Interview de M. Jean-Michel Baylet, ministre de l'aménagement du territoire, de la ruralité et des collectivités territoriales, à Radio Classique le 25 avril 2016, sur la politique de réforme du gouvernement, la ligne politique d'Emmanuel Macron, le débat sur les élections primaires à gauche et la mise en oeuvre de la réforme territoriale.

Texte intégral

GERARD LECLERC
Rebonjour Jean-Michel BAYLET.
JEAN-MICHEL BAYLET
Bonjour.
GERARD LECLERC
Le lien est direct puisque vous serez l'un des 4 ministres qui vont intervenir cet après-midi à l'Ecole de médecine de Paris, dans ce rassemblement de « Hé oh la gauche ». Il y aura une vingtaine de ministres présents, tout ça est organisé par Stéphane LE FOLL pour soutenir François HOLLANDE. J'allais dire de façon un peu provocante, vu les sondages est-ce que ce n'est pas une cause perdue ?
JEAN-MICHEL BAYLET
Il y a eu hier un sondage en grandeur nature, c'est l'élection législative à Nantes et nous l'avons gagnée…
GERARD LECLERC
En Loire-Atlantique.
JEAN-MICHEL BAYLET
Nous l'avons gagnée largement…
GERARD LECLERC
Pour succéder à Jean-Marc AYRAULT.
JEAN-MICHEL BAYLET
Voilà.
GERARD LECLERC
Cette circonscription était quand même assez facile pour la gauche, non ?
JEAN-MICHEL BAYLET
Non mais si quand nous remportons la victoire, c'est normal et facile et quand la défaite malheureusement est au rendez-vous, ce qui est arrivé, c'est terrible et il faut en tirer les conséquences, ce n'est pas très objectif. Nous avons largement gagné hier, 55 % et je m'en réjouis. Au-delà, nous en avons un peu assez de ce qu'on appelle le « Hollande bashing » et même le « gouvernement bashing ». Donc nous voulons tout simplement avec cette réunion publique, nous sommes à un an de la présidentielle, dire un certain nombre de choses et remettre les choses en place justement.
GERARD LECLERC
Clairement, on vous reproche, le gouvernement, on vous accuse de trahison, on vous accuse d'avoir renoncé à ce qu'était la gauche et le « ça va mieux » de François HOLLANDE n'est pas audible.
JEAN-MICHEL BAYLET
En quoi avons-nous renoncé à ce qu'est la gauche ? Nous avons dit et le président de la République l'a rappelé en début de son intervention télévisée, nous voulons réformer la France et nous voulons garantir son modèle social. Nous sommes dans la réforme depuis 4 ans et nous continuons courageusement alors que nous sommes à un an de l'élection présidentielle. Et nous avons créé les conditions pour que le modèle social français soit préservé et même complété, voilà. A partir de là, nous avons envie de dire des choses, certes ! Reconnaître les erreurs qui ont été faites sur la forme, parfois sur le fond, mais aussi dire ce que nous avons réussi. C'est ce que le président de la République a voulu faire lorsqu'il a dit « ça va mieux ». Oui, ça va mieux, les indicateurs économiques sont meilleurs…
GERARD LECLERC
Pas le chômage quand mme.
JEAN-MICHEL BAYLET
C'est vrai, c'est vrai mais vous savez très bien, vous êtes un homme (j'allais dire politique), un commentateur politique avisé, vous savez très bien que pour que le chômage aille mieux, il faut que l'économie se porte mieux. Or c'est le cas, il y aura donc des conséquences. Deuxièmement, vous savez très bien que nous avons créé un certain nombre d'emplois, 140.000, mais que nous avons – contrairement à l'Allemagne par exemple – 140.000 jeunes qui arrivent chaque année sur le marché du travail. Alors il faut assumer, les choses vont mieux mais les choses ne sont pas encore parfaites et surtout, les Français aujourd'hui n'ont pas l'impression que les choses vont mieux. D'où la dichotomie entre l'orientation économique du mieux et l'état d'esprit de l'opinion publique.
GERARD LECLERC
Jean-Michel BAYLET, est-ce que ce soir c'est le premier meeting de la campagne du candidat HOLLANDE et question annexe, peut-il justement être candidat si l'on voit les sondages où il est à 14 %, si on voit les mêmes sondages qui disent qu'une immense majorité de français souhaite qu'il ne se représente pas ?
JEAN-MICHEL BAYLET
Ça n'est pas le premier meeting de la campagne de François HOLLANDE bien naturellement, mais c'est une réunion publique pour dire « on en a marre d'entendre que tout va mal, on en a marre d'entendre que nous échouons sur tous les sujets, nous voulons remettre les choses en place et dire tout ce qui s'est fait depuis 4 ans…
GERARD LECLERC
On a compris…
JEAN-MICHEL BAYLET
Tout ce que nous faisons encore.
GERARD LECLERC
Et François HOLLANDE peut être candidat ?
JEAN-MICHEL BAYLET
François HOLLANDE a dit qu'il se prononcerait en décembre, le président de la République sous la 5ème République est par principe le candidat légitime de son camp. Donc nous attendrons qu'il dise ce qu'il en est, il a répété qu'il liait son sort à la reprise de l'emploi, les indicateurs sont plutôt bons 8 mois avant, nous verrons au mois de décembre.
GERARD LECLERC
Carl MEEUS l'a rappelé tout à l'heure, il y aura un absent ce soir, un siège vide, celui d'Emmanuel MACRON. Emmanuel MACRON qui multiplie les sorties, les déclarations, il a encore dit ce week-end que la gauche actuellement ne le satisfaisait pas. Il vous agace ou il vous séduit Emmanuel MACRON ?
JEAN-MICHEL BAYLET
L'édito de Carl MEEUS était vraiment démonstratif de ce que je suis en train de dire, pas excessif sur la forme mais sur le fond rien ne trouve grâce à ses yeux. Voilà, c'est quand même bien de le souligner, y compris chez vous.
GERARD LECLERC
Mais sur Emmanuel MACRON qui lui-même n'est pas satisfait de la gauche.
JEAN-MICHEL BAYLET
Emmanuel MACRON a rappelé qu'il était un homme de gauche, Emmanuel MACRON est membre du gouvernement à un poste très important, ministre de l'Economie, Emmanuel MACRON est un homme qui – avec son particularisme – a pris un certain nombre d'initiatives, des initiatives pour rassembler, pour fédérer, pour aller au contact des Français. Moi je trouve que c'est une bonne chose…
GERARD LECLERC
Vous êtes plutôt… vous êtes plutôt intéressé par Emmanuel MACRON.
JEAN-MICHEL BAYLET
Mais quand un ministre prend des initiatives, surtout à un an des élections, pour essayer de rassembler, de fédérer, de dépasser un peu les poteaux frontières de la majorité, je trouve que c'est bien. En plus, vous le savez, ce n'est pas un secret, en ce qui me concerne la ligne politique d'Emmanuel MACRON est quand même assez en harmonie avec la mienne et celle des radicaux.
GERARD LECLERC
Et ça ne pose pas un problème qu'il soit ministre et qu'il critique ou qu'il avance des idées qui ne sont pas tout à fait celles du gouvernement. Quand il dit « je veux supprimer l'ISF », ce n'est pas exactement…
JEAN-MICHEL BAYLET
Ce n'est pas parce que…
GERARD LECLERC
Du gouvernement.
JEAN-MICHEL BAYLET
Ce n'est pas parce qu'on est ministre qu'on ne peut pas avoir d'idées, qu'on ne peut pas penser et qu'on ne peut pas faire des propositions. Moi-même, il m'est arrivé sur un certain nombre de sujets de prendre des positions qui ne sont pas forcément celles du gouvernement. Le tout, c'est de ne pas mélanger les choses, nous sommes des femmes et des hommes politiques. Moi en ce qui me concerne, je suis issu d'un parti politique qui est différent du Parti socialiste…
GERARD LECLERC
Le Parti radical de gauche.
JEAN-MICHEL BAYLET
Voilà, le Parti radical de gauche, mais il est bien normal que je fasse connaître les positions du Parti radical de gauche sur un certain nombre de sujets, en particulier les sujets sociétaux.
GERARD LECLERC
Jean-Michel BAYLET, la primaire à gauche, vous y croyez encore ? Et est-ce que vous serez candidat, comme vous l'étiez en 2012 ?
JEAN-MICHEL BAYLET
La primaire à gauche, je n'y ai jamais vraiment cru parce que la primaire était nécessaire et utile la dernière fois, la preuve c'est qu'elle a été génératrice de la victoire. Cette fois-ci, je le disais il y a un instant, nous avons le président de la République sortant, s'il est candidat il n'est pas question qu'il y ait une primaire, il sera (je le répète) le candidat légitime. S'il n'est pas candidat par contre, là oui, dans l'urgence – je le reconnais – il faudra organiser une primaire et les Radicaux de gauche auront un candidat ou une candidate.
GERARD LECLERC
Il y aura un candidat… pas forcément vous mais il y en aura un ?
JEAN-MICHEL BAYLET
Bien sûr, bien sûr, comme la dernière fois parce que nous sommes différents et il est normal que nous fassions connaître nos projets, notre programme, notre manière de voir les choses, notre attachement républicain et laïc.
GERARD LECLERC
Alors vous êtes ministre de l'Aménagement du territoire, de la Ruralité, des Collectivités locales, vous étiez hostile aux grandes régions, aujourd'hui vous êtes quasiment leur ministre. Il n'y a pas un problème ?
JEAN-MICHEL BAYLET
Je viens de vous parler de la République, sur le territoire de la République il y a le temps de la discussion, le temps de la concertation, le temps de l'action, c'est le vote de la loi. Quand la loi est votée, elle s'impose à tous. Oui, c'est vrai, je n'étais pas d'accord et je vais vous faire un aveu. Je trouve que ça se passe beaucoup mieux que je ne le redoutais, mais je n'étais pas d'accord sur un certain nombre de sujets où nous l'avons emporté, comme le fait que les départements ne disparaissent pas. Aujourd'hui, nous sommes en train de mettre en place tous ces textes, ça se passe plutôt bien même si je le reconnais et je le revendique même, il y a besoin de stabilité. Il est temps, concernant les collectivités, de faire une pause, de mettre de la stabilité et de compléter les textes qui viennent d'être votés.
GERARD LECLERC
Alors justement les départements, vous savez que beaucoup se plaignent – et le mot est faible – de leur problème budgétaire du fait des baisses de dotations de l'Etat, notamment sur le RSA. Ils disent « on ne peut pas y arriver, on est au bord de la faillite ». Qu'est-ce que vous leur répondez ?
JEAN-MICHEL BAYLET
Il est vrai que le RSA qui est une prestation – c'est la solidarité et qui est géré par le ministère des Affaires sociales – a été décentralisé en 2004 sous le gouvernement RAFFARIN. Fallait-il le faire ? Je ne le pense pas, c'est une réalité aujourd'hui. Devant l'explosion du nombre de prestataires et donc le coût inhérent, les départements par la voix de leur président Dominique BUSSEREAU ont demandé la recentralisation. Le Premier ministre a dit « banco, nous recentralisons ». J'ai donc ouvert les discussions avec eux, nous avancions bien jusqu'à il y a quelques jours où la moitié des présidents de droite a fait un communiqué pour dire : non, finalement on ne veut plus recentraliser ». Alors moi je dis : nous sommes prêts à tout faire pour aider les départements et la décision du Premier ministre, c'est quand même 700 millions d'euros par an, donc on ne se moque pas d'eux, mais il est un moment où la droite qui est majoritaire au sein de l'Association des départements de France doit être cohérente et dire ce qu'elle veut vraiment. J'attends la réponse.
GERARD LECLERC
Allez ! On termine par une question assez rapidement sur la présidentielle en Autriche. Coup de tonnerre, l'extrême droite largement en tête devant un candidat écologiste. Ce qui veut dire que les deux partis de gouvernement, conservateur et social-démocrate, sont éliminés. Est-ce que ça ne préfigure pas ce qui peut arriver en France ?
JEAN-MICHEL BAYLET
J'espère que non mais c'est terrible, même si le président de la République autrichien est loin d'avoir les pouvoirs…
GERARD LECLERC
Ce n'est pas la même chose, c'est sûr…
JEAN-MICHEL BAYLET
D'un président français, mais tout de même 36 % au 1er tour c'est un coup de tonnerre et j'espère que ça amènera nos concitoyens à bien réfléchir, de voir que les Autrichiens – qui ont quand même eu un passé douloureux à une époque finalement pas si lointaine – puissent déjà l'avoir oublié et voter pour les candidats d'extrême droite, c'est quelque chose qui à titre personnel me bouleverse, mais qui donne à faire réfléchir les uns et les autres.
GERARD LECLERC
Merci Jean-Michel BAYLET, ministre de l'Aménagement du territoire, de la Ruralité et des Collectivités territoriales.Source : Service d'information du Gouvernement, le 27 avril 2016