Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et du développement international, sur les relations franco-chinoises, le conflit israélo-palestinien et sur les touristes chinois en France, à Pékin le 31 octobre 2016.

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Circonstance : Déplacement en Chine du 30 octobre au 1er novembre-conférence de presse conjointe avec son homologue chinois M. Wang Yi, à Pékin le 31 octobre 2016

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Texte intégral


* Chine - Relations bilatérales - Syrie - Climat
Je suis très heureux d'être ici à nouveau à Pékin. C'est ma seconde visite depuis ma prise de fonction en février dernier et c'est aussi notre 5e entretien avec Wang Yi. Nous avons maintenant l'habitude de nous parler très régulièrement sur les dossiers bilatéraux mais aussi sur les dossiers internationaux d'intérêt commun qui nous préoccupent et nécessitent ces échanges.
Vous le voyez, la relation franco-chinoise est particulièrement dense. Les échanges entre nos deux chefs d'État, nos chefs de gouvernement et nos ministres se succèdent à un rythme particulièrement élevé. En septembre j'ai été très heureux de participer à l'inauguration du nouveau bâtiment de l'ambassade de Chine en France. Je voulais vous féliciter à nouveau pour cette très belle ambassade qui est à la hauteur de la qualité de la relation bilatérale franco-chinoise, située dans un bâtiment historique au coeur de Paris.
J'ai commencé ce séjour en Chine par une escale à Chengdu où j'ai participé à l'ouverture des 5e rencontres franco-chinoises de la coopération décentralisée. Ce sont 55 villes et régions françaises et chinoises qui coopèrent très activement dans beaucoup de domaines : les échanges humains entre jeunes mais aussi au niveau des politiques urbaines qui sont liées au projet ville durable - je pense au transport, à l'énergie, aux habitations, à l'eau -, à toutes les questions liées à la mise en oeuvre de l'Accord de Paris que les villes et les régions peuvent décliner de façon encore plus satisfaisante. Nous encourageons tous ces projets nombreux, en particulier en France. Nous encourageons également les investissements chinois en France que nous pourrions encore développer davantage. Ils sont les bienvenus dans les villes et les régions comme cela a été souligné lors des 5e rencontres.
J'étais d'ailleurs dans une région qui a un lien particulier avec la France. Je n'oublie pas que c'est du Sichuan que Deng Xiaoping est parti en 1920 pour la France où il est resté six ans. Je suis sûr que cela a marqué sa vie ; en tout cas, c'était l'occasion de rappeler le rôle de ce grand réformateur chinois.
L'autre objectif important de cette visite est de contribuer au développement des échanges économiques. Nous avons enregistré un grand succès en signant à Londres le contrat pour construire et exploiter ensemble une centrale nucléaire a Hinkley Point au Royaume-Uni. C'est un très bon exemple de ce que nous pouvons faire ensemble : remporter des contrats sur des marchés tiers et cela dans tous les secteurs. C'est un modèle que nous soutenons partout, y compris en Afrique et en Asie. Nous allons bientôt mettre en place un nouveau fonds conjoint pour faciliter le financement de projets de ce genre. C'est un bon message pour les investissements chinois en France et en Europe et dans le monde mais aussi un bon message pour la poursuite des investissements français et européens en Chine.
Nous voulons aussi encourager nos entreprises à explorer de nouveaux domaines. Nous venons de créer à Pékin, Shanghai, Shenzhen et Hong Kong des French Tech Hub qui vont permettre aux jeunes créateurs d'entreprises français et chinois de se rencontrer et de tisser des liens avec des entreprises ou des investisseurs déjà installés. Vous le savez, la France est un pays de startups et nous sommes très heureux d'étendre ce réseau jusqu'en Chine. Hier soir, j'ai rencontré aussi de grands investisseurs chinois. La France est le premier récipiendaire en Europe pour les investissements étrangers dans le secteur industriel. En Chine, les entreprises françaises créent aussi des emplois, elles en ont créé près de 600.000. Nous souhaitons travailler ensemble pour améliorer leur environnement et pour qu'elles puissent contribuer encore davantage à l'économie chinoise.
J'ai un message pour tous ceux qui ont envie de venir faire du tourisme en France : ils sont les bienvenus, les Chinois sont les bienvenus. La France qui accueillera plus d'1,5 million de touristes chinois cette année espère en accueillir davantage. Comme vous l'avez rappelé, Monsieur le Ministre, elle s'est fixé un objectif ambitieux d'accueillir 5 millions de touristes chinois en 2020. Elle veut se donner les moyens pour les accueillir dans les meilleures conditions, notamment en matière de sécurité.
Au-delà des relations bilatérales, nous avons bien sûr abordé toutes les questions régionales et globales d'intérêt mutuel, et cela dans un esprit de responsabilité et de coopération de deux membres permanents du conseil de sécurité.
Il est vrai que beaucoup de sujets nous ont conduits ces derniers temps à échanger étroitement : il y a bien sûr la question de l'évolution préoccupante de la Corée du Nord, les équilibres régionaux en Asie, le conflit syrien, le conflit israélo-palestinien, la situation en Afrique. Sur toutes ces questions nous échangeons et nous essayons de converger. La France a particulièrement apprécié la position de la Chine au conseil de sécurité lorsque nous avons présenté une résolution pour mettre fin aux bombardements en Syrie.
Et puis nous avons en commun le combat contre le terrorisme. C'est une bataille essentielle qui concerne tous nous pays. Nous souhaitons aussi développer davantage notre dialogue et notre coopération avec la Chine dans le domaine des droits de l'Homme. Notre ambassadrice pour les droits de l'Homme se rendra en Chine au mois de décembre, ici à Pékin.
La France et la Chine coopèrent aujourd'hui sur tous les sujets internationaux de façon de plus en plus étroite. Il ne s'agit pas seulement d'échanger des points de vue mais aussi d'agir ensemble et de trouver des solutions. Le dernier G20 présidé par la Chine a été un succès d'abord pour la Chine, mais aussi dans ses objectifs et dans ses résultats, en particulier s'agissant de l'élan qui a été donné à cette occasion à l'Accord de Paris. La Chine qui a annoncé, par la voix du président Xi Jinping, la ratification de l'Accord de Paris a donné un coup d'accélérateur à cet accord pour sa mise en oeuvre que nous souhaitons tous, dans l'intérêt de chacun de nos pays, mais aussi de la planète.
C'est une bonne façon de travailler ensemble, de travailler pour la paix, pour la stabilité du monde mais aussi pour la prospérité de nos peuples. C'est dans cet esprit que nous travaillons ensemble, que nous nous rencontrons. Nos relations sont de plus en plus étroites et sur le plan humain j'apprécie aussi beaucoup de travailler avec mon collègue et ami Wang Yi. (...).
* Israël - Territoires palestiniens
(...)
Q - (sur la Palestine)
R - Le conflit dure depuis si longtemps qu'une forme de résignation s'était installée alors que la seule solution pour garantir la paix dans cette région est la constitution d'un État palestinien viable vivant en paix et en sécurité avec Israël dont la sécurité doit également être garantie. La France a pris une initiative pour créer les conditions d'une relance de ce processus de paix par la négociation et en invitant la communauté internationale à soutenir à nouveau ce processus.
Nous avons réuni, le 3 juin dernier à Paris, une conférence à laquelle plus de 30 pays ont participé dont la Chine. Mon collègue Wang Yi est venu personnellement participer à cette réunion et nous faisons régulièrement le point sur l'avancée de ce projet et j'apprécie beaucoup le soutien de la Chine. Si aucune avancée n'est concrètement menée pour reprendre la voie de la négociation, c'est le niveau de violence qui augmentera, et vous avez pu constater encore ces deniers jours qu'il y a eu des attentats et des agressions. Cette situation est extrêmement dangereuse aussi bien pour les Israéliens que pour les Palestiniens.
Nous n'allons pas renoncer. Cette initiative du 3 juin a permis de mettre cette question à l'agenda international et a été évoquée cette fois ci à l'Assemblée générale des Nations unies. (...).
* Tourisme - Mesures de sécurité
(...)
Q - (sur le tourisme)
R - Si nous avons fixé un objectif aussi ambitieux à l'horizon 2020, c'est parce que nous savons que le mouvement global du développement du tourisme mondial ne va pas s'arrêter, il va continuer de progresser. Les chiffres prévus à l'horizon 2030, ce sont deux milliards de touristes et c'est considérable.
La France, qui est le premier pays pour accueillir les visiteurs étrangers, et, parmi eux, beaucoup de Chinois, continue de garder cette ambition. Il y a une baisse en 2016, c'est vrai, mais il y a encore 1,6 million de Chinois qui nous rendent visite.
Nous allons améliorer l'offre française, pas seulement en matière de sécurité qui est une priorité mais aussi en matière d'offre. Une opération pas seulement concentrée sur Paris et l'Île-de-France mais sur l'ensemble de la France avec de nouveaux produits pour de nouveaux publics et donc renforcer l'attractivité française sur tous les plans. Un comité interministériel sur le tourisme, qui sera présidé par le Premier ministre, va se réunir dans quelques jours. Nous annoncerons de nouvelles mesures très concrètes et très ambitieuses. (...).
source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 3 novembre 2016