Interview de Mme Barbara Pompili, secrétaire d'Etat aux relations internationales chargée de la biodiversité, à RFI le 21 septembre 2016, sur le processus de ratification de l'accord sur le climat et la place de l'écologie dans la campagne pour l'élection présidentielle.

Texte intégral

FRÉDERIC RIVIERE
Bonjour Barbara POMPILI.
BARBARA POMPILI
Bonjour.
FRÉDÉRIC RIVIERE
L'ONU va essayer aujourd'hui d'accélérer le processus de ratification de l'accord climat signé en décembre dernier à Paris lors de la COP21, la ministre de l'Environnement Ségolène ROYAL a fait part lundi de son optimisme sur une entrée en vigueur de l'accord de Paris d'ici début novembre, c'est-à-dire juste avant le début de la COP22 qui aura lieu au Maroc. C'est un optimisme que vous partagez ?
BARBARA POMPILI
Oui, bien sûr, je le partage et je suis fière que la France notamment par la voix de Ségolène ROYAL ait pu porter cet accord qui est un accord structurant pour nos relations internationales parce qu'enfin le climat est pris en compte dans les politiques qui vont être menées, les Etats se sont engagés, chacun ont donné une feuille de route et en plus aujourd'hui ils viennent ratifier, pourquoi ? Parce qu'à un moment la ratification entraine des prises de décisions concrètes sur l'application.
FRÉDÉRIC RIVIERE
Et le processus est déjà assez bien engagé en termes de pays qui l'ont déjà ratifié ou qui sont sur le point de le faire ?
BARBARA POMPILI
Oui, oui, oui…
FRÉDÉRIC RIVIERE
On en est quoi à 27, c'est ça il en faut 55 ?
BARBARA POMPILI
Mais c'est surtout que récemment la Chine et les Etats-Unis ont ratifié l'accord, ce qui est un signe très important puisque ce sont les deux plus gros pollueur de la planète, le fait que les deux plus gros pollueurs de la planète s'engagent comme ça, donne à cet accord un poids politique incontestable et un effet d'entrainement qui existait déjà parce que vraiment la prise de conscience sur les impacts du réchauffement climatique a beaucoup évolué et là on est dans une dynamique et cette dynamique, elle doit vivre et donc c'est bien que les Etats ratifient le plus vite possible.
FRÉDÉRIC RIVIERE
Est-ce que vous pensez que les questions environnementales seront au coeur du débat présidentiel l'année prochaine ?
BARBARA POMPILI
Oui, alors là c'est un paradoxe, c'est qu'on voit qu'au niveau international et on l'a vu encore aux Nations Unies cette semaine les questions d'environnement notamment l'application de la COP21 sont au coeur des débats avec la question de la Syrie et la question des réfugiés, mais on voit que là ce sont les grands thèmes. Aujourd'hui en France alors qu'on devrait porter ça, alors que la France a acquis une réputation grâce à cet accord, eh bien ce débat est quasiment inexistant. Donc on a l'impression que la France est fer de lance au niveau international et n'est pas à la hauteur des enjeux dans le débat politique en tout cas sur ces questions là, c'est vrai que ça interroge.
FRÉDÉRIC RIVIERE
Mais il y a un candidat de droite qui a placé ces questions au centre du débat il y a quelques jours, Nicolas SARKOZY.
BARBARA POMPILI
Oui et de quelle manière, c'est assez décourageant pour un écologiste d'avoir l'impression de toujours devoir revenir au début. Sur cette question du réchauffement climatique et du rôle de l'homme, de l'humain dans l'accélération…
FRÉDÉRIC RIVIERE
On rappelle d'un mot ce qu'il a dit, qu'il fallait être bien arrogant pour penser que c'était l'homme qui était le seul responsable du réchauffement climatique.
BARBARA POMPILI
Oui, il a dit ça.
FRÉDÉRIC RIVIERE
Le Sahara est devenu un désert et l'homme n'y était pour rien à l'époque.
BARBARA POMPILI
Il a dit ça.
FRÉDÉRIC RIVIERE
Ce qui d'ailleurs, sur le Sahara n'est pas une absurdité en soi, ce propos.
BARBARA POMPILI
Mais ça n'a rien à voir si vous voulez, qu'il y ait eu des changements climatiques pendant l'histoire, pas de l'humanité pour le coup, de notre planète, c'est une évidence, simplement monsieur SARKOZY n'est pas devenu à lui tout seul toute la communauté scientifique internationale. Aujourd'hui la communauté scientifique mondiale est unanime ou quasi unanime sur le rôle de l'humain sur l'accélération de ces moments de changements climatiques et c'est ça le problème, c'est que ces mouvements qui prenaient des dizaines de milliers d'années aujourd'hui s'accélèrent fortement. Et donc que Nicolas SARKOZY d'un seul coup devienne plus connaisseur du sujet que toute la communauté scientifique mondiale, excusez-moi, mais qui est arrogeant ?
FRÉDÉRIC RIVIERE
Alors c'est le boulot des écologistes de placer ces questions là au coeur du débat, comment allez-vous vous y prendre ? Il y a Cécile DUFLOT qui veut apporter sa contribution par exemple, elle a dit il y a quelques jours qu'elle était prête à devenir la première présidente écologiste de France.
BARBARA POMPILI
Écoutez, il y a des écologistes qui sont de plus en plus, de moins en moins nombreux qui sont dans une optique de contestation de tout, d'isolation, d'isolement pardon, excusez-moi c'est le matin.
FRÉDÉRIC RIVIERE
C'est le tropisme environnemental, l'isolation c'est très important.
BARBARA POMPILI
Voilà tout à fait on est en train de créer quelque chose là maintenant et qui ont décidé de faire de la politique dans leur coin en voulant avoir raison tout seul et en n'essayant pas de construire. Ces gens là sont dans une logique de destruction, tous les autres écologistes qui ont quitté EELV aujourd'hui, qui se regroupent notamment dans le parti écologiste sont dans une logique de travailler ensemble à un rassemblement pour pouvoir construire. On ne peut pas avoir raison tout seul, aujourd'hui l'immense majorité du monde politiquer n'est pas écologiste, donc pour que les écologistes puissent peser ils doivent travailler avec les autres, et c'est ce que nous on essaie de faire au gouvernement avec François de RUGY qui sera dans la primaire de rassemblement.
FRÉDÉRIC RIVIERE
Que vous soutenez.
BARBARA POMPILI
Oui, je le soutiens parce que l'idée, c'est qu'on soit dans la construction d'un nouveau projet à gauche et il y a en a besoin mais d'un projet aussi dans lequel l'écologie soit très présente et très forte. Donc François va incarner ceci dans le rassemblement et encore une fois c'est dans une construction commune, on ne peut pas être isolé et faire de la politique tout seul, ça n'existe pas.
FRÉDÉRIC RIVIERE
Vous avez aujourd'hui vos journées parlementaires, les journées des écologistes réformistes avec à l'ordre du jour cette question, quelles seront les priorités des Français pour 2017, au-delà de l'environnement est-ce que vous ne pensez pas que les débats devraient largement porter sur la menace terroriste, les réponses qu'il faut y apporter, les questions d'identité nationale, on le voir, les questions d'intégration ou d'assimilation on l‘entend ? Sur ces sujets là, est-ce que vous avez des réponses, des propositions, une vision ?
BARBARA POMPILI
Bien évidemment la question de la sureté et de la sécurité des Français c'est important parce qu'on ne peut être libre que quand on a un peu de sécurité et même un minimum, donc il faut qu'on réponde à ces questions là et pour le coup ce qu'a fait le gouvernement va dans le bon sens. Après on sent qu'il y a aussi une question de sens, aujourd'hui pourquoi pas seulement en France mais dans quasiment tous les pays du monde, on voit qu'il y a des tensions qui augmentent, on voit qu'il y a des inquiétudes qui augmentent, on voit qu'il y a des fanatismes qui augmentent, c'est aussi parce qu'aujourd'hui le monde ne nous offre plus de perspective de rêve, c'est à nous de reconstruire cela. Quand vous parlez d'identité, moi je suis secrétaire d'Etat à la Biodiversité, je fais le tour de notre pays pour rencontrer les acteurs de la biodiversité, écoutez, notre patrimoine naturel, ce qui fait nos paysages, ce qui fait notre environnement, c'est aussi ça notre identité. Donc sachons aussi nous unir, alors là c'est un grand mot, mais sachons aussi nous unir tous ensemble sur ce qu'on peut construire ensemble. Moi, j'entends beaucoup l'identité par rapport à notre histoire, il faudrait être Gaulois de père en fils depuis 70 générations, non ce qu'il faut construire, c'est ce qu'on veut faire ensemble, c'est notre projet pour l'avenir, arrêtons de regarder tout le temps en arrière, n'oublions pas ce qui s'est passé, mais surtout projetons nous ensemble. Donc c'est ça aussi l'intérêt de la campagne présidentielle, c'est qu'est-ce qu'on va construire ensemble et en premier lieu, vous ne l'avez pas dit, la question du chômage, la question économique et cette question là, elle sera beaucoup…
FRÉDÉRIC RIVIERE
La question du chômage, c'est une épine dans le pied de François HOLLANDE.
BARBARA POMPILI
Une épine dans le pied de toutes nos sociétés.
FRÉDÉRIC RIVIERE
Mais particulièrement le sien, enfin son pied puisqu'il a conditionné une prochaine candidature à l'inversion de la courbe du chômage, qui n'est toujours pas venue.
BARBARA POMPILI
Tout à fait, écoutez, on verra, mais ce que je sais en tout cas, c'est que tout ce qui permettra de relancer la machine économique se trouve aujourd'hui dans ce qu'on appelle le développement soutenable, l'économie de l'avenir avec les questions énergétiques, avec les questions d'isolation du bâtiment, avec toutes ces filières de l'écologie qui sont porteuses d'avenir. Moi je porte ça parce qu'on est trop souvent en train d'opposer écologie et économie, or tout ce que je constate sur le terrain et tous les chiffres montrent qu'aujourd'hui c'est l'écologie qui est la plus grande créatrice d'emplois et je m'emploierai avec François de RUGY et avec d'autres à porter ça dans le débat.
FRÉDÉRIC RIVIERE
D'un mot est-ce que François HOLLANDE mérite le titre d'homme d'Etat de l'année qu'il a reçu hier d'une fondation américaine ?
BARBARA POMPILI
Ecoutez, il a joué un rôle cette année non négligeable sur un certain nombre de questions et donc je ne suis pas là pour juger, c'est la communauté internationale qui l'a dit.
FRÉDÉRIC RIVIERE
C'est une fondation américaine.
BARBARA POMPILI
Et ce que je constate c'est que tout ce qui peut donner une bonne image de la France est important. Pourquoi François HOLLANDE a été homme d'Etat de l'année, c'est sur la gestion face aux attentats, c'est sur le fait de porter nos valeurs de liberté, égalité, fraternité, ce qui montre que nous sommes très regardés sur comment nous allons préserver nos valeurs dans un contexte de terrorisme, soyons à la hauteur, nous voyons que nous sommes un phare pour le monde, restons ce phare et ne l'oublions pas surtout aujourd'hui dans les débats politiques qui parfois sont un peu au raz des pâquerettes.
FRÉDÉRIC RIVIERE
Merci Barbara POMPILI, bonne journée.
BARBARA POMPILI
Merci.Source : Service d'information du Gouvernement, le 30 septembre 2016