Texte intégral
Mesdames et Messieurs,
Mon ami Manuel Pulgar-Vidal, le président de la COP20, a dû partir. Il m'a demandé de bien vouloir l'excuser auprès de vous. Je voudrais rappeler que cette réunion informelle accueillie à Paris est à l'initiative à la fois du Pérou et de la France, de la présidence de la COP20 et de la COP21, puisque nous avons décidé de travailler ensemble.
Nous sommes réunis, pendant deux jours, soit 57 pays et 40 ministres. Toutes les régions du monde et tous les groupes de négociation sont représentés. Ce sont des consultations ministérielles informelles. Ce sont les deuxièmes que nous organisons. Déjà au mois de juillet, nous l'avions fait. C'est un processus inédit qui a été salué par tout le monde. Comme vous le savez, c'est un processus assez complexe. Le texte doit être préparé pour la COP et par un groupe appelé ADP, qui se réunit à Bonn avec les négociateurs, mais il est indispensable que les ministres puissent également confronter leur point de vue, faire avancer un certain nombre de sujets pour que tout cela converge. Nous partons de l'idée que l'accord de Paris se construit avant Paris.
Comme c'était le cas au mois de juillet, cette réunion a servi à identifier des zones de convergence sur les grandes questions politiques du futur accord et d'impliquer les ministres représentatifs de la diversité des pays du monde avant même la COP. Tous les collègues ministres présents ont fait l'effort de rentrer dans le vif du sujet. Ils ont tous rappelé l'urgence d'avoir, en octobre, un texte clair et concis qui permette de négocier sur les points politiques clés et d'arriver à Paris en ayant déjà traité un certain nombre de grands sujets.
Pour qu'il n'y ait pas d'ambigüité, ce que nous avons fait durant ces deux jours, ce n'est pas un cadre de négociation alternatif mais ce sont des échanges politiques entre ministres. Ces échanges politiques définissent les priorités et les lignes rouges de chaque pays et de chaque groupe et vont nourrir l'identification des compromis qui sont indispensables. Il n'y a pas de conclusions formelles, mais Laurence Tubiana m'aide énormément dans tout cela en envoyant une espèce d'aide-mémoire qui permet à chacun - présent ou non - de savoir quels sont les points sur lesquels nous avons convergé. Le Pérou et la France font les efforts nécessaires pour assurer la transparence - c'est indispensable - et le caractère inclusif de ces consultations.
Nous avons traité essentiellement de ce que l'on appelle les moyens de mise en oeuvre ainsi que des questions qui concernent l'adaptation et les pertes et dommages. Je ne vais pas entrer dans tous les détails. Je dirai que sur les questions d'adaptation - puisque vous êtes des spécialistes de ces sujets -, ce qui a frappé les uns et les autres, c'est que désormais la question de l'adaptation et la question dite de l'atténuation sont placées sur le même rang par les différentes délégations. Ceci va se traduire dans l'Accord de Paris.
De la même façon, même s'il y a encore des discussions sur telle ou telle place à accorder, la question des pertes et dommages qui, dans le passé, avait soulevé beaucoup de controverses apparaît maintenant beaucoup plus consensuelle, même si, encore une fois, il y a un certain nombre de sujets précis à traiter.
Nous avons parlé de la question financière, des financements et il a été rappelé par les uns et par les autres, sans exception, que l'engagement des 100 milliards de dollars par an en 2020 devait être respecté. Vous savez sans doute que les présidences française et péruvienne ont demandé à l'OCDE, en collaboration avec CPI («Climate Policy Initiative»), de donner une vraie clarté sur les chiffres et sur les méthodologies qui permettent d'obtenir ces chiffres. Il faut en effet, si nous voulons éviter des débats infinis, que nous ayons une étude très claire et incontestable sur où nous en sommes en matière de financement public, parapublic et privé.
L'OCDE nous a fait part de l'état de ses réflexions et présentera à Lima, au mois d'octobre, lors de la réunion du Fonds monétaire et de la Banque mondiale, à l'initiative du Pérou et de la France, un rapport qui permettra de situer exactement où nous sommes. Du même coup, cela donnera de la crédibilité à l'engagement et à la trajectoire que nous devons choisir pour aller vers les 100 milliards de dollars par an en 2020. Car s'il y a des contestations permanentes sur les chiffres, évidemment, cela rend la discussion très difficile.
Donc, à Lima, le 9 octobre, nous examinerons ensemble ce qui a été fait depuis Copenhague dans ce domaine pour en avoir une vision partagée et bien cerner ce qui reste à faire. Cela nous permettra d'avoir un dialogue confiant et constructif pour élaborer un accord de Paris qui soit à la fois équitable, durable et qui permettra aux financements climat dans leur ensemble de continuer à croître de manière transparente et prévisible. Évidemment, cela a suscité beaucoup d'intérêt de la part des uns et des autres. Pour alimenter davantage encore leurs réflexions, j'ai demandé à deux personnalités de venir plancher devant l'ensemble des délégués : d'une part, le nouveau président de la Banque africaine de développement ; d'autre part, Mme Gabriela Ramos qui, à l'OCDE, suit le sujet dont il s'agit.
De la même façon, nous avons discuté des capacités des transferts de technologies pour voir comment on pouvait lier les contributions - les fameuses INDC -, les financements et les technologies. Je n'entrerai pas plus dans le détail mais je voudrais tirer deux ou trois leçons générales.
La première, c'est pour dire que les participants nous ont dit leur satisfaction du déroulement de ces deux journées de travail intense. C'est un excellent complément avec la session de Bonn. Je crois que ce n'était pas une formule de politesse mais quelque chose de ressenti. C'est la première fois, dans l'histoire des COP, qu'il y a ces cessions informelles, très représentatives, qui apprennent à se connaître, à travailler sur le fond. Tout cela a été extrêmement apprécié, en particulier parce que nous avons choisi des questions majeures. La dernière fois, c'était la question de l'ambition et de la différenciation ; cette fois-ci, la question des financements, des technologies et de l'adaptation. On est vraiment au coeur des sujets difficiles. Ce qui m'a frappé au long de ces discussions, c'est l'ambition qui se dégage des interventions et l'esprit de compromis qui, espérons-le, va permettre, le 11 décembre prochain, de répondre à l'attente de centaines de millions de personnes dans le monde qui souhaitent que nous puissions résoudre ce défi majeur pour l'humanité.
Ce qui m'a aussi frappé, c'est la volonté de tous ceux qui sont intervenus de disposer rapidement d'un texte court. Ce sera donc le cas ; les co-présidents de l'ADP s'y sont engagés, au début du mois d'octobre, pour que l'on puisse vraiment travailler sur une base de négociation. J'ai par ailleurs annoncé que la France organisera - et je la présiderai - une pré-COP, large, dans la première quinzaine de novembre, pour pouvoir traiter de sujets qui, le cas échéant, n'auraient pas encore été traités.
Il y aura donc toute une série de réunions, en particulier des réunions très importantes qui vont avoir lieu à l'Assemblée générale des Nations unies, à la fin du mois de septembre. Il y aura au mois d'octobre la réunion de Lima sur les financements. Il y aura, dans la deuxième quinzaine d'octobre, la réunion ADP à Bonn qui va permettre d'examiner le texte qui aura été soumis par l'ADP au début du mois d'octobre. Et Il y aura, dans la première quinzaine de novembre, la pré-COP à Paris.
Tout cela devrait nous permettre - je l'espère en tout cas et c'est le sens de nos décisions - d'arriver à Paris avec vraiment un travail de fond fait sur l'ensemble des sujets. Il restera certainement des sujets à trancher - je salue Christiana Figueres qui est l'âme de tous nos travaux et que je remercie - mais ce calendrier va permettre de traiter l'ensemble des sujets sur le fond.
Je vous confirme également que nous inviterons les chefs d'État et de gouvernement qui souhaiteront s'exprimer au début de la COP, afin qu'ils lancent l'impulsion politique nécessaire à un succès, avant que les négociations aient lieu pour permettre, espérons-le, le 11 décembre, d'aboutir au succès.
En bon français, nombreux sont ceux parmi les délégués, les ministres, qui ont repris l'expression que j'avais utilisée : Paris doit être un «turning point», un point tournant puisque ce sera - si nous réussissons et c'est indispensable - la première fois qu'un accord universel, légalement contraignant, aura été passé, permettant de ne pas dépasser les deux degrés d'élévation de la température liée aux gaz à effet de serre. En même temps, la Conférence de Paris ne résoudra pas toutes les questions, il faudra que les mécanismes soient créés à Paris pour permettre, ensuite, au fur à mesure du temps, de résoudre les questions qui n'ont pas été résolues.
Ces deux jours, je pense, ont été utiles et nous sommes donc maintenant dans la dernière ligne droite. Nous engageons ce travail avec beaucoup d'énergie et d'espérances.
Q - Vous avez parlé de la pré-COP. Est-ce que vous pourriez préciser à quel niveau ? Est-ce que cela va être au niveau des ministres, au niveau des négociateurs ? D'autre part, pour le rapport que vous allez recevoir de l'OCDE : si jamais ils vous disent que vous n'allez pas avoir ces 100 milliards, qu'est-ce que vous pourrez faire à ce moment ?
R - Sur la pré-COP, c'est une tradition ; mais elle est plus ou moins large. Là, il s'agit d'inviter le ministre ou les négociateurs d'une façon très large, très représentative des différents pays pour traiter des sujets qui n'auraient pas encore été réglés. Nous préciserons les choses au fur et à mesure du temps.
Concernant le rapport commandé à l'OCDE, qui vise à la fois la vérification des chiffres et la méthodologie, il a pour objet de situer les efforts qui ont été faits depuis Copenhague. D'une manière très concrète, il dira avec une méthodologie incontestable, en prenant les derniers chiffres - ceux de 2014 et, si possible, de 2015 - ce qui est fait en matière de climat par les gouvernements sur le plan public ; ce qui est fait par les banques multilatérales ; ce qui est fait par le secteur privé. Cela permettra de dégager une tendance et de voir si nous sommes en ligne avec cet objectif des 100 milliards de dollars par an en 2020 ou s'il y a des efforts supplémentaires à faire. C'est un travail absolument indispensable parce que sinon des discussions peuvent avoir lieu. Certains diront qu'ils sont en-dessous de l'objectif et d'autres diront qu'ils sont au-dessus.
Il faut vraiment qu'il y ait un travail tout à fait incontestable qui soit fait. L'OCDE, organisme renommé, s'est donné les moyens pour le faire. Cela permet de prendre, à la fois pour les gouvernements, pour les banques multilatérales et pour le secteur privé, des orientations pour arriver à cet objectif des 100 milliards.
Q - Vous êtes très présent dans la presse étrangère. Votre soi-disant querelle avec Mme Royal est très présente dans le monde entier : comment avez-vous structuré le travail du gouvernement ? Qui, à part vous, travaille sur la COP en France ?
R - Le président de la République est évidemment en première ligne. Non seulement parce que c'est sa fonction de chef de l'État mais parce qu'il est personnellement très investi. D'ailleurs à l'Élysée, le 10 septembre prochain, sera présenté d'un point de vue très matériel, le déroulement même de la COP. Le président de la République est le chef de file. C'est lui qui m'a demandé de déposer la candidature de la France pour accueillir la COP21. Ensuite, l'ensemble du gouvernement contribue à ce que cela se passe bien. Pour ce qui concerne mon propre rôle, je suis chargé par le président de coordonner la préparation de la COP21 et de la présider. C'est quelque chose d'un peu particulier. En fait, je ne serai président que le jour où la COP commencera mais, évidemment, il faut travailler auparavant. Il n'y a pas d'ambigüité.
En ce qui concerne les différents membres du gouvernement, chacun dans son secteur agit au maximum pour que cela se passe bien. Ségolène Royal a une responsabilité particulière puisqu'elle est ministre de l'environnement, de l'écologie. Elle défend les positions de la France dans ce domaine - Ce n'est pas moi qui les défends, je préside l'ensemble de la COP. Elle le fait au nom de la France, à l'intérieur de l'ensemble européen.
S'agissant des positions de la COP, c'est l'Union européenne, en l'occurrence la présidence luxembourgeoise et le commissaire Canete, qui harmonisent ces positions. Évidemment, Ségolène Royal, compte-tenu à la fois de son intérêt pour ce sujet et de sa connaissance du sujet, est très active. Ne croyez pas tout ce que vous lisez dans les journaux. Les choses se passent très bien et il n'y a pas de difficultés particulières.
Q - (inaudible)
R - D'une part, comme vous venez de le souligner, c'est quelque chose qui n'est pas suffisamment connu. On est dans une procédure ONU et, dans cette procédure, c'est au sein d'un organisme, l'ADP, qui siège à Bonn périodiquement que les négociations ont lieu. Cristiana Figueres connaît cela admirablement puisqu'elle en assure le secrétariat.
Dans ce groupe ADP, l'ensemble des pays sont représentés. Parfois, c'est un peu difficile à comprendre. Nous, nous disons que c'est le ministre qui donne ses instructions aux négociateurs, et nous n'imaginons pas qu'il puisse y avoir des différences de position entre le ministre et les négociateurs, mais cela se passe parfois différemment. Ce groupe ADP, avec ses deux co-présidents, algérien et américain, a pour charge de préparer le texte. Ils ont fait plusieurs réunions. Leurs journées de travail ne sont pas extensibles à l'infini et il y a eu un très gros travail à faire parce qu'ils sont partis d'un texte qui était extrêmement vaste et on dirait assez en fouillis. Ils l'ont mis en ordre - cela a pris du temps - et, maintenant, à la dernière réunion qu'ils ont eue, ils ont reçu le mandat de faire un texte beaucoup plus court. La longueur qui est citée en général, c'est une vingtaine de pages. On passe donc de 100 pages, 80 pages à une vingtaine de pages. Et il n'y a pas quatre options sur chaque sujet ; ou bien il n'y a pas d'options du tout ou bien il y a deux options entre lesquelles les différents négociateurs devront choisir. Ils se sont engagés, d'une part, à rendre public au début du mois d'octobre un texte d'une vingtaine de pages qui donne la base de la négociation. Ensuite, dans la deuxième quinzaine d'octobre, lorsqu'ils vont se réunir avec les 196 négociateurs, ils doivent aboutir à un document à partir de leur projet de texte.
Et puis il y aura la réunion de la pré-COP - c'est autre chose, ce sont les ministres. Ensuite, ils doivent - c'est ainsi que tout cela est juridiquement conçu, même si cela paraît un peu compliqué - entrer un texte dans la COP même. À un moment, ils me remettent, en tant que président de la COP, le texte auquel ils sont parvenus. Ensuite, il y a d'autres arbitrages à faire entre ministres.
C'est une procédure assez complexe mais qui est celle qui a été décidée par les Nations unies. Ce qui leur a été demandé par tous les collègues qui étaient présents aujourd'hui - tout en mesurant la difficulté - c'est de leur dire : «Chers Amis co-présidents, maintenant il faut produire un texte qui soit beaucoup plus court et qui ne comporte pas cinq options à chaque fois». C'est leur tâche - qui est compliquée - et ils vont s'y atteler entre maintenant - nous sommes au début septembre - et le début du mois d'octobre. Ensuite, il y aura la réunion d'octobre qui durera plusieurs jours où ils doivent aboutir au maximum de compromis sur ces textes.
Q - Ce matin à sa conférence de presse le président Hollande a parlé du sursaut nécessaire. Pouvez-vous revenir sur ce sursaut nécessaire afin de parvenir à un accord - c'est pour surmonter quoi et quelles sont les difficultés du moment à votre avis ?
R - Je pense que le président faisait allusion à deux aspects.
Le premier aspect, c'est celui que je viens d'aborder en réponse à la question de votre collègue : c'est que l'on aimerait évidemment un texte ramassé et qui ait déjà tranché pour que les principales options soient présentées rapidement. Il est vrai qu'au cours des derniers mois, des remarques ont été faites à cause même de la procédure qui était longue, lente. Il y a cela à l'esprit mais ce que nous ont assuré les co-présidents de l'ADP, c'est que maintenant ils avaient reçu un mandat qui leur permettait d'aboutir à cela.
Le deuxième aspect auquel le président a fait allusion, c'est l'aspect financier parce que nous avons le sentiment, le président, moi-même et beaucoup d'autres que la question financière sera très importante. Lorsque vous parlez avec des responsables, en particulier des pays pauvres, je pense aux pays d'Afrique, à d'autres, qu'est-ce qu'ils vous disent ? Ils vous disent : «les gaz à effet de serre, nous en émettons très, très peu. Nous sommes les premières victimes de la sécheresse. Nous sommes de bonnes volonté, nous sommes tout à fait d'accord pour faire en sorte que nous puissions améliorer ce que nous faisons en matière de lutte contre le dérèglement climatique, mais où sont les finances, où sont les technologies ?»
Cela pose le problème des 100 milliards, de l'utilisation de ce que l'on appelle le fonds vert. Beaucoup disent : «oui, c'est très bien mais la COP c'est à l'horizon de 2020 et là nous sommes en 2015, qu'est-ce que l'on va faire entre temps ?» Il ne faut pas perdre de temps. Cette question financière doit être traitée très sérieusement, c'est la raison pour laquelle le rapport de l'OCDE sera si nécessaire. Je crois que c'est cela l'idée, à la fois vraiment de donner un coup de collier, de garder un niveau d'ambition élevé et, en même temps, l'esprit de compromis nécessaire.
J'avais dit dans mes propos introductifs, lorsque j'ai reçu mes collègues, qu'il fallait passer du «pas», au «trot», au «galop», parce que moi-même j'étais au siècle dernier, cavalier. Il est vrai que nous avons eu l'année dernière la plus chaude jamais enregistrée. Cette année risque d'être encore plus chaude - le mois de juillet a été particulièrement chaud. Je ne vais pas être long sur ce point, mais il faut comprendre que non seulement les conséquences proprement climatiques sont considérables, mais qu'il y a des conséquences sur les famines, sur le caractère extrême des phénomènes, sur la fonte des glaciers et sur les terres elles-mêmes.
Le président de la République, dans sa conférence, faisait allusion aux difficultés - et il a tout à fait raison - qui sont liées au mouvement de population, lorsqu'il s'agit d'une centaine de milliers de personnes ; évidemment, si les températures continuaient à s'élever, ce ne sont plus une centaine de milliers de personnes qui seront concernées mais une centaine de millions.
Nous allons bientôt nous rendre, avec mon collègue allemand, au Bangladesh. Le Bangladesh est potentiellement et réellement soumis à un régime qui fait qu'une grande partie du territoire peut être complètement submergé avec les dizaines, les dizaines de millions de personnes concernées. Il faut avoir tout cela présent à l'esprit et je pense que l'état d'esprit de tous ceux qui étaient là, c'est qu'il faut se mobiliser pour obtenir un résultat très, très important à Paris au mois de décembre.
Q - Est-ce que les 196 parties seront invitées à la pré-COP de début novembre, ou est-ce que cela sera un périmètre relativement limité ?
R - Nous devons voir cela, l'idée est de faire quelque chose qui soit peut être plus important en nombre qu'une cinquantaine ou une soixantaine. Il est difficile, ne serait-ce que pour des raisons matérielles, d'inviter 195, 196 personnes - je n'ai pas le nombre exact - mais ce sera une réunion qui sera très représentative.
Q - Deuxième précision : l'Iran était représenté...
R - Oui la vice-présidente iranienne, qui est aussi ministre de l'environnement, était là. Je l'avais d'ailleurs déjà rencontrée à Paris et à Téhéran.
Q - On sait ce qui s'est passé au cours de ces derniers mois autour du nucléaire iranien. Quel est leur état d'esprit. Ils sont rentrés de plein pied dans la négociation ?
R - Elle avait et elle a encore insisté dans son intervention, dans notre entretien et ensuite devant tout le monde, en disant que l'Iran était évidemment très concerné par cette question, notamment sur le plan agricole et sur le plan de la sécheresse - ça c'est un aspect. Elle a insisté aussi sur le fait qu'il y avait un effort à faire sur la diversité des technologies, bien sûr sur les technologies renouvelables mais, compte-tenu de ce que l'Iran possède comme ressources qui sont pour une part des énergies fossiles, elle a insisté aussi sur le fait qu'il fallait travailler sur la façon de limiter les émissions de gaz à effet de serre des énergies fossiles. Ce sont les deux points sur lesquels elle a insisté.
Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 24 septembre 2015
Mon ami Manuel Pulgar-Vidal, le président de la COP20, a dû partir. Il m'a demandé de bien vouloir l'excuser auprès de vous. Je voudrais rappeler que cette réunion informelle accueillie à Paris est à l'initiative à la fois du Pérou et de la France, de la présidence de la COP20 et de la COP21, puisque nous avons décidé de travailler ensemble.
Nous sommes réunis, pendant deux jours, soit 57 pays et 40 ministres. Toutes les régions du monde et tous les groupes de négociation sont représentés. Ce sont des consultations ministérielles informelles. Ce sont les deuxièmes que nous organisons. Déjà au mois de juillet, nous l'avions fait. C'est un processus inédit qui a été salué par tout le monde. Comme vous le savez, c'est un processus assez complexe. Le texte doit être préparé pour la COP et par un groupe appelé ADP, qui se réunit à Bonn avec les négociateurs, mais il est indispensable que les ministres puissent également confronter leur point de vue, faire avancer un certain nombre de sujets pour que tout cela converge. Nous partons de l'idée que l'accord de Paris se construit avant Paris.
Comme c'était le cas au mois de juillet, cette réunion a servi à identifier des zones de convergence sur les grandes questions politiques du futur accord et d'impliquer les ministres représentatifs de la diversité des pays du monde avant même la COP. Tous les collègues ministres présents ont fait l'effort de rentrer dans le vif du sujet. Ils ont tous rappelé l'urgence d'avoir, en octobre, un texte clair et concis qui permette de négocier sur les points politiques clés et d'arriver à Paris en ayant déjà traité un certain nombre de grands sujets.
Pour qu'il n'y ait pas d'ambigüité, ce que nous avons fait durant ces deux jours, ce n'est pas un cadre de négociation alternatif mais ce sont des échanges politiques entre ministres. Ces échanges politiques définissent les priorités et les lignes rouges de chaque pays et de chaque groupe et vont nourrir l'identification des compromis qui sont indispensables. Il n'y a pas de conclusions formelles, mais Laurence Tubiana m'aide énormément dans tout cela en envoyant une espèce d'aide-mémoire qui permet à chacun - présent ou non - de savoir quels sont les points sur lesquels nous avons convergé. Le Pérou et la France font les efforts nécessaires pour assurer la transparence - c'est indispensable - et le caractère inclusif de ces consultations.
Nous avons traité essentiellement de ce que l'on appelle les moyens de mise en oeuvre ainsi que des questions qui concernent l'adaptation et les pertes et dommages. Je ne vais pas entrer dans tous les détails. Je dirai que sur les questions d'adaptation - puisque vous êtes des spécialistes de ces sujets -, ce qui a frappé les uns et les autres, c'est que désormais la question de l'adaptation et la question dite de l'atténuation sont placées sur le même rang par les différentes délégations. Ceci va se traduire dans l'Accord de Paris.
De la même façon, même s'il y a encore des discussions sur telle ou telle place à accorder, la question des pertes et dommages qui, dans le passé, avait soulevé beaucoup de controverses apparaît maintenant beaucoup plus consensuelle, même si, encore une fois, il y a un certain nombre de sujets précis à traiter.
Nous avons parlé de la question financière, des financements et il a été rappelé par les uns et par les autres, sans exception, que l'engagement des 100 milliards de dollars par an en 2020 devait être respecté. Vous savez sans doute que les présidences française et péruvienne ont demandé à l'OCDE, en collaboration avec CPI («Climate Policy Initiative»), de donner une vraie clarté sur les chiffres et sur les méthodologies qui permettent d'obtenir ces chiffres. Il faut en effet, si nous voulons éviter des débats infinis, que nous ayons une étude très claire et incontestable sur où nous en sommes en matière de financement public, parapublic et privé.
L'OCDE nous a fait part de l'état de ses réflexions et présentera à Lima, au mois d'octobre, lors de la réunion du Fonds monétaire et de la Banque mondiale, à l'initiative du Pérou et de la France, un rapport qui permettra de situer exactement où nous sommes. Du même coup, cela donnera de la crédibilité à l'engagement et à la trajectoire que nous devons choisir pour aller vers les 100 milliards de dollars par an en 2020. Car s'il y a des contestations permanentes sur les chiffres, évidemment, cela rend la discussion très difficile.
Donc, à Lima, le 9 octobre, nous examinerons ensemble ce qui a été fait depuis Copenhague dans ce domaine pour en avoir une vision partagée et bien cerner ce qui reste à faire. Cela nous permettra d'avoir un dialogue confiant et constructif pour élaborer un accord de Paris qui soit à la fois équitable, durable et qui permettra aux financements climat dans leur ensemble de continuer à croître de manière transparente et prévisible. Évidemment, cela a suscité beaucoup d'intérêt de la part des uns et des autres. Pour alimenter davantage encore leurs réflexions, j'ai demandé à deux personnalités de venir plancher devant l'ensemble des délégués : d'une part, le nouveau président de la Banque africaine de développement ; d'autre part, Mme Gabriela Ramos qui, à l'OCDE, suit le sujet dont il s'agit.
De la même façon, nous avons discuté des capacités des transferts de technologies pour voir comment on pouvait lier les contributions - les fameuses INDC -, les financements et les technologies. Je n'entrerai pas plus dans le détail mais je voudrais tirer deux ou trois leçons générales.
La première, c'est pour dire que les participants nous ont dit leur satisfaction du déroulement de ces deux journées de travail intense. C'est un excellent complément avec la session de Bonn. Je crois que ce n'était pas une formule de politesse mais quelque chose de ressenti. C'est la première fois, dans l'histoire des COP, qu'il y a ces cessions informelles, très représentatives, qui apprennent à se connaître, à travailler sur le fond. Tout cela a été extrêmement apprécié, en particulier parce que nous avons choisi des questions majeures. La dernière fois, c'était la question de l'ambition et de la différenciation ; cette fois-ci, la question des financements, des technologies et de l'adaptation. On est vraiment au coeur des sujets difficiles. Ce qui m'a frappé au long de ces discussions, c'est l'ambition qui se dégage des interventions et l'esprit de compromis qui, espérons-le, va permettre, le 11 décembre prochain, de répondre à l'attente de centaines de millions de personnes dans le monde qui souhaitent que nous puissions résoudre ce défi majeur pour l'humanité.
Ce qui m'a aussi frappé, c'est la volonté de tous ceux qui sont intervenus de disposer rapidement d'un texte court. Ce sera donc le cas ; les co-présidents de l'ADP s'y sont engagés, au début du mois d'octobre, pour que l'on puisse vraiment travailler sur une base de négociation. J'ai par ailleurs annoncé que la France organisera - et je la présiderai - une pré-COP, large, dans la première quinzaine de novembre, pour pouvoir traiter de sujets qui, le cas échéant, n'auraient pas encore été traités.
Il y aura donc toute une série de réunions, en particulier des réunions très importantes qui vont avoir lieu à l'Assemblée générale des Nations unies, à la fin du mois de septembre. Il y aura au mois d'octobre la réunion de Lima sur les financements. Il y aura, dans la deuxième quinzaine d'octobre, la réunion ADP à Bonn qui va permettre d'examiner le texte qui aura été soumis par l'ADP au début du mois d'octobre. Et Il y aura, dans la première quinzaine de novembre, la pré-COP à Paris.
Tout cela devrait nous permettre - je l'espère en tout cas et c'est le sens de nos décisions - d'arriver à Paris avec vraiment un travail de fond fait sur l'ensemble des sujets. Il restera certainement des sujets à trancher - je salue Christiana Figueres qui est l'âme de tous nos travaux et que je remercie - mais ce calendrier va permettre de traiter l'ensemble des sujets sur le fond.
Je vous confirme également que nous inviterons les chefs d'État et de gouvernement qui souhaiteront s'exprimer au début de la COP, afin qu'ils lancent l'impulsion politique nécessaire à un succès, avant que les négociations aient lieu pour permettre, espérons-le, le 11 décembre, d'aboutir au succès.
En bon français, nombreux sont ceux parmi les délégués, les ministres, qui ont repris l'expression que j'avais utilisée : Paris doit être un «turning point», un point tournant puisque ce sera - si nous réussissons et c'est indispensable - la première fois qu'un accord universel, légalement contraignant, aura été passé, permettant de ne pas dépasser les deux degrés d'élévation de la température liée aux gaz à effet de serre. En même temps, la Conférence de Paris ne résoudra pas toutes les questions, il faudra que les mécanismes soient créés à Paris pour permettre, ensuite, au fur à mesure du temps, de résoudre les questions qui n'ont pas été résolues.
Ces deux jours, je pense, ont été utiles et nous sommes donc maintenant dans la dernière ligne droite. Nous engageons ce travail avec beaucoup d'énergie et d'espérances.
Q - Vous avez parlé de la pré-COP. Est-ce que vous pourriez préciser à quel niveau ? Est-ce que cela va être au niveau des ministres, au niveau des négociateurs ? D'autre part, pour le rapport que vous allez recevoir de l'OCDE : si jamais ils vous disent que vous n'allez pas avoir ces 100 milliards, qu'est-ce que vous pourrez faire à ce moment ?
R - Sur la pré-COP, c'est une tradition ; mais elle est plus ou moins large. Là, il s'agit d'inviter le ministre ou les négociateurs d'une façon très large, très représentative des différents pays pour traiter des sujets qui n'auraient pas encore été réglés. Nous préciserons les choses au fur et à mesure du temps.
Concernant le rapport commandé à l'OCDE, qui vise à la fois la vérification des chiffres et la méthodologie, il a pour objet de situer les efforts qui ont été faits depuis Copenhague. D'une manière très concrète, il dira avec une méthodologie incontestable, en prenant les derniers chiffres - ceux de 2014 et, si possible, de 2015 - ce qui est fait en matière de climat par les gouvernements sur le plan public ; ce qui est fait par les banques multilatérales ; ce qui est fait par le secteur privé. Cela permettra de dégager une tendance et de voir si nous sommes en ligne avec cet objectif des 100 milliards de dollars par an en 2020 ou s'il y a des efforts supplémentaires à faire. C'est un travail absolument indispensable parce que sinon des discussions peuvent avoir lieu. Certains diront qu'ils sont en-dessous de l'objectif et d'autres diront qu'ils sont au-dessus.
Il faut vraiment qu'il y ait un travail tout à fait incontestable qui soit fait. L'OCDE, organisme renommé, s'est donné les moyens pour le faire. Cela permet de prendre, à la fois pour les gouvernements, pour les banques multilatérales et pour le secteur privé, des orientations pour arriver à cet objectif des 100 milliards.
Q - Vous êtes très présent dans la presse étrangère. Votre soi-disant querelle avec Mme Royal est très présente dans le monde entier : comment avez-vous structuré le travail du gouvernement ? Qui, à part vous, travaille sur la COP en France ?
R - Le président de la République est évidemment en première ligne. Non seulement parce que c'est sa fonction de chef de l'État mais parce qu'il est personnellement très investi. D'ailleurs à l'Élysée, le 10 septembre prochain, sera présenté d'un point de vue très matériel, le déroulement même de la COP. Le président de la République est le chef de file. C'est lui qui m'a demandé de déposer la candidature de la France pour accueillir la COP21. Ensuite, l'ensemble du gouvernement contribue à ce que cela se passe bien. Pour ce qui concerne mon propre rôle, je suis chargé par le président de coordonner la préparation de la COP21 et de la présider. C'est quelque chose d'un peu particulier. En fait, je ne serai président que le jour où la COP commencera mais, évidemment, il faut travailler auparavant. Il n'y a pas d'ambigüité.
En ce qui concerne les différents membres du gouvernement, chacun dans son secteur agit au maximum pour que cela se passe bien. Ségolène Royal a une responsabilité particulière puisqu'elle est ministre de l'environnement, de l'écologie. Elle défend les positions de la France dans ce domaine - Ce n'est pas moi qui les défends, je préside l'ensemble de la COP. Elle le fait au nom de la France, à l'intérieur de l'ensemble européen.
S'agissant des positions de la COP, c'est l'Union européenne, en l'occurrence la présidence luxembourgeoise et le commissaire Canete, qui harmonisent ces positions. Évidemment, Ségolène Royal, compte-tenu à la fois de son intérêt pour ce sujet et de sa connaissance du sujet, est très active. Ne croyez pas tout ce que vous lisez dans les journaux. Les choses se passent très bien et il n'y a pas de difficultés particulières.
Q - (inaudible)
R - D'une part, comme vous venez de le souligner, c'est quelque chose qui n'est pas suffisamment connu. On est dans une procédure ONU et, dans cette procédure, c'est au sein d'un organisme, l'ADP, qui siège à Bonn périodiquement que les négociations ont lieu. Cristiana Figueres connaît cela admirablement puisqu'elle en assure le secrétariat.
Dans ce groupe ADP, l'ensemble des pays sont représentés. Parfois, c'est un peu difficile à comprendre. Nous, nous disons que c'est le ministre qui donne ses instructions aux négociateurs, et nous n'imaginons pas qu'il puisse y avoir des différences de position entre le ministre et les négociateurs, mais cela se passe parfois différemment. Ce groupe ADP, avec ses deux co-présidents, algérien et américain, a pour charge de préparer le texte. Ils ont fait plusieurs réunions. Leurs journées de travail ne sont pas extensibles à l'infini et il y a eu un très gros travail à faire parce qu'ils sont partis d'un texte qui était extrêmement vaste et on dirait assez en fouillis. Ils l'ont mis en ordre - cela a pris du temps - et, maintenant, à la dernière réunion qu'ils ont eue, ils ont reçu le mandat de faire un texte beaucoup plus court. La longueur qui est citée en général, c'est une vingtaine de pages. On passe donc de 100 pages, 80 pages à une vingtaine de pages. Et il n'y a pas quatre options sur chaque sujet ; ou bien il n'y a pas d'options du tout ou bien il y a deux options entre lesquelles les différents négociateurs devront choisir. Ils se sont engagés, d'une part, à rendre public au début du mois d'octobre un texte d'une vingtaine de pages qui donne la base de la négociation. Ensuite, dans la deuxième quinzaine d'octobre, lorsqu'ils vont se réunir avec les 196 négociateurs, ils doivent aboutir à un document à partir de leur projet de texte.
Et puis il y aura la réunion de la pré-COP - c'est autre chose, ce sont les ministres. Ensuite, ils doivent - c'est ainsi que tout cela est juridiquement conçu, même si cela paraît un peu compliqué - entrer un texte dans la COP même. À un moment, ils me remettent, en tant que président de la COP, le texte auquel ils sont parvenus. Ensuite, il y a d'autres arbitrages à faire entre ministres.
C'est une procédure assez complexe mais qui est celle qui a été décidée par les Nations unies. Ce qui leur a été demandé par tous les collègues qui étaient présents aujourd'hui - tout en mesurant la difficulté - c'est de leur dire : «Chers Amis co-présidents, maintenant il faut produire un texte qui soit beaucoup plus court et qui ne comporte pas cinq options à chaque fois». C'est leur tâche - qui est compliquée - et ils vont s'y atteler entre maintenant - nous sommes au début septembre - et le début du mois d'octobre. Ensuite, il y aura la réunion d'octobre qui durera plusieurs jours où ils doivent aboutir au maximum de compromis sur ces textes.
Q - Ce matin à sa conférence de presse le président Hollande a parlé du sursaut nécessaire. Pouvez-vous revenir sur ce sursaut nécessaire afin de parvenir à un accord - c'est pour surmonter quoi et quelles sont les difficultés du moment à votre avis ?
R - Je pense que le président faisait allusion à deux aspects.
Le premier aspect, c'est celui que je viens d'aborder en réponse à la question de votre collègue : c'est que l'on aimerait évidemment un texte ramassé et qui ait déjà tranché pour que les principales options soient présentées rapidement. Il est vrai qu'au cours des derniers mois, des remarques ont été faites à cause même de la procédure qui était longue, lente. Il y a cela à l'esprit mais ce que nous ont assuré les co-présidents de l'ADP, c'est que maintenant ils avaient reçu un mandat qui leur permettait d'aboutir à cela.
Le deuxième aspect auquel le président a fait allusion, c'est l'aspect financier parce que nous avons le sentiment, le président, moi-même et beaucoup d'autres que la question financière sera très importante. Lorsque vous parlez avec des responsables, en particulier des pays pauvres, je pense aux pays d'Afrique, à d'autres, qu'est-ce qu'ils vous disent ? Ils vous disent : «les gaz à effet de serre, nous en émettons très, très peu. Nous sommes les premières victimes de la sécheresse. Nous sommes de bonnes volonté, nous sommes tout à fait d'accord pour faire en sorte que nous puissions améliorer ce que nous faisons en matière de lutte contre le dérèglement climatique, mais où sont les finances, où sont les technologies ?»
Cela pose le problème des 100 milliards, de l'utilisation de ce que l'on appelle le fonds vert. Beaucoup disent : «oui, c'est très bien mais la COP c'est à l'horizon de 2020 et là nous sommes en 2015, qu'est-ce que l'on va faire entre temps ?» Il ne faut pas perdre de temps. Cette question financière doit être traitée très sérieusement, c'est la raison pour laquelle le rapport de l'OCDE sera si nécessaire. Je crois que c'est cela l'idée, à la fois vraiment de donner un coup de collier, de garder un niveau d'ambition élevé et, en même temps, l'esprit de compromis nécessaire.
J'avais dit dans mes propos introductifs, lorsque j'ai reçu mes collègues, qu'il fallait passer du «pas», au «trot», au «galop», parce que moi-même j'étais au siècle dernier, cavalier. Il est vrai que nous avons eu l'année dernière la plus chaude jamais enregistrée. Cette année risque d'être encore plus chaude - le mois de juillet a été particulièrement chaud. Je ne vais pas être long sur ce point, mais il faut comprendre que non seulement les conséquences proprement climatiques sont considérables, mais qu'il y a des conséquences sur les famines, sur le caractère extrême des phénomènes, sur la fonte des glaciers et sur les terres elles-mêmes.
Le président de la République, dans sa conférence, faisait allusion aux difficultés - et il a tout à fait raison - qui sont liées au mouvement de population, lorsqu'il s'agit d'une centaine de milliers de personnes ; évidemment, si les températures continuaient à s'élever, ce ne sont plus une centaine de milliers de personnes qui seront concernées mais une centaine de millions.
Nous allons bientôt nous rendre, avec mon collègue allemand, au Bangladesh. Le Bangladesh est potentiellement et réellement soumis à un régime qui fait qu'une grande partie du territoire peut être complètement submergé avec les dizaines, les dizaines de millions de personnes concernées. Il faut avoir tout cela présent à l'esprit et je pense que l'état d'esprit de tous ceux qui étaient là, c'est qu'il faut se mobiliser pour obtenir un résultat très, très important à Paris au mois de décembre.
Q - Est-ce que les 196 parties seront invitées à la pré-COP de début novembre, ou est-ce que cela sera un périmètre relativement limité ?
R - Nous devons voir cela, l'idée est de faire quelque chose qui soit peut être plus important en nombre qu'une cinquantaine ou une soixantaine. Il est difficile, ne serait-ce que pour des raisons matérielles, d'inviter 195, 196 personnes - je n'ai pas le nombre exact - mais ce sera une réunion qui sera très représentative.
Q - Deuxième précision : l'Iran était représenté...
R - Oui la vice-présidente iranienne, qui est aussi ministre de l'environnement, était là. Je l'avais d'ailleurs déjà rencontrée à Paris et à Téhéran.
Q - On sait ce qui s'est passé au cours de ces derniers mois autour du nucléaire iranien. Quel est leur état d'esprit. Ils sont rentrés de plein pied dans la négociation ?
R - Elle avait et elle a encore insisté dans son intervention, dans notre entretien et ensuite devant tout le monde, en disant que l'Iran était évidemment très concerné par cette question, notamment sur le plan agricole et sur le plan de la sécheresse - ça c'est un aspect. Elle a insisté aussi sur le fait qu'il y avait un effort à faire sur la diversité des technologies, bien sûr sur les technologies renouvelables mais, compte-tenu de ce que l'Iran possède comme ressources qui sont pour une part des énergies fossiles, elle a insisté aussi sur le fait qu'il fallait travailler sur la façon de limiter les émissions de gaz à effet de serre des énergies fossiles. Ce sont les deux points sur lesquels elle a insisté.
Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 24 septembre 2015