Interview de M. Bruno Le Roux, ministre de l'intérieur, à RTL le 27 février 2017, sur les relations entre le gouvernement et les syndicats de police, la réduction des gardes statiques et les suites de l'affaire du viol présumé de Théo lors d'une interpellation à Aulnay-sous-Bois.

Texte intégral

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci beaucoup d'être avec nous ce matin dans ce studio de RTL et bonjour Bruno LE ROUX.
BRUNO LE ROUX
Bonjour Elizabeth MARTICHOUX.
ELIZABETH MARTICHOUX
On vous a aperçu à la cérémonie des César vendredi soir pour décrocher le trophée de meilleur ministre de l'Intérieur ?
BRUNO LE ROUX
Pour soutenir le cinéma français et montrer que toutes les manifestations qui ont lieu dans notre pays sont organisé en toute sécurité. J'ai participé, j'ai fait visiter les différents services de sécurité à mes homologues étrangers lors du championnat du monde de handball que nous avons gagné, il y a des manifestations qui ont lieu sur tout notre territoire, je veux dire aux Français qu'elles sont organisées dans les meilleures et les plus parfaites conditions de sécurité.
ELIZABETH MARTICHOUX
Donc la soirée du cinéma français est vraiment la place du premier flic de France, sérieusement ?
BRUNO LE ROUX
C'était une belle soirée oui. Vous savez j'ai un attachement au cinéma français, aux industries techniques par la circonscription qui est la mienne, que je ne veux pas oublier, je voulais rendre hommage...
ELIZABETH MARTICHOUX
A la culture...
BRUNO LE ROUX
A la culture et à ceux qui font en même temps le dynamisme de la France à l'étranger, nos cinéastes et nos artistes.
ELIZABETH MARTICHOUX
Alors deux syndicats, dont ALLIANCE, syndicat de la police nationale, n'ont pas apprécié le mélange des genres ; je cite « les policiers comprennent difficilement de voir leur ministre de tutelle à la cérémonie des César alors qu'il n'a pas le temps de les recevoir pour dresser leur bilan de leurs attentes ». Que se passe-t-il entre vous et les syndicats ?
BRUNO LE ROUX
Non, mais d'abord je ne comprends pas véritablement ce type de propos parce que la concertation elle et permanente. Ce qui va être livré par le président de la République ce matin c'est les résultats d'une concertation qui ont eu lieu...
ELIZABETH MARTICHOUX
Mais ils sont furieux parce qu'ils n'ont pas été reçus ...
BRUNO LE ROUX
Non, mais il y a différents temps. D'abord les syndicats sont reçus à chaque fois qu'ils en font la demande, je les reçois à chaque fois qu'il y a une concertation à faire et je les recevrais bien entendu dans les 48 heures puisque comme le président de la République va dresser les grands axes qui sont sortis de la concertation avec la base, avec le terrain, pour la mise en œuvre, bien entendu qu'il faut réunir tous les syndicats, c'est ce que je vais faire dans les 48 heures qui vont suivre les annonces du président de la République, pour regarder concrètement la mise en œuvre. Et donc il n'y a pas d'impatience à avoir. Et d'ailleurs...
ELIZABETH MARTICHOUX
C'est pas une exigence, ce n'est pas un oubli, et dans 48 heures ce sera de toute façon réparé.
BRUNO LE ROUX
J'ai toujours dit aux syndicats que j'accordais une grande importance, et d'ailleurs j'accorde une tellement grande importance que je veux que sur le terrain ce soit aussi par les syndicats que nous arrivions à discuter. Je n'oublie pas que le mouvement qui est né dans la police venait aussi d'une contestation de la façon dont fonctionnent les syndicats de police, et je leur demande de ne pas l'oublier et de ne pas avoir de mots qui ne sont pas dans le bon moment dans le débat ...
ELIZABETH MARTICHOUX
Vous trouvez que c'est déplacé leurs revendications... Enfin, leur récrimination ce matin est un peu déplacée par rapport aux enjeux ?
BRUNO LE ROUX
Par rapport aux enjeux et par rapport surtout à ce qui est fait. Je rappelle simplement qu'en l'espace de 5 ans c'est une augmentation sans précédent de la reconnaissance qu'ont eu les policiers pour leur travail, pour leur action, par différents plans ; des plans de mesure catégorielle, plus de 850 millions d'euros ; à partir d'octobre dernier un plan qui ne s'est jamais mis en œuvre aussi vite dans aucune administration, 250 millions d'euros pour du matériel qui arrive, qui est arrivé sur le terrain, qui arrive. La semaine dernière, je finissais à l'Assemblée le plan sécurité publique, le texte sur la sécurité publique qui permet aux policiers d'être mieux protégés, d'avoir un cadre d'usage des armes à feu qui soit juridiquement plus clair, de pouvoir protéger leur identité.
ELIZABETH MARTICHOUX
Ca c'est un texte en effet qui a été voté à la fin de la législature.
BRUNO LE ROUX
Mais oui, mais tout cela ce sont des choses très très concrètes.
ELIZABETH MARTICHOUX
Et alors parlons de ce qui va encore venir...
BRUNO LE ROUX
Je veux dire aux syndicats que dès la première fois où je les ai vu, je leur ai dit que j'étais à leur disposition et je leur ai même donné, pour ceux qui ne l'avaient pas encore mais beaucoup l'avaient, bien entendu mon numéro de téléphone en leur disant que j'étais à leur disposition.
ELIZABETH MARTICHOUX
Vous ne voulez pas de rendez-vous par presse interposée hein !!
BRUNO LE ROUX
Non, ce que je veux dire c'est que les rendez-vous ne se prennent pas par communiqué qui ne repose pas sur la réalité, la concertation elle est permanente aujourd'hui et le dialogue social il est pour moi particulièrement important.
ELIZABETH MARTICHOUX
Vous ne comprenez pas ce matin leur réaction. Mais parlons de la concertation qui a donc été lancée en octobre, quand les policiers manifestaient de façon assez spectaculaire dans la rue, il y a eu une concertation organisée par les Préfets pour faire l'inventaire de leurs attentes, et y répondre. Vous êtes en mesure ce matin de nous donner quelques éléments qui vont être annoncés tout à l'heure ; parmi les priorités ils réclamaient notamment d'être déchargés d'un certain nombre de tâches, est-ce que ce sera le cas ?
BRUNO LE ROUX
Oui. Mais c'est une chose importante pour les policiers. Ils rentrent en école de police pour faire un métier de policier. Ils ont le sentiment bien souvent de faire des tâches qui ne relèvent pas du cœur de métier. Oui, le président de la République, je le pense, dira qu'il veut que je continue comme ministre de l'Intérieur, que le gouvernement continue à discuter avec les organisations syndicales sur le recentrage sur le cœur de métier...
ELIZABETH MARTICHOUX
Par exemple ?
BRUNO LE ROUX
Par exemple que je vais continuer et accélérer les mouvements qui font que les gardes d'un certain nombre de bâtiments ne soient pas opérées par des policiers.
ELIZABETH MARTICHOUX
Ce qu'on appelle les gardes fixes.
BRUNO LE ROUX
Les gardes statiques.
ELIZABETH MARTICHOUX
Les gardes statiques. Devant quel genre de bâtiment ?
BRUNO LE ROUX
D'ores et déjà par exemple pour les préfectures de notre pays qui ont des gardes de policiers. Je suis en train de faire en sorte qu'elles puissent être remplacées par d'autres dispositifs pour que ce ne soit pas des policiers qui soient bloqués à ces moments-là.
ELIZABETH MARTICHOUX
Ils seront remplacés par des militaires ?
BRUNO LE ROUX
Non, pas par des militaires...
ELIZABETH MARTICHOUX
Jean-Yves LE DRIAN ...
BRUNO LE ROUX
Non, non, d'abord il peut y avoir des moyens que l'on appelle passifs, pour protéger nos bâtiments des systèmes de sécurité, des systèmes de vidéo surveillance qui peuvent être mis, mais le travail des policiers n'est pas d faire des gardes statiques dans la mesure où elles ne sont pas obligatoires et où elles ne correspondent pas à un danger important.
ELIZABETH MARTICHOUX
Moins devant les préfectures, moins devant les tribunaux aussi ?
BRUNO LE ROUX
Moins devant les tribunaux ; je discute bien entendu beaucoup avec Jean-Jacques URVOAS qui est très sensible à cette question pour faire en sorte que sur les transfèrements judiciaires, les escortes, la façon dont des détenus sont accompagnés dans les hôpitaux on puisse décharger là encore le travail de la police.
ELIZABETH MARTICHOUX
Vous savez à peu près combien de personnels ça concernerait ?
BRUNO LE ROUX
Ca concerne plusieurs milliers d'équivalent temps plein aujourd'hui ramenés à une année, donc c'est du travail de policier qui nous manque sur le terrain, qui est utile aujourd'hui, mais qui doit être fait par d'autres dispositifs. Et donc là encore pour reprendre les choses concrètement, si le président de la République fait aujourd'hui de cette question une priorité réaffirmée.
ELIZABETH MARTICHOUX
Ce qu'il fera tout à l'heure.
BRUNO LE ROUX
Ce qu'il fera je le pense, il faut donc ensuite derrière que je mette autour de la table avec les différents partenaires sociaux pour regarder la façon dont nous avancerons ensemble.
ELIZABETH MARTICHOUX
Donc aujourd'hui vous nous dites « on va les décharger d'un certain nombre de charges statiques, on va l'organiser avec les syndicats ». Par exemple sur les tâches administratives aussi on sait qu'il y en a qu'ils assument et qui leur prennent trop de temps par rapport au métier de terrain.
BRUNO LE ROUX
Oui. Il y en a qui leur prennent trop de temps par rapport au métier de terrain et c'est pour ça que je veux que les nouvelles technologies fassent totalement irruption dans le travail des policiers.
ELIZABETH MARTICHOUX
Donnez-nous un exemple.
BRUNO LE ROUX
Les gendarmes aujourd'hui sont équipés de 60 000 plaquettes Néogend qui leur permettent d'avoir...
ELIZABETH MARTICHOUX
Oh là qu'est-ce que c'est ?
BRUNO LE ROUX
C'est des plaquettes Smartphones qu'ils ont sur eux et qui leur permettent (néogend pour gendarme). Et je vais adapter avec 50 000 exemplaires en commande pour la police avec forcément une plaquette qui s'appellera différemment s'agissant de la police nationale, mais c'est les nouvelles technologies qui doivent venir soulager le temps administratif, soulager le temps de rédaction, soulager les tâches qui pour eux là encore ne sont pas dans leur cœur de métier. Et je veux que la police, on dit souvent le retour de la police de proximité, moi je veux qu'il y ait la proximité de la police avec le terrain par les nouvelles technologies, pas le fait de pouvoir.
ELIZABETH MARTICHOUX
Je vous donne un exemple, dans 55 jours il y a l'élection présidentielle, il y aura évidemment une demande de procuration électorale, ce sont les forces de l'ordre qui sont aussi associées à cela...
BRUNO LE ROUX
Oui mais là nous essayons de les décharger au maximum. Nous avons d'abord commencé à le faire et nous essayons- Et là à terme il doit y avoir - pour cette élection c'est difficile - mais là encore je souhaite mettre en place pour les futures élections des procédures qui permettent de décharger totalement, totalement les policiers de la prise de procuration. Un policier qui est occupé de longues journées à prendre des procurations c'est là encore un policier qui manque sur le terrain.
ELIZABETH MARTICHOUX
Vous allez avoir le temps d'ici le 7 mai de mettre en place des processus qui les déchargent totalement ? Il vous reste quoi ? Quelques semaines.
BRUNO LE ROUX
Oui, d'abord et ensuite il y aura une continuité de l'action, et que ce soit nous ou d'autres il faudra continuer sur ces engagements qui sont des engagements de bon sens et de réaffirmation de la confiance que nous avons dans les policiers. Mais il y aura d'autres mesures sur lesquelles il faut avancer ; par exemple la concertation avec les outils numériques. Moi je souhaite que tous les policiers soient associés à tous les choix d'armes nouvelles, d'équipements nouveaux. J'ai tellement entendu...
ELIZABETH MARTICHOUX
Cette fois vous allez les associer en amont, donc pour les tâches d'équipement ils seront consultés, c'est ce que vous dites ?
BRUNO LE ROUX
Mais bien entendu, j'essaye le plus souvent possible d'être présent sur le terrain, à l'écoute des policiers, j'essaye de faire ce double travail, d'être à l'écoute de leur syndicat, mais en même temps avec eux sur le terrain. J'ai tellement entendu de policiers me donner les exemples ces vingt dernières années de matériels qui n'étaient pas adaptés à leur travail, sur lequel ils auraient pu être concernés, là encore servons-nous des nouvelles technologies pour leur montrer la confiance que nous avons en eux.
ELIZABETH MARTICHOUX
C'est ça la modernisation aussi...
BRUNO LE ROUX
C'est la modernisation du dialogue social, c'est la modernisation de la forme de reconnaissance que nous devons avoir pour eux à tout moment de leur carrière.
ELIZABETH MARTICHOUX
Il y a eu l'affaire Théo qui a jeté récemment une lumière crue sur les bavures ; dernier épisode le frère de la victime est soupçonné d'avoir abusivement touché des fonds destinés aux emplois aidés. Alors info ou intox, une enquête est en cours, mais est-ce que c'est la police qui a fait fuiter cette information comme le dit Maitre DUPOND-MORETTI, qui est l'avocat de Théo.
BRUNO LE ROUX
Non, non. Ce n'est pas la police. Et moi j'ai souligné dès le moment où j'ai su qu'il y avait par la presse cette affaire, le fait que le comportement de la famille avait été exemplaire durant toute la période où ...
ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce que ce n'est pas un contre-feu des policiers pour détourner le regard de ...
BRUNO LE ROUX
Il n'y a pas de contre-feu. D'abord j'ai vu que l'enquête dont il est question part il y a plusieurs mois, ce n'est pas une enquête nouvelle, c'est pas une enquête qui est simplement datée de quelques jours, elle date de l'été dernier, et donc bien entendu que la police n'a absolument rien à voir dans cette affaire, et je veux continuer à dire mon respect, ma compassion pour le jeune Théo et dire que le comportement de la famille a été exemplaire durant toute cette affaire.
ELIZABETH MARTICHOUX
Le jeune Théo, compassion ; il y a aussi ce qui s'est passé à Nantes au cours d'une manifestation anti- Le PEN samedi, 11 membres des forces de l'ordre qui ont été blessés dont un ...
BRUNO LE ROUX
Dont un gendarme blessé grièvement. Il a une ITT de 7 jours et donc je me tiens bien entendu au courant.
ELIZABETH MARTICHOUX
Vous irez le voir ?
BRUNO LE ROUX
Je lui ai adressé d'abord un télégramme et j'attends qu'il puisse être rétabli, en tout cas sorti pour pouvoir bien entendu l'appeler.
ELIZABETH MARTICHOUX
François FILLON a lancé une charge violente hier dans un communiqué accusant le gouvernement, je cite « de laisser se développer un climat de quasi guerre civile ».
BRUNO LE ROUX
C'est inadmissible et irresponsable. Aujourd'hui tous les meetings, comme toutes les manifestations sont protégés parce que dans le cadre de notre République chacun de nos rassemblements doit pouvoir se dérouler dans les meilleures conditions. Et j'ai condamné les violences d'où qu'elles viennent. Alors ce n'est pas ma faute si aujourd'hui dans les meetings de François FILLON il y a un certain nombre de rassemblements et de quolibets qui lui sont adressés compte tenu des réponses qu'il semble ne pas apporter aux questions qui lui sont posées et notamment aux questions sur son comportement. Et donc je ne cherche pas, quand on est en difficulté, on ne cherche pas à rejeter la faute sur la République. C'est irresponsable que de faire cela et c'est pour cela que j'ai souhaité réagir sans tarder à ces propos de François FILLON.
ELIZABETH MARTICHOUX
C'est fait sur RTL ce matin. Merci beaucoup Bruno LE ROUX d'avoir été notre invité ce matin.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 28 février 2017

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