Déclaration de M. Michel Sapin, ministre des finances et des comptes publics, sur l'ouverture par l'Eurogroup de discussions sur l'allègement de la dette de la Grèce, Bruxelles le 9 mai 2016.

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Circonstance : Réunion extraordinaire de l'Eurogroupe, à Bruxelles le 9 mai 2016

Texte intégral

Cette réunion a été une réunion très positive et qui s'est déroulée de bout en bout avec de la part de tous une volonté très constructive. D'abord, tout le monde a reconnu les efforts considérables, les réformes qui ont été votées, les dernières réformes encore votées ce weekend, et donc nous avons donc conclu qu'aujourd'hui la Grèce remplissait toutes les conditions que nous avions posées pour la mise en œuvre d'un programme d'aide. Dans les jours qui viennent, il faut maintenant finaliser les documents de caractère technique, les versements nécessaires à la Grèce pour lui permettre de faire face en termes de liquidités pourront être mis en œuvre. Comme nous nous étions engagés comme la Grèce a rempli ses engagements elle aussi, nous avons également entamé, c'est très important parce que c'est nouveau, une vraie discussion sur la question de la dette et de la soutenabilité de la dette. Quand je dis une vraie discussion, c'est que chacun est rentré dans les détails même si le communiqué à ce stade-là ne prend pas de décision détaillée que nous aurons encore à travailler mais nous avons pour la première fois abordé cette question à la fois en terme de court terme , de moyen terme à l'horizon de 2018 et de long terme puisqu'il faut redonner de la visibilité et de la stabilité à la Grèce pour permettre au gouvernement grec quel qu'il soit de retourner sur les marchés et de trouver sur les marchés dans des conditions acceptables les moyens de financer ses besoins y compris le remboursement des dettes qu'il aura à honorer pendant encore de nombreuses années.
Il y a eu bien sûr des positions des uns et des autres mais le FMI, qui était celui qui a exprimé un certain nombre d'exigences ou de réticences sur tel ou tel aspect, est à bord. Le FMI est avec nous, à nos côtés et il attend évidemment qu'il y ait conclusion sur la dette pour pouvoir s'engager plus avant mais il a salué les progrès à la fois de la Grèce et les progrès de la réflexion, de la discussion des Européens sur la question de la dette. Vraiment, je crois que nous qui avions envie que la Grèce tienne sa place dans la zone euro, que la Grèce retrouve la croissance, que le peuple grec retrouve de l'aisance après ces années de difficultés et d'austérité, nous avons obtenu satisfaction aujourd'hui. Nous avons eu plus que ce que nous pouvions avoir aujourd'hui : saluer les efforts de la Grèce, considérer que ces efforts rendent possible maintenant les versements nécessaires pour lui permettre de faire face à ses échéances et nous avons abordé, je le répète c'est la première fois que nous le faisons, cela a été promis plusieurs fois et c'est la première fois que nous rentrons dans les détails de la question de la dette grecque. Nous continuerons dans les jours qui viennent à travailler particulièrement sur cette question de la dette et il sera fait un rapport le 24 mai sur les possibilités techniques, sur les moyens techniques de mettre en œuvre l'orientation politique que nous venons de fixer.
- C'est-à-dire que le 24 mai vous prendrez une décision sur le scénario d'allégement de la dette ?
Il y aura des éléments plus précis qui s'apparenteront, c'est notre souhait, aux yeux du FMI à des décisions même s'il restera, et c'est normal, c'est comme cela toujours, à peaufiner techniquement un certain nombre d'aspects. Nous, nous ne sommes pas des techniciens, nous sommes des politiques. Nous avons parlé politique et en parlant politique, il fallait aborder la question de la dette quel que soit les difficultés et on les connait, quel que soit les réticences et on les connait de tel ou tel pays. Nous l'avons abordée franchement, pleinement, totalement et c'est ça véritablement la nouveauté de la réunion.
- La reprise des versements est-elle indépendante de l'accord sur la dette ?
La reprise de versements est indépendante de l'accord sur la dette puisque la reprise de versement dépend de la mise en œuvre d'un accord qui lie les institutions européennes et la Grèce.
- Et elle aura lieu… ?
Dans les jours qui viennent. Le Président Dijsselbloem dit avant le 24 mai, après le 24 mai mais c'est une question de mise en œuvre technique des documents nécessaires, ce n'est plus une question politique.
- Est-ce qu'il y a eu un changement dans la position du FMI pendant la réunion ?
Je ne sais pas si il faut le dire comme cela, le FMI a voulu que l'on puisse avancer, il a cherché à chaque fois à être constructif, à faire des propositions qui nous permettent de continuer à avancer ensemble. Je vous le rappelle, le calendrier du FMI n'est pas le même que le nôtre. Le FMI a besoin de l'accord d'aujourd'hui, de sa bonne mise en œuvre mais il a besoin aussi de l'accord sur la dette pour pouvoir prendre des décisions et présenter à son conseil d'administration des décisions de programme qui lieraient à ce moment-là le FMI et la Grèce.
- Sur les mesures contingentes réclamées à la Grèce, est ce que vous êtes rapprochés avec le FMI d'un accord ?
Oui, il y a eu un accord entre la Grèce et l'ensemble des institutions européennes. On a mis en place un paquet contingent qui est un paquet contingent qui respecte les obligations légales et constitutionnelles de la Grèce et qui en même temps respecte aussi ses possibilités politiques. Nous avons tenu compte de tous ses aspects mais il y a une volonté de la Grèce de mettre en place un système automatique de correction de la trajectoire si jamais cette trajectoire déviait de l'objectif de 3,5% d'excédent primaire en 2018. Par rapport aux objectifs que nous nous étions fixés, que la France s'était fixé, on a vraiment une belle satisfaction.
- Pourquoi ne prend –t-on pas une décision aujourd'hui ?
Parce que c'est très compliqué. Se mettre d'accord politiquement sur un objectif, c'est ce que nous avons fait aujourd'hui, rend nécessaire ensuite une série de travaux techniques. Comme c'est parfois dans les détails techniques que peuvent se nicher un certain nombre de difficultés politiques, il est absolument nécessaires que ce travail technique soit fait avant le 24 mai pour que nous puissions , le 24 mai , confirmer politiquement la volonté d'avancer sur ce sujet y compris sur une gestion la plus performante possible de la dette à court terme, pardon d'employer ce terme là , mais il y a derrière cela de technique pour éviter que cela coute plus chère à la Grèce que cela ne l'est aujourd'hui. Merci
source http://www.rpfrance.eu, le 10 mai 2016