Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et du développement international, sur la Semaine des ambassadeurs, à Paris le 30 août 2016.

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Circonstance : Semaine des ambassadeurs - Finale du concours d'éloquence , à Paris le 30 août 2016

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Texte intégral

La semaine des ambassadeurs a lieu tous les ans. Cette année plus de 200 de nos représentants dans le monde entier sont présents. La France a l'un des réseaux diplomatique les plus anciens et les plus denses au monde. Nous en sommes très fiers mais il faut vraiment beaucoup travailler pour garder notre cap, pour garder la qualité de notre représentation à l'échelle du monde. La France est attendue, la France est espérée parce que nous représentons quelque chose : une histoire, des valeurs et des combats. Mais, rien n'est jamais acquis, il faut sans cesse relever le défi pour rester au niveau de notre histoire et de ce que nous représentons.
C'est une semaine d'intense travail que nous abordons avec conviction et modestie, mais aussi avec détermination pour être à la hauteur de l'attente de nos concitoyens, en France et dans les pays qui nous regardent. Certains de ces pays traversent des épreuves terribles et le rôle de la diplomatie française est de travailler à chercher des solutions, de travailler à la paix. Pour cela, nous avons besoin d'ambassadrices et d'ambassadeurs motivés, professionnels et convaincus qui viennent, pendant une semaine, réfléchir, échanger, se ressourcer, pour repartir avec une ligne directrice fixée par le président de la République et par le gouvernement. Vendredi, je tirerai les conclusions de cette semaine.
Comme chaque année, en préparant ce moment, nous avons voulu innover un peu en sortant du cadre traditionnel de l'administration. Hier, il y avait une journée tout à fait intéressante que l'on appelle «speed dating» consacrée à l'accueil des petites et moyennes entreprises, voire des très petites entreprises, qui sont très nombreuses dans notre pays à vouloir exporter. L'an dernier, ce sont 125.000 PME qui ont exporté. Mais, une petite entreprise avec peu de moyens financiers a du mal à accéder aux informations et un grand groupe international n'a pas vraiment besoin de nous. Parmi les missions des ambassadeurs aujourd'hui, il y a donc l'accueil et l'accompagnement des entreprises à l'export. Les ambassadeurs passent environ 40% de leur temps à accueillir les entreprises. Comme je le disais, l'année dernière, 125.000 petites entreprises se sont lancées dans un projet d'export. Les entrepreneurs se sont donc inscrits en ligne à ce rendez-vous d'hier et les ambassadeurs, travaillant dans des grands et des petits pays, étaient là et très motivés. Ils étaient réunis par régions et occupaient tout ce centre de conférences du ministère des affaires étrangères où nous sommes réunis ce soir. Chaque chef d'entreprise s'exprimait un quart d'heure. Les ambassadeurs avaient pris connaissance à l'avance de leurs dossiers. Le dialogue a pu ainsi facilement se nouer. Puis il y avait un gong et on passait à un autre chef d'entreprise. Il y en a eu plusieurs centaines toute la journée, 500 entreprises sont venues. C'est formidable. Ce sont des projets de personnes qui ont des idées extrêmement précises. Ils veulent qu'on les aide à ouvrir les portes, qu'on les accompagne. C'était une innovation qui avait commencé l'année dernière et qui, cette année, est en train de trouver son rythme de croisière.
Et puis, il y a une autre innovation, c'est d'ouvrir les portes au public. 2.000 personnes se sont inscrites pour participer à cette journée que l'on pourrait considérer comme une Journée «portes ouvertes» du ministère des affaires étrangères. Il y a eu trois tables rondes où les ambassadeurs, avec le public, ont abordé trois thèmes très importants, trois thèmes difficiles qui mobilisent notre diplomatie.
- Diplomatie et les migrations,
- Diplomatie et le fait religieux,
- Diplomatie et la lutte contre le terrorisme.
Il y a eu beaucoup de questions, beaucoup d'interventions et de points de vue parfois dérangeants qui se sont exprimés mais - j'en ai parlé avec les ambassadeurs et nous aurons encore le temps d'en parler d'ici à la fin de la semaine avant de tirer des conclusions - les ambassadeurs sont très motivés par ce qu'ils ont entendu. Certains propos les ont parfois bousculés, mais ils repartiront rassurés sur les convictions des Français de toutes générations, dont surtout beaucoup de jeunes, qui ont envie de connaître le sens des choses, qui ont envie d'y croire. Ils ont des exigences et des attentes mais ils ont envie de trouver le sens de notre histoire collective. Le savoir est important pour nous. On s'en doutait mais cette journée «porte ouverte» nous aura encore davantage convaincus.
Il y a également eu des rencontres avec douze ambassadeurs qui se sont portés volontaires et qui, pendant toute la journée, ont présenté leur métier. Il y avait beaucoup de monde, c'est donc que cela intéresse.
Nous ne sommes pas les seuls à avoir inventé les concours d'éloquence, cela existe ailleurs depuis longtemps, mais c'est la première fois qu'il se déroule à l'occasion de la semaine des ambassadeurs. Là aussi, il y a eu des inscriptions en ligne, 80 personnes se sont inscrites, il y a eu une pré-sélection, une demi-finale avec dix personnes qui sont restées. Maintenant, c'est la finale, et la finale c'est vous. Je ne vais pas faire une appréciation du jury sur chacune et chacun d'entre vous, mais Myriam, Aurore, Paul, Nattapat et Vianney, je voudrais tout d'abord vous remercier d'avoir participé avec beaucoup de coeur à ce concours d'éloquence. Beaucoup de coeur et beaucoup de talent pour chacun d'entre vous. Vous n'êtes videmment pas arrivés par hasard. On voit que vous y avez cru et que vous avez pris cela au sérieux, sans vous prendre au sérieux. Vous nous avez fait beaucoup rire d'ailleurs, mais pas seulement. On aurait pu parfois pleurer en vous écoutant, pleurer positivement parce que nous étions émus de vous voir faire quelque chose en quoi vous croyez, au-delà de votre exercice oratoire. C'est toujours une épreuve bien sûr, si on veut réussir un tel exercice, il faut donner de sa personne, de son intelligence, de son coeur et il faut donner physiquement, pour que ceux qui vous écoutent soient attentifs jusqu'au bout et que vous puissiez leur faire passer un message. Chacune et chacun d'entre vous l'avez réussi. Merci pour tout cela.
Notre jury a donc délibéré, il faut choisir et c'est difficile. Mais ce n'est pas injuste car vous êtes tous vainqueurs de cette épreuve. Mais, l'un ou l'une d'entre vous terminera premier ou première. Qui est-ce ? Nous avons échangé et nous avons choisi Aurore. Aurore, vous nous avez beaucoup touchés les uns et les autres. Pendant quelques instants, vous vous êtes mise dans la peau du ministre des affaires étrangères, vous avez habilement et astucieusement mis en scène le message que vous vouliez faire passer, car il y a un message dans ce que vous nous avez dit. Il y a un message personnel, une histoire vécue, avec des moments de joie, d'enthousiasme et aussi de souffrance, mais en aucun cas de résignation. C'est un message d'espoir que vous nous avez transmis, un message de confiance. Ceux qui se sont exprimés l'ont fait aussi, mais vous l'avez peut-être fait encore mieux que les autres. Et surtout, nous qui venons de délibérer, nous n'avons pas beaucoup hésité car nous nous sommes sentis concernés.
Lilian Thuram a été le grand témoin de cette journée et je le remercie tout particulièrement parce qu'il n'est pas engagé qu'aujourd'hui. Il est tout le temps en direction des jeunes. Il pourrait d'ailleurs parler beaucoup mieux que moi, et avec beaucoup plus d'éloquence que moi, de tout ce qu'il rencontre comme attente, comme espérance, comme exigence, comme talent, comme capacité chez les jeunes. Ce que nous avons partagé avec Lilian et avec les ambassadeurs, c'est aussi une certaine idée de notre pays et de ce qu'il représente dans le monde. Vous nous avez fait passer un message pour que nous gardions cette intelligence de l'optimisme et de la volonté, c'est-à-dire de ne jamais renoncer aux valeurs de la France, quelles que soient les circonstances, de ne jamais nous résigner.
C'est donc un message d'espoir que vous nous avez adressé, un espoir de mobilisation, pas seulement à nous, le jury, mais à tous ceux qui sont venus ici, et au-delà de nous-mêmes et j'espère aussi aux Français. Pour tout cela, Aurore, un grand merci.
Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 19 septembre 2016