Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur les relations franco-sud africaines, à Paris le 11 juillet 2016.

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Circonstance : Toasts lors du dîner d'État avec M. Jacob Zuma, à Paris le 11 juillet 2016

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Texte intégral


Monsieur le président de la République, Cher Jacob ZUMA,
Madame ZUMA,
Mesdames, Messieurs les ministres,
Monsieur le président de l'Assemblée nationale,
Chers invités,
Je suis très heureux de vous accueillir ici en France pour cette visite d'Etat. Je me souviens, il n'y a pas si longtemps, c'était en 2013, vous m'aviez également reçu, dans votre pays pour une visite d'Etat. Il y a encore quelques mois, nous étions à Lyon ensemble à l'occasion du lancement de la commission des Nations unies sur l'emploi en santé. Nous avons tous les deux lancé un appel pour que les médicaments puissent avoir un prix suffisamment bas pour que la population du monde et notamment les plus pauvres puissent accéder aux soins.
Entre nos deux pays, il y a une distance géographique mais il y a aussi une proximité. Cette proximité est liée à notre histoire et à ce qu'elle a pu faire comme combat commun pour la liberté. Chacun se souvient que la « nation arc en ciel », et a encore, comme idéal la réconciliation entre les peuples. Cet idéal continue d'inspirer le monde. Nous avons comme valeur commune la liberté. Et je veux rappeler ici un propos de Nelson MANDELA qui nous disait « nous ne sommes pas encore libres, nous avons atteint la liberté d'être libre » ; ce qui signifie que notre destin est toujours entre nos mains et qu'il ne dépend que de nos choix.
Sur la scène internationale, la France et l'Afrique du Sud agissent côte à côte. C'est vrai dans la lutte contre le réchauffement climatique car de Durban à Paris, de la COP17 à la COP21, la concertation entre nos deux pays a contribué à la conclusion d'un accord qui manquait à notre planète. Aujourd'hui, c'est le partenariat pour un gouvernement ouvert qui nous mobilise puisque, Monsieur le président, vous assurez la responsabilité de cette initiative visant à améliorer l'efficacité et la transparence de ce qu'on appelle la gouvernance publique et qui n'est simplement que l'action de l'Etat ou des collectivités publiques pour agir de manière efficace et transparente. C'est la France qui prendra le relais de l'Afrique du Sud lors de ce Sommet qui va être organisé également à Paris l'hiver prochain.
En Afrique, nous avons le même objectif : celui d'une région en paix, -aujourd'hui, hélas, ce n'est pas le cas, je pense à ce qui se passe au Sud-Soudan-, pleinement engagée dans le développement durable. Il y a beaucoup à faire, notamment pour les énergies renouvelables et pour la maîtrise de l'avenir du continent qui doit se garder des influences extérieures.
La relation entre la France et l'Afrique du Sud est dense sur le plan culturel d'abord. Des saisons culturelles croisées ont laissé une empreinte dans nos deux pays et nous avons signé un accord qui élargira encore nos relations dans ce domaine-là, notamment pour les industries créatives.
Nos échanges commerciaux atteignent environ 3 milliards d'euros. La France est le quatrième fournisseur européen de l'Afrique du Sud, l'un de ses principaux investisseurs. Je salue ici les entreprises qui s'intéressent depuis longtemps à l'Afrique du Sud et qui y ont des implantations qui ne demandent qu'à s'élargir. Ces entreprises croient en votre pays, elles s'y installent toujours plus nombreuses. Elles sont 350 aujourd'hui en Afrique du Sud et elles portent le savoir-faire, la technologie de la France, tout en étant conscientes de la responsabilité sociale et environnementale que les entreprises françaises ont notamment dans un pays comme le vôtre.
L'Afrique du Sud est aussi un pays où l'Agence française de Développement intervient notamment pour soutenir vos projets dans le domaine des énergies renouvelables, du nucléaire mais aussi des aménagements urbains, les transports, la santé.
Enfin, je veux insister sur la coopération universitaire et scientifique : un accord a été signé lors de votre visite qui renforce la mobilité étudiante, la reconnaissance des diplômes et après le succès du FSATI, nous avons maintenant le FSAGRI. Chacun l'aura compris, il porte sur l'agroalimentaire et nous allons développer la formation supérieure et la recherche dans ce secteur-là.
Enfin ce matin, il y a eu une grande émotion lorsque j'ai pu remettre le travail qui avait été effectué par l'Institut national audiovisuel français. J'ai remis au président ZUMA la restauration et la numérisation des enregistrements du procès de Rivonia, procès qui avaient condamné Nelson MANDELA. Avec le président ZUMA et nos délégations respectives, nous avons entendu la voix de Nelson MANDELA.
Je me souviens aussi du jour où nous avons appris sa mort. C'était dans cette salle. Il y avait un rassemblement, un sommet entre la France et l'Afrique, et nous avons fait un hommage exceptionnel parce que la personnalité était exceptionnelle : Nelson MANDELA.
La France est aussi très touchée, très honorée de la mobilisation de votre pays puisque vous venez avec une délégation nombreuse. Vous allez participer aux commémorations du centenaire de la bataille du bois Delville. Le bois Delville, c'était un lieu où des milliers de Sud-Africains blancs et noirs ont péri sur notre terre, dans la Somme pour notre liberté. Je veux ici saluer ce qu'a été ce sacrifice durant la Première Guerre mondiale. Votre pays n'était pas à l'époque dans la situation que vous connaissez aujourd'hui et il n'y avait pas eu le même respect, le même hommage pour les Blancs et pour les Noirs. Aujourd'hui, ils sont unis à jamais dans leurs tombeaux et nous n'oublierons nous-mêmes jamais que les Sud-Africains ont perdu leur vie pour notre propre indépendance et liberté.
Monsieur le président, Madame, vous étiez hier présents pour la finale du championnat d'Europe. Nous vous remercions pour votre soutien. Il allait d'ailleurs aux deux équipes car l'Afrique du Sud n'était pas partisane, elle ne pouvait pas l'être. Nous savions ce que votre cœur pouvait ressentir pour l'équipe de France mais vous n'en avez rien dit !
C'est vrai que c'était pour nous à la fois une grande joie, une grande fierté d'accueillir l'Euro, le championnat d'Europe, avec une organisation qui a été parfaite du début jusqu'à la fin. Fierté de savoir que pour le dernier match, vous étiez là, l'Afrique du Sud avec d'autres chefs d'Etat et de gouvernement dont le président de la République portugaise à qui nous avons fait ce cadeau - parce que nous sommes hospitaliers - mais je dois dire que c'est l'équipe du Portugal qui a arraché cette victoire. Nous étions heureux de pouvoir saluer cet événement qui était un événement pacifique, qui était un événement qui permettait de dire ce que l'Europe pouvait faire harmonieusement, solidairement et aussi ce que l'Europe a comme lien avec l'Afrique.
Donc je savais aussi que vous aviez été arbitre de football, mais dans un endroit où le football était finalement le seul loisir qu'il vous était donné de pratiquer puisque c'était dans la prison de Robben Island où vous êtes resté dix ans. Ainsi, tout nous ramène au combat qui est le vôtre, celui des Sud-Africains pour la liberté. Et c'est parce que nous avons cette même conscience d'une liberté toujours fragile que nous devons encore nous rapprocher, conforter notre amitié. Depuis que François MITTERRAND et Nelson MANDELA ont établi les bases de cette amitié entre la France et l'Afrique du Sud, c'était en 1994, nos deux pays sont les porteurs d'un agenda progressiste pour le monde.
Alors vive l'Afrique du Sud !
Vive l'amitié entre nos deux pays !
Vive la France !Vive la République sud-africaine !