Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, avec l'AFP le 21 novembre 2015, sur la lutte contre le terrorisme et sur la Conférence de Paris sur le climat.

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Circonstance : Déplacements bilatéraux du président de la COP21 pour préparer la conférence de Paris pour le climat, du 19 au 23 novembre 2015

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Texte intégral


* Lutte contre le terrorisme - Mali
(...)
Q - Une question sur le Mali, est-ce que c'était la France qui était visée hier ?
R - Le Mali est évidement un pays ami de la France, mais dans l'hôtel au Mali il y a à la fois, beaucoup de nationalités : des Maliens, des Russes, des Belges, des Chinois et des Indiens. Heureusement nous n'avons pas eu de victimes françaises mais évidemment nous sommes tout à fait solidaires du Mali.
Q - Qu'est-ce que cela signifie pour la suite de l'engagement de la France au Mali ?
R - Vous savez la France est présente à travers des troupes qu'on appelle Barkhane dans l'ensemble de la région, et évidemment nous entendons maintenir notre présence et les autres Nations ou l'ONU entendent maintenir la leur. Et vous avez vu que, simultanément, nous avons fait adopter à l'ONU hier à l'unanimité une résolution contre le terrorisme conformément au souhait qu'avait exprimé le président de la République dans son discours de Versailles quelques jours auparavant. (...).
* Lutte contre le terrorisme - Syrie - Russie
(...)
Q - En Syrie, Vladimir Poutine a dit que la France était maintenant un allié de la Russie, est-ce que la position de la France a changé ces derniers jours ?
R - Nous allons discuter ces questions dans les jours qui viennent puisque nous nous rendrons le président de la République et moi-même mardi à Washington et jeudi à Moscou.
Q - Aujourd'hui vous avez dit que la priorité c'était donc d'écraser Daech. Qu'est-ce que cela signifie par rapport à Bachar al-Assad? Est-ce qu'on a une sortie du «ni Bachar ni Daech» ?
R - Cette formule n'a jamais été prononcée à ma connaissance par quelqu'un du gouvernement. Il est évident que nous devons concentrer toutes nos forces pour lutter contre Daech et les autres terroristes ce n'est pas nouveau, mais c'est encore plus fort, si l'on peut dire, depuis les attentats. Je rappelle que nous avons été parmi les premiers à envoyer nos avions en Irak contre Daech et qu'à partir du mois de janvier nous avons aussi envoyé nos avions en Syrie. Il est évident qu'il faut éradiquer ces terroristes.
Maintenant, en ce qui concerne la solution du problème syrien, tout le monde s'accorde à dire qu'elle est de nature politique. C'est ce que nous avons discuté d'ailleurs deux fois de suite à Vienne avec l'ensemble des parties prenantes. Nous considérons, pour notre part, le président de la République et moi-même - nous avons employé cette formule plusieurs fois qui reste maintenue - que M. Bachar al-Assad ne peut pas être l'avenir de la Syrie. Et, à partir de là, il faut qu'il y ait, c'est le processus de Vienne qui a été convenu, un certain nombre de concertations à la fois pour lutter contre les terroristes pour adopter des dispositions humanitaires nécessaires et pour engager la transition politique qui est indispensable. (...).
* Conférence de Paris pour le climat
Je fais un tour du monde en trois jours : Inde, où j'ai rencontré le Premier ministre Modi, Afrique du Sud avec le président Zuma et demain Brésil avec la présidente Roussef. À cette occasion je vois aussi les responsables de la COP21 et les ministres.
En ce qui concerne l'Afrique du Sud, c'est un acteur majeur de la COP21, à la fois par son importance propre et par le fait qu'au fond, la COP21 c'est l'accomplissement d'un processus qu'on appelle «le processus de Durban». À cause aussi de la position de l'Afrique du Sud dans l'Union africaine et parce qu'elle est à la tête du G77 + la Chine. Pour toutes ces raisons, elle a un rôle très important. Cela a justifié que je me déplace ici pour rencontrer le président Zuma qui, d'une manière très claire, souhaite un succès de la COP21. Nous avons discuté avec lui de la COP elle-même, de son déroulement, des questions posées, et ce soir d'ailleurs il y aura un diner ici avec les responsables des négociations.
Et puis, nous avons aussi discuté, bien sûr, de la situation de pays voisins, notamment le Burundi et la Centrafrique, et puis du terrorisme, puisque bien sûr, l'Afrique du Sud est à nos côtés pour condamner ces actions. Et, en plus, même si les formes sont différentes, tous les pays peuvent être touchés par le terrorisme ; c'est donc un sujet qui évidemment nous concerne tous.
Q - Comment faire pour que la COP21 aujourd'hui soit au top de l'agenda mondial compte-tenu des évènements qui se sont passés en France ?
R - Elle le sera de toutes les manières par l'importance du sujet et j'ai dit au président Zuma que pour moi, parmi les plus grands défis du 21e siècle, il y avait deux grands défis en particulier : le défi terroriste et le défi climatique. Elle le sera aussi parce qu'il y aura à Paris, les premiers jours de la conférence, plus de 140 chefs d'État et de gouvernement ce qui est sans précédent et, bien évidemment, aussi parce que la question climatique est tout à fait décisive. C'est notre mode de vie qui est en jeu pour les années qui viennent. Donc, bien sûr, le contexte est particulier dans beaucoup de pays, avec une crainte d'attentats terroristes, mais cela a plutôt poussé les chefs d'État et de gouvernement à confirmer leur présence à Paris. Il est évident que c'est autour du sujet imposé que la conférence se tournera.
Q - Le fait que les manifestations annexes aient été annulées, cela ne va pas réduire un peu la COP21...
R - Je crois que tout le monde a bien compris cela, je peux dire que les ONG qui souhaitaient au départ défiler ont très bien compris, et je leur en sais gré. De toutes les manières cette COP21 va être très ouverte à la société civile puisqu'il y aura au sein même de la COP, plus de 350 événements pendant les 11 jours de la conférence. Par ailleurs, toutes les manifestations prévues dans des endroits fermés, donc facilement sécurisables, ont été maintenues. Non, la société civile doit être présente et le sera, mais évidemment notre rôle est d'assurer la protection ; ce sera le cas.
Q - L'objectif c'est un accord contraignant obligatoirement ?
R - Oui, l'objectif, comme on le répète depuis longtemps, c'est un accord universel, différencié, durable et juridiquement contraignant. Et, outre cet accord qui est la question centrale, il y aura aussi des engagements qui seront pris par beaucoup de villes du monde entier et par beaucoup d'entreprises, c'est une nouveauté. C'est la première fois qu'on le fait dans une COP et évidemment cela renforcera l'action contre le dérèglement climatique.
(...)
Q - Une dernière question pour revenir à l'Afrique du Sud, est ce que vous avez abordé la question du nucléaire avec Jacob Zuma ?
R - Oui, bien sûr, parce que la France se prépare à faire une offre en ce qui concerne le nucléaire. Nous avons désigné un représentant spécial pour coordonner notre offre, M. Colombani, l'ancien patron du CEA, qui est un homme extrêmement compétent qui s'est rendu ici et qui, bien sûr, reviendra.
Et nous allons déposer une offre très large, on parle d'un campus franco sud-africain et donc l'offre portera à la fois sur les équipements eux-mêmes et on sait que la France est au top de ses équipements et sur la sécurité, sur la formation, et elle associera évidemment très étroitement les Sud-Africains, sur le financement en particulier.
Merci beaucoup.
Source http://www.diplomatie.gouv;fr, le 26 novembre 2015