe il faut avoir comme on dit la ligne directe avec le président de la République et le Premier ministre, c'est-à-dire il faut être en phase, il faut être en phase avec les orientations de la politique économique qu'a défini le président de la République, c'est mieux, c'est mieux quand même.
JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Donc être en phase, peut-être être installé à Bercy aussi pour avoir un regard sur l'économie ?
FRANÇOIS REBSAMEN
Ah ! Ca, c'est vous que le dites.
JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Ah ! J'essaie de compléter le portrait vous savez.
FRANÇOIS REBSAMEN
Je ne crois pas ! C'est un vrai portefeuille ministre du Travail, ministre de l'Emploi, ministre de la Formation professionnelle et du Dialogue social, vous savez le dialogue social c'est quand même la clé, la vitalité de la démocratie sociale dans ce pays.
JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Parce que Jean-Christophe CAMBADELIS, le Premier secrétaire du Parti socialiste, dit que monsieur MACRON ne peut pas tout faire, grosso modo…
FRANÇOIS REBSAMEN
C'est vrai !
JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Il a beaucoup de travail ?
FRANÇOIS REBSAMEN
Personne ne peut tout faire, il a raison Jean-Christophe CAMBADELIS.
JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Monsieur MACRON d'ailleurs qui n'ira pas à La Rochelle au fait, au passage, je vous pose la question : est-ce que c'est normal que le ministre de l'Economie du gouvernement en place n'aille pas aux Journée d'été du Parti socialiste ?
FRANÇOIS REBSAMEN
Moi je n'ai pas organisé, je n'essaie pas de ne pas vous répondre mais je n'organise pas les Journées du Parti socialiste à La Rochelle, je pense que s'il y avait un atelier avec Emmanuel MACRON il n'y aurait pas de problème particulier.
JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Cette gauche vous apparait divisée aujourd'hui, François REBSAMEN, regardez nous sommes jeudi et vous avez d'un côté les réformistes, de l'autre les frondeurs si je puis dire qui se réunissent séparément avant même La Rochelle ?
FRANÇOIS REBSAMEN
Les socialistes ne sont pas si divisés que cela, j'allais même dire qu'au niveau de la ligne économique ils sont aujourd'hui des réformistes de gauche assumés, des socio-démocrates assumés, après qu'il y ait des demandes un peu supérieures pour soutenir la consommation ou qu'il y ait des…
JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
C'est le curseur ! Mais…
FRANÇOIS REBSAMEN
Oui ! Donc, ça, un des débats qu'on doit avoir. Ce n'est pas les divisions…
JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Il y a quand même de sacrés antagonismes !
FRANÇOIS REBSAMEN
Ce n'est pas les divisions de la droite où l'on voit un Premier ministre qui, un ancien Premier ministre pardon, qui déclarait le pays en faillite il y a sept ans, qui dit : « il est presque en faillite », eh bien franchement ça fait sourire, un ex-président de la République qui aujourd'hui croit qu'on peut tout réformer alors qui n'a pas fait les choses quand il était là, c'est-à-dire dans le bon sens, c'est-à-dire le dialogue social, par le dialogue social…
JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Qui ? Vous parlez de qui-là, de monsieur JUPPE, de monsieur FILLON, je vous donne…
FRANÇOIS REBSAMEN
Vous voyez entre SARKOZY, JUPPE, FILLON…
JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Voilà ! C'est des noms.
FRANÇOIS REBSAMEN
C'est des lignes très différentes. Alors c'est vrai que la gauche doit se rassembler, vous avez raison, la gauche doit se rassembler, notamment à l'occasion des Elections régionales et notamment dans les Régions où il y a une menace du Front national.
JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Justement François REBSAMEN, justement division à gauche, François de RUGY ce matin vraisemblablement claque la porte d'Europe Ecologie – Les Verts…
FRANÇOIS REBSAMEN
Oui ! J'ai vu ça.
JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Commentaire.
FRANÇOIS REBSAMEN
J'ai vu que François de RUGY partait. C'est un réformiste écologiste qui ne veut pas laisser, je crois avoir compris les choses comme ça, une partie de l'extrême gauche dans Europe Ecologie – Les Verts empêchait les accords à gauche et je pense que c'est un rassembleur François de RUGY, il veut combattre le Front national dans les Régions, donc il veut le rassemblement et moi aussi je veux rassembler, il faut qu'on se rassemble.
JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Avant de vous quitter François REBSAMEN, pour finir, une question plus personnelle, est-ce que vous êtes soulagé de partir, de quitter le gouvernement et de vous replier sur Dijon ?
FRANÇOIS REBSAMEN
Premièrement, je dois dire – mais bon c'est difficile à expliquer parce que je vois bien les commentaires – on me dit je déserte, non je ne déserte pas, je suis triste de quitter ce ministère, parce que c'est un ministère important, attachant, parce que les liens que j'ai pu avoir avec les partenaires sociaux sont très importants, parce que ma loi sur le dialogue social que j'ai fait prendre – et dont personne ne parle ou pas assez – est une loi de progrès social qui va marquer les relations sociales, donc je suis triste de quitter ce ministère. Mais, en même temps, je suis heureux d'aller à Dijon parce que j'ai été élu par les Dijonnais et donc… Ecoutez ! Je le dis parce que je crois qu'il y a encore des gens qui ne le savent pas, le maire de Dijon est décédé dans des conditions dramatiques très rapidement, et donc voilà moi j'ai été élu par les Dijonnais, donc je me devais de le faire… Voilà ! Et, en plus, Dijon c'est ma ville de coeur tout le monde le sait et… Voilà ! J'ai été élu trois fois à Dijon et donc je retourne à Dijon, mais je suis triste de quitter ce ministère, je le dis.
JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Merci à vous François REBSAMEN.
FRANÇOIS REBSAMEN
Merci.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 27 août 2015