Interview de Mme Marisol Touraine, ministre des affaires sociales, de la santé à France-Inter le 28 avril 2016, sur la réforme de l'indemnisation du chômage et l'accord sur le régime des intermittents du spectacle.

Texte intégral


MARC FAUVELLE
Bonjour Marisol TOURAINE.
MARISOL TOURAINE
Bonjour Marc FAUVELLE.
MARC FAUVELLE
Un accord semble se dessiner dans le conflit des intermittents sur la question du régime d'indemnisation chômage. Là aussi ça va mieux ?
MARISOL TOURAINE
En tout cas un accord semble avoir été trouvé et moi je me réjouis que les partenaires sociaux se soient non seulement mis autour de la table, mais aient vu leurs discussions aboutir, et se soient mis d'accord sur des perspectives qui semblent être des perspectives positives, à la fois responsables, financièrement, et positives, c'est-à-dire reconnaissant la place de la culture et des acteurs de la culture dans notre pays. Moi j'y vois aussi le signe que le dialogue social c'est positif, parce qu'on ne peut pas, dans notre pays, considérer que tout vient toujours de l'Etat, et ne pas se mettre autour de la table, discuter et trouver des accords. C'est pour ça, d'ailleurs, que j'appelle les partenaires sociaux à faire preuve de la même responsabilité pour ce qui est de l'accord UNEDIC et à rester autour de la table, à discuter, à négocier, et à passer des compromis.
MARC FAUVELLE
Vous faites allusion aux négociations sur le régime général d'indemnisation chômage, le patronat menace d'en claquer la porte. Aujourd'hui vous êtes prêts à assumer un clash avec le MEDEF ?
MARISOL TOURAINE
Mais, en tout cas que chacun assume ses responsabilités et que chacun fasse sa part du chemin. Nous sommes à un moment crucial pour notre pays, on voit bien que les choses repartent, la situation s'améliore, la France va mieux. Je sais que lorsque l'on dit ça, on s'interroge sur notre capacité à pousser les feux encore plus loin. La France va mieux, la France va mieux qu'il y a 4 ans, elle va mieux que la France ne le pense elle-même, ou que les Français ne le pensent eux-mêmes.
MARC FAUVELLE
Marisol TOURAINE, ce que vous dites, ce que dit François HOLLANDE, la France va mieux, est-ce que ce n'est pas difficile à entendre quand on regarde simplement les chiffres, au-delà de la baisse assez spectaculaire du mois de mars ? 900.000 chômeurs de plus dans toutes les catégories depuis le début du quinquennat. Quand on interroge les Français aujourd'hui, 83 % d'entre eux pensent que ça ne va pas mieux qu'au début du quinquennat Hollande.
MARISOL TOURAINE
Les choses sont en train de s'améliorer. Les chiffres du chômage, pour le mois de mars, ont été très bons, et moi je ne fais pas la fine bouche lorsque les clignotants passent au vert. On nous annonce une croissance meilleure que ce qui était le cas l'année dernière, la France conquiert des parts de marché, elle emporte des contrats qui étaient extrêmement disputés. Dans le domaine de la santé, par exemple, dans quelques jours va sortir, dans la plus grande revue internationale, qui est britannique, une comparaison des différents systèmes à l'échelle mondiale, qui va être extrêmement positive et prestigieuse pour la France. Donc, nous ne devons pas faire la fin bouche, et moi je voudrais que tout le monde accompagne cet élan. La France, elle est dans une période de reconquête, reconquête de marchés, reconquête de son image, reconquête de l'emploi, et c'est cela que nous devons soutenir. Vous savez, on n'avance pas en regardant ses chaussures, et je souhaite, je lance un appel, à ce que tout le monde redresse la tête. La fierté c'est un moteur de la confiance, c'est un moteur de la croissance, c'est un moteur de la dynamique d'un pays, et la France, aujourd'hui, elle est à ce moment-là. Je sais bien que ça ne va pas mieux pour tout le monde, qu'il y a des Français qui sont en situation difficile, mais nous faisons des efforts et nous nous engageons pour que les personnes en situation de difficulté soient soutenues. Très concrètement, pour la première fois depuis des années, la pauvreté s'est stabilisée, elle a même reculé en 2013, et nous investissons des sommes importantes, 2,5 milliards d'euros, pour aider les plus fragiles, avec des revalorisations du RSA notamment.
MARC FAUVELLE
Ça va mieux, on a compris Marc FAUVELLE, que c'est le slogan depuis lundi et ce meeting « Hé oh la gauche » auquel vous avez participé. Est-ce que c'est déjà le slogan de la campagne de François HOLLANDE pour 2017 ?
MARISOL TOURAINE
Ecoutez, nous ne parlons pas de campagne électorale…
MARC FAUVELLE
C'est lui qui a indexé sa candidature à la courbe du chômage.
MARISOL TOURAINE
Oui, mais donc nous verrons, et il a dit lui-même qu'il prendrait sa décision à la fin de l'année.
MARC FAUVELLE
Pour vous il y a un douté possible, sur sa décision ?
MARISOL TOURAINE
Moi je souhaite qu'il soit candidat, mais je considère que le moment n'est pas à la campagne, le moment n'est pas à l'élaboration d'un projet, il est à…
MARC FAUVELLE
Ce n'était pas un meeting de campagne lundi soir ?
MARISOL TOURAINE
Il s'agit vraiment, d'abord, de regarder ce qui a été fait, parce qu'il y a trop de procès en trahison, trop de discours de dénigrement sur notre pays, et moi je veux positiver, je veux dire que les raisons de la confiance sont là, les raisons, les moteurs de la reconquête sont là, et lorsque nous regardons ce qui a été fait nous n'avons pas à rougir de la manière dont nous avons porté, et nos valeurs, et nos engagements. Je pourrai prendre toute une série de sujets, mais nous ne nous sommes pas contentés, depuis 4 ans, d'accumuler des droits nouveaux, parce qu'on a tendance à oublier la prise en compte de la pénibilité pour les retraites, la possibilité pour les personnes qui ont commencé à travailler jeunes de partir à 60 ans lorsqu'elles ont leurs trimestres de cotisation. La mise en place du tiers payant, la généralisation de la complémentaire santé, qui permet quand même à 1 million de salariés qui n'avaient pas de complémentaire santé, d'en avoir une. La prime d'activité, qui bénéfice à 3,8 millions personnes, 400.000 jeunes qui jusqu'à maintenant n'avaient droit à strictement rien.
MARC FAUVELLE
Ce qui accessoirement va poser un petit problème de financement, parce que ce n'était pas financé pour un aussi grand nombre.
MARISOL TOURAINE
Non, aujourd'hui tout cela est maîtrisé, et nous avons prévu les financements. Mais, ce que je veux dire c'est que…
MARC FAUVELLE
Bon, ça va mieux, le bilan de François HOLLANDE vous le mettez en avant, Marisol TOURAINE, et pourtant il y a un homme qui, ce matin, dans les colonnes de Die Zeit, en Allemagne, nous explique qu'il faut une nouvelle offre politique pour 2017. Vous savez qui c'est ? Emmanuel MACRON.
MARISOL TOURAINE
Ecoutez, Emmanuel MACRON fait partie du gouvernement…
MARC FAUVELLE
Encore ?
MARISOL TOURAINE
Il fait partie du gouvernement, il est ministre de l'Economie, et je suis certaine qu'il mettra son talent et son énergie au service de la victoire des valeurs qu'il défend aujourd'hui comme ministre. Une offre politique…
MARC FAUVELLE
Vous en êtes certaine ou c'est un souhait ?
MARISOL TOURAINE
Une offre politique c'est proposer un projet, aux Français, qui soit un projet de confiance et d'avenir. Et, pour cela, si nous voulons aller de l'avant, nous devons commencer par regarder ce qui a été fait et être fier du bilan partagé, parce que je ne vois pas comment on peut proposer des perspectives d'avenir sans acter les engagements, les progrès réalisés, et qui sont, encore une fois, des progrès de modernité. Moi je veux insister là-dessus, parce que je défends, évidemment, c'est aussi ma responsabilité, le bilan social de ce gouvernement, mais ce bilan social ce n'est pas uniquement, ce n'est pas seulement, des droits nouveaux qui se sont empilés, c'est une modernisation de notre politique sociale, c'est de l'innovation, faire en sorte qu'on réponde aux besoins des Français, que l'on réponde au plus près aux besoins des personnes. Je vous donne un exemple. La loi sur les retraites, moi j'entends souvent dire la gauche elle est passéiste, la gauche elle a encore la retraite à 60 ans dans la tête, la loi que j'ai fait voter elle porte à 43 ans la durée de cotisation nécessaire pour partir à la retraite, 43 annuités. Ça veut dire que si vous rentrez sur le marché du travail à 24 ans, vous devrez travailler jusqu'à 67 ans, ce qui donc n'est pas la chose la plus laxiste qui soit. Mais, dans le même temps, et c'est ça qui est innovant, c'est de dire la même règle ne doit pas s'appliquer à tout le monde. En fonction des parcours professionnels, en fonction des vies professionnelles, nous devons donner des conditions de départ en retraite plus favorables, et c'est la prise en compte de la pénibilité qui va permettre, à certains, de partir avant d'autres, la justice c'est ça.
MARC FAUVELLE
Je n'aurai pas de réponse sur Emmanuel MACRON ?
MARISOL TOURAINE
Je vous dis…
MARC FAUVELLE
Il peut rester au gouvernement comme ça ? On peut continuer pendant 1 an, comme ça, avec un ministre qui dit à peu près tous les 3 jours l'inverse de ce que dit son patron François HOLLANDE ?
MARISOL TOURAINE
Ce n'est pas de ma responsabilité de composer le gouvernement, moi je fais preuve de confiance dans le sens des responsabilités de chacun et dans la volonté de tous les membres du gouvernement de convaincre les Français que ce que nous faisons va dans le sens de la justice, du progrès social, et que c'est de cette façon-là que nous devons poursuivre.
MARC FAUVELLE
Marisol TOURAINE invitée de France Inter jusqu'à 9H00. On évoquera dans quelques minutes, avec les questions des auditeurs sur les réseaux sociaux #interactiv, quelques-unes des questions de santé qui vous préoccupent, notamment ces informations du Figaro ce matin qui nous expliquent que la Sécu veut inciter les médecins à réduire les arrêts maladie, vous nous direz si c'est exact ou non.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 2 mai 2016