Déclaration de M. Harlem Désir, secrétaire d'Etat aux affaires européennes, sur la politique étrangère de la France pendant les présidences de François Mitterrand, à Paris le 5 octobre 2016.

Texte intégral


Monsieur le Président de l'Institut François Mitterrand, Cher Hubert Védrine,
Cher Gilbert Mitterrand,
Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs,
Chers Amis,
C'est un grand plaisir et un honneur pour moi de vous accueillir ce soir, au nom du Ministre des Affaires étrangères et du Développement international, Jean-Marc Ayrault, pour cette réception qui conclut ces deux jours de colloque sur la politique internationale de François Mitterrand.
Vous avez évoqué autour d'Hubert Védrine, d'Henri Nallet, pour la Fondation Jean Jaurès, de Robert Franck, de Louis Mermaz, de Jean-Louis Bianco et de beaucoup d'acteurs et grands témoins, l'ampleur de l'action internationale de François Mitterrand pendant ses deux mandats de Président de la République. Au cours de ces années, entre 1981 et 1995, le monde aura connu des bouleversements majeurs qui ont dessiné les grandes lignes de l'équilibre géopolitique actuel. Et François Mitterrand a incarné la France pendant ces années sur la scène du monde, en oeuvrant inlassablement pour qu'elle maintienne la place particulière qui est la sienne, qu'elle y fasse entendre sa voix singulière et qu'elle porte ses valeurs dans ce nouvel ordre mondial en construction.
Ici, dans le salon de l'Horloge où Robert Schuman a lancé sa fameuse déclaration le 9 mai 1950, je pense à l'héritage européen de François Mitterrand, qui est considérable. Européen passionné, convaincu, engagé depuis le Congrès de La Haye en 1948, François Mitterrand a oeuvré sans relâche comme Président de la République pour la construction européenne.
Il était particulièrement conscient que rien ne serait possible sans la réhabilitation de l'Allemagne, et il a ancré la coopération franco-allemande comme une donnée essentielle de la politique européenne de la France. La relation de respect, de confiance et d'amitié qu'il a nouée avec le Chancelier Kohl a permis au couple franco-allemand d'être plus que jamais le moteur du projet européen.
Par leur action conjointe, ils ont su faire de la réconciliation franco-allemande une réalité durable, charnelle même, dont la poignée de main de Verdun en 1984 restera à jamais le symbole. Le défi de la réunification allemande qui aurait pu nous éloigner a permis de renforcer cette coopération entre nos deux pays, chacun de ces deux hommes d'État comprenant qu'il fallait se saisir de cet événement pour renforcer la dynamique européenne. Les dernières grandes réalisations de l'Europe telle que nous la connaissons - le marché unique et l'euro - sont le fruit de cette volonté. Ils le firent avec l'inlassable soutien de Jacques Delors qui fut à la fois l'architecte et l'ingénieur de la relance de la construction européenne.
François Mitterrand était convaincu que «l'avenir de la France passait par l'Europe». Mais il avait également conscience des fragilités et des menaces qui continuaient à peser sur l'ensemble européen. Et dans son dernier grand discours, prononcé devant le Parlement européen à Strasbourg, en 1995, François Mitterrand mettait en garde l'Europe contre le nationalisme. Ce discours reste d'une grande actualité au moment où nous devons donner une nouvelle impulsion au projet européen et le réconcilier avec les peuples, comme nous y invite Hubert Védrine, en lui permettant d'apporter des réponses à des questions auxquelles l'Europe n'était pas préparée ou auxquelles elle a mal répondu.
Mais au-delà de l'Europe vous avez retracé le vaste champ de l'action internationale de François Mitterrand.
Bien sûr, le discours devant la Knesset appelant à un État palestinien, affirmant le droit de chaque peuple à disposer d'une patrie, en même temps que le droit à la sécurité d'Israël et l'amitié indéfectible de la France avec Israël, et vous avez évoqué ses relations et sa complicité avec Shimon Peres.
Mais, dès la conférence de Cancún, François Mitterrand imprimait sa marque sur la scène internationale, se faisant la voix des peuples opprimés et plus largement des peuples qui veulent vivre libres, préfigurant les aspirations d'un monde qui ne serait pas que celui de la coupure Est-Ouest et appelant les pays du Nord à repenser leurs relations avec les pays du Sud. La politique d'aide au développement devint une priorité de la France sur la scène mondiale. Mais cette aide ne devait pas aller sans le respect de valeurs. Son discours de la Baule, vous en avez largement discuté, restera également l'un de ses discours fondateurs, faisant de la démocratisation une condition essentielle de l'aide économique apportée par les États industrialisés.
Sous sa présidence, la France poursuit sa politique d'indépendance face aux grandes puissances, avec lesquelles elle discute d'égal à égal. C'est la grandeur de la France que de pouvoir s'adresser à tous à travers le monde. C'est sa fonction et l'attente qui s'exprime à l'égard du Président de la République et de la diplomatie française. François Mitterrand a ainsi su développer avec les États-Unis une relation constructive et coopérative, déjouant les inquiétudes qui avaient pu naître outre-Atlantique avec l'arrivée au pouvoir d'un président socialiste. Dans le même temps, François Mitterrand a su se montrer un allié de Mikhaïl Gorbatchev, se positionnant comme un solide appui aux réformes engagées par le dirigeant russe. Nous gardons à l'esprit sa venue à Latché.
L'action internationale, la vision, les principes posés par François Mitterrand sont ceux qui fondent aujourd'hui encore la politique étrangère de la France, son indépendance, sa voix particulière, sa vocation universelle.
Ces principes et son héritage nous inspirent et continueront à nous inspirer longtemps.
Merci d'être venu y réfléchir et le rappeler ici au Quai d'Orsay.
Je vous remercie.
Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 17 octobre 2016