Interview de M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat au développement et à la francophonie, avec France info le 31 janvier 2017, sur Benoit Hamon, le candidat de la gauche à la présidentielle.

Texte intégral


JEAN-MICHEL APHATIE
Bonjour Jean-Marie LE GUEN.
JEAN-MARIE LE GUEN
Bonjour Jean-Michel APHATIE.
JEAN-MICHEL APHATIE
Vous accordez une interview dans Le Parisien ce matin où vous dites, je vous cite : « On peut être socialiste et appeler à voter Macron ». Est-ce que c'est ce que vous allez faire tout de suite au micro de Franceinfo ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Non. Ce n'est pas du tout l'intention de prendre position aujourd'hui. Je regarde où nous en sommes, je constate et c'est peut-être l'objet premier de cette interview : c'est de demander à Benoît HAMON de comprendre les messages qui lui ont été adressés d'ailleurs très solennellement par Bernard CAZENEUVE. A savoir s'il veut rassembler d'abord sa famille, il faut qu'il fasse des gestes substantiels, s'agissant à la fois de ses propositions, de la manière dont il envisage le quinquennat et, quelque part, de sa trajectoire politique.
JEAN-MICHEL APHATIE
Le quinquennat s'il est élu.
JEAN-MARIE LE GUEN
Non, le quinquennat passé. Le bilan.
JEAN-MICHEL APHATIE
A ce propos, puisque nous en sommes là, Benoît HAMON a vu le Premier ministre hier après-midi. Benoît HAMON était hier soir l'invité du journal de 20 heures avec David PUJADAS et il a dit, à propos du passé, ceci.
- Extrait du journal de 20 heures de France 2 :
Benoît HAMON, candidat de la gauche à la présidentielle : Oui, je maintiens le cap du revenu universel. Cela veut-il dire que je ne m'inspirerai pas et que je n'enrichirai pas mon programme des contributions qui sont celles de la famille socialiste ? Evidemment non. Je vais vous prendre quelques exemples. Quand Marisol TOURAINE s'est battue sur le compte pénibilité, c'était un bon combat. Le fait que Najat VALLAUD-BELKACEM ait maintenu la priorité à la création de postes dans l'éducation nationale, c'était un bon combat.
JEAN-MICHEL APHATIE
Vous voyez, il dit qu'il y a eu de bons combats.
JEAN-MARIE LE GUEN
Oui. Il a été élu dans la foulée et par la volonté quelque part de François HOLLANDE. Evidemment, il est lui-même socialiste, il a participé, il a voté sans doute 80 % des lois. Mais enfin, il y a un moment où sur un certain nombre de sujets il faut avoir quelques repères essentiels.
JEAN-MICHEL APHATIE
Lesquels ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Le diagnostic du rapport Gallois, le fait que nous étions dans une perte de substance industrielle majeure, qu'il fallait redonner des marges de manoeuvre aux entreprises pour retrouver de l'investissement, de l'emploi, de la compétitivité, le CICE, c'est une politique. Elle peut être amendée, je le conçois.
GILLES BORNSTEIN
Mais il est contre.
JEAN-MARIE LE GUEN
Oui, mais par ailleurs il était au gouvernement au moment où ça s'est fait.
GILLES BORNSTEIN
Oui, mais aujourd'hui il est clairement contre.
JEAN-MARIE LE GUEN
Très bien. Je dis que là on a un désaccord majeur qui n'est pas un désaccord ponctuel. Il ne s'agit pas de savoir quel est le plus gentil et le plus fidèle à l'esprit de la gauche. La question est de savoir ce dont a besoin le pays. On ne peut pas, pour des raisons de positionnement, à mon avis, sacrifier ce qu'est l'avenir des entreprises. Le Pacte de responsabilité, c'est-à-dire la maîtrise des dépenses publiques et la baisse des impôts, c'est un élément majeur auquel je suis personnellement attaché. Je pense que nous avons été, et le quinquennat de monsieur SARKOZY avait commencé à le faire sur la fin – vous le savez, je ne vais pas refaire l'argumentaire – il y a eu une augmentation des impôts trop importante et, en même temps, un lâcher prise sur les dépenses publiques. Je pense, non pas pour complaire à l'Europe mais tout simplement pour garder notre souveraineté, je pense qu'il faut avoir un équilibre dans la gestion des dépenses publiques. C'est une position et ça c'est un débat politique, des éléments majeurs d'une politique. Il ne s'agit pas de savoir si on est pour telle ou telle petite mesure ou mesure par ailleurs importante et significative, mais qui ne constitue pas le squelette d'une politique au regard des intérêts supérieurs du pays aujourd'hui.
GUY BIRENBAUM
J'entends ce que vous dites sur les intérêts du pays, mais il a gagné largement.
JEAN-MARIE LE GUEN
Oui bien sûr. Largement dans une primaire qui a été ce qu'elle a été, c'est-à-dire où il y a eu, on le sait, une partie trop importante à mon avis d'électeurs socialistes traditionnels qui ne sont pas venus parce qu'ils ne se sont pas reconnus dans une primaire.
GUY BIRENBAUM
Vous remettez en cause le résultat ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Je ne remets pas en cause le résultat.
JEAN-MICHEL APHATIE
Vous l'analysez. Continuez, oui.
JEAN-MARIE LE GUEN
J'apprécie tout simplement ce qu'est un phénomène politique. Il est le candidat désigné, je ne le conteste pas et je vais même plus loin.
GILLES BORNSTEIN
Est-ce qu'il est aujourd'hui votre candidat ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Il est le candidat porté par le Parti socialiste mais le Parti socialiste, depuis notamment que Benoît HAMON et un certain nombre de ses amis ont introduit l'idée de la fronde, laisse ouvert beaucoup de possibilités. Le maire de Lyon qui est un des principaux élus évidemment a pris depuis des mois et des mois des positions différentes. Il est toujours au Parti socialiste, voilà. On est dans une période politique où il faut accepter des éléments de diversité.
GILLES BORNSTEIN
Mais du coup, vous n'êtes pas sûr de voter pour lui.
JEAN-MARIE LE GUEN
Oui, je le confirme.
FABIENNE SINTES
Pardonnez-moi, vous dites qu'il faut rassembler la famille mais vous n'avez pas la même famille.
JEAN-MARIE LE GUEN
Pardon ?
FABIENNE SINTES
Vous dites qu'il faut rassembler la famille mais vous n'avez pas la même famille.
JEAN-MARIE LE GUEN
Si, mais après on va débattre. La famille, vous savez, la famille elle est ou élargie ou très rétrécie. Moi, j'ai toujours été – ç'a été la base de mon engagement – pour une famille élargie de la gauche mais avec des frontières évidemment. Moi, je n'ai jamais considéré par exemple que je devais me rallier au Parti communiste. Je ne suis pas dans la concurrence aujourd'hui avec Jean-Luc MELENCHON. Je ne souhaite pas que le candidat socialiste s'amuse à essayer un jour de faire alliance et un jour de concurrencer Jean-Luc MELENCHON. J'ai une vision pour la social-démocratie qui dit clairement qu'elle ne situe pas dans la compétition ou dans le rassemblement avec Jean-Luc MELENCHON. C'est des choses naturelles qui, d'ailleurs, sont perceptibles pour à peu près tous les Français.
GILLES BORNSTEIN
Jean-Marie LE GUEN, pour être clair, vous avez dit à l'instant « je vous le confirme ». Vous confirmez quoi ? Que vous n'êtes pas sûr aujourd'hui de voter pour Benoît HAMON ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Oui, bien évidemment. Je le dis et je le redis : évidemment, bien sûr qu'il y a aujourd'hui un vrai débat qui n'est pas terminé et qui n'a pas été clos par la primaire. Pourquoi ? D'ailleurs, ce n'est pas pour rien que Bernard CAZENEUVE demande des clarifications à Benoît HAMON et sur effectivement le passé et, moi je précise aussi, sur ses propositions et sur sa trajectoire politique. Pour moi, l'élection présidentielle aujourd'hui au regard des enjeux majeurs pour notre pays – je ne vais pas rappeler ici le danger de l'extrême droite, monsieur TRUMP, le Brexit, la fin de l'Europe, et cætera – je ne suis pas dans une compétition avec Jean-Luc MELENCHON. Ça ne m'intéresse pas. Moi, je pense à l'avenir du pays. Je suis fidèle aux valeurs de la gauche mais je parle aux Français et je veux d'abord que la France et la République française soient fortes. Je ne suis pas dans un jeu politique où je suis dans une recomposition de la gauche de la gauche. Ce n'est pas mon sujet.
FABIENNE SINTES
On reparle de Jean-Luc MELENCHON dans un instant, on parlera de Yannick JADOT aussi et évidemment d'Emmanuel MACRON. (…)
FABIENNE SINTES
C'est Jean-Marie LE GUEN qui est avec nous, dans l'émission politique, ce matin. Question, Jean-Michel APHATIE.
JEAN-MICHEL APHATIE
On va essayer de reprendre un petit peu les choses, vous êtes ministre, vous êtes membre du Parti socialiste, le Parti socialiste avec les limites que comportait votre analyse, la désignation de candidat, Benoît HAMON, et vous dites : je ne suis pas sûr de voter pour lui, parce qu'il me manque des éclaircissements. Est-ce qu'on peut convenir, Jean-Marie LE GUEN, que d'une certaine manière, la légitimité de Benoît HAMON vous paraît encore en question ce matin ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Oui, la question est de savoir si je partage le même projet politique que Benoît HAMON, et quand je dis « je », ce n'est pas moi simplement, c'est…
JEAN-MICHEL APHATIE
Vous n'êtes pas seul…
JEAN-MARIE LE GUEN
Je suis loin d'être seul, je veux dire, nous avons des interrogations fortes, vous savez très bien que cette primaire s'est passée dans un contexte particulier, elle a donné donc ce résultat, il y a des aspects qu'il faut écouter de cette primaire, moi, je ne suis pas… il y a un besoin de renouvellement, même si on est dans une période un peu de chamboule-tout, on l'a vu à d'autres occasions dans d'autres primaires ou d'autres situations politiques, mais il y a un besoin de renouvellement. Benoît HAMON a incarné aussi l'idée d'une certaine forme d'un renouveau des générations, et tout ça est parfaitement audible et important. Je dirais même que, il a interrogé le projet de la gauche de gouvernement avec la problématique de l'utopie, bien. Ce qui me fait peur, et c'est là où je ne suis pas… moi, je ne suis pas contre l'utopie, je pense qu'on a besoin de l'utopie pour mobiliser une société et pour faire avancer la gauche, mais…
JEAN-MICHEL APHATIE
Qu'est-ce qui vous fait peur ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Mais c'est que son utopie, c'est très souvent de la facilité, ce n'est pas un rêve, c'est une illusion, lorsque, on a un problème, il y a une dépense, on met en face une dépense publique, je dis : trouvons d'autres moyens pour réformer la société que d'aligner la dépense publique à chaque fois qu'il y a un problème. Il y a 1.000 problèmes, il y a toujours la même solution. Elle n'est pas… non seulement, elle n'est pas réaliste, elle n'est pas crédible, et elle n'est pas courageuse, il faut aujourd'hui réformer dans bien des domaines les politiques publiques, pour qu'elles soient efficaces, pour qu'elles soient justes. On le voit bien avec l'Education nationale, on le voit bien avec la Santé, on le voit bien avec les politiques de l'emploi ; on ne peut pas simplement dire : on garde le même système et on met plus de moyens sans regarder d'ailleurs comment on va trouver ces moyens.
JEAN-MICHEL APHATIE
En sortant de son entrevue avec le Premier ministre hier après-midi, Benoît HAMON a dit clairement que le projet qu'il a porté pour la primaire est le projet qui sera le sien pour l'élection présidentielle. Dans ces conditions-là, vous aurez, s'il ne change pas significativement quelque chose, vous aurez du mal à voter pour lui, vous ne voterez pas pour lui ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Ah, et je pense que je ne serai pas le seul dans cette situation, c'est pour ça que nous avons un débat, c'est pour ça que je suis là…
JEAN-MICHEL APHATIE
Vous ne voterez pas pour lui ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Je lui demande, à la fois, d'écouter ce que lui a dit Bernard CAZENEUVE, ce que lui dira sans doute le président de la République, je ne veux pas m'avancer à sa place…
JEAN-MICHEL APHATIE
Qui le reçoit jeudi…
JEAN-MARIE LE GUEN
C'est que moi, parmi d'autres, nous lui disons, ce que lui disent beaucoup de parlementaires, voilà. Donc il faut qu'il soit capable de rassembler, et qu'il soit capable de se mettre sur une orbite où, encore une fois, l'objet de sa candidature n'est pas simplement de concurrencer monsieur MELENCHON, je veux dire, je connais, moi, cette tradition, je l'ai bien connue, cette tradition de la gauche de la gauche qui est toujours dans un jeu de « union, désunion », je suis plus à gauche que toi, etc. C'est un jeu qui n'est pas celui de la présidentielle a fortiori, en 2017, où les enjeux sont majeurs pour le pays.
JEAN-MICHEL APHATIE
C'est une question un peu formelle, mais si vous ne votez pas pour le candidat du Parti socialiste, ça veut dire que vous quittez le Parti socialiste ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Mais non, pas du tout, absolument pas, parce que je ne vais pas me mettre plus en retrait que d'autres qui ont eu des attitudes totalement contraires aux statuts ne l'ont pas fait…
GUY BIRENBAUM
Vous parlez des frondeurs, là…
JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez, je ne vais pas entrer… mais je ne quitte certainement pas le Parti socialiste, moi, j'ai adhéré au Parti socialiste à 20 ans, j'ai 40 ans de militantisme, donc je ne vais pas recevoir des leçons de qui que ce soit sur…
JEAN-MICHEL APHATIE
Je ne conteste rien de tout ça, mais dites-nous, si vous ne votez pas…
JEAN-MARIE LE GUEN
Non, mais donc mon identité, elle est la mienne.
JEAN-MICHEL APHATIE
Si vous ne votez pas pour le candidat du Parti socialiste, mais si vous votez pour un concurrent ou un adversaire du candidat du Parti socialiste…
JEAN-MARIE LE GUEN
Non, écoutez, ne vous mettez pas sur ce terrain-là, Jean-Michel APHATIE, il y a longtemps que ces règles-là ne fonctionnent pas au sein du Parti socialiste, écoutez ! Ce n'est plus ça le Parti socialiste, ça a été, à une certaine époque, des partis où il y avait une seule position après un débat, on prenait une position, c'est fini cette époque-là, il faut vivre avec votre temps, Jean-Michel APHATIE !
JEAN-MICHEL APHATIE
Oui, oui, d'accord, je vais essayer. Vous mettez en cause le programme de Benoît HAMON, sa stratégie politique aussi, il l'a exprimée dimanche soir, peut-être que, elle ne vous convient pas tout à fait si on vous a bien entendu. On écoute Benoît HAMON dimanche soir qui parle de la réunion nécessaire de la gauche, selon lui.
- Déclaration de Benoît HAMON du 29 janvier :
Je proposerai donc à tous les candidats à cette primaire, mais aussi à tous ceux qui se reconnaissent dans la gauche et l'écologie politique, en particulier, Yannick JADOT et Jean-Luc MELENCHON, de ne penser qu'à l'intérêt des Français au-delà de nos personnes.
JEAN-MICHEL APHATIE
Alors ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Eh bien, c'est l'explicitation, je veux dire, est-ce qu'on croit qu'il y a une majorité aujourd'hui dans ce pays, et est-ce qu'il est souhaitable, par ailleurs, mais est-ce qu'il y a une majorité pour ce pays pour gouverner à un gouvernement Hamon-Mélenchon-Jadot ? Est-ce que c'est ça l'orientation du Parti socialiste ? Est-ce que ça correspond à ce que veut l'électorat de gauche ? Je ne le crois pas ! Je crois…
JEAN-MICHEL APHATIE
Mais l'électorat de gauche, il ne veut pas de Manuel VALLS non plus, il l'a montré…
JEAN-MARIE LE GUEN
Non, mais, ça va, il y a eu le débat là-dessus…
GILLES BORNSTEIN
Non, il y a eu vote.
JEAN-MARIE LE GUEN
Il y a eu le débat, il y a eu le vote. Oui, mais le vote, ce n'est pas… bon, c'est une primaire…
GUY BIRENBAUM
Si, le vote, c'est le vote, Monsieur LE GUEN…
JEAN-MICHEL APHATIE
Ce n'est pas rien le vote.
JEAN-MARIE LE GUEN
Je veux dire, il n'est pas candidat, Manuel VALLS, là !
GUY BIRENBAUM
Non, c'est bien ce qu'on vous dit…
JEAN-MARIE LE GUEN
Bon, ben alors…
JEAN-MICHEL APHATIE
Ce n'est pas rien le vote.
JEAN-MARIE LE GUEN
Eh bien, moi, je le constate, c'est évident.
JEAN-MICHEL APHATIE
Ce n'est pas rien le vote. Ce n'est pas rien.
JEAN-MARIE LE GUEN
Mais je n'ai pas dit que c'était rien, je dis simplement que le débat politique se poursuit, moi, je n'ai jamais voté… et je n'ai d'ailleurs pas entendu dans la campagne électorale que l'alliance du Parti socialiste, c'était… la priorité du Parti socialiste, c'était d'aller discuter avec monsieur JADOT et monsieur MELENCHON, à la fois, c'est une illusion, à nouveau, vous le savez, tout le monde le sait, ne soyons pas hypocrites, il n'y aura pas d'alliance entre MELENCHON et HAMON, tout le monde le sait, et sans doute pas avec JADOT…
GILLES BORNSTEIN
Et donc, il faut discuter avec qui alors ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Mais on voit bien, parce qu'on est un peu informé, vous devriez l'être, je pense que vous l'êtes, on voit bien qu'il va y avoir des contacts avec madame DUFLOT, avec deux communistes minoritaires, etc., etc, mais bon, ce n'est pas ça la campagne présidentielle…
GILLES BORNSTEIN
Mais alors, il faut discuter avec qui ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Excusez-moi, moi, je suis un citoyen français, je prends…, et un responsable politique français, j'essaie de prendre en main les grandes questions de ce pays en étant en fidélité aux valeurs de la gauche, je dis : attention, ne nous enfermons pas dans une cabine téléphonique !
GILLES BORNSTEIN
Mais alors avec qui, puisque vous attestez vous-même que la ligne Vallsiste n'est pas… avec qui, avec le MoDem, avec MACRON, avec qui ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Evidemment, évidemment, il faut discuter avec les progressistes, et avec tous ceux qui acceptent de le faire, ou du moins qui sont susceptibles d'accepter à un moment de le faire et de le dire.
GILLES BORNSTEIN
Emmanuel MACRON, vous pouvez le dire, ce n'est pas un gros mot.
JEAN-MARIE LE GUEN
Mais, il n'y a pas de gros mot, évidemment que, il faut avoir cette discussion, et d'ailleurs, si elle avait du sens, d'ailleurs, c'est ce qu'il avait dit dans la campagne électorale, Benoît HAMON, il disait : je discuterai avec MACRON et avec MELENCHON, là, c'était sympathique, un petit peu… bon, au moins, il y avait quelque chose d'égal, là, on le voit, le soir de son élection, il y a rupture d'égalité, si j'ose dire, dans la démarche. Bien, donc voilà, évidemment qu'il faut discuter avec l'ensemble des forces progressistes, et moi, je ne le cache pas, je pense, mais je l'ai écrit il y a maintenant plus d'un an, où je dis qu'il y a un problème aujourd'hui au regard des enjeux pour la République et pour le pays, il faut savoir… il faut que la gauche ait la force de se dépasser, de rassembler autour d'elle.
FABIENNE SINTES
Mais concrètement, Monsieur LE GUEN, ça veut dire que MACRON est devenu l'annexe du Parti socialiste, là, en tout cas, en l'état, il y a une annexe au Parti socialiste, et il s'appelle Emmanuel MACRON, non ?
JEAN-MARIE LE GUEN
C'est ça, une annexe du Parti socialiste, ça me semble un peu… non, je veux dire, qu'il ait des sympathies parmi des élus, des militants, des électeurs socialistes, c'est certain…
FABIENNE SINTES
Eh bien, si vous n'allez pas vers Benoît HAMON, et que vous allez plutôt, parce que c'est de ça dont on parle, que vous allez plutôt vers Emmanuel MACRON, ça veut dire que tout…
JEAN-MARIE LE GUEN
Non, non, j'ai des questions, on n'en a pas parlé, mais je pense que nous sommes dans une période totalement instable politiquement, totalement confuse et totalement instable. Donc évidemment qu'il y a des sympathies que vous mesurez, que vous connaissez, en faveur d'Emmanuel MACRON, mais en même temps, moi, je ne crois pas que l'élection d'un homme ou de quelqu'un d'autre, mais en l'occurrence de lui à la présidence de la République, résoudrait l'ensemble des problèmes. Je ne crois pas à l'idée du sauveur suprême, je ne crois pas à cette idée-là. Donc il faut mettre en place un processus politique plus large, et j'espère que Benoît HAMON voudra y contribuer.
FABIENNE SINTES
Allez, il nous reste à peu près sept ou huit minutes pour mettre en place un processus politique. (…)
GILLES BORNSTEIN
Vous dites assez clairement ce dont vous ne voulez pas. Vous êtes moins clair pour dire ce dont vous voulez. Vous venez de dire « processus politique plus large ». Je vous demande jusqu'où et avec qui. Est-ce que ça inclut le MoDem ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Mais aujourd'hui, où est la situation politique française ? Nous sommes en pleine période de décomposition.
GILLES BORNSTEIN
Alors recomposez. Allez-y.
JEAN-MARIE LE GUEN
Nous venons à juste titre, et je le comprends, de parler de la gauche, des difficultés qui sont les siennes et de la diversité qui est la sienne, mais vous savez très bien qu'à droite il y a une crise latente à la fois parce que les propositions de monsieur FILLON… Il y a eu cette primaire à droite, les gens de droite ont élu monsieur FILLON, les Français ont accompagné ce mouvement et ils n'ont pas vu qu'il y avait un passager clandestin : c'était le programme de monsieur FILLON. Avant même les questions qui sont aujourd'hui posées par la justice…
GILLES BORNSTEIN
Qui voulez-vous rassembler ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez, aujourd'hui il y a un processus politique que nous ne connaissons pas, un phénomène de décomposition. Moi, je veux rassembler et je pense qu'il faut rassembler pour ce pays tous les Républicains. Les Républicains, vous le savez – je veux bien passer un quart d'heure à définir ce que c'est – ce sont des gens qui sont attachés à la fois à des questions de souveraineté, à un projet européen, à un modèle social.
JEAN-MICHEL APHATIE
Derrière qui vous voulez rassembler ? Parce qu'on parle de l'élection présidentielle.
JEAN-MARIE LE GUEN
Mais je ne le sais pas aujourd'hui au moment où je vous parle.
JEAN-MICHEL APHATIE
On est à moins de trois mois de l'élection présidentielle. On va arrêter de tourner autour du pot.
JEAN-MARIE LE GUEN
Mais non, mais non, Jean-Michel APHATIE. Ce n'est pas ce matin que je vais vous donner et que vous allez me donner le résultat de l'élection présidentielle ni même des gens qui seront candidats.
JEAN-MICHEL APHATIE
On ne va pas s'énerver.
JEAN-MARIE LE GUEN
Mais non mais je vous le dis.
JEAN-MICHEL APHATIE
Je n'ai pas la prétention de vous donner quelque résultat que ce soit.
JEAN-MARIE LE GUEN
Vous ne savez pas qui sera candidat le 14 mars, vous ne le savez pas.
GILLES BORNSTEIN
Dans les Républicains par exemple, il y a qui ? Est-ce qu'il y a François BAYROU ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Il y a des gaullistes sociaux, il y a des démocrates chrétiens, il y a des gens avec qui, je pense, à l'image de ce qui se fait à la sortie de la guerre quand les dangers étaient au maximum, la France a su se rassembler sur des valeurs républicaines. C'est le souhait que je formule.
GUY BIRENBAUM
Il y avait les communistes au sortir de la guerre.
JEAN-MARIE LE GUEN
Il y avait les communistes qui à cette époque-là pour différentes raisons, puisque vous êtes historien, avaient choisi de jouer le jeu. D'abord ils étaient dans la résistance fortement et ensuite ils avaient choisi le jeu du rassemblement républicain effectivement. Moi, je n'ai pas d'ostracisme par rapport à cela. Je constate simplement qu'ils peuvent, si on joue le jeu de la République, et il y a une composante chez les communistes historiquement qui a toujours joué le jeu de la République. A d'autres moments, ils préfèrent s'en abstraire mais c'est leur problème. En tout état de cause, évidemment je pense qu'aujourd'hui les besoins du pays, la force de la France, les opportunités considérables de ce pays au plan international, son devoir même quand on voit ce qui se passe avec TRUMP et cætera… Moi j'étais à l'ONU il y a trois jours pour rencontrer le Secrétaire général : il y a un besoin de France, d'une France forte, donc on a besoin de se rassembler autour de valeurs républicaines. Et je pense que ce processus peut se faire en cette élection présidentielle. Où est-ce que nous en sommes aujourd'hui ? Je n'en sais rien. Je constate que la droite avait choisi un programme et un candidat qui était très à droite. Je constate que les choses ne semblent plus aller aussi évidemment. Bien. A partir de là, qu'est-ce qui va se passer demain, dans quinze jours ? Je ne le sais pas, Jean-Michel APHATIE.
JEAN-MICHEL APHATIE
Personne ne le sait. Moi non plus, si c'est ce que vous voulez suggérer. Je ne le sais pas. J'ai juste une ou deux questions simples à vous poser. Si Benoît HAMON ne vous donne pas satisfaction, est-ce que vous pensez qu'Emmanuel MACRON peut être le candidat que vous soutiendrez à l'élection présidentielle ?
JEAN-MARIE LE GUEN
C'est une hypothèse qui existe, mais encore une fois je demande aussi à Emmanuel MACRON, je l'ai dit, de préciser ses orientations, son programme et sa méthode.
JEAN-MICHEL APHATIE
Vous avez un contact ? Vous lui parlez à Emmanuel MACRON ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Pardon ?
JEAN-MICHEL APHATIE
Vous lui parlez ? Vous avez un contact avec lui ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Non, je n'ai pas de contact direct avec Emmanuel MACRON.
JEAN-MICHEL APHATIE
Pas de contact direct. Le président de la République va recevoir Benoît HAMON jeudi.
JEAN-MARIE LE GUEN
Oui.
JEAN-MICHEL APHATIE
Le président de la République, il est hors de question qu'il soutienne Benoît HAMON en l'état, là, de son programme ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Je n'en sais rien. C'est au président de la République de s'exprimer.
JEAN-MICHEL APHATIE
Vous en avez parlé avec lui ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Non, je n'en ai pas parlé avec lui mais c'est à lui de s'exprimer. Enfin, j'imagine ce qu'il peut penser. C'est mon imagination.
JEAN-MICHEL APHATIE
Et votre imagination vous fait dire qu'il pense un peu comme vous ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez, je le laisse encore une fois s'exprimer. Mon imagination n'est pas publique en l'occurrence. Mais pour revenir à ce que je disais, je pense vraiment qu'encore une fois il va falloir que nous soyons capables d'imaginer un véritable sursaut démocratique. On ne peut pas en rester là. L'élection du président de la République ne suffira pas, il faut que nous ayons un vrai sursaut démocratique. Il faut l'imaginer, il faut le vouloir, il faut y réfléchir, il faut avoir la force d'opérer des dépassements nécessaires autour d'un certain nombre de valeurs.
JEAN-MICHEL APHATIE
D'accord.
GUY BIRENBAUM
Vous siégiez à l'Assemblée nationale quand Penelope FILLON assistait son mari. Est-ce que vous l'avez vue à l'Assemblée nationale ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Non, je ne l'ai pas vu mais je ne l'aurais pas reconnue à l'époque.
GUY BIRENBAUM
Ah oui ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Non. Je ne connais pas les femmes des députés ou les hommes s'agissant des députées femmes.
JEAN-MICHEL APHATIE
Vous étiez ministre des Relations avec le Parlement. Vous étiez ministre quand elle n'était plus assistante parlementaire mais vous avez une opinion sur ce rapport entre François FILLON et le fait qu'il ait fait de sa femme ou pas une assistante parlementaire ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez, ça pose le problème – on va dire ça déjà comme ça – c'est-à-dire que je pense qu'effectivement il faut qu'il y ait beaucoup plus de règles qu'il n'y en a et il y en a eu depuis qui ont été édictées pour limiter. Mais chacun le sait bien, même si ça peut paraître choquant, ce n'est pas l'emploi de sa femme qui est choquant.
JEAN-MICHEL APHATIE
Qu'est-ce qui est choquant ?
JEAN-MARIE LE GUEN
C'est éventuellement le fait qu'elle n'ait pas travaillé.
JEAN-MICHEL APHATIE
Oui, bien sûr. C'est ça.
JEAN-MARIE LE GUEN
Oui, mais ce n'est pas exactement la même chose.
JEAN-MICHEL APHATIE
Tout à fait.
JEAN-MARIE LE GUEN
Je veux dire, moi je ne vais pas confondre les deux sujets.
JEAN-MICHEL APHATIE
Mais vous avez une opinion sur le second ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Non. La justice est en charge, c'est à la justice de dire les choses.
GUY BIRENBAUM
Est-ce qu'il faut interdire ces emplois familiaux pour les parlementaires ?
JEAN-MARIE LE GUEN
N'appelons pas ça des emplois familiaux.
GUY BIRENBAUM
Un peu.
JEAN-MARIE LE GUEN
Non, non. Non, non. Ecoutez, je pense qu'il faut être très vigilant sur le fait qu'on emploie quelqu'un de sa famille. C'est autre chose que d'avoir des emplois de convenance qui n'en sont pas d'ailleurs, qui sont tout simplement – disons les choses – c'est une façon détournée d'avoir un revenu supplémentaire. Voilà.
JEAN-MICHEL APHATIE
Donc la justice enquête et nous verrons ce qu'il en sera. Donc j'essaye de synthétiser votre position politique, Jean-Marie LE GUEN : Benoît HAMON pour l'instant, ce n'est pas votre tasse de thé, peut-être un grand rassemblement dont on a mal perçu encore les contours, c'est ce que vous souhaitez. Mais enfin le risque ou la chance que vous votiez Emmanuel MACRON a l'air plus grand que tout le reste.
JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez, c'est un prévisionniste qui parle.
JEAN-MICHEL APHATIE
C'est un prévisionniste qui parle et qui vous remercie d'avoir accepté l'invitation de Franceinfo.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 7 février 2017