Interview de Mme Juliette Méadel, secrétaire d'Etat à l'aide aux victimes, à Europe 1 le 8 février 2017, sur l'interpellation de Théo, victime d'un viol présumé au cours de l'intervention de la police à Aulnay-sous-Bois le 2 février, et le projet de création d'un secrétariat d'Etat pérenne pour l'aide aux victimes.

Texte intégral

FABIEN NAMIAS
Bonjour Juliette MEADEL.
JULIETTE MEADEL
Bonjour
FABIEN NAMIAS
François HOLLANDE, hier, au chevet de Théo, qui a été lourdement brutalisé par des policiers, est-ce un simple geste de compassion pour une victime ou un avertissement adressé à une police, ou en tout cas, à une certaine police ?
JULIETTE MEADEL
D'abord, c'est un geste de soutien, c'est aussi une grande émotion, parce que quand on lit le récit de ce que Théo a vécu, franchement, on a le coeur, à la fois brisé, et le coeur qui se soulève. Et moi, je veux dire ici que si les faits sont avérés, les policiers ne se sont pas comportés comme des policiers, ils se sont comportés comme des délinquants. Et donc il faut que la justice passe, et que des sanctions soient prises si, en effet, les faits sont avérés.
FABIEN NAMIAS
Aujourd'hui, ils sont suspendus, mais libres, ça vous semble normal ?
JULIETTE MEADEL
C'est le juge qui prendra la décision qu'il convient. Mais moi, je veux dire ici aussi que ce sont des policiers évidemment pris, encore une fois, si les faits sont avérés, dans une démarche qui est une forme de violence, et je veux dire aussi ici que, ils ne représentent pas la majorité des policiers, parce que, ce qu'il faut voir, c'est que dans les quartiers difficiles, il y a aussi des policiers qui font du bon travail, mais de ce point de vue-là, nous devons aussi améliorer les relations entre les familles et les policiers. Et on doit encore approfondir cette relation, l'appel au calme de Théo, à cet égard, est exemplaire.
FABIEN NAMIAS
Hier, à votre place à ce micro, c'était Yannick JADOT, le candidat écologiste, qui nous disait : mais cette agression, ça n'est pas une pure coïncidence, en rappelant que Théo est noir, il parlait de problème de racisme dans la police, est-ce que, il y a aujourd'hui un problème de racisme dans la police ?
JULIETTE MEADEL
On va voir déjà sur ce cas-là si c'est le cas, mais franchement, quand on lit évidemment le récit de Théo, on a franchement l'impression que c'est du racisme, et auquel cas, c'est un délit, auquel cas, ça devrait être sanctionné.
FABIEN NAMIAS
Et comment on lutte, il y avait dans le projet de François HOLLANDE, il y a cinq ans, mais il ne l'a pas mis en application, la mise en place d'un récépissé, vous savez, pour les contrôles d'identité, de façon à lutter contre le contrôle de faciès, d'ailleurs, ce que propose Benoît HAMON dans son projet. Vous êtes favorable à l'instauration d'un tel récépissé ?
JULIETTE MEADEL
Oui, moi, à titre personnel, je suis favorable au fait que l'on arrête en permanence les contrôles au faciès. Alors, il y a des progrès qui ont été faits, disons-le, le gouvernement a pris des mesures pour limiter, d'abord, les caméras, la présence des caméras, sont là, précisément, pour éviter que les policiers ne dévient, et précisément, ne fassent des contrôles au faciès. Mais il faut voir ce que c'est concrètement dans ces quartiers-là, quand, en permanence, vous êtes soumis à des contrôles, ça crée un climat de suspicion, et ça doit évidemment aujourd'hui évoluer. Cela dit, on est là dans un cas, le problème n'est pas le contrôle au faciès, là, le problème est une violence extrême à l'égard d'un jeune qui, par ailleurs, a montré qu'il était exemplaire, notamment dans ses déclarations d'hier.
FABIEN NAMIAS
Juliette MEADEL, François FILLON, dans une lettre aux Français, publiée ce matin dans Ouest France, dit vouloir se tenir debout et continue sa campagne, alors que le Canard Enchaîné révèle, ce matin encore, le montant des indemnités perçues par Pénélope FILLON lors de son départ de l'Assemblée. Comment est-ce qu'on sort de ce climat ?
JULIETTE MEADEL
C'est un climat délétère, c'est un climat dangereux, et moi, je vois que plus François FILLON s'enfonce dans la vieille manière de faire de la politique, qui consiste à nier la réalité, qui consiste à ne même pas s'appliquer un minimum de réserve, eh bien, je vois le populisme qui monte, je vois Marine LE PEN qui continue à engranger les soutiens, alors même qu'elle a toute une série d'affaires judiciaires pendantes, et je vois une situation dramatique. Donc François FILLON a une responsabilité, il a une responsabilité politique…
FABIEN NAMIAS
Et qu'est-ce qu'il pouvait faire ? Il fallait qu'il retire sa candidature ?
JULIETTE MEADEL
Et il a une responsabilité politique, il a une responsabilité éthique. Eh bien, il aurait pu dire que le temps que la justice fasse son travail, il se met en retrait et qu'il trouve une autre solution. Mais moi, ce n'est pas à moi de trouver une solution pour la droite républicaine, je dis juste que nous, gauche républicaine, et la France, a besoin, pour que le débat démocratique se passe bien, d'une droite républicaine en ordre de fonctionnement.
FABIEN NAMIAS
Ce matin, François BAYROU, sur France 2, porte un jugement lourd sur François FILLON, il dit : jamais un candidat n'a été autant sous l'influence des puissances d'argent. Il dit vrai selon vous ?
JULIETTE MEADEL
Ecoutez, moi, ce qui me choque, ce n'est même pas qu'il soit sous l'influence de je ne sais quelle puissance, ce n'est pas le sujet, le sujet, c'est que c'est un homme politique, ça a été un ancien Premier ministre, il est mis en cause avec des faits, certes, il est présumé innocent, mais enfin, il est quand même mis en cause, y compris sur le plan éthique, la moindre des choses, c'est qu'il en prenne acte, et qu'il en tire des conséquences. Souvenez-vous de la jurisprudence qui a été, du temps de Lionel JOSPIN, la jurisprudence STRAUSS-KAHN…
FABIEN NAMIAS
… Les conséquences, concrètement, ça veut dire arrêter de faire campagne aujourd'hui, parce que vous dites, se mettre en parenthèses le temps que la justice passe, ça veut dire ne plus être candidat…
JULIETTE MEADEL
Franchement, Fabien NAMIAS, ce n'est pas à moi d'aller régler les modalités de dépôt des candidatures chez Les Républicains, ce n'est pas mon sujet. Moi, mon sujet, c'est que je trouve que c'est délétère pour la vie publique, et je trouve que c'est irresponsable de continuer à s'enfoncer dans le déni.
FABIEN NAMIAS
Dans quelques instants, Juliette MEADEL, vous présenterez en Conseil des ministres un projet de création d'un secrétariat général à l'aide aux victimes, alors tout ça est très louable, mais c'est encore une administration supplémentaire, il y en a vraiment besoin ?
JULIETTE MEADE
C'est tout le contraire, quand le secrétariat d'Etat a été créé, il y a un an, quand le président de la République a voulu le créer, l'idée, précisément, c'était de dire : on doit améliorer l'aide aux victimes, aujourd'hui, nous avons… et y compris parce que c'est aussi une demande des associations et du Parlement unanime, nous créons ce service pour dire : chacun doit pouvoir être accompagn, si vous êtes victime d'un attentat, si vous êtes victime d'un accident, si vous êtes victime d'une catastrophe naturelle, j'étais hier en Seine-et-Marne, parce que la Seine-et-Marne a été victime des inondations, eh bien, chacun doit pouvoir disposer d'un accompagnement sur mesure ; c'est une petite administration, d'une taille que j'ai voulue légère, et qui joue un rôle de pilotage, et qui aide et accompagne, c'est ça le service public à la française, c'est un service public qui fait la preuve de sa solidarité.
FABIEN NAMIAS
Oui, mais est-ce que ce n'est pas déjà le rôle joué par le secrétariat d'Etat que vous occupez, qui a été créé récemment, pourquoi ajouter une administration à un ministère qui existe déjà ?
JULIETTE MEADEL
Tout simplement parce que je ne voudrais pas que les victimes se retrouvent seules et que, à l'issue de l'élection présidentielle, un prochain président de la République ne nomme pas de ministre délégué ou de secrétaire d'Etat à l'aide aux victimes. Donc nous voulons graver dans le marbre tout ce que nous avons fait, et c'est pour ça que nous créons cette petite administration.
FABIEN NAMIAS
Vous avez peur que votre secrétariat d'Etat disparaisse, quoi, pour dire les choses clairement ?
JULIETTE MEADEL
Ce n'est pas moi personnellement, c'est pour les victimes, elles demandent, elles, ce que nous avons fait, c'est que nous avons fait en sorte qu'elles ne soient plus seules, et je ne voudrais pas que, à l'issue de cette élection présidentielle, elles soient à nouveau seules.
FABIEN NAMIAS
Vous en avez parlé avec le candidat socialiste Benoît HAMON, est-ce que dans son projet, il y aura un secrétariat d'Etat aux victimes ?
JULIETTE MEADEL
Benoît HAMON, évidemment, reprendra évidemment l'ensemble des mesures de solidarité qui ont été prises par le gouvernement, celle-ci en est une, je note que François FILLON, qui est toujours candidat, propose des suppressions considérables de fonctionnaires, en soi, ça me choque parce que ça veut dire qu'il porte atteinte au service public. Et nous, nous faisons le contraire, nous protégeons les Français dans un moment où la France est fragilisée par la menace terroriste.
FABIEN NAMIAS
Je reviens sur Benoît HAMON, vous n'étiez pas dimanche à sa convention d'investiture, je rappelle que vous avez soutenu Manuel VALLS pendant la primaire. Est-ce que, comme l'ont fait plusieurs de vos collègues, qui avaient soutenu Manuel VALLS, comme Najat VALLAUD-BELKACEM, Laurence ROSSIGNOL ou même, d'une certaine manière, le Premier ministre, Bernard CAZENEUVE, vous nous dites ce matin que votre soutien est totalement acquis à Benoît HAMON ?
JULIETTE MEADEL
Écoutez, je suis dans une organisation politique, qui a organisé les primaires, et ces primaires ont donné une large majorité à Benoît HAMON, donc, il n'y a aucun doute là-dessus, bien sûr que j'ai soutenu Manuel VALLS comme un certain nombre de ceux qui sont venus voter pour les primaires, mais Benoît HAMON est le candidat, il n'y a pas de doute. Moi, je ne vais pas remettre en cause le fonctionnement de notre démocratie interne. Je suis faite comme ça, je respecte les règles. Et maintenant, ce que je veux, c'est que le projet de Benoît HAMON, qui était un projet pour les primaires, se transforme en projet pour la France, de telle sorte que nous puissions gagner les présidentielles, non pas pour nous, ce n'est pas le sujet, mais parce que je crois que la gauche a quelque chose à dire et quelque chose à porter.
FABIEN NAMIAS
Mais ça veut dire qu'aujourd'hui, le projet de Benoît HAMON est insuffisant, incomplet à vos yeux, vous ne pouvez pas le soutenir en l'état, je parle de son projet ?
JULIETTE MEADEL
Le projet, vous savez, la 5ème République fait que les candidats à l'élection présidentielle élaborent leur projet. C'est toujours comme ça que ça se passe, moi, j'ai vécu la candidature de Ségolène ROYAL, j'ai vécu celle de François HOLLANDE, à un moment donné, c'est le candidat qui porte son projet. Et c'est ça qui est en train de se construire…
FABIEN NAMIAS
Oui, mais son projet, on le connaît, et il tourne autour de référents forts, comme le revenu universel, que vous aviez d'ailleurs contesté pendant la campagne, le projet de Benoît HAMON, on le connaît, donc je ne vois pas pourquoi aujourd'hui, vous ne pouvez pas dire : eh bien, ce projet, c'est le mien, ou alors, au contraire, ce n'est pas le mien ?
JULIETTE MEADEL
Moi, je plaide pour un projet qui soit un projet de rassemblement, et d'ailleurs, Benoît HAMON est en train d'y travailler. Par exemple, voyez, il y a des questions que je me pose sur précisément ce besoin de protection, je m'occupe des victimes de terrorisme, d'accidents, il y a un besoin réel d'avoir une protection qui soit à la fois de nature d'ordre public, mais aussi peut-être des principes que la gauche républicaine a besoin d'entendre à nouveau sur la question de la laïcité, et sur la question de l'organisation de notre République.
FABIEN NAMIAS
Juliette MEADEL, est-ce qu'à vos yeux, Emmanuel MACRON est un candidat de gauche ?
JULIETTE MEADEL
Emmanuel MACRON était un ministre d'un gouvernement de gauche, il y a des propositions intéressantes dans son projet, par exemple, quand il propose de supprimer le RSI et de l'aménager, il y a des choses intéressantes à prendre. Donc aujourd'hui, il va falloir qu'il se définisse lui-même, mais aujourd'hui, moi, je considère qu'il y a des idées intéressantes, et que nous pouvons aussi nous en inspirer…
FABIEN NAMIAS
Donc son projet, il est également intéressant ?
JULIETTE MEADEL
Pour l'instant, il y a des idées intéressantes, et le sujet qui intéresse et qui m'intéresse, moi, c'est comment faire en sorte que Benoît HAMON gagne l'élection présidentielle.
THOMAS SOTTO
Merci Juliette MEADEL d'être venue ce matin sur Europe 1.source : Service d'information du Gouvernement, le 13 février 2017

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