Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et du développement international, sur la lutte contre la peine de mort dans le monde, à Oslo le 21 juin 2016.

Intervenant(s) :

Circonstance : Déplacement en Norvège à l'occasion du 6ème congrès mondial contre la peine de mort, le 21 juin 2016

Prononcé le

Temps de lecture 5 minutes

Texte intégral

Q - (Question en anglais sur le parrainage de la France du 6ème congrès mondial contre la peine de mort)
R - Ce combat contre la peine de mort, c'est un combat de toute l'humanité, et c'est un combat dans lequel la France est engagée. J'appartiens à une génération d'hommes et de femmes qui se sont engagés jeunes dans la politique, et parmi les raisons de s'engager il y aussi le combat pour l'abolition de la peine de mort, qui participe à notre conception de la liberté et de la démocratie. C'est un combat qui est long et difficile. La France le sait, puisque les débats sur l'abolition de la peine de mort ont commencé très tôt et ont commencé dès la Révolution française, notamment en 1791.
Ce combat a été enfin gagné en France à l'occasion de l'élection de François Mitterrand comme président de la République, et qui dans la campagne avait dit, avant même d'être élu, qu'il était pour l'abolition de la peine de mort, ce qui était un acte courageux. Et quand il a été élu président de la République, alors que l'opinion publique était majoritairement contre l'abolition de la peine de mort, il a nommé Robert Badinter, ici présent et co-président de ce congrès mondial, comme ministre de la justice, qui a présenté au parlement un projet de loi et qui a permis enfin à la France d'abolir la peine de mort. Et ce qui fait que, depuis 2001, ce combat français se poursuit comme un héritage politique parmi les plus beaux ; le premier des congrès mondial a d'ailleurs eu lieu à Strasbourg, et la France désormais co-parraine ce congrès.
Mais malgré tous ces progrès, il y a 40 ans, il y avait moins de 20 pays qui avaient aboli la peine de mort, et aujourd'hui ils sont 141. Ce qui n'empêche pas des milliers de personnes d'être exécutées chaque année par des États, par la justice des États. Il y a eu certes des progrès, mais il y a aussi eu des retours en arrière. Je voudrais citer un seul chiffre : l'année 2015, ce sont 1634 exécutions, c'est-à-dire un record depuis 25 ans. Le nombre d'exécutions augmente malgré l'augmentation du nombre de pays abolitionnistes ou ayant décidé d'un moratoire. Aussi le combat continue, et nous menons plusieurs combats de fond. Nous menons le combat contre le terrorisme, contre l'inhumanité de Daech, qui pratique l'exécution et la peine de mort comme un argument de propagande et de publicité. Raison de plus pour nous de continuer à défendre les principes, des méthodes différentes, car nous pensons que nous pouvons lutter contre la violence, contre le crime, contre l'inhumanité par l'humanité.
Nous sommes ici en Norvège, vous avez connu des tragédies il n'y a pas si longtemps, et vous avez été exemplaires du point de vue de l'exercice de la justice. Et je crois que cela montre qu'on peut punir sans pour autant utiliser les méthodes de l'inhumanité. Et la France est engagée, comme d'autres pays, dans une action diplomatique de grande envergure, à l'échelle universelle. Et parmi les raisons qu'il y a à combattre, à l'échelle mondiale, il y a les droits de l'Homme. À chaque fois que je peux le faire, et dans tous mes déplacements, je rappelle quels sont les principes sur lesquels nous basons notre histoire et notre influence, et les droits de l'Homme en font partie. C'est le sens de ma visite aujourd'hui, c'est le sens de ma participation à ce congrès, et je suis très fier de pouvoir le faire aujourd'hui, Monsieur le Ministre et Cher Ami, à vos côtés.
Q - (Question en anglais sur les exécutions en Iran, notamment des trafiquants de drogue, et le financement par l'Europe d'un programme pour l'abolition de la peine de mort en Iran.)
R - La France continue son combat à tous les niveaux, notamment dans les enceintes multilatérales, notamment les Nations unies, et continuera d'adresser un message de cohérence pour lutter contre le trafic de drogue. C'est une chose, mais le combat contre la peine de mort en est une autre.
Et s'agissant de l'Iran, nous constatons malheureusement que mille exécutions sont intervenues l'année dernière, dont plus d'une centaine en public, sans compter les exécutions de mineurs à l'époque des faits. Nous ne pouvons que condamner cette pratique, et nous allons continuer à le faire. Je rencontrerai mon homologue M. Zarif prochainement, à Paris. Et, comme à chaque fois, je m'exprimerai du point de vue de la France, et notamment sur ces questions-là.
Si vous me permettez je rajoute un mot concernant les droits de l'enfant. L'Iran comme l'Arabie Saoudite sont deux pays qui ont signé la convention internationale des droits de l'enfant, et qui ne la respectent pas, qui ne respectent pas leur signature, donc c'est l'occasion de dénoncer ce double langage, cette double attitude.
(...)
Un simple mot pour dire toute mon admiration pour les organisations non gouvernementales, pour les citoyens engagés et la société civile, y compris lorsque c'est difficile, ou extrêmement dangereux, et qui mènent un combat contre la peine de mort. Je voudrais leur exprimer tout mon soutien, toute mon admiration et mon estime.
Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 24 juin 2016