Texte intégral
R. Sicard Vous venez d'être désigné président du Parti communiste français. Vous venez d'être désigné candidat du Parti communiste français à l'élection présidentielle. Cela fait beaucoup, mais c'est assez risqué, puisque les derniers sondages vous placent autour de 5 à 6 %. Comment est-ce que vous allez faire pour redresser la barre ? Est-ce que vous n'êtes pas obligé de devenir très critique à l'égard du Gouvernement pour vous démarquer ?
- "J'étais candidat à l'élection présidentielle en 1994, et j'étais à la même période à à peine 5% et on a terminé à plus de 8. Les sondages six mois avant, sont très difficiles à prendre en compte. Mais c'est une élection qui n'est pas une élection facile pour le Parti communiste. Et nous entendons bien mettre tous les moyens pour gagner et surtout pour empêcher la droite de revenir. Vous me dites "attaquer le Gouvernement", "prendre des mesures de pression sur le Gouvernement"... Non, ce que nous voulons, c'est effectivement qu'un certain nombre de grandes questions politiques qui n'ont pas été résolues par le Gouvernement, également des réformes importantes à conduire dans la situation nouvelle..."
Par exemple, qu'est-ce qui ne va pas ?
- "L'élection présidentielle ne va pas se faire dans les mêmes conditions que les choses auraient pu se faire, s'il n'y avait pas eu ce qui s'est passé aux Etats-Unis le 11 septembre. Le rapport entre la France et le monde, le rapport entre ce monde de capitalisme mondialisé avec des inégalités et ce terrorisme impliquent des dispositions fortes à prendre en France, en Europe, qui n'étaient pas imaginables dans un autre type de campagne. Par exemple, la France aujourd'hui, pour elle-même mais aussi pour l'Europe, doit s'engager dans de grands chantiers. Voilà des questions sur lesquelles je vais me battre. Des grands chantiers comme le ferroutage, des grands chantiers comme une politique de l'eau à l'échelle de l'Europe, un rapport au Sud différent, une démocratisation forte aussi nécessaire dans un pays comme la France en termes de droit des salariés, en termes de citoyenneté nouvelle, autant d'éléments qui sont importants. On évoque, par exemple, les grands problèmes de sécurité et ce sont des problèmes. Il est insupportable qu'il y ait cette économie parallèle dans les quartiers difficiles, qu'il y ait en fait autant de violence. Mais comment y répondre ? D'abord, en y mettant beaucoup de moyens, mais aussi en développant une citoyenneté, un droit à l'urbanité différent. Ce sont des questions comme celles-là."
Sur la sécurité, vous avez l'impression que le Gouvernement ne fait pas ce qu'il faut ?
- "Il faut faire beaucoup plus, beaucoup plus naturellement en termes de prévention, mais aussi en moyens, parce qu'il y a des délits qu'il convient de ne pas laisser sans punition. Mais en même temps, il y a certainement à faire beaucoup plus d'un point de vue de la vie même de ces quartiers. Je suis maire d'une commune qui a des quartiers comme ceux-là et je crois qu'il faut mettre beaucoup de moyens."
Ce discours sur la sécurité est relativement nouveau chez les communistes.
- "Peut-être, mais en tous les cas, ce n'est pas un discours sécuritaire. C'est un discours de responsabilité, mais un discours où on ne peut pas, dans les quartiers populaires, dans les quartiers d'une façon générale, continuer avec cette violence, ces difficultés qui empoisonnent la vie. Le droit, qui doit être dans ces cités, n'est souvent pas présent. Donc, il y a la nécessité d'avancer dans ce domaine."
Concrètement, vous réclamez des policiers supplémentaires ?
- "Oui. La police de proximité est une bonne idée, mais à condition qu'elle soit effectivement concrète, qu'il y ait des policiers supplémentaires, qu'il y ait les moyens pour une justice de plus grande proximité, qu'il y ait des moyens pour les élus. Les collectivités locales ont aussi besoin de moyens pour répondre à l'ensemble des questions posées dans la vie sociale et dans la vie des quartiers, dans le monde rural. On oublie que, dans le monde rural, il y a aussi des difficultés de ce genre."
Vous dites souvent qu'il y a un espace pour le Parti communiste à gauche. Cela veut dire que le Gouvernement n'est pas à gauche ?
- "Si, le Gouvernement conduit une politique de gauche. Mais, à mon avis, il faut une autre politique à gauche, c'est-à-dire que cette politique conduite par le Gouvernement est fortement influencée par la démarche sociale-démocrate, voire parfois sociale-libérale. Regardez la pression que les libéraux exercent sur le Gouvernement pour empêcher qu'il prenne des réformes fortes. Il y a eu la loi de modernisation sociale. Les communistes ont beaucoup participé à ce qu'elle soit vraiment très efficace contre les plans sociaux. Regardez Moulinex ! 56 patrons viennent de mettre L. Jospin en injonction de ne pas faire cette loi telle qu'elle est prévue par le Parlement. C'est inacceptable. Il y a cette pression. Il faut résister à cette pression. Et les communistes sont utiles dans le Gouvernement pour qu'on résiste à cette pression. Regardez ce qu'ils viennent d'obtenir sur les hôpitaux publics. Ce sont des mesures qui nous permettent d'être utiles."
C'est vrai. Mais, par exemple, sur le cas de Moulinex, on ne voit pas tellement quel a été le rôle du Parti communiste ?
- "Pour Moulinex, sur le terrain, les communistes ont fait le mieux qu'ils pouvaient. Il reste que, si la loi qu'on a préconisée, la loi de modernisation sociale, avait été appliquée par anticipation comme on le demandait, il n'y aurait pas eu cette situation aujourd'hui à Moulinex. Il ne faut pas oublier que parmi les 56 patrons qui ne veulent pas de la modernisation sociale, il y a précisément l'ancien patron de Moulinex. Donc, voilà la réalité. Non, si on nous écoutait davantage sur ces licenciements boursiers, on ferait reculer le patronat. Et il faut que nous soyons plus forts encore pour le faire reculer et que la politique soit plus à gauche."
On parlait de vos résultats dans les sondages qui ne sont pas, pour l'instant, très bons. Vous avez des adversaires qui semblent mieux partis comme N. Mamère ou J.-P. Chevènement.
- "Ce ne sont pas des adversaires."
Et il y a aussi A. Laguiller. Qui vous paraît le plus redoutable pour vous ?
- "Je n'ai pas à me déterminer par rapport à ces candidats. On peut les prendre un par un, si vous voulez, mais je ne vais pas le faire ce matin. J.-P. Chevènement, on voit bien qu'il a un espace parce que le candidat socialiste, L. Jospin, n'est pas encore en piste. Il est évident que J.-P. Chevènement est quelqu'un de gauche, est quelqu'un de socialiste. Il a fait le Parti socialiste. Aujourd'hui, un certain nombre de gens peuvent être séduits par J.-P. Chevènement. Mais en même temps, le moment venu, ce ne sera pas toujours cette situation. Pour les autres, je ne vais pas les évoquer. Mon problème n'est pas de rivaliser avec A. Laguiller. A. Laguiller prend peu de voix au Parti communiste. J.-P. Chevènement n'en prend pas pratiquement - ce n'est pas moi qui le dit, ce sont les enquêtes d'opinion. Qu'est-ce qui manque au Parti communiste ? C'est de rassembler un certain nombre d'électeurs des quartiers populaires qui ont parfois voté à gauche, qui ont parfois voté communiste et qui s'abstiennent. Eh bien, pour que la droite ne revienne pas, pour être utile à la gauche, dès le premier tour, il faudra bien que ces électeurs se mobilisent. Aux dernières municipales, si la gauche a reculé, c'est parce que cette mobilisation n'a pas été assez forte dans ces quartiers populaires. Mais encore faut-il leur faire des propositions qui les séduisent. Ces gens-là ont voté pour la gauche en 1997. Là, ils sont un peu en retrait. Il faut qu'ils soient mobilisés. Nous allons y contribuer. C'est ça, l'utilité du Parti communiste."
(Source http://sig.premier-ministre.gouv.fr, le 29 octobre 2001)
- "J'étais candidat à l'élection présidentielle en 1994, et j'étais à la même période à à peine 5% et on a terminé à plus de 8. Les sondages six mois avant, sont très difficiles à prendre en compte. Mais c'est une élection qui n'est pas une élection facile pour le Parti communiste. Et nous entendons bien mettre tous les moyens pour gagner et surtout pour empêcher la droite de revenir. Vous me dites "attaquer le Gouvernement", "prendre des mesures de pression sur le Gouvernement"... Non, ce que nous voulons, c'est effectivement qu'un certain nombre de grandes questions politiques qui n'ont pas été résolues par le Gouvernement, également des réformes importantes à conduire dans la situation nouvelle..."
Par exemple, qu'est-ce qui ne va pas ?
- "L'élection présidentielle ne va pas se faire dans les mêmes conditions que les choses auraient pu se faire, s'il n'y avait pas eu ce qui s'est passé aux Etats-Unis le 11 septembre. Le rapport entre la France et le monde, le rapport entre ce monde de capitalisme mondialisé avec des inégalités et ce terrorisme impliquent des dispositions fortes à prendre en France, en Europe, qui n'étaient pas imaginables dans un autre type de campagne. Par exemple, la France aujourd'hui, pour elle-même mais aussi pour l'Europe, doit s'engager dans de grands chantiers. Voilà des questions sur lesquelles je vais me battre. Des grands chantiers comme le ferroutage, des grands chantiers comme une politique de l'eau à l'échelle de l'Europe, un rapport au Sud différent, une démocratisation forte aussi nécessaire dans un pays comme la France en termes de droit des salariés, en termes de citoyenneté nouvelle, autant d'éléments qui sont importants. On évoque, par exemple, les grands problèmes de sécurité et ce sont des problèmes. Il est insupportable qu'il y ait cette économie parallèle dans les quartiers difficiles, qu'il y ait en fait autant de violence. Mais comment y répondre ? D'abord, en y mettant beaucoup de moyens, mais aussi en développant une citoyenneté, un droit à l'urbanité différent. Ce sont des questions comme celles-là."
Sur la sécurité, vous avez l'impression que le Gouvernement ne fait pas ce qu'il faut ?
- "Il faut faire beaucoup plus, beaucoup plus naturellement en termes de prévention, mais aussi en moyens, parce qu'il y a des délits qu'il convient de ne pas laisser sans punition. Mais en même temps, il y a certainement à faire beaucoup plus d'un point de vue de la vie même de ces quartiers. Je suis maire d'une commune qui a des quartiers comme ceux-là et je crois qu'il faut mettre beaucoup de moyens."
Ce discours sur la sécurité est relativement nouveau chez les communistes.
- "Peut-être, mais en tous les cas, ce n'est pas un discours sécuritaire. C'est un discours de responsabilité, mais un discours où on ne peut pas, dans les quartiers populaires, dans les quartiers d'une façon générale, continuer avec cette violence, ces difficultés qui empoisonnent la vie. Le droit, qui doit être dans ces cités, n'est souvent pas présent. Donc, il y a la nécessité d'avancer dans ce domaine."
Concrètement, vous réclamez des policiers supplémentaires ?
- "Oui. La police de proximité est une bonne idée, mais à condition qu'elle soit effectivement concrète, qu'il y ait des policiers supplémentaires, qu'il y ait les moyens pour une justice de plus grande proximité, qu'il y ait des moyens pour les élus. Les collectivités locales ont aussi besoin de moyens pour répondre à l'ensemble des questions posées dans la vie sociale et dans la vie des quartiers, dans le monde rural. On oublie que, dans le monde rural, il y a aussi des difficultés de ce genre."
Vous dites souvent qu'il y a un espace pour le Parti communiste à gauche. Cela veut dire que le Gouvernement n'est pas à gauche ?
- "Si, le Gouvernement conduit une politique de gauche. Mais, à mon avis, il faut une autre politique à gauche, c'est-à-dire que cette politique conduite par le Gouvernement est fortement influencée par la démarche sociale-démocrate, voire parfois sociale-libérale. Regardez la pression que les libéraux exercent sur le Gouvernement pour empêcher qu'il prenne des réformes fortes. Il y a eu la loi de modernisation sociale. Les communistes ont beaucoup participé à ce qu'elle soit vraiment très efficace contre les plans sociaux. Regardez Moulinex ! 56 patrons viennent de mettre L. Jospin en injonction de ne pas faire cette loi telle qu'elle est prévue par le Parlement. C'est inacceptable. Il y a cette pression. Il faut résister à cette pression. Et les communistes sont utiles dans le Gouvernement pour qu'on résiste à cette pression. Regardez ce qu'ils viennent d'obtenir sur les hôpitaux publics. Ce sont des mesures qui nous permettent d'être utiles."
C'est vrai. Mais, par exemple, sur le cas de Moulinex, on ne voit pas tellement quel a été le rôle du Parti communiste ?
- "Pour Moulinex, sur le terrain, les communistes ont fait le mieux qu'ils pouvaient. Il reste que, si la loi qu'on a préconisée, la loi de modernisation sociale, avait été appliquée par anticipation comme on le demandait, il n'y aurait pas eu cette situation aujourd'hui à Moulinex. Il ne faut pas oublier que parmi les 56 patrons qui ne veulent pas de la modernisation sociale, il y a précisément l'ancien patron de Moulinex. Donc, voilà la réalité. Non, si on nous écoutait davantage sur ces licenciements boursiers, on ferait reculer le patronat. Et il faut que nous soyons plus forts encore pour le faire reculer et que la politique soit plus à gauche."
On parlait de vos résultats dans les sondages qui ne sont pas, pour l'instant, très bons. Vous avez des adversaires qui semblent mieux partis comme N. Mamère ou J.-P. Chevènement.
- "Ce ne sont pas des adversaires."
Et il y a aussi A. Laguiller. Qui vous paraît le plus redoutable pour vous ?
- "Je n'ai pas à me déterminer par rapport à ces candidats. On peut les prendre un par un, si vous voulez, mais je ne vais pas le faire ce matin. J.-P. Chevènement, on voit bien qu'il a un espace parce que le candidat socialiste, L. Jospin, n'est pas encore en piste. Il est évident que J.-P. Chevènement est quelqu'un de gauche, est quelqu'un de socialiste. Il a fait le Parti socialiste. Aujourd'hui, un certain nombre de gens peuvent être séduits par J.-P. Chevènement. Mais en même temps, le moment venu, ce ne sera pas toujours cette situation. Pour les autres, je ne vais pas les évoquer. Mon problème n'est pas de rivaliser avec A. Laguiller. A. Laguiller prend peu de voix au Parti communiste. J.-P. Chevènement n'en prend pas pratiquement - ce n'est pas moi qui le dit, ce sont les enquêtes d'opinion. Qu'est-ce qui manque au Parti communiste ? C'est de rassembler un certain nombre d'électeurs des quartiers populaires qui ont parfois voté à gauche, qui ont parfois voté communiste et qui s'abstiennent. Eh bien, pour que la droite ne revienne pas, pour être utile à la gauche, dès le premier tour, il faudra bien que ces électeurs se mobilisent. Aux dernières municipales, si la gauche a reculé, c'est parce que cette mobilisation n'a pas été assez forte dans ces quartiers populaires. Mais encore faut-il leur faire des propositions qui les séduisent. Ces gens-là ont voté pour la gauche en 1997. Là, ils sont un peu en retrait. Il faut qu'ils soient mobilisés. Nous allons y contribuer. C'est ça, l'utilité du Parti communiste."
(Source http://sig.premier-ministre.gouv.fr, le 29 octobre 2001)