Interview de Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche à ITélé le 17 juin 2016, sur l'éventuelle reprise du dialogue social dans le cadre de la loi travail et la poursuite des manifestations.

Texte intégral


BRUCE TOUSSAINT
Najat VALAUD-BELKACEM est l'invitée d'I Télé ce matin, bonjour…
NAJAT VALAUD-BELKACEM
Bonjour.
BRUCE TOUSSAINT
Et merci d'être avec nous. Je voudrais qu'on commence par le visage de cette jeune femme députée Britannique, Jo COX, qui été tuée hier et qui bien évidemment suscite... ce meurtre suscite évidemment beaucoup de réactions et une émotion aussi, c'est la vôtre, vous êtes marquée par cette émotion ?
NAJAT VALAUD-BELKACEM
Bien évidemment, c'est un véritable choc, en fait je ne me suis toujours pas remise de cette affaire depuis hier. On ne sait pas encore exactement ce qui s'est passé, on ne s'est pas si un déséquilibré, mais en tout cas ça en dit long quand même sur la violence atteinte par le débat public en Grande Bretagne et d'ailleurs dans l'ensemble de notre société - on le vit tous les jours en France aussi – et donc ça en dit long aussi sur la nécessité de chacun à reprendre ses responsabilités et de ramener ce débat à un niveau plus raisonné.
BRUCE TOUSSAINT
Un ancien ministre britannique était en ligne avec nous tout à l'heure, Dennis MAC SHANE, il nous disait que dès qu'on parle d'Europe en Angleterre – mais c'est le cas aussi dans d'autres pays et notamment en France – très vite le climat s'envenime, devient même haineux, parce que là on est dans la haine si c'est cela ?
NAJAT VALAUD-BELKACEM
Je crains malheureusement que ça ne soit pas qu'autour du sujet Europe, on voit bien autour du sujet immigration, d'ailleurs, si j'ai bien compris, le débat autour du Brexit tourne aussi beaucoup autour de l'immigration, autour des questions de sécurité, on voit bien qu'en effet il y a une tension permanente aujourd'hui, et c'est la raison pour laquelle - d'ailleurs je le redis et y compris à l'attention des responsables politiques français – c'est la raison pour laquelle nous autres responsables politiques nous devons tout faire pour à chaque fois ramener un peu de sérénité et pas jeter de l'huile sur le feu du débat public, parce que sinon on voit bien que derrière que vous avez des déséquilibrés qui en tirent parti ou prétexte pour passer à l'acte.
BRUCE TOUSSAINT
Le Brexit, la sortie annoncée possible de la Grande Bretagne de l'Union européenne, c'est quelque chose qui vous inquiète ?
NAJAT VALAUD-BELKACEM
C'est quelque chose qui m'attristerai profondément bien sûr, parce que d'une certaine façon c'est un commencement de délitement de l'Europe qui se préparerait et que j'estime moi que… vous savez c'est Sandro BOZZI, le ministre des Affaires européennes, oui des Affaires européennes, italien, qui disait récemment que dans tous les pays arrivaient au pouvoir une génération Erasmus, c'est-à-dire une génération de jeunes responsables politiques qui avaient eu la chance ou qui auraient pu avoir la chance de faire Erasmus, eh bien nous avons-nous une responsabilité particulière en effet de ces jeunes responsables politiques qui est de parler de l'Europe telle qu'elle est, certes avec ses difficultés, avec ses choses encore à construire, mais surtout avec ses immenses opportunités, on ne le fait vraisemblablement pas assez dans tous nos pays. Lorsqu'on parle d'Europe c'est essentiellement pour critiquer son côté carcan mais on ne la valorise jamais lorsqu'on crée des infrastructures, des emplois et que c'est quand même grâce à son financement, on ne parle pas assez de la chance que c'est pour une génération entière de pouvoir voyager, être mobile, découvrir d'autres pays européens, voilà moi je pense que le Brexit qui se profile – qu'il ait lieu ou pas – doit nous obliger tous à repenser la façon dont on parle d'Europe, notamment aux plus jeunes.
BRUCE TOUSSAINT
L'actualité en France est toujours marquée par le débat autour de la loi Travail, à ces violences évidemment qui ont marqué la journée de mardi et depuis quelques minutes, 22 précisément depuis 8 h Myriam EL KHOMRI reçoit Philippe MARTINEZ, le leader de la CGT, on a envie de dire enfin qu'ils se voient ?
NAJAT VALAUD-BELKACEM
Oui, enfin…
BRUCE TOUSSAINT
Il était temps, non ?
NAJAT VALAUD-BELKACEM
Oui, ce n'est pas la première fois qu'ils se voient. Enfin, moi je…
BRUCE TOUSSAINT
Non, mais là ça faisait quelques semaines qu'ils ne s'étaient pas vus ?
NAJAT VALAUD-BELKACEM
Bien sûr, bien sûr. Mais je veux dire il y a une mythologie qui court autour de cette loi Travail, avec laquelle il faut finir par rompre tout de même, cette mythologie c'est celle selon laquelle cette loi aurait été conçue dans le secret d'un ministère sans aucune concertation avec les partenaires sociaux, c'est faux. On le sait cette loi a été précédée pendant des mois, depuis le mois de janvier, d'un travail important avec les partenaires sociaux, puis, une fois qu'une version première a été rendue publique, une nouvelle phase de concertation s'est rouverte on le sait au terme de laquelle - toutes les organisations syndicales étaient évidemment conviées à cette concertation – au terme de laquelle une majorité de syndicats tout de même s'est déclarée favorable à la loi, donc aujourd'hui qu'il en reste une ou deux qui s'y oppose…
BRUCE TOUSSAINT
D' accord !
NAJAT VALAUD-BELKACEM
Eh bien ça n'en fait pas moins une minorité de syndicats.
BRUCE TOUSSAINT
Néanmoins il faut sortir de ce conflit, il faut conflit de cet affrontement…
NAJAT VALAUD-BELKACEM
Oui. Néanmoins…
BRUCE TOUSSAINT
Et, honnêtement – on va écouter dans quelques instants Myriam EL KHOMRI qui parlait hier de sa rencontre avec Philippe MARTINEZ – on se dit que ça ne partait pas très bien, regardons ensemble cette séquence.
(…)
BRUCE TOUSSAINT
Voilà ! On va négocier ? Non ! On va négocier, non, ça commence mal. Qu'est-ce qu'ils vont faire ? Ils vont boire un café ? Ils vont parler de la pluie et du beau temps ?
NAJAT VALAUD-BELKACEM
Peut-être, en tout cas je l'espère, y aura-t-il une discussion autour de la nécessaire prise de responsabilité des uns et des autres pour éviter les débordements auxquels on assiste de plus en plus dans les rues, car ce n'est absolument pas acceptable, les images qu'on a vues cette semaine notamment autour de l'hôpital Necker sont insupportables et donc j'espère qu'il y aura une discussion en effet de nature à ramener tous les acteurs à la raison et à éviter pour l'avenir ce type de débordements.
BRUCE TOUSSAINT
Donc c'est ça l'argument maintenant du gouvernement, c'est de dire : « il y a des affrontements, il y a des incidents, donc arrêtez », ça va être un peu court non pour convaincre monsieur MARTINEZ…
NAJAT VALAUD-BELKACEM
Non, mais pardon Bruce TOUSSAINT….
BRUCE TOUSSAINT
Qui n'a pas l'air facile ?
NAJAT VALAUD-BELKACEM
Oui, mais pardon Bruce TOUSSAINT, mais on n'est pas dans un jeu de rôles en fait, c'est sérieux ce dont on parle. On constate de fait que depuis plusieurs semaines les manifestations, qui sont organisées notamment par la CGT, sont devenues incontrôlables et qu'elles occasionnent des dégâts à la fois sur les biens et sur les personnes qui sont inadmissibles et de plus en plus inadmissibles, donc il y a un moment en effet où le gouvernement doit prendre ses responsabilité et c'est la raison pour laquelle le Premier ministre a indiqué qu'au cas par cas lorsque nous considérerions que les garanties de sécurité n'étaient pas présentes nous pourrions faire en sorte qu'une manifestation n'ait pas lieu et je pense que c'est la bonne décision. Quant à la loi Travail, ce qui sera dit vraisemblablement dans cette réunion c'est tout simplement qu'il y a un débat parlementaire en ce moment, enfin quand même c'est là que se fait la discussion…
BRUCE TOUSSAINT
Qui risque de se terminer par un 49.3, donc le débat il devrait être…
NAJAT VALAUD-BELKACEM
Alors on en est au Sénat pour le moment – et d'ailleurs c‘est très intéressant de voir ce qui se passe au Sénat – parce que pour tous les acteurs qui protestent contre cette loi c'est aussi une façon de confronter ce que serait une loi Travail de droite par rapport à une loi Travail de gauche et une loi Travail qui mettrait fin aux 35 heures, qui mettrait fin aux garanties collectives par rapport à une loi Travail comme la nôtre qui, au contraire, fait progresser à la fois le droit du travail et la capacité des entreprises à embaucher.
BRUCE TOUSSAINT
Est-ce qu'il y a un problème d'autorité dans ce pays, d'autorité de l'Etat, d'autorité du gouvernement, d'autorité du président de la République, c'est le procès principal qui est fait cette semaine à l'Exécutif ? Qu'est-ce que vous répondez ?
NAJAT VALAUD-BELKACEM
Moi je vais vous répondre comme ministre de l'Education…
BRUCE TOUSSAINT
Et c'est un sujet important l'autorité quand on est ministre de l'Education !
NAJAT VALAUD-BELKACEM
Mais bien sûr que c'est un sujet important, absolument. Comme ministre de l'Education j'ai envie de vous répondre d'une manière générale nos sociétés sont traversées par une remise en cause de l'autorité, un individualisme plus fort, une atomisation plus forte – on le sait, inutile d'entrer dans les détails – donc ça c'est la réalité de nos sociétés, c'est ce qui fait que par exemple avec les enfants on vous dit : « C'est devenu de plus en plus compliqué d'être parent pour faire respecter son autorité, c'est devenu de plus en plus compliqué d'être enseignant ». Alors, la réponse à cela qu'est-ce que c'est ? Est-ce que ça doit être le caporalisme ? Est-ce que c'est en l'occurrence, s'agissant des décisions qui peuvent être prise sur les questions de sécurité, de se laisser aller comme le fait la droite en évoquant le terrorisme, etc., à créer des Guantanamo… enfin je veux dire est-ce que c'est les solutions qu'on veut apporter ? Je pense que la vraie solution c'est de faire en sorte de renforcer ceux qui sont porteurs de l'autorité ! Par exemple, quand on parle des enseignants à l'égard des enfants, il faut qu'il y ait plus d'enseignants, mieux formés, mieux payés, pour finalement imposer d'une certaine façon leur autorité sans autoritarisme, c'est ça le sujet.
BRUCE TOUSSAINT
Ca, c'est l'éducation nationale ?
NAJAT VALAUD-BELKACEM
Ca, c'est pour l'éducation.
BRUCE TOUSSAINT
Non, mais on est…
NAJAT VALAUD-BELKACEM
Mais, si on transpose ça à la sécurité, pardon mais la meilleure façon de faire respecter l'autorité et la sécurité dans les rues par exemple c'est d'avoir des policiers, c'est-à-dire d'en recruter – et je rappelle que ceux qui nous font des procès en autorité sont les mêmes qui dans l'ancien quinquennat ont supprimé 13.000 postes de policiers quand même et de gendarmes – donc c'est de recruter comme nous le faisons plus de policiers, plus de gendarmes, de faire en sorte qu'ils soient plus présents dans les rues comme nous le faisons et donc, voilà c'est ça l'autorité, c'est de se donner les moyens de ce que l'ordre soit présent et respecté.
BRUCE TOUSSAINT
On va parler du bac dans un tout petit instant mais je voudrais juste avoir votre sentiment sur cette histoire qui nous a tous frappée, cette affaire, ce garçon de 11 ans, ça se passe dans une ville que vous connaissez bien - à Lyon – ce garçon qui blesse grièvement au couteau un camarade de classe, il a été mis en examen pour tentative d'assassinat. C'est une agression qui remonte à mercredi, c'est un élève de CM2 qui a poignardé un autre écolier de 12 ans, il y a peut être une histoire de racket. Mais qu'est-ce que ça vous inspire ? Est-ce qu'on met en examen un enfant de 11 ans pour tentative d'assassinat ? Est-ce que ça un sens ?
NAJAT VALAUD-BELKACEM
C'est une triste histoire vraiment, je pense qu'il faut faire très attention avec cette affaire parce qu'elle est d'une complexité infinie, je pense que vous avez regardé de près, vous savez que c'est un enfant – l'auteur, l'auteur des coups – c'est un enfant qui visiblement était racketté depuis un certain temps et qui a fini, ne sachant pas comment parler ou comment se libérer de cette emprise du racket, par croire que la seule possibilité qui lui restait c'était de frapper par la violence physique et qui du coup a sorti un couteau et a porté ces coups.
BRUCE TOUSSAINT
L'enfant est hors de danger, je le rappelle.
NAJAT VALAUD-BELKACEM
La victime est aujourd'hui hors de danger, heureusement. Il n'en reste pas moins que c'est un acte extraordinairement grave et, donc, on ne peut pas non plus faire comme si de rien n'était. Donc, au-delà de la procédure judiciaire que je ne commenterai pas ici, sauf à rappeler qu'il est mineur et que donc évidemment les règles qui s'appliqueront à lui sont spécifiques, moi je veux dire qu'en fait ce sur quoi notre système scolaire doit encore progresser – et il le fait pas mal honnêtement ces derniers temps – c‘est sur la question du climat scolaire, c'est-à-dire que vous avez vu il y a quelques mois j'ai lancé une grande campagne contre le harcèlement à l'école, eh bien ça en fait partie, quand on dit harcèlement on dit racket, on dit violences, on dit emprise mentale, eh bien sur ce sujet nous devons dans chaque établissement scolaire avoir en effet un plan de prévention des violences et des enquêtes dites Climat scolaire – c'est ce que nous sommes en train d'installer en ce moment même – pour faire en sorte que tout cela nous remonte à temps, remonte surtout à temps aux équipes pédagogiques et qu'elles puissent réagir.
BRUCE TOUSSAINT
Le bac a commencé donc cette semaine, tout se passe bien pour l'instant ?
NAJAT VALAUD-BELKACEM
Oui ça va, il faut le demander aux candidats.
BRUCE TOUSSAINT
Oui, oui. Non mais il n'y a pas d'incident majeur, de…
NAJAT VALAUD-BELKACEM
Non, non du point de vue l'organisation du baccalauréat. Ecoutez ! Vous savez que c'est une sacrée machine le bac, vous avez 4.600 centres d'examen à travers tout le territoire…
BRUCE TOUSSAINT
Près de 700.000 candidats !
NAJAT VALAUD-BELKACEM
Exactement ! 695.000 à peu près, vous avez 170.000 correcteurs, donc c'est vraiment une machinerie très importante, et pour l'instant donc la philosophie, l'histoire-géo se sont bien passé, il n'y a pas de sujet particulier. Aujourd'hui c'est le français pour ceux qui le passent…
BRUCE TOUSSAINT
Ca, c'est plutôt les élèves de première du coup…
NAJAT VALAUD-BELKACEM
Donc, les élèves de première.
BRUCE TOUSSAINT
Le taux de réussite l'an dernier c'était près de 88 %, vous espérez quoi pour cette année, vous espérez faire mieux, c'est quoi la stabilité, il y a un objectif d'ailleurs pour le bac ? Votre objectif à vous ?
NAJAT VALAUD-BELKACEM
Très exactement le taux de réussite donc de 88 % parmi les candidats qui l'ont passé, quand on reprend ce que CHEVENEMENT à l'époque où JOSPIN avait donné comme objectif, c'est-à-dire 80 % d'une classe d'âge au niveau bac, en réalité nous n'en sommes qu'à 77 % de cet objectif-là. Pourquoi ? Parce que quand on regarde une classe d'âge, tout le monde ne va pas passer le bac - il y en a qui décrochent avant, etc. – en réalité aujourd'hui on en est à 77 %. Ce qui fait que bien sûr il y a beaucoup de gens qui ont le bac mais tout le monde ne l'a pas et, d'une certaine façon, il faut tout de suite couper court aux critiques sur le mode : « mais que vaut le bac si tout le monde l'a », la réalité c'est qu'aujourd'hui le baccalauréat c'est un sésame précieux pour pouvoir à la fois entrer sur le marché du travail si c'est le choix des jeunes ou continuer ses études supérieures, je rappelle que sauf exception si on n'a pas le bac on ne peut pas continuer d'études supérieures. Donc, c'est absolument essentiel que les jeunes en question l'aient et il ne faut pas dénigrer la valeur de ce diplôme.
BRUCE TOUSSAINT
Et du coup, pour essayer de favoriser justement ces candidats au bac, vous allez lancer « les parcours d'excellence », ça vous l'avez annoncé hier, alors de quoi s'agit-il ?
NAJAT VALAUD-BELKACEM
En fait c'est bien simple, aujourd'hui dans notre pays on constate deux choses : 1) que l'élite s'est rétrécie, l'élite de notre pays je le redis ici s'est rétrécie, c'est-à-dire qu'en gros quand vous regardez qui la compose vous vous rendez compte que… prenez simplement la composition des grandes écoles, des classes préparatoires aux grandes écoles, des ENS, etc., vous vous rendez compte qu'en fait des enfants d'ouvriers il y en a au mieux 3 ou 5 %, ce n'est quand même pas normal par rapport à ce qu'ils représentent dans la société ; et le deuxième constat qu'on fait c'est qu'en fait il y a une espèce d'autocensure qui a fini par s'installer dans l'esprit de très jeunes élèves qui s'estiment…
BRUCE TOUSSAINT
« Je ne suis pas fait pour faire ce type d'études...
NAJAT VALAUD-BELKACEM
Pas fait, exactement, pour faire des études longues…
BRUCE TOUSSAINT
Ou pour tel ou tel bac même ».
NAJAT VALAUD-BELKACEM
Oui, ou pour exercer des métiers un peu reconnus, etc., et, donc, on…
BRUCE TOUSSAINT
Et comment on lutte contre ça ?
NAJAT VALAUD-BELKACEM
Pour lutter contre ça, très concrètement, j'ai décidé qu'à partir de la rentrée prochaine nous allions mobiliser des tuteurs qui sont soit des étudiants de l'enseignement supérieur, des grandes écoles, soit des salariés de grandes entreprises, etc., qui vont aller dans toutes les classes de 3ème de l'éducation prioritaire renforcée – c'est-à-dire à peu près 4400 collèges – qui vont aller voir toutes ces classes de 3ème et leur dire : « Ecoutez ! Si ça vous dit, nous on est là pour vous coacher et vous accompagner dans le temps long sur votre scolarité jusqu'à la classe de terminale, donc de la 3ème à la terminale, pour vous donner envie de continuer vers l'excellence et on vous accompagnera sans vous lâcher la main, c'est-à-dire on vous aidera pour ce qui est du niveau scolaire, on vous ouvrira les horizons, on vous fera faire des sorties culturelles, etc., pour rattraper tout ce background que vous n'avez pas forcément » et donc…
BRUCE TOUSSAINT
Et, ça, c'est donc dès la rentrée ?
NAJAT VALAUD-BELKACEM
Oui. Dès la rentrée ce sont près de 10.000 élèves de 3ème ou des collèges d'éducation prioritaire renforcée qui va avoir droit à ce tutorat personnalisé, qui va durer pour eux de la 3ème jusqu'à la terminale, pour les emmener vers l'excellence et l'excellence – pardonnez-moi, juste un mot – l'excellence elle se trouve partout, l'excellence elle n'est pas que dans les grandes écoles, l'excellence elle est dans les voies professionnelles, elle est… en fait elle est dans ce qu'on aime et ce qu'on fait à fond.
BRUCE TOUSSAINT
J'aimerais que l'on parle aussi des rythmes scolaires. Il y a un bilan qui a été, un premier, enfin, pas un premier, un bilan qui a été remis, c'est un rapport publié par des inspecteurs. Alors on voit que c'est mitigé, vous acceptez ce constat ou pas, avant que je rentre dans le détail, ou vous dites, vous, non c'est une grande réussite ?
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Ah non, mais attendez, mais moi si je fais évaluer les rythmes scolaires, je vous rappelle que c'est en ma qualité de ministre de l'Education nationale que je demande ces évaluations...
BRUCE TOUSSAINT
Donc, vous dites quoi ?
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Si je les fais évaluer, c'est précisément pour ajuster nos mesures et améliorer le système.
BRUCE TOUSSAINT
Donc c'est quoi ? C'est mitigé, c'est raté, c'est réussi, c'est... ?
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Non, mais en fait, il y a eu plusieurs choses. Il y a eu d'abord ce rapport de l'Inspection générale, qui globalement est porteur d'interrogations.
BRUCE TOUSSAINT
Oui.
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Voilà, et qui demande notamment à ce que l'on pense mieux la façon dont les apprentissages sont...
BRUCE TOUSSAINT
On voit par exemple que les enseignants de maternelle auraient peut-être préféré être épargnés par ces rythmes. Qu'est-ce que je vois d'autre, que l'absentéisme a augmenté dans certains départements, ça c'est quand même un problème. Sur la fatigue des élèves, c'est quand même un sujet important, bon, c'est pas très clair non plus, on n'arrive pas vraiment à se rendre compte si ça a été bénéfique ou pas. Alors, est-ce que ça veut dire qu'il faut encore un peu de temps pour avoir des résultats fiables ou que d'ores et déjà, vous êtes un peu déçue ?
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Alors, d'abord, comme toute réforme de grande ampleur, il faut du temps pour avoir des résultats fiables, et j'en reviens à ce que dit l'Inspection générale dans son rapport, c'est qu'il y a des interrogations sur le fait par exemple de bien répartir les apprentissages, le matin, pour que tous les apprentissages, le français, les maths, mais aussi l'éducation artistique et culturelle, ou le sport, par exemple, puissent bénéficier de ces matinées retrouvées qui sont du meilleur temps scolaire. En gros, c'est ça que dit l'Inspection générale. Sur le reste, pour ce qui est de la fatigue, c'est plutôt, c'est son propre mot, de l'ordre du ressenti que de la réalité, et c'est là qu'arrive un deuxième rapport qui nous a été rendu, en même temps c'est marrant, parce qu'il est moins commenté celui-là, qui est pourtant beaucoup plus scientifique que ce que fait l'Inspection générale, qui est de l'ordre du ressenti. Ce deuxième rapport, c'est une étude scientifique qui a été conduite sur plusieurs milliers d'enfants à Arras, par monsieur TESTU, qui est un chronobiologiste connu, un scientifique, et qui conduit à conclure que la réforme des rythmes scolaires n'entraine pas plus de fatigue, contrairement à une idée. Je sais qu'on a tous cette idée, vous savez, moi j'ai de jeunes enfants, la vérité c'est que nous devons veiller à ce que nos jeunes enfants se couchent plus tôt le soir, tout simplement. Mais la réforme des rythmes scolaires en tant que telle, n'a pas entrainé de fatigue supplémentaire, en revanche, clairement, elle a entrainé une meilleure capacité de concentration sur les apprentissages et j'insiste sur ce point, parce que tous les parents savent de quoi je parle, la capacité à mobiliser l'attention d'un enfant, eh bien c'est mieux grâce à la réforme.
BRUCE TOUSSAINT
Un tout dernier mot, sur la polémique du jour, c'est Paul POGBA qui aurait fait un bras d'honneur à l'issue du match France – Albanie. Qu'est-ce que ça vous inspire ? Est-ce que ça vous a choquée ?
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Alors, moi, honnêtement, je n'ai pas la démonstration par a + b qu'il ait fait un bras d'honneur, donc...
BRUCE TOUSSAINT
Vous avez raison de le rappeler.
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Voilà.
BRUCE TOUSSAINT
On ne sait pas, on n'est pas sûr.
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Donc, du coup, comme je sais trop...
BRUCE TOUSSAINT
Et s'il l'a fait ?
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Non mais comme je sais trop comment on peut construire une polémique sur du vent, je préfère ne pas commenter le vent, et je préfère souhaiter vraiment bonne chance à l'équipe de France et leur dire merci, mais la prochaine fois, s'il vous plait, n'attendez pas les deux dernières minutes pour marquer.
BRUCE TOUSSAINT
Ça sera dimanche contre la Suisse. Merci beaucoup.
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Merci.
BRUCE TOUSSAINT
Bonne journée à vous.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 juin 2016