Déclaration de M. Jean-Marc Todeschini, secrétaire d'Etat aux anciens combattants et à la mémoire, en hommage aux combattants russes de la Première Guerre mondiale, à Saint-Hilaire-le-Grand le 22 mars 2017.

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Circonstance : Inhumation d'un soldat inconnu russe, à Saint-Hilaire-le-Grand (Marne) le 22 mars 2017

Texte intégral


Monsieur l'Ambassadeur de la Fédération de Russie,
Monsieur le Préfet,
Mesdames et messieurs les parlementaires,
Madame la Maire,
Monsieur le Directeur départemental de l'Office national des anciens combattants et victimes de guerre,
Madame la Présidente de l'Association du souvenir du corps expéditionnaire russe en France,
Messieurs les représentants du clergé,
Mesdames et Messieurs,
Chers élèves,
Nous sommes réunis aujourd'hui, pour rendre un dernier hommage à un homme, un soldat qui, il y a un siècle, a entamé depuis l'Est un long voyage - le dernier de sa vie - pour défendre notre pays et gagner notre liberté.
Cette cérémonie est l'occasion de rappeler le sacrifice et d'honorer la mémoire de tous les soldats russes venus combattre sur notre sol.
Car la Russie et la France ont affronté, au cours des deux guerres mondiales, les mêmes ennemis et beaucoup de nos soldats ont connu durant la Grande guerre, un destin commun, socle d'une mémoire aujourd'hui partagée.
Les commémorations du centenaire de la Grande Guerre ont été l'occasion de célébrer cette histoire commune.
Nous étions ensemble, Monsieur l'Ambassadeur, le 12 mai 2016, à Marseille où nous avons célébré le centenaire de l'arrivée du corps expéditionnaire russe sur le territoire français.
J'ai alors eu l'occasion de rappeler que dans le cadre des accords signés en décembre 1915, la Russie a accepté d'envoyer, en échange de matériel de guerre et de munitions, un renfort conséquent constitué de quatre brigades d'infanterie, composées de 50 000 officiers et soldats.
Deux de ces brigades – la 2ème et la 4ème – ont été envoyées dans les Balkans, sur le front de Salonique mais les soldats de la 1ère et de la 3ème brigade ont rejoint la France et plus précisément, la Champagne, entre les mois d'avril et d'octobre 1916.
Alors que nous nous apprêtons à célébrer, le 16 avril prochain, le centenaire de la bataille du Chemin des Dames, je tenais à être présent aujourd'hui à Saint-Hilaire-le-Grand, pour rappeler l'engagement des soldats du corps expéditionnaire russe dans cette offensive.
Car en avril 1917, les deux brigades, réunies et rattachées à la 5ème armée française du général Mazel, sont chargées d'attaquer les défenses allemandes près de Reims, dans le secteur de Suippes, d'Aubérive ou, bien sûr, de Cormicy.
En deux jours, après de féroces affrontements, les Russes parviennent à prendre quelques points stratégiques et font un millier de prisonniers.
Mais les pertes sont immenses et le corps expéditionnaire russe déplore 70 officiers et 4472 tués, blessés ou disparus.
C'est bien de ces disparus que faisait partie le soldat à qui nous rendons aujourd'hui hommage et à qui nous offrons, un siècle après, une digne sépulture.
Au cours de la Grande Guerre, confronté à une grande mortalité dans les zones de front et pour répondre au besoin grandissant d'individualisation du deuil, l'Etat choisit de rassembler les corps en des tombes individuelles, au sein de nécropoles nationales, comme ici à Saint-Hilaire-le-Grand.
Ces lieux de mémoire font partie d'un patrimoine que l'Etat veille à entretenir, rénover, valoriser.
C'est la responsabilité de la France envers les nations qui, il y a cent ans, ont combattu sur notre sol, avec elle ou contre elle, mais surtout envers les soldats qui reposent aujourd'hui dans ses terres.
C'est pourquoi ce soldat a droit, ici à travers cette sépulture perpétuelle, à un hommage éternel de la France.
Cimetière provisoire, près duquel les soldats russes du 2ème régiment spécial ont érigé en 1917 un monument orthodoxe en mémoire de leurs camarades tombés au combat, il accueille aujourd'hui près d'un millier de corps et constitue un lieu de mémoire de tous les soldats russes, morts pendant la Première Guerre mondiale sur le sol français ou sur le front de Salonique.
Je veux souligner l'investissement de l'Association du souvenir du corps expéditionnaire russe en France, qui veille à son entretien, aux côtés de la Direction de la mémoire, du patrimoine et des archives du Ministère de la Défense et de l'Office national des anciens combattants et victimes de guerre, à travers le Pôle des sépultures de guerre de Metz.
Je salue aussi le travail accompli par le Service régional de l'archéologie et plus précisément par Monsieur Yves Desfossés, conservateur régional de l'archéologie, qui a relevé méticuleusement les restes du soldat autour duquel nous sommes réunis.
Notre présence aujourd'hui démontre l'importance que revêt l'archéologie – et en l'occurrence celle de la Grande guerre – qui trouve toute sa légitimité et sa nécessité dans le cadre du travail de mémoire.
Un travail qui passe également par la recherche historique et scientifique qu'il faut encourager et soutenir.
Alors que les derniers témoins de la Grande Guerre se sont éteints, les archives prennent une place prépondérante dans le processus de transmission de la mémoire et de l'histoire.
Cette histoire, nous la partageons avec tous les pays qui, comme la Russie, comme la France, ont été plongés dans ce tourbillon de violences et de souffrances que fut la Grande Guerre.
Tous ont en commun un destin qui est encore riche d'enseignements et nous invite, plus que jamais à développer les liens entre nos peuples.
C'est ce que font les élèves des lycées Marc Chagall et Jean Jaurès de Reims qui étudient la langue russe et sont aujourd'hui parmi nous.
Je les remercie de leur présence et je veux leur dire l'importance de s'ouvrir à d'autres cultures en cette période marquée par les nationalismes et le repli sur soi.
Car la connaissance de l'autre et les échanges sont les garants d'une paix que nos aînés, à l'image du soldat russe à qui nous rendons aujourd'hui hommage, ont conquise au prix de leur vie.
Je vous remercie.
Source http://www.defense.gouv.fr, le 30 mars 2017